Tribune de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, dans "Le Parisien le 7 mars 2005, et interview à "France Inter" le 14 mars 2005, sur ses arguments en faveur du oui à la Constitution européeenne, et ses commentaires sur la position de Nicolas Sarkozy "il était temps que l'UMP se décide" et des tenants du non au sein du PS. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, dans "Le Parisien le 7 mars 2005, et interview à "France Inter" le 14 mars 2005, sur ses arguments en faveur du oui à la Constitution européeenne, et ses commentaires sur la position de Nicolas Sarkozy "il était temps que l'UMP se décide" et des tenants du non au sein du PS.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, PAOLI Stéphane.

FRANCE. PS, premier secrétaire

ti : Pour Nicolas Sarkozy, " on n'a pas le droit de dire non à l'Europe "...

Il était temps que l'UMP proclame son adhésion franche à la Constitution européenne. Et que Nicolas Sarkozy renonce à l'obscurcir par le rappel incessant de la question de l'adhésion de la Turquie, laquelle ne se posera pas avant dix ou quinze ans. Maintenant, les Français ont le droit de dire oui ou non à l'Europe, comme à sa Constitution. Je préfère les arguments de conviction à ceux d'autorité. Les citoyens veulent d'abord être informés sur le texte : c'est notre devoir. Ensuite, il sera plus simple de démontrer les progrès qu'il contient et les raisons fortes, pour la France, de voter oui.

Quels arguments comptez-vous faire valoir alors que beaucoup sont sceptiques ?

La Constitution comporte des avancées incontestables. J'en vois trois majeures. D'abord, sur le plan politique, elle renforce considérablement les institutions, et crée un ministre des Affaires étrangères européen. Face aux menaces, nous avons besoin d'une Europe puissante capable de préserver la paix ici, et partout dans le monde. Ensuite, il y a la charte des droits fondamentaux : tous les citoyens européens auront les mêmes droits sociaux, politiques, économiques, civils. Enfin, il y a une avancée sociale : pour la première fois, la Constitution reconnaît les services publics et consacre les syndicats comme des partenaires européens. C'est la raison pour laquelle toutes les grandes confédérations syndicales européennes approuvent ce traité. Pourquoi faudrait-il refuser ces progrès ? Parce que l'Europe marche mal ou serait trop libérale ? Mais dire non, ce serait précisément au mieux le statu quo, au pire la régression.

Pourquoi avez-vous renoncé à sanctionner Henri Emmanuelli ou Jean-Luc Mélenchon, qui militent pour le non...

Je ne fais preuve d'aucune compréhension à leur égard. Ils ont été les premiers à réclamer une consultation interne. Ils l'ont perdue, et largement. Aujourd'hui, ils déclarent s'en affranchir au nom d'une conscience personnelle : elle ne peut se substituer à un vote démocratique. Je leur demande donc de respecter la position de leur parti ou de prendre la distance nécessaire pour éviter toute confusion car il n'y a qu'une campagne socialiste : celle du oui. Quant à la sanction, elle va bien au-delà d'une mesure disciplinaire : c'est celle que des militants infligeront, le moment venu, lors d'un congrès ou d'une désignation de candidat, à ceux qui se sont écartés de la règle commune. Comme premier secrétaire, je suis garant de l'unité du PS. Elle est notre bien le plus précieux pour les victoires futures. Je ne défends donc pas ma position ou ma ligne, mais les principes qui nous permettront de nous rassembler tous au lendemain du référendum.

Samedi à Guéret (Creuse), vous vous êtes fait brocarder par les tenants du non...

Il s'agissait d'un défilé pour protester contre la politique du gouvernement Raffarin en matière de services publics. Dans ce cortège, certains tenants du non ont utilisé la mobilisation des élus et des citoyens qui voient tous les jours depuis trois ans les gares, les perceptions, les écoles, les bureaux de poste fermer pour faire porter le chapeau à l'Europe, voire au traité constitutionnel même pas encore approuvé. C'est un comble, une absurdité, une erreur politique majeure que d'exonérer ainsi le gouvernement. Car tout cela, c'est sa responsabilité.

La victoire du oui ne serait-elle pas avant tout la victoire de Jacques Chirac ?

Chirac, c'est notre présent. Que dis-je ? C'est déjà notre passé. La victoire du oui sera celle de l'avenir puisque nous aurons une Europe plus forte, plus démocratique, plus sociale. Tous les socialistes européens approuvent le traité, qu'ils soient au gouvernement ou dans l'opposition. Il n'y a qu'en France qu'on pose la question comme cela. En Italie, par exemple, la gauche vote le traité sans se préoccuper de Berlusconi. Quand la Constitution européenne entrera en vigueur en 2007, les gouvernants d'aujourd'hui ne seront peut-être plus là. Aux socialistes d'être au rendez-vous de l'alternance. Ne nous trompons ni de moment ni de sujet.

(Source http://www.psinfo.net, le 16 mars 2005)

Q- Est-ce un virage imposé par le président de la République ? Le Premier ministre, hier, a annoncé la réouverture de négociations salariales dans la fonction publique et la relance de la participation dans le secteur privé. Est- ce la crainte de l'impact social sur le prochain référendum européen qui explique cette ouverture ? [...] Recul, repli, P. Le Marc s'interrogeait à 7h45. Virage imposé par le chef de l'Etat, à votre avis ?

R- C'est un repli, il est évident. Et s'il est imposé, c'est d'abord par les manifestations. Je ne suis pas sûr que le chef de l'Etat aurait eu cette prise de conscience subite s'il n'y avait pas eu précisément un million de personnes dans la rue et beaucoup les soutenant. Sur le plan de la méthode, il est quand même inconcevable, dans un pays comme le nôtre, qui sait normalement dialoguer, où il y a des forces syndicales représentatives, qu'il faille attendre des mouvements de rue, des conflits, une grogne, une colère, des menaces pour ouvrir les négociations indispensables, les concertations qui permettent précisément de trouver, sur la question majeure du pouvoir d'achat, les issues nécessaires. Sur le plan de la méthode, je trouve donc que c'est détestable. Maintenant, il y a une ouverture, il y a un geste. Faut-il encore savoir ce que ce geste ou cette ouverture vont représenter, comment cela va se traduire concrètement pour les salariés, du public comme du privé.

Q- Où le changement intervient-ils ? "Ce n'est pas la rue qui gouverne", disait encore il y a peu le Premier ministre. Maintenant, des négociations sont annoncées dans la fonction publique, un geste est fait en direction du privé. Est-ce la crainte de la montée du "non" - le dernier sondage BVA publié indique que le "non" a progressé de 5 points en France aujourd'hui - qui peut pousser le chef de l'Etat à dire "attention, il faut ouvrir" aujourd'hui ?

R- C'est tout simplement parce que ce n'est pas supportable, dans un pays comme le nôtre, d'avoir une montée à ce point de la colère et de la frustration, référendum ou pas. Ce serait d'ailleurs quand même un paradoxe que le référendum, qui porte sur le traité constitutionnel, c'est-à-dire sur notre avenir à dix ans en Europe, soit dans une certaine mesure capté par un mouvement de colère, qui n'a d'ailleurs pas cette revendication. Parce que si les gens se sont mis dans la rue, s'ils se sont mis en mouvement, si pour beaucoup ils ont fait grève - et cela coûte cher -, ce n'est pas par rapport à une échéance qui, pour beaucoup, est positive, celle du traité constitutionnel. Pour d'autres, elle peut être un signe d'inquiétude, mais c'est une affaire qui sera débattue le moment venu. S'ils se sont mis en mouvement, c'est d'abord pour la question majeure de leur pouvoir d'achat. Il fallait donc bien trouver une issue. Et je trouve que le chef de l'Etat intervient toujours très en retard, parce qu'il a fallu qu'il y ait des élections régionales - rappelez-vous - en 2004 pour que, d'un seul coup, il découvre que la politique de son Gouvernement, celui-là même qu'il a constitué, nommé, n'allait pas dans le bon sens sur la question du chômage de longue durée, sur la question des intermittents du spectacle, sur la question des chercheurs. Et là, il a fallu qu'il y ait des centaines de milliers de personnes dans la rue pour qu'il dise que finalement, on devrait ouvrir des négociations. Mais cela ne suffit pas de gouverner de cette manière ! D'abord, parce que cela coûte cher à tout le monde, à la nation, aux salariés qui se mettent en mouvement, à l'économie qui prend du retard. A partir de là, maintenant, il n'y a plus de temps à perdre pour donner ce que les salariés attendent, c'est-à-dire une amélioration de leur pouvoir d'achat. Mais ces ouvertures sont inscrites sur des hypothèses : il y a eu de bonnes rentrées fiscales cette année, mais quid de l'année prochaine ? Et puis la participation, cela dépend encore une fois de l'efficacité des entreprises : les grosses ont eu de gros bénéfices, mais pour les PME, c'est beaucoup plus difficile aujourd'hui. Prenons secteur par secteur. Dans la fonction publique, qu'est-ce qui a surpris, heurté même, beaucoup d'agents publics ? C'est que l'on annonce - le président de la République toujours - au début de l'année, des baisses d'impôts sur le revenu, des baisses d'impôts pour les plus fortunés, en disant dans le même temps qu'il n'y a rien distribuer pour les agents de l'Etat et les agents des collectivités locales. Comment comprendre cette dissociation ? Il y en aurait qui pourrait bénéficier de la croissance et pas d'autres ? Il y a donc eu un mouvement et il était normal qu'il porte sur le pouvoir d'achat. Maintenant, le Gouvernement devra arbitrer : est-ce qu'il accorde une garantie de pouvoir d'achat aux fonctionnaires - c'est l'objet de la négociation ? Alors, disons le franchement, si on veut éviter que la dette de l'Etat s'alourdisse, il va falloir revenir sur un certain nombre de promesses, d'annonces notamment de baisses d'impôts pour les plus favorisés. Prenons le secteur privé : là, il s'agit de négociations entre patronat et syndicats. A propos, où est passé le patronat ? Pendant un temps, on entendait M. Seillière, notamment lorsque la gauche était au gouvernement. Aujourd'hui, il a disparu. Si vous le retrouvez d'ailleurs, signalez-le nous, parce qu'il faut quand même qu'il y ait un partenaire. Qu'est-ce qui a choqué, là encore, les salariés ? C'est qu'on leur dise qu'il n'y a rien à redistribuer dans le secteur privé et, dans le même temps, on apprend des profits considérables - pas dans toutes les entreprises, mais quand même dans les entreprises parmi les plus importantes du pays. Il est normal qu'ils disent qu'ils veulent avoir leur part. Cela s'appelle la politique des revenus. Et la proposition que je fais pour éviter que l'on se retrouve dans ce type de situation - ce sera notamment vrai si la gauche revient au pouvoir -, c'est que l'on mette en place des outils de la politique de revenus et de voir en amont, c'est-à-dire avant qu'il y ait des conflits, ce qui peut être distribué dans le secteur privé, en fonction des progrès de la croissance, des profits réalisés, et qu'est-ce qui peut être accordé aux fonctionnaires en fonction d'un impératif - bien sûr - de limitation de la dette publique, mais quand même d'un impératif de justice sociale. Pourquoi les fonctionnaires feraient-ils les frais d'une politique qui accorde ses largesses aux plus favorisés ?

Q- Vous répétez avec insistance que vous faites confiance aux Français, qui feront la part entre ce malaise social réel qui s'exprime dans la rue et les enjeux politiques à court terme - je fais bien sûr référence au référendum. On voit bien tout de même qu'il y a aujourd'hui dans le pays une difficulté à discerner les choses : tout se rejoint. Et les dégâts sont importants, y compris d'ailleurs chez vous à gauche...

R- A gauche, on doit faire appel à l'intelligence des Français et pas aux peurs, pas aux frilosités, pas aux mensonges, pas aux amalgames. Qu'est-ce qui nourrit finalement l'inquiétude, le trouble ? C'est précisément la peur de l'avenir. Le rôle de la gauche est d'éclairer, c'est de donner du sens, c'est de donner une direction. Ce n'est pas de promettre des illusions, ce n'est pas de laisser penser qu'en disant par exemple "non" au traité inconstitutionnel, d'un seul coup, l'Europe changerait de direction, deviendrait d'un seul coup socialiste. Si seulement ! Si c'était l'enjeu, je vous dirais à l'évidence, de renvoyer ce traité, et l'Europe, d'un seul, surgirait sur les voies du progrès ! Ce n'est pas vrai ! Le traité constitutionnel est un progrès. Nul d'ailleurs ne peut le contester. Il n'y a que des avancées, il n'y a pas de recul. A partir de là, pour la gauche, si elle veut revenir aux responsabilités en France et en Europe, il est important de prendre cet acquis et de voir comment on peut dépasser le traité constitutionnel et déjà s'engager sur l'Europe sociale. Avec les socialistes, qui d'ailleurs ont voté en leur sein, je fais donc appel à la lucidité. Parce que ce serait facile finalement : je suis dans l'opposition avec les socialistes ; c'est J. Chirac qui nous propose un référendum - à propos, on lui a demandé de le faire, c'est nous qui avons exigé qu'il y ait un référendum ! -, je pourrais dire "non" à ce référendum. Mais au nom de quoi si, partout en Europe, tous les socialistes européens sont pour ce traité. Au nom de quoi, nous, parce que nous serions dans l'opposition ? Les socialistes le sont aussi en Italie, le sont dans beaucoup de pays, et ils disent "oui", parce que c'est un traité qui permet d'avancer. Alors, je suis capable - et je pense que les Français de gauche le sont aussi - de faire la part des choses. Il y a ce qui doit être fait pour l'Europe, elle peut avancer, il peut y avoir une construction politique importante de l'Europe et j'ai envie de cette construction politique. Et puis il y a la sanction du Gouvernement. Franchement, sur la sanction du Gouvernement, on a déjà bien en 2004, bien donné. Eh bien, on va bien donner en 2007. Parce que ce qui m'intéresse, c'est qu'en 2007, cela change. Je n'ai pas envie de me retrouver dans une situation comme on l'a cette année, où on ferait une prise d'otage du référendum, pour créer une crise qui profiterait à qui ? J'ai déjà donné en matière de crise. Il y a eu le 21 avril : une bonne fois pour tout, c'est derrière nous. Donc, ce que je veux, c'est préparer, avec tous les socialistes, avec toute la gauche, celle qui dit "oui", celle qui dit "non", l'alternance en 2007.

Q- Dont acte sur les socialistes européens... Et les socialistes français ? Serez-vous capables de dépasser tout ce qui vient de se passer : l'affaire Emmanuelli, J. Bové qui fait maintenant alliance avec L. Fabius et qui prépare peut-être un pique-nique pour le "non" ? Tout ça va laisser des traces...

R- Je vais vous donner quelques informations, si vous le voulez bien : J. Bové n'est pas membre du Parti socialiste et le Parti socialiste n'est pas un parti qui organise des pique-niques. Son rôle est quand même de préparer les idées pour demain. Alors, je ne sais qui déjeune, pique-nique avec d'autres, mais cela me paraît assez secondaire. En revanche, sur les propos d'H. Emmanuelli, il les a corrigés, il le fallait, et ils ne pouvaient pas être acceptés pour un socialiste, parce que nous ne pouvons pas mettre en cause notre propre histoire, c'est-à-dire notre propre identité de socialistes, au prétexte que certains seraient en désaccord avec le vote que viennent de prononcer les militants du Parti socialiste. Alors, chaque fois qu'il y a un socialiste qui s'égare - mais parce que c'est s'égarer que de ne pas respecter le vote majoritaire des adhérents du Parti socialiste -, mon rôle de premier secrétaire est d'appeler à l'unité, au rassemblement.

Q- Est-ce l'une des crises les plus graves que vous traversez ? On l'entend dire beaucoup quand même, y compris chez vous à gauche.

R- Non ! Mais ce que l'on entend n'est pas toujours vrai - et ce que l'on dit non plus, vous me direz ! Que se passe-t-il ? L'Europe a toujours été un sujet de controverse au sein de l'ensemble des familles politiques. La nôtre ne fait pas exception et je rappelle qu'en 1992, il y a même eu le départ de J.-P. Chevènement sur cette question. Cela a toujours été un débat. Je considère que c'est un débat important, mais le débat majeur est entre la gauche et la droite pour l'alternance. Il y donc là une discussion qui aurait dû normalement s'arrêter, parce que tous ceux qui aujourd'hui sont dans le non-respect du vote qui est intervenu, ce sont précisément ceux-là même qui l'avaient demandé. Il ne s'agit donc pas à mes yeux d'un comportement éthique et politique responsable. Mais ce que je veux dire ici, c'est que le Parti socialiste va faire cette campagne [inaud], parce que le traité constitutionnel est un progrès. Et ensuite, tous les socialistes se réuniront, se rassembleront comme ils l'ont toujours fait. Par ailleurs, pour la gauche, il en sera de même. La gauche ne s'est jamais retrouvée forcément sur les mêmes thèses européennes. Il faut savoir ce qu'était la position du Parti communiste - elle n'a pas changé d'ailleurs -, il y a vingt ans, sauf qu'il était à 22 % et qu'il est beaucoup plus faible aujourd'hui - je ne veux pas donner de chiffres, je ne veux pas être désagréable ce matin. Mais quand même, il y a toujours eu au sein de la gauche, sur la question européenne, une discordance. Cela n'a pas empêché la gauche de se rassembler, avec F. Mitterrand puis avec L. Jospin, mais cela n'a pas empêché non plus la gauche d'avancer sur les questions européennes. C'est toujours la gauche qui a fait avancer l'Europe et ce n'est pas aujourd'hui qu'elle va la faire reculer.

(Source http://www.parti-socialiste.fr,le 14 mars 2005)

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