Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, à "Paris-Match" daté du 17 mars 2005, en réponse aux questions des lecteurs sur la lutte contre le chômage des jeunes et des seniors, le recrutement et les débouchés professionnels des jeunes chercheurs en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, président de l'UMP, à "Paris-Match" daté du 17 mars 2005, en réponse aux questions des lecteurs sur la lutte contre le chômage des jeunes et des seniors, le recrutement et les débouchés professionnels des jeunes chercheurs en France.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. UMP, président

ti : Christophe Coiffard, 25 ans, actuellement en CDD à Air France, vit chez ses parents.

Question : Diplômé d'une école d'ingénieur depuis deux ans et malgré mon bac + 6, je n'ai connu que le chômage et les CDD. Je vis toujours chez mes parents. La question que je me pose est celle de savoir comment, sans emploi stable, sans CDI, je pourrais louer un appartement. Aucun propriétaire n'accepterait de louer à quelqu'un qui n'est pas sûr d'avoir du travail dans un mois. Si ma situation professionnelle ne s'améliore pas, suis-je condamné à vivre aux crochets de mes parents jusqu'à ce que ma situation se stabilise ?

Nicolas Sarkozy : Votre question illustre de façon très concrète, une réalité de notre droit du travail : le contrat à durée indéterminée, parce qu'il est très rigide pour les entreprises, les dissuade de recruter de façon définitive et au contraire les encourage à recruter sous la forme du contrat à durée déterminée ou de recourir à l'intérim. Ce n'est pas le moindre des paradoxes qu'un dispositif conçu pour protéger les salariés finit par développer l'emploi précaire. C'est pourquoi, je propose de faire évoluer le droit du travail vers un contrat unique dont le salarié verrait au fil du temps les protections et les avantages qui y sont associés s'accroître. Il faut stopper la machine à exclure.

S'agissant du logement, nous devons nous doter d'une grande ambition : permettre aux locataires des HLM de devenir propriétaires de leur logement. Dans mon département, nous permettons à 4 000 familles de réaliser ainsi leur rêve. Avec l'argent de la vente, nous construisons de nouveaux logements sociaux.

Sophie Talneau, 28 ans, diplômée de Sup de Co (Nantes) en 1999. Auteur du livre sorti fin 2004 "On vous rappellera". Au chômage depuis 2001.

Question : Si vous étiez élu président de la République, quelle serait la première mesure que vous prendriez pour réduire le chômage chez les jeunes ?

Nicolas Sarkozy : Je ne veux pas faire de politique-fiction et, encore moins, jouer à la comédie des pronostics. Je vais simplement vous dire ce que je pense de ce qui n'est pas à mes yeux une fatalité. Pour réduire durablement et fortement le chômage des jeunes, il faut faire 3 choses : donner à chaque jeune la chance d'une formation intellectuelle ou manuelle, gagner un point de croissance en plus en libérant l'économie française de toutes ses rigidités, exonérer durant quelques années l'emploi des plus jeunes les moins qualifiés de charges sociales pour leur ouvrir les portes des entreprises. Ce que je ne veux pas c'est donner de faux espoirs en laissant à penser qu'on peut construire sa vie sur de faux emplois

Question : Est-ce que dans le contexte social actuel, vous encourageriez vos enfants à faire des études, et d'autant plus des études longues ?

Nicolas Sarkozy : Oui, s'ils en ont le goût, la capacité et s'ils sont prêts à le mériter par leur travail personnel. Je crois à la promotion sociale par les études. Mais je sais aussi qu'il n'y a pas de modèle unique de réussite sociale. Faire de bonnes études vous fait gagner du temps dans votre carrière professionnelle mais on peut tout aussi bien réussir sans études longues. Puissions-nous mettre un terme à cette anomalie choquante qui consiste à avoir 3 millions de chômeurs et avoir dans le même temps beaucoup d'offres d'emplois qui ne sont pas satisfaites. Il y a beaucoup de métiers dans lesquels on peut trouver des satisfactions en même temps que gagner sa vie correctement. Il ne faut pas les délaisser. Il faut réhabiliter le travail, lui redonner un sens, le récompenser. Aucune politique sociale ne remplace un emploi.

Pierre-Édouard Noël, 45 ans, au chômage depuis juin 2003. Recherche activement du travail depuis bientôt deux ans dans le domaine du management marketing.

Question : On assiste aujourd'hui à un décalage impressionnant entre les résultats financiers de la plupart des grands groupes industriels et leur tendance à la restructuration. Quelle est l'analyse que vous en faites aujourd'hui ?

Question : Phase conjoncturelle d'épuration sous la pression des actionnaires: comment peut-on encadrer ou maîtriser ce phénomène ?

Nicolas Sarkozy : je ferai 4 remarques. La première, c'est qu'une entreprise, qui ne s'adapte pas court les plus grands risques dont celui de disparaître. La deuxième, est qu'il est sain qu'une entreprise fasse des profits. C'est le signe qu'elle produit de la richesse et donc de l'emploi. La troisième, c'est que les profits de certaines entreprises amènent à se poser la question de l'équité de leur distribution. Il est légitime qu'une entreprise rémunère ses actionnaires. Mais elle ne doit pas oublier que les salariés ont pris toute leur part dans la création de ces richesses. Il faut donc que ces derniers en bénéficient. Je précise qu'un revenu différé de quelques années, par des mécanismes de participation, ne convient pas au besoin actuel de pouvoir d'achat qui est immédiat. Il faut exonérer de charges la partie des profits distribuée aux salariés de la même façon que ce qui se passe sur les dividendes versées aux actionnaires. La quatrième remarque, c'est qu'une entreprise, qui réduit ses effectifs, non pas parce qu'elle est confrontée à des difficultés insurmontables, mais pour optimiser ses profits doit faire son devoir, c'est-à-dire reclasser son personnel en offrant à chacun la chance d'une formation ou d'un nouvel emploi. Une politique économique efficace se doit d'être juste. C'est un point sur lequel je ne transigerai pas

Question : Comment parvenir à gérer la "séniorisation" de la population des cadres dans cette perspective ?

Nicolas Sarkozy : Le problème de l'emploi des Seniors est préoccupant. 34 % des 55-64 ans ont un emploi, contre 50 % dans l'ensemble des pays de l'OCDE. C'est un formidable gâchis et cela est de nature à ruiner notre effort en faveur de la pérennité de notre système de retraites. Il faut lutter contre cette situation. Sans doute, faut-il envisager un allégement du coût du travail des Seniors, et cela -à la différence de l'emploi des jeunes- de façon pérenne. Il faut démanteler les mécanismes qui facilitent le départ en pré-retraite, qui règlent des situations immédiates en alourdissant les problèmes de l'avenir. Il faut supprimer la contribution Delalande qui est source de licenciements. Il faut aussi autoriser le cumul d'une retraite ou d'une pré-retraite avec une activité. Il faut encourager le travail plutôt que le décourager.

Cyril Berthet, 33 ans, jeune chercheur expatrié à Washington et coordinateur de "Sauvons la recherche - Jeunes chercheurs".

Question : Comment envisagez-vous d'améliorer le mode de recrutement des jeunes chercheurs pour faire face à la concurrence étrangère ?

Nicolas Sarkozy : De plus en plus de jeunes chercheurs sont tentés par l'expatriation. Ils aspirent à de meilleures conditions de rémunération pour eux et pour leur famille. Ils sont attirés par l'importance des moyens accordés aux laboratoires et aux équipes de recherche dans les autres pays. Je ne peux me résoudre à voir tant de nos jeunes les plus brillants s'imaginer que pour réussir il faut quitter la France. Nous avons une longue histoire mais nous ne sommes pas un vieux pays. Deux axes me semblent devoir être privilégiés : revaloriser les rémunérations offertes aux chercheurs en début de carrière. Il n'est pas normal, je dirai même pas décent, qu'un chercheur débutant gagne moins de 2 000 ¿ par mois ; renforcer l'attractivité des activités de recherche dans notre pays. Nous nous dispersons dans une myriade de structures. Nous avons un mode de pilotage et des règles de gestion qui entravent le développement cohérent des établissements et qui s'opposent à la responsabilisation. On ne pourra faire l'économie de réformes profondes. Plus de moyens, mais des moyens mieux employés et moins disséminés.

Question : Etes-vous prêt à ouvrir la haute fonction publique aux chercheurs ?

Nicolas Sarkozy : Les chercheurs sont-ils des hauts fonctionnaires ? A mes yeux, leur niveau de formation et la sélection dont ils ont été l'objet plaident incontestablement dans ce sens. Quant à l'ouverture des autres catégories d'emplois de la haute fonction publique, je pense qu'il faut en effet faciliter les passerelles -les créer au besoin- entre les activités de recherche et des responsabilités techniques ou managériales dans l'administration. La France a besoin de souplesse, d'ouverture, d'expérimentation. Nous souffrons de nous enfermer dans des statuts qui justifient tant d'immobilisme. Il faut abattre les murs !

Question : Pensez-vous que la précarité des jeunes chercheurs contribue à un meilleur rendement de leurs recherches? A dispenser un enseignement de qualité ?

Nicolas Sarkozy : la précarité, qu'il s'agisse de la recherche ou de toute autre activité professionnelle, n'offre pas le contexte idéal pour donner le meilleur de soi-même. Mais où commence et où s'arrête la précarité ? Je pense qu'il faut surmonter l'alternative caricaturale entre la précarité et l'emploi à vie garanti par un statut. Cette dernière forme d'emploi n'est pas non plus celle qui incite forcément le plus à la performance. Entre les deux, il doit pouvoir exister des formules innovantes qui respectent la spécificité -que je nie pas, bien au contraire- des activités de recherche. La recherche, singulièrement la recherche fondamentale, dont la première finalité est le progrès des connaissances requièrent un minimum de sérénité et une réelle indépendance d'esprit. Sans remettre en cause le statut, pourquoi ne pas imaginer des contrats de mission ou de projets sur des durées plus longues, assortis de rémunérations sensiblement plus élevées ?

Question : Comment envisagez-vous de favoriser l'innovation de nos entreprises tout en maintenant une recherche fondamentale forte et indépendante: que feriez-vous pour inciter les entreprises à recruter des chercheurs ?

Nicolas Sarkozy : D'abord en cessant d'opposer la recherche fondamentale et la recherche appliquée, la recherche dans les laboratoires publics et la recherche dans les entreprises. L'effort de recherche d'un pays ne doit pas privilégier l'une au détriment de l'autre. J'observe également que dans notre pays, les effets d'entraînement de la recherche publique sur le développement de l'innovation technologique dans le secteur privé sont notoirement insuffisants. Les pouvoirs publics doivent donc s'attacher à faire tomber les cloisons qui segmentent à l'excès notre effort de recherche et favoriser les synergies entre ses différentes composantes. C'est ce que j'ai voulu faire à Bercy en favorisant le développement des pôles de compétitivité. L'ambition de ce modèle de croissance fondé sur l'innovation est la création de nouveaux produits et de nouvelles richesses grâce au développement de collaborations de proximité entre la recherche publique et la recherche privée. Les allègements de charges sur les rémunérations des chercheurs et des techniciens de recherche qui participeront aux projets conduits par les pôles devraient inciter les entreprises à recruter de nouvelles équipes de recherche et à accroître leurs rémunérations.

Frédéric Sawicki, directeur du centre d'études et de recherches politiques, sociales et administratives.

Question : Pensez-vous qu'il est nécessaire d'aller vers un système où les dotations par élève seront alignées en classes préparatoires, dans les grandes écoles ou dans les universités ? Autrement dit, est-il possible que les universités disposent des mêmes moyens que les classes préparatoires aux grandes écoles ?

Nicolas Sarkozy : Ne croyons que les universités iraient mieux parce qu'on affaiblirait les grandes écoles. C'est une richesse de pouvoir choisir. La concurrence si elle est loyale est toujours saine. Je ne sais pas s'il faut absolument aligner les dotations. Ce dont je suis sûr, c'est que par rapport aux grandes écoles ou aux classes préparatoires, la France ne fait pas suffisamment pour ses universités. C'est un enjeu de premier plan pour notre avenir. Or, nous perdons du terrain. Pour les doter davantage, trois réponses : utiliser des marges de marges de manoeuvre que l'on peut dégager à l'intérieur du Ministère de l'Education nationale, faire en sorte qu'elles soient parties prenantes de l'effort supplémentaire entrepris au profit de la recherche, favoriser les dons grâce à des exonérations fiscales. Nous sommes beaucoup trop frileux sur ce point. Plutôt que de voir quitter notre pays tant de gens qui ont des moyens financiers, proposons leur d'investir dans nos universités. Au moins tout le monde en profitera-t-il¿

J'ajoute qu'un plus grand effort de la Nation en faveur des universités doit avoir une contrepartie : celle de l'évaluation et de l'adaptation à l'évolution des besoins de la société et de la science.

Question : Pourquoi les dirigeants politiques n'utilisent-ils pas les compétences des chercheurs pour résoudre les problèmes sociaux, sachant que très peu d'universitaires sont appelés dans les cabinets ministériels ?

Nicolas Sarkozy : Je voudrais dire d'abord qu'heureusement il n'est pas nécessaire d'être membre d'un cabinet ministériel pour faire avancer des idées. Dans mes fonctions ministérielles, j'ai toujours eu à c¿ur de solliciter le monde de la recherche, en commandant des études ou en rencontrant des chercheurs.

Constance Blanchard, 17 ans, élève en terminale de lycée Lavoisier, à Paris, présidente de l'Union nationale des lycéens.

Question : Si vous aviez un conseil à donner à Fillon pour calmer les lycéens manifestant contre son projet de loi, quel serait-il ?

Nicolas Sarkozy : Je lui conseillerais de continuer à expliquer aux lycéens, mais aussi à l'ensemble des Français - car le système éducatif appartient à tous - le contenu du projet de loi qu'il défend au Parlement. Je ne vois dans ce projet, que des dispositions favorables à une meilleure réussite des élèves. Je ne vois vraiment pas qui peut être choqué de l'affirmation que chaque élève doit avoir acquis au terme de la scolarité obligatoire, un ensemble de compétences et de connaissances indispensables ou qu'un contrat individuel de réussite éducative permette d'épauler les élèves en difficultés pour leur donner les mêmes chance qu'à ceux qui réussissent mieux. Ces objectifs ont pour objet de concrétiser notre idéal républicain. Le pire pour l'Education Nationale c'est l'immobilisme.

Question : Certains syndicats de droite recouvrent les grandes villes de France d'affiches sur lesquelles on peut lire: "Manifestation = manipulation", qu'en pensez-vous ?

Nicolas Sarkozy : Je n'aime pas la caricature ni les slogans trop réducteurs. Je ne mets pas en cause la sincérité des manifestants mais je suis aussi étonné du déficit d'information.

Olivia et Loïc, 35 ans, anciens élèves d'HEC, travaillant dans la banque et les télécoms à Londres.

Question : Londres est aujourd'hui la place financière dominante en Europe et donc concentre la majorité des postes en banques d'affaires. Que comptez-vous faire pour que Paris puisse rivaliser à ce niveau et offre des perspectives de carrière aussi attractives aux expatriés français de la finance londonienne?

Nicolas Sarkozy : Il faut réconcilier la France avec la réussite. Et surtout rendre cette dernière accessible à tous. Soyons accueillants pour tous ceux qui veulent investir en France, innover ou entreprendre. Cessons de décourager le travail. Les Anglais ont réussi à faire croire au monde qu'ils étaient le peuple le plus accueillant pour les entreprises. Nous avons des atouts bien supérieurs. A nous de retrouver l'énergie et de le faire savoir. Dans la concurrence entre les pays, le discours et la psychologie comptent plus qu'on ne le croit.

Question : Comptez-vous "harmoniser" dans l'environnement européen, la fiscalité et le système des retraites (beaucoup ne veulent plus revenir en France car leurs années de travail à l'étranger ne sont pas comptabilisées dans leur retraite en France).

Nicolas Sarkozy : L'Europe est ouverte. Les Européens sont mobiles. Il est normal que quelqu'un qui cotise pour sa retraite dans un pays puisse bénéficier des cotisations versées dans ce pays, même s'il travaille ensuite dans un autre.


Etienne, 24 ans, ancien élève de l'ESSEC, travaille dans une société de consulting, à Londres, et deux de ses amis.

Question : Ne pensez-vous pas que les stages et CDD nuisent à l'emploi en CDI des jeunes diplômés? Comment se fait-il qu'il soit plus facile de trouver un CDI à Londres qu'à Paris. Que proposez-vous pour y remédier ?

Nicolas Sarkozy : À force de vouloir surprotéger ceux qui ont un emploi, on rend plus difficile l'accès au travail pour ceux qui en sont exclus.

Question : Londres est un environnement de travail international. Pourquoi n'arrive-t-on pas à attirer les cerveaux étrangers vers la France ? Que proposez-vous pour rendre la France internationale et attractive ?

Nicolas Sarkozy : Ne soyons pas excessivement pessimistes. La France est un pays de haute culture. Elle est agréable à vivre. Elle possède de bonnes infrastructures. Son système de santé est de grande qualité¿ J'aurai tendance à dire que pour attirer davantage, les talents de l'extérieur, il faut qu'elle renoue avec le réalisme. Il faut que sa fiscalité baisse et donc qu'elle maîtrise ses finances et réforme ses politiques publiques. Il faut que le travail redevienne une valeur partagée et respectée, parce que c'est le travail qui est créateur de richesse. Personne ne peut comprendre, qu'à travailler moins nous pourrions créer davantage de richesse. Et pourtant, cette thèse a parfois été soutenue. Je comprends qu'elle puisse troubler à l'étranger¿

Question : Le risque de chômage est considéré ici comme faisant partie du travail dans certains secteurs et rémunéré comme tel. Pourquoi choisit-on toujours la sécurité du travail, en France, plutôt que de rémunérer le risque. Que proposez-vous pour y remédier ?

Nicolas Sarkozy : Notre droit du travail a été conçu pour une économie industrielle aux cycles longs. Notre économie d'aujourd'hui est une économie de service, légère et extrêmement réactive. Certains pays, qui ont fait évoluer leur droit du travail pour tenir compte de cette évolution ne s'en portent pas mal. Ils ont des taux de chômage, de moitié inférieurs au nôtre. Quel est le raisonnement ? La rupture d'un contrat de travail est un aléa normal mais il faut que la personne qui perd son emploi soit mieux garantie dans son revenu et surtout bénéficie d'un dispositif qui fasse que très vite, elle retrouve un autre emploi. Il y a là, je pense, un thème très important de dialogue et même de négociation, entre les partenaires sociaux et les pouvoirs publics. Je ne peux m'empêcher de regarder nos voisins étrangers et de souhaiter pour la France qu'elle s'inspire de ceux qui réussissent plutôt que de ceux qui échouent.

Question : Si vous étiez au pouvoir demain, quelles mesures prendriez-vous pour dynamiser le marché du travail en France ?

Nicolas Sarkozy : Les priorités sont :
- Créer les conditions d'une croissance forte.
- Ouvrir des discussions sur la rénovation du droit du travail afin que le travailleur retrouve plus vite un emploi et voie ses revenus mieux garantis.
- Rapprocher l'action des différents services, et notamment de l'ANPE et des Assedic, qui ont en charge les demandeurs d'emplois.
- Faire en sorte que chacun puisse vivre du fruit de son travail quelqu'il soit plutôt que de l'assistance.

Bernadette et Stéphane Gay, 26 et 27 ans, femme au foyer et chômeur. Ils ont 4 enfants entre 2 et 7 ans.

Question : Si vous étiez élu, compteriez-vous baisser, voire annuler la T.v.a. sur les produits alimentaires de base ?

Nicolas Sarkozy : Pour baisser un taux parmi l'ensemble, il faut un accord unanime de nos partenaires européens. Mais la question que vous posez est en même temps celle du prix des produits de consommation courante. Les prix des produits de la grande distribution, ces dernières années, dans notre pays, ont augmenté plus qu'ailleurs. Les Français payent aujourd'hui leurs produits de consommation courante 15 % plus chers qu'en Allemagne ou 7 % de plus qu'en Belgique ou en Espagne. Cela est du à l'existence de mécanismes, qui empêchent que la concurrence se fasse au profit du consommateur. Ministre de l'Economie, j'ai fixé un objectif de baisse de 2 % au cours du deuxième semestre de l'année dernière. On a parfois dit que c'était peu. J'observe que c'est en tout cas mieux que les habituelles augmentations. Et par ailleurs, cet objectif a été atteint. J'ai fait des propositions de modifications de la réglementation des marges commerciales ainsi que des implantations commerciales. On peut, à coup sûr, encore gagner 5 %. C'est un moyen efficace de créer du pouvoir d'achat.

Question : Baisseriez-vous les taxes qui pèsent sur les entreprises pour permettre aux patrons d'embaucher ?

Nicolas Sarkozy : La seule politique de soutien à l'emploi qui a démontré son efficacité, c'est la politique d'exonération des charges sociales. Il faut la poursuivre. Si on veut une ambition plus grande en la matière, il faut être plus déterminé quant à la réduction des dépenses publiques. Pour cela, il faut rechercher une meilleure efficacité de toutes nos politiques publiques, qui doivent être à la fois plus performantes et moins coûteuses.

Margot Baratte et Sophie Chalmin, 25 ans, vivent en colocation. Bac + 5, elles enchaînent les CDD et les périodes de chômage.

Question : Nous, qui avons eu la chance de faire des études et d'être privilégiées, nous sommes dans une situation précaire. Comment expliquez-vous qu'avec un bac + 5, nous évoluions dans les mêmes galères que ceux qui n'ont pas eu notre chance ?

Nicolas Sarkozy : C'est bien normal que vous preniez votre propre exemple. Mais si vous le permettez, j'élargirai votre question. Nous avons trop de formations qui sont déconnectées du marché du travail. Par ailleurs, tant de jeunes subissent une orientation qui débouche dans une impasse faute d'un enseignement qualifiant ! Nous avons considéré trop souvent que l'emploi était un gâteau à se partager, alors qu'il est une dynamique qui s'entretient (l'emploi crée l'emploi). Il y a eu trop d'activités " parking " qui coûtaient cher sans conduire à des emplois durables. Nous avons dépensé tant d'argent pour empêcher les gens de travailler ! Il n'y a pas de fatalité. Si la France a plus de chômeurs c'est qu'hélas il y a des raisons.

(Source http://www.u-m-p.org, le 18 mars 2005)

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