Déclaration de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, sur l'exposition "Jules Verne, le roman de la mer" au Musée de la Marine, Paris le 8 mars 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, sur l'exposition "Jules Verne, le roman de la mer" au Musée de la Marine, Paris le 8 mars 2005.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Inauguration de l'exposition "Jules Verne, le roman de la mer" au Musée de la Marine, à Paris le 8 mars 2005

ti : Messieurs les Ministres,
Madame la Secrétaire générale pour l'administration,
Monsieur le Chef d'Etat-Major de la Marine,
Amiral,
Monsieur le directeur,
Mesdames, Messieurs.


" Vingt mille lieues sous les mers ".

Nombreux sont ceux ici, j'en suis certaine, qui dans leur enfance comme à l'âge adulte, ont rêvé en parcourant ce récit de Jules Verne.

A une époque où le globe comportait encore de nombreux espaces inexplorés et où les profondeurs sous-marines étaient totalement inconnues, la mer était au centre de l'¿uvre de Jules Verne.

Aujourd'hui l'exposition " Jules Verne, le roman de la mer " nous fait partager le regard que cet authentique marin portait sur la mer et la marine. Elle nous fait découvrir son approche des progrès de son temps comme son influence sur certains de ceux qui ont consacré leur vie à réaliser les exploits imaginés par lui. (1).

Elle nous rappelle également que la personnalité et l'¿uvre de ce grand écrivain, disparu il y a cent ans, ont profondément marqué notre époque. (2).

Jules Verne était un authentique marin.

Loin d'être le voyageur de chambre présenté par certains, Jules Verne a beaucoup navigué.

Sa passion pour la mer lui était venue de ses promenades d'enfant dans le port de Nantes, de ses lectures comme le " Robinson Crusoé " de Daniel Defoe, de ses navigations, notamment en Méditerranée.

De nombreuses pages de " Vingt mille lieues sous les mers " furent rédigées dans l'étroitesse d'une petite cabine qu'il avait fait aménager dans l'une de ses premières acquisitions, un bateau de pêche.

Parmi les 62 " voyages extraordinaires ", très rares sont ceux qui ne possèdent pas au moins un passage important en mer.

La sélection d'¿uvres présentées atteste de cette passion, à travers l'histoire d'un naufrage inspiré du radeau de la méduse, une exploration polaire ou la construction d'îles artificielles.

Ce soir dans le sillage du Nautilus, nous sommes invités à une rencontre avec un patrimoine où l'imaginaire dialogue avec le réel.

Exposer Jules Verne au musée national de la Marine, c'est aussi évoquer le présent au regard de l'héritage d'un auteur qui a su faire rêver des générations entières à travers la science, le voyage, l'aventure de l'inconnu et de l'extrême, anticipant bien des réalisations.

Le Bathyscaphe et son record de plongée à 11 000 m, les dérives du Ben Franklin dans le Gulf Stream, le premier tour du monde en ballon sans escale, les maisons sous-marines de Jacques Rougerie utilisées par la Nasa pour permettre aux astronautes de s'entraîner, en témoignent.

Jules Verne est un passeur de rêves.

S'il nous parle encore, c'est sans doute parce que, très tôt, il place dans son époque des aventures qu'il sent possibles grâce au progrès.

S'il nous paraît si moderne, c'est aussi parce qu'il conçoit la navigation dans ces espaces d'aventures et de découvertes, comme une recherche d'harmonie de l'homme avec les éléments, non comme une lutte inégale avec eux.

" Vingt mille lieues sous les mers ", qui sert de fil conducteur à cette exposition, a permis de faire entrer des générations entières dans l'ère moderne en ouvrant la réflexion sur les prouesses du progrès.

Jules Verne y exprime mieux que quiconque sa fascination pour ces nouveaux héros que sont le scientifique et l'ingénieur.

Ce maître de l'anticipation, au delà du piment de l'aventure et de l'émerveillement a apporté aux jeunes générations et aux familles une réflexion éthique sur le progrès.

Le développement incontrôlé de la pêche de la baleine est déjà vu sous l'angle du risque de la disparition de l'espèce.

Les risques encourus par l'homme du fait des modifications climatiques sont déjà évoqués.

Le fameux Nautilus du capitaine Nemo, s'il est un lieu de vie pour habiter la mer et l'explorer, est aussi une arme potentielle et terrifiante lorsque Nemo est aveuglé par la vengeance et par la haine.

Oui Jules Verne nous enseigne que la machine n'est jamais un simple décor pour l'aventure. Elle est actionnée par l'homme, elle le renvoie sans cesse à lui-même et à ses contradictions.

Ce qui nous rend ce grand anticipateur si familier, c'est qu'il sent bien que les exploits techniques et humains ne s'accomplissent qu'à travers une vision, une utopie et une poésie qui les rendent possibles.

Et même lorsqu'il observe avec acuité les nouvelles possibilités offertes à l'homme de modifier son environnement et la géographie elle-même, il n'omet pas, dans un coup d'¿il satirique et prodigieux d'intuition, d'évoquer les conséquences redoutables de la technique de son temps.

Finalement, " la prophétie Vernienne " qui s'est le mieux vérifiée c'est sans doute sa crainte, si présente aujourd'hui, que l'humanité ne perde, au jeu du progrès, un certain art de vivre.

C'est en cela que Jules Verne nous inspire et appartient à notre présent.

Au-delà de l'élan explorateur et de la force généreuse qui se doivent de continuer à animer l'être humain, ce grand homme, idéaliste et romantique, follement imaginatif et d'une curiosité insatiable, prodigieux visionnaire qui sut si bien deviner les enjeux de notre époque, initie une façon de penser et d'agir, une manière d'être.

Finalement, nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, les enfants de Jules Verne.

Devant pareille contribution à la formation, à l'imaginaire, au plaisir, à la gravité, à son regard sur le monde, ses injustices, ses luttes, ses révolutions, ses conquêtes, son progrès, mais aussi ses dérives, on dit merci mille fois Jules Verne.

Merci aussi à ceux qui ont permis que nous partagions ces moments de bonheur ce soir et dans les prochaines semaines.

Nantes et Amiens sont les villes auxquelles Jules Verne est le plus identifié.

Elles se devaient d'être ici représentées.

C'est une bonne chose, comme l'est également la contribution inestimable à cette exposition, mais aussi au rêve de Jules Verne, de Jacques et Bertrand Piccard ainsi que de Jacques Rougerie.

Je tiens également à remercier, le Directeur, ainsi que l'ensemble des personnels du musée national de la Marine, d'avoir organisé cette exposition, démontrant à nouveau vos talents dans la conjugaison de la rigueur scientifique, de l'émotion et du rêve.

Vous avez voulu cette exposition pour le plus grand nombre, pour un public familial avec notamment de nombreuses animations et visites de découvertes pour les plus jeunes.

C'est une excellente initiative.

Cette exposition " Jules Verne, le roman de la mer ", c'est l'air libre, l'air vierge, l'air irrespiré.

C'est le grand souffle géant venu des profondeurs de l'illimité.

Ce soir, nous sommes citoyens du monde au sens littéral du terme.

A nous de savoir apprécier cet héritage et de nous rappeler ce que Jules Verne avait compris : il n'est pas pour l'homme de grands desseins d'où puissent se tenir absents, le rêve et la liberté.


Je vous remercie.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 18 mars 2005)

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