Déclaration de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la citoyenneté, le racisme et l'antisémitisme et la réforme du baccalauréat et des épreuves en option facultatives, Paris le 28 janvier 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la citoyenneté, le racisme et l'antisémitisme et la réforme du baccalauréat et des épreuves en option facultatives, Paris le 28 janvier 2005.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Conseil national de la vie lycéenne à Paris el 28 janvier 2005

ti : M. Gérard. - Merci, monsieur le ministre. Souhaitez-vous poser des questions au ministre ?

M. Muller. - Tout à fait. Bonjour monsieur le ministre et d'ores et déjà merci de votre présence. La nouvelle équipe du CNVL qui siégera pour les deux prochaines années s'est réunie pour la première fois toute la journée d'hier et ce matin en séance préparatoire. Cette séance, qui s'est d'ailleurs avérée très fructueuse, nous a permis de dégager notamment 10 questions diverses qui, nous l'espérons, trouveront réponse cet après-midi dans cette salle.

Passons tout de suite au compte rendu des ateliers sur le travail de mémoire, la lutte contre le racisme et l'antisémitisme dont vous parliez. Je passe la parole aux rapporteurs : Lydie, Steve et Georges.

M. Pogacéan. - Bonjour, monsieur le ministre. Nous souhaitons vous faire part de notre inquiétude face à la montée des actes racistes, antisémites et plus généralement des différents types de discrimination. En effet, nous avons pu remarquer un nombre croissant de tags racistes et antisémites ainsi qu'une montée des insultes verbales et des violences physiques. Comme vous l'avez dit, le nombre en est assez important et il ne devrait pas exister. Nous pensons que le racisme est la résultante de la peur et de la méconnaissance de l'autre. Nous avons aussi remarqué une baisse de la participation des lycéens aux différentes manifestations contre le racisme et les discriminations.

Tout cela nous a permis de dire que nous allons vers une banalisation de l'acte discriminatoire.

Mlle Somnier. - Face à cette situation, les élus du CNVL ici présents ont émis des propositions pour résoudre ces problèmes.

Nous pensons que la banalisation des injures raciales et discriminatoires dans le langage courant est un réel danger. Le code pénal condamne tous les actes de discrimination, aussi nous pensons que les équipes éducatives devraient veiller au respect de cette loi, qui est très importante, pour éviter tous les débordements.

Des moyens pédagogiques peuvent être mis en place et le sont en ce moment même. Nous pensons notamment à l'importance de l'éducation civique, juridique et sociale (ECJS), qui pourrait être organisée sous forme de débats axés sur les différentes formes de discrimination, permettant ainsi à chacun d'échanger et d'apprendre à connaître l'autre.

Nous pensons aussi qu'une campagne d'information sur les méfaits des médias serait bénéfique afin que les élèves prennent conscience de la différence entre fiction et réalité, et nous soutenons la campagne télévisée menée actuellement qui vise à informer le public des causes d'interdiction de visualisation de certains programmes.

M. Barbet. - Nous souhaitons maintenant transmettre les solutions à nos collègues qui sont élus mais également à tous nos camarades pour essayer de lutter efficacement contre tous ces problèmes.

Tout d'abord, nous souhaiterions utiliser le site Internet afin de lister sur une page les propositions et solutions qui pourraient être envisagées au sein des établissements.

Ensuite, nous souhaiterions également qu'un encart nous soit réservé dans la "Lettre de vie lycéenne", dont le premier numéro a été diffusé au mois de janvier. On pourrait y noter des idées et de petites initiatives qui ont été mises en place dans différents établissements.

Enfin, nous trouvons très intéressant le projet, qui nous a été présenté ce matin et dont vous venez de parler, et nous souhaitons tous nous y investir.

Mlle Frémont. - Bonjour, monsieur le ministre et bonjour à tous. Concernant la nouvelle loi d'orientation, plusieurs questions se posent. Je vais tout d'abord passer la parole à Benjamin qui souhaiterait aborder la question des TPE.

M. Sayag. - Mesdames, messieurs, monsieur le ministre, bonjour. Vous avez abordé tout à l'heure la question des travaux personnels encadrés (TPE). Je tiens maintenant à poser ma question Récemment, vous avez annoncé votre volonté de supprimer les travaux personnels encadrés. Vous n'êtes pas sans savoir que les TPE sont pour nous une source de motivation car ils nous permettent d'aborder des sujets intéressants et qui nous touchent personnellement.

Les TPE nous apportent des compétences valorisantes en matière de méthodologie qui nous seront utiles tout au long de notre vie, aussi bien dans nos études que dans le milieu professionnel. De plus, ce travail en équipe nous permet d'acquérir une certaine maturité et une ouverture d'esprit. Aussi, l'autonomie exigée par ces travaux peut éveiller en chaque lycéen une soif de connaissances et d'enrichissement culturel.

Dans le contexte actuel, pouvons-nous espérer de votre part une remise en question de fond de cette réforme ?

Pour terminer, sachez, monsieur le ministre, que les lycéens français attendent votre compréhension en ce qui concerne le maintien des TPE.

M. Fillon. - Toutes les idées que vous avez émises par rapport à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme peuvent être reprises. Elles sont toutes utilisables. Dans ce domaine, nous avons vraiment besoin de l'engagement et de l'imagination de tous.

Sur la question des travaux personnels encadrés, je redis, mais vous le savez très bien, qu'ils ne sont pas supprimés mais maintenus en première. Je sais que vous allez m'expliquer que ce qui vous intéresse, c'est la note au Bac et que la première ne vous intéresse pas, ce qui remet d'ailleurs un peu d'équilibre par rapport aux jugements que j'entends sur le fait que les TPE, c'est formidable. C'est surtout formidable parce qu'il y a une note au bac. Il faut le dire !

Nous regardons en ce moment, si le travail qui est fait en TPE en première ne pourrait pas faire l'objet d'une évaluation qui compterait pour le Bac, ce qui permettrait de régler au moins cette question.

Si je propose de les supprimer en terminale, c'est pour la raison suivante. Nous sommes le pays en Europe où les horaires des lycéens sont les plus élevés. Vous avez 1 100 heures de cours en moyenne quand vos camarades des autres pays européens en ont 960. Nous avons besoin de dégager des heures, notamment des heures d'enseignant, pour certains points clés de la réforme que je viens de proposer à l'instant, par exemple pour dédoubler les cours de langue car nous avons là une énorme faiblesse. Je veux bien que les TPE aient tous les avantages de la terre mais un lycéen qui n'est pas capable de parler correctement anglais ou une langue étrangère a vraiment du souci à se faire dans le contexte de notre économie européenne et de notre économie moderne.

Comme je ne peux pas additionner les heures et les moyens parce que je ne les ai pas, je suis obligé de faire des choix. En terminale, qu'est-ce que je peux supprimer sinon les TPE ? J'ai cherché naturellement mais je ne vois pas. Je ne vais pas vous supprimer des heures de mathématiques ni des heures de langue vivante puisque c'est là que nous avons des faiblesses. C'est la raison pour laquelle, même si je vois bien les inconvénients que cela représente, j'ai été amené -d'ailleurs en dehors de la réforme puisque cette décision s'applique à la rentrée prochaine- à supprimer les TPE en terminale. Je propose de les maintenir en première.

J'ai bien entendu, parce que j'en ai parlé déjà avec plusieurs d'entre vous, et bien compris que l'affaire du Bac était très importante. Nous sommes donc en train de regarder comment nous pouvons -M. Gérard pourra en dire un mot- introduire l'évaluation du travail de TPE fait en première au baccalauréat. Mais il faut bien comprendre que nous ne pourrons pas rester avec un système aussi lourd que celui que nous avons. 1 100 heures de cours au lycée, c'est trop par rapport à votre organisation personnelle, par rapport à votre travail personnel et c'est aussi extrêmement lourd par rapport à l'effort général que la nation doit faire sur l'éducation, qui doit être porté sur l'ensemble des âges.

M. Gérard. - Les TPE, comme vient de vous le dire le ministre, font partie de la réflexion générale du groupe qui va étudier le baccalauréat. Ce groupe va travailler sur tous les enseignements du lycée en s'interrogeant sur ce que l'on fait de ces enseignements pour le baccalauréat.

Les 6 disciplines dont on a parlé ont vocation à être des épreuves terminales mais il y a tout le reste qui sera aussi sanctionné au baccalauréat. Vous êtes d'ailleurs représentés par les délégués des organisations lycéennes dans ce groupe de travail sur le baccalauréat.

Si ce groupe de travail -cela peut être une suggestion que vous faites aux lycéens des deux organismes qui y sont et qui vous représentent- souhaite que les TPE faits en première soient évalués au baccalauréat avec des points supplémentaires, comme cela se faisait jusqu'à présent pour la terminale, nous n'y voyons aucun inconvénient. Le groupe doit simplement en parler. S'il le propose, nous n'avons aucune raison de le lui refuser.

Mlle Frémont. - Merci. Abdel va évoquer la question du contrôle continu au Bac.

M. Maarouf. - Merci. Mesdames et messieurs, monsieur le ministre, je voudrais vous faire part de l'inquiétude de tous les lycéens à propos de l'avenir de notre baccalauréat. Si celui-ci est modifié, quels changements concrets cela apportera-il ? Sa valeur sera-t-elle garantie sur l'ensemble du territoire ? Le manque d'information à ce sujet alimente nos craintes les plus vives.

M. Fillon. - Je vous ai répondu : il n'est pas question d'enlever au baccalauréat sa valeur nationale. Le fait de réduire le nombre des épreuves terminales n'enlève rien à cette valeur nationale.

La question posée est de savoir comment faire pour que toutes les matières soient évaluées, ce qui, encore une fois, n'était pas le cas autrefois. Je ne crois pas que le Bac d'il y a quelques années avait moins de valeur que celui d'aujourd'hui. Nous travaillons, avec le groupe que j'ai mis en place, sur les deux options : le contrôle continu et le contrôle en cours de formation. Nous devons trouver les garanties qui permettent de veiller à ce que les notations soient les mêmes dans tous les établissements parce que c'est cela la question au fond. Il y a des solutions. Patrick Gérard peut en dire un mot.

M. Gérard. - Je voudrais d'abord faire une remarque générale. On peut penser que le contrôle final des épreuves terminales est plus juste et plus équitable mais dans la pratique, chacun de vous le sait, il arrive que la même copie obtienne telle note avec tel jury et une autre note avec un autre jury, donc il ne faut pas croire que seul l'examen terminal est juste, ce n'est pas totalement exact.

Le groupe de réflexion va aussi réfléchir sur la question en se demandant s'il y a un cadrage du contrôle continu. Vis-à-vis des professeurs -qui mettent les notes du contrôle continu, et on leur fait confiance-, peut-on fixer des règles en expliquant que sur tel sujet, en histoire, géographie ou autre, il faut noter de telle manière, que telle importance doit être accordée au récit, à la carte, à la rédaction, à la réponse aux questions, à la compétence ? Sur tous ces points, nous allons essayer de cadrer les choses pour qu'il n'y ait pas d'injustice.

A l'université, comme l'a dit le ministre tout à l'heure, demandez ce qu'il en est à vos camarades qui sont en fac, la note de contrôle continu représente 50, 55, parfois 60 % du contrôle. Je n'ai jamais entendu dire que le contrôle continu à l'université -et pourtant les universités sont différentes de Nantes à Poitiers et de Lille à Marseille- était injuste et scandaleux. Cela fait aussi partie de la vie. Nous devons avoir confiance dans ceux qui attribuent les notes de contrôle continu. On peut essayer de cadrer les choses mais il n'y a pas de raison de ne pas leur faire confiance.

M. Fillon. - Là, vous devez conduire en toute indépendance une vraie réflexion. Il faut aussi écouter ce que disent vos parents et réfléchir à votre intérêt. Si nous faisons attention à ce que les notes soient bien les mêmes partout pour que le diplôme ne soit pas dévalorisé en fonction de l'établissement, il est plus confortable pour l'élève de ne pas tout jouer sur le seul rendez-vous de la fin du mois de juin, sur 10 ou 12 épreuves. L'idée d'équilibrer les risques au cours de l'année entre les épreuves terminales et le contrôle continu permet à l'élève qui a un accident à l'examen terminal de se rattraper sur la régularité.

Vous savez que pour rentrer dans un certain nombre d'établissements supérieurs -il ne faut pas se cacher les choses-, on regarde votre carnet scolaire. Si vous n'avez pas le Bac, vous n'y rentrerez pas mais vous pouvez avoir votre Bac et n'être pas pris parce qu'on a regardé si avez eu une scolarité à peu près régulière.

Je n'ai pas tranché cette question. Si tout le monde me démontre qu'il faut absolument arriver à un système de partiels parce que c'est plus sûr et que c'est moins risqué, nous le mettrons en place, mais vous devez avoir votre réflexion personnelle sur ce sujet parce certains vous expliquent que c'est une catastrophe mais ils ont des arrière-pensées. Vous devez donc penser à vous.

Je suis frappé de voir que les avis sont partagés sur la question. Sur certains sujets, il y a une certaine unanimité de la communauté éducative mais sur celui-ci, il y a de nombreux avis différents. Essayez de vous faire votre propre jugement et exprimez-le. Je vous assure que nous en tiendrons le plus grand compte.

Mlle Frémont. - Merci. Kassy va vous parler des inquiétudes des lycéens concernant les options facultatives.

Mlle Renard. - Bonjour à tous. Bonjour, monsieur le ministre. De nombreuses informations nous sont parvenues en ce qui concerne les options facultatives. Nous voudrions venir à la source pour en savoir plus et connaître celles qui sont vraies.

Nous voudrions savoir si les options facultatives vont être supprimées au Bac, si l'EPS va devenir une option facultative et pourquoi nous ne pouvons pas choisir deux options facultatives de même genre comme, par exemple, la musique et le théâtre.

Vous n'êtes pas sans savoir, monsieur le ministre, que les options facultatives sont chères aux lycéens car ils peuvent non seulement s'exprimer dans ces matières mais surtout ils les choisissent.

M. Fillon. - Ma réponse sera très courte et très simple : il n'y a aucune menace sur les options facultatives. L'EPS ne sera pas modifiée, elle aura toujours le même statut au Bac. Il n'y a jamais eu la moindre proposition de modifier le statut de l'EPS au baccalauréat et les options facultatives sont intégralement maintenues.

M. Gérard. - Je ne comprends pas comment vous avez eu ces informations...

M. Fillon. - Moi, je sais ! (Rires.)

M. Gérard. - ... Qui sont complètement fausses ! En seconde, il y avait deux options de détermination et une option facultative. Nous mettrons une option de détermination et deux options facultatives. Nous en augmentons le nombre.

L'éducation physique, quant à elle, est maintenue à tous les niveaux de la scolarité. Cela fait longtemps que nous la contrôlons par le biais de contrôles en cours de formation au bac. Il n'y a aucune raison de supprimer l'éducation physique.

Je vous signale d'ailleurs qu'un élève qui fait 2 heures d'éducation physique en seconde dans le tronc commun, 5 heures en enseignement sur une spécialisation et 3 heures d'UNSS fait 10 heures d'éducation physique par semaine. Je ne connais pas une matière qui soit plus enseignée au lycée que l'éducation physique et sportive, donc on ne peut pas dire qu'elle est menacée.

M. Fillon. - Je pense que la controverse tient à deux raisons.

Tout d'abord, certains ne comprennent pas ou feignent de ne pas comprendre ce que nous mettons dans le vocabulaire de socle de compétences et de connaissances fondamentales. Nous disons qu'au coeur des programmes de l'Ecole -et cela vaut pour le primaire et pour le lycée-, on identifie ce qui est vraiment l'essentiel et le fondamental et on dit que quelles que soient les difficultés que rencontre l'élève, l'Ecole doit se débrouiller pour qu'il ait acquis ces fondements, c'est-à-dire qu'il sache lire, qu'il maîtrise le français, qu'il ait les bases de mathématiques et de culture générale, qu'il maîtrise une langue étrangère ainsi que les technologies de l'information et de la communication.

Certains en ont conclu que tout le reste allait disparaître. Non, le reste ne disparaît pas ! Mais quand vous ne parlez pas français, vous pouvez toujours essayer d'acquérir des connaissances dans une autre matière, vous n'y arriverez pas ! Ces connaissances et ces compétences fondamentales doivent impérativement être maîtrisées, cela ne se fait pas au détriment d'autres matières.

Vous voyez le côté absurde qu'il y aurait à inscrire, par exemple, l'éducation physique dans ce socle parce que cela voudrait dire qu'à l'école primaire, on donnerait des heures de soutien à un élève qui aurait des résultats moyens en éducation physique. Cela paraît étrange par rapport au fonctionnement de notre système.

La deuxième raison vient du fait que nous avons proposé une rénovation du brevet qui aujourd'hui n'est pas obligatoire et qui le deviendrait. Puisque tous les élèves qui vont passer le brevet ne poursuivront pas forcément des études générales ensuite, je ne veux pas que le brevet soit un examen qui ne couronne que ceux qui sont bons dans les matières générales. Si on est meilleur en technologie, en arts plastiques ou dans des matières qui ne sont pas les mathématiques, le français ou autres, il faut cependant qu'on puisse avoir le brevet. Sinon, cela signifie que l'on continue à considérer, dans notre système scolaire, qu'il n'y a qu'une seule filière noble.

Pour y arriver, j'ai proposé qu'au-delà de trois matières obligatoires, les élèves puissent choisir dans un panier d'options celles qu'ils souhaitent prendre au brevet. Ainsi, chacun choisit les options dans lesquelles il est bon pour essayer d'équilibrer les choses. Cela veut dire que des élèves ne prendront peut-être pas l'éducation physique au brevet mais je ne vois pas en quoi cela menace l'avenir de l'éducation physique, au contraire.

M. Gérard. - Si vous regardez sur le site du ministère ce que nous proposons pour le brevet, vous verrez que l'éducation physique passe au coefficient 2 alors qu'elle est aujourd'hui au coefficient 1. Nous lui donnons donc encore plus d'importance qu'avant. Là aussi, il faut rétablir quelques vérités.

M. Maarouf.- Et pour la deuxième langue vivante ?

M. Fillon. - La question est réglée : je vous ai dit qu'après avoir mûrement réfléchi et compte tenu de l'importance des langues étrangères, nous avons décidé de mettre la deuxième langue vivante dans le tronc commun. Comme il y a une option de spécialisation, cela signifie que l'option de spécialisation sera les sciences économiques, ISI ou autre chose.

M. Maarouf. - La seconde langue est toujours présente.

M. Fillon. - Tout à fait.

M. Gérard. - Vous avez aujourd'hui deux options de détermination et une option facultative. Dans les deux options de détermination, 97 % des élèves prennent la langue vivante. Cette dernière passe dans le tronc commun, donc tout le monde la fait. Vous avez une option de détermination qui est l'autre matière que vous preniez et au lieu d'une matière facultative, nous vous en proposons deux. On ne peut donc pas dire qu'il n'y a pas de choix.

Mlle Frémont. - Merci beaucoup. Céline souhaiterait aborder le problème de la réduction des moyens.

Mlle Ramstein. - Monsieur le ministre, nous venons de prendre connaissance des perspectives de rentrée en matière budgétaire : suppressions de postes, réduction du nombre de personnels, restructurations, orientations que nous observons déjà depuis deux ans. Par conséquent, que se passe-t-il lorsqu'un établissement est confronté à des phénomènes de violence ? N'ayant plus assez d'adultes éducateurs, on a trop souvent recours à la répression au lieu de mener une réelle politique de prévention.

L'opération de sécurisation, que nous avons vécue comme une réelle opération coup-de-poing, en est l'illustration. Hormis l'incompréhension des lycéens suscitée par ce genre d'événement, leur désapprobation n'en fut que plus grande. En effet, pour nous, lycéens, cela coule de source que la pédagogie doit primer sur l'économie de moyens et nous espérons que vous orienterez la loi de d'orientation dans cette optique.

Voici, monsieur le ministre, nos préoccupations. Nous vous demandons ce que vous pouvez faire face à ces inquiétudes.

M. Fillon. - Vous devez d'abord savoir que nous sommes les champions du monde de la dépense en matière d'éducation, en tout cas parmi les pays développés. Un seul pays de l'OCDE fait mieux que nous. Nous consacrons aujourd'hui presque 24 % de la totalité du budget de l'Etat à l'éducation.

Je vous l'ai dit tout à l'heure, nous avons perdu 500 000 élèves depuis 15 ans alors que nous avons recruté 100 000 enseignants de plus. Cela veut dire que contrairement à un discours récurrent, le taux d'encadrement des classes n'a cessé d'augmenter : il y a moins d'élèves et plus d'enseignants. Il y a toutefois des limites à cette progression des moyens parce que, je vous le rappelle, il faut payer ces moyens et ce sont finalement vos parents et le système qui les payent.

Notre pays emprunte aujourd'hui presque trois mois de l'année pour payer ses dépenses courantes. Imaginez que vos parents soient obligés d'emprunter sur 10 ans à leur banque pour payer les achats de nourriture, le fuel ou le loyer de la maison. Cela ne durerait pas très longtemps. On ne peut donc pas ne pas chercher à maîtriser la dépense publique. S'agissant de l'éducation, elle ne baisse pas, elle augmente. Simplement, nous essayons de faire en sorte qu'elle augmente de manière raisonnable. Cette année, elle augmente de 2,8 % quand le budget de l'état, lui, est limité à 1,8 %.

Cela nous amène à tenir compte de la démographie. Quand les effectifs d'élèves sont en baisse très importante dans une région, dans une académie, on est obligé de retirer des moyens, ne serait-ce que parce que nous avons besoin de mettre des moyens ailleurs, là où les effectifs sont en augmentation. Par exemple, en ce moment, puisqu'il y a plus d'élèves dans le primaire et moins dans le secondaire, on crée des postes dans le primaire et on en met moins dans le secondaire. Quels que soient les discours des uns et des autres, tout le monde sera obligé à l'avenir de se conformer à cette règle parce que c'est une question de bon sens et de rigueur de gestion.

Il faut que vous sachiez -même si cet argument a un côté absurde parce que notre système scolaire, notamment du fait du nombre important d'options, ne permet pas de faire une règle de 3 aussi primaire que celle que je vais faire devant vous mais il faut bien le dire- que dans le secondaire aujourd'hui, si on rapporte le nombre de professeurs au nombre d'élèves, il y a 1 professeur pour 11 élèves. Vous allez me dire que vous n'êtes pas 11 par classe. C'est vrai parce que du fait du jeu des options, le système ne fonctionne pas comme cela mais il y a quand même 1 enseignant pour 11 élèves dans notre système. Aucun autre pays ne fait mieux. On est donc obligé de faire un effort de rigueur de gestion.

Je vois bien votre critique sur un point, c'est sur la question de la sécurité, et c'est en réalité sur la fin du système des emplois jeunes. Ce système, qui a été inventé il y a quelques années pour faire diminuer le taux de chômage dans notre pays, ne pouvait pas durer. On ne peut pas éternellement proposer dans un pays à des jeunes, comme horizon, de travailler dans la cour de récréation d'un établissement pour surveiller les élèves, avec un salaire très bas, quasiment pas de droits sociaux et des perspectives d'avenir extrêmement faibles. Ce n'est pas parce qu'on a été emploi jeune dans un lycée qu'on deviendra demain enseignant dans le même lycée. Cette idée était généreuse, elle représentait une certaine facilité, mais elle ne pouvait pas durer plus longtemps que la durée pour laquelle elle avait été créée, c'est-à-dire 5 ans.

Du fait du retrait de ces emplois jeunes, il y a moins d'adultes dans les établissements. Nous essayons de compenser par la création de postes de ce que nous appelons les assistants d'éducation. Nous en créons beaucoup. Pas assez, je le sais, nous allons essayer de faire mieux. C'est de ce côté qu'il faut chercher des solutions.

Un mot sur ce que vous avez appelé la répression. On ne va pas refaire des opérations de ce genre tous les jours mais tout le monde doit comprendre que quelque chose a changé : désormais, il n'y a pas de sanctuaire, il n'y a pas d'endroit où quelqu'un qui ne respecte pas la loi est à l'abri. Je crois qu'il faut bien se mettre cela dans la tête : ce n'est pas parce qu'il est à l'école que celui qui fait du racket a droit à l'impunité. Quelqu'un qui consomme de la drogue et qui alimente tout le trafic qu'il y a derrière doit savoir qu'il s'expose à des risques.

Maintenant, le travail se fera discrètement, en liaison beaucoup plus étroite avec les chefs d'établissement mais il fallait envoyer un signal, dire "Attention ! Derrière certains discours un peu généreux sur l'idée que l'Ecole doit être à l'abri de tout cela, il y a des gens qui font prospérer des trafics et des actions extrêmement dangereuses pour les jeunes et pour la société". Il faut trouver l'équilibre. Il faut toujours les deux : prévention, répression. Le coup de projecteur sur l'aspect répression a peut-être été un peu fort mais je pense qu'il était nécessaire.

Encore une fois, nous allons maintenant privilégier, et je m'y emploie, le travail avec les chefs d'établissement, en liaison avec les services de police et la justice pour que la police et la justice puissent venir faire du travail de prévention dans les établissements mais aussi, comme je l'ai dit tout à l'heure, pour que tous les actes délictueux, de violence, de racisme ou autre soient sanctionnés. Dans le passé, beaucoup de choses passaient à travers, notamment dans le domaine de la violence, parce qu'on se disait : "Ce sont des jeunes", et "Que va-t-on faire ? On n'a pas les outils, que cela va prendre du temps, la justice va mettre des mois à s'en occuper", etc. Le chef d'établissement renonçait à poursuivre. Aujourd'hui, tout cela doit s'arrêter. C'est dans votre intérêt qu'il y ait plus de sécurité dans les établissements.

Je prends en compte ce que vous dites. On ne fera pas d'opération comme cela tous les jours mais vous devez aussi comprendre que certains profitent de tout cela. Quand on m'explique que pour lutter contre le racket, il faut un peu plus de surveillants dans les établissements, oui et non. Lorsqu'on a affaire à un vrai délinquant qui se livre à des actes aussi graves, il faut des professionnels de la sécurité pour s'en occuper.

Mlle Frémont. - Maintenant, place à un témoignage émanant de Steve concernant le fonctionnement et l'utilité d'une salle de délégués.

M. Barbet. - Je voudrais évoquer le problème de la communication au sein des établissements, notamment entre les différents représentants élus : membres du Conseil d'administration, membres du CVL et aussi délégués de classe.

L'ouverture d'une salle de délégués de classe est une initiative qui a été prise dans plusieurs établissements. Cela permet :

1) de créer un espace commun pour les membres du Conseil d'administration, les membres du CVL et les membres élus délégués de classe ;
2) une meilleure circulation de l'information, notamment grâce à l'utilisation de casiers, ce qui permet de faire circuler l'information directement, de manière nominative, aux responsables élèves élus ;
3) de valoriser la fonction de délégué de classe ;
4) d'avoir un outil de travail pour les délégués de classe, cela leur permet de tenir leurs réunions dans cette salle et d'avoir éventuellement un ordinateur à disposition pour faire les comptes rendus.

Cette salle de délégués représente donc un atout considérable au niveau de la communication. Il serait bien que cette initiative soit relayée au niveau national pour améliorer la communication.

M. Gérard. - Les locaux, vous le savez, dépendent des collectivités locales, donc des conseils régionaux. On pourra regarder peut-être, lorsqu'on construira de nouveaux lycées, à le prévoir.

En attendant, avant d'essayer de réglementer tout cela au niveau national, vous pourriez en discuter dans les CAVL ou dans les conseils d'administration, qu'il y ait quelques expériences et qu'on regarde alors si cela marche, si c'est utile et qu'on essaie d'avancer. Si les expériences sont concluantes, on pourra peut-être généraliser. Des académies ont-elles déjà essayé ?

M. Maarouf. - Plusieurs.

M. Gérard. - Et cela fonctionne bien ?

M. Maarouf. - Oui.

M. Barbet. - Honnêtement, c'est un outil formidable pour communiquer. Comme une salle de professeurs, tout simplement.

M. Gérard. - Il faudrait peut-être en parler dans le journal de la vie lycéenne. Cela donnera des idées à ceux qui n'en ont pas et on encouragera les établissements à le faire.

M. Fillon. - On vient de me prévenir que le train que je devais prendre est annulé pour raison de grève. Je dois prendre la voiture, donc partir plus tôt. Il faudrait que nous nous arrêtions à 16 heures. Nous allons essayer de répondre rapidement aux dernières questions.

Mlle Frémont. - Frédéric voudrait évoquer les formations de secourisme AFPS au sein des établissements.

M. Kristiansson. - Mesdames, messieurs, monsieur le ministre, bonjour. Nous avons été alarmés d'apprendre que seulement 6 % de la population française possède l'attestation de formation aux premiers secours (AFPS). Or plus de 10 000 vies par an pourraient être sauvées si seulement 20 % des Français étaient formés à ces gestes.

Un des rôles majeurs de l'Education nationale est de former chaque élève à devenir un citoyen. Nous estimons que l'aide aux personnes en danger est un devoir important de citoyenneté. N'est-il pas alors important que dans chaque lycée de France, les élèves puissent bénéficier de cette formation ?

Nous avons conscience que ce projet est ambitieux et sûrement coûteux mais nous espérons obtenir votre soutien car nous jugeons que cette formation est réellement nécessaire.

M. Fillon. - Vous allez avoir satisfaction parce que la loi de santé publique et la loi de modernisation de la sécurité civile, qui ont été votées en 2004, prévoient que tout élève bénéficie, dans le cadre de sa scolarité obligatoire, d'une sensibilisation à la prévention des risques et aux missions des services de secours ainsi qu'un apprentissage des gestes élémentaires de premiers secours. Nous allons donc le mettre en oeuvre.

L'Education nationale étant une très grande maison, il faut un peu de temps pour mettre tout cela en application, mais ce sera généralisé dans tous les établissements. On peut utiliser beaucoup de bonnes volontés. De nombreuses associations comme la Croix rouge ou la Protection civile, peuvent apporter leur concours.

Mlle Frémont. - Merci beaucoup. Dernière question : Jean-Philippe va aborder les problèmes qui concernent particulièrement les départements et territoires d'Outre-mer.

M. Dolor. - Mesdames, messieurs, monsieur le ministre, bonjour. On constate, en France métropolitaine, une diminution des effectifs, d'où votre politique de réduction des moyens. En Guyane, c'est l'effet inverse qui est constaté. Par conséquent, monsieur le ministre, ne pensez-vous pas qu'il faudrait adapter les moyens donnés aux académies en fonction de leurs besoins ? Par ailleurs, ne pensez-vous pas qu'il faudrait une politique d'éducation adaptée aux spécificités des DOM, notamment la Guyane qui est confrontée à une démographie galopante ?

M. Gérard. - Cela a été fait dans la répartition du budget 2005 : on a augmenté les moyens de la Guyane. On a affecté des moyens supplémentaires aux départements d'o

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