Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer sur les innovations technologiques au service des transports urbains, Paris le 7 avril 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gilles de Robien, ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer sur les innovations technologiques au service des transports urbains, Paris le 7 avril 2005.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports, de l'aménagement du territoire, du tourisme et de la mer

Circonstances : Clôture du colloque Avenir Transports à Paris le 7 avril 2005

ti : Mesdames,
Messieurs,


Le colloque d'Avenir Transports est chaque année un rendez-vous attendu car il permet à tous ceux qui, à un titre ou à un autre, s'intéressent au transport de prendre au-delà du quotidien un certain recul. Je voudrais immédiatement remercier le président Christian PHILIP et à travers lui tout le bureau de l'association pour la qualité du travail et la haute teneur des débats.

L'année dernière, vous évoquiez l'avenir du transport ferroviaire, sujet sans doute un peu éloigné des acteurs des transports urbains réunis aujourd'hui. En 2003, vous aviez choisi le thème des services publics en Europe, thème prémonitoire alors que le règlement Obligations de Services Publics renaît actuellement.

Le thème retenu cette année : "innover pour surmonter les contradictions" me semble particulièrement pertinent, compte tenu des évolutions auxquelles élus, aménageurs, et usagers sont confrontés. Les thèmes choisis pour vos ateliers illustrent ces tensions : "densité et environnement", "accessibilité et fluidité", "rapidité et proximité".

Christian PHILIP vient de brosser la synthèse de vos travaux ; beaucoup de questions ont surgi, des pistes ont été évoquées pour y répondre et, comme chaque année, je lirais avec beaucoup d'intérêt les actes du colloque. Je voudrais vous faire part, d'abord comme ministre mais également comme ancien maire d'une grande ville Picarde de quelques contributions à vos réflexions.

Je voudrais évoquer avec vous d'une part les outils mis à disposition des élus et d'autre part le rôle central de la recherche qui peuvent contribuer à résoudre les contradictions de la ville.

1 - Des outils d'organisation de la ville à la disposition des élus.

Sans vouloir enfreindre la laïcité de l'État, je voudrais commencer en paraphrasant une citation de la bible. Au début du livre de la Genèse, il est écrit "Il n'est pas bon que l'homme soit seul." C'est ma conviction profonde. L'homme est un être profondément social et d'ailleurs les ermites sont finalement très marginaux. L'homme a besoin de contacts, de rencontres, de confrontations pour s'épanouir et affirmer son identité. Je ne crois pas que les villes soient apparues pour de seuls motifs économiques, comme lieu d'échanges et de marchés. Je crois que l'urbanisation, les villages, les bourgs, les villes, les métropoles, les mégapoles répondent à une aspiration profonde de l'homme et pas simplement à une contingence historique.

Comme votre colloque le souligne, la diversité des aspirations des urbains les conduisent à une mobilité toujours accrue. La ville est intrinsèquement traversée de profondes contradictions, de tensions entre la vitesse et la proximité, entre la fluidité et l'accessibilité, entre la densité et l'environnement. Avant de me plonger dans les difficultés que ces demandes contradictoires présentent, je voudrais me réjouir que ces tensions existent. Je comprends que vous soyez surpris de cette affirmation. Oui, je crois que ces tensions, ces aspirations multiples sont une source de richesse collective. Elles sont les signes de la vitalité de notre société. Une société sans tensions est une société anesthésiée, sans initiative, sans espérances.

Ceci dit, nous ne devons pas rester inactifs face à ces contradictions, face aux aspirations multiples de nos concitoyens en mouvement. Sans vouloir reprendre les discussions que vous avez eues aujourd'hui, je voudrais souligner le rôle essentiel des élus dans l'organisation urbaine, et en particulier dans l'organisation physique de la ville. Je ne crois pas que la ville puisse s'auto-organiser efficacement. Il faut des décideurs publics dotés des outils pour organiser la cité. Sans surprise, je vais vous citer les PDU, les PLU et les SCOT. Vous connaissez parfaitement ces outils, leur articulation, leurs vertus, leurs défauts aussi.

Je voudrais simplement souligner qu'enfin, avec ces outils, l'importance du lien entre urbanisme et déplacements est désormais explicitement reconnue et les collectivités locales peuvent définir leur politique globale de déplacements en même temps qu'elles élaborent leurs documents de planification urbaine.

Ces outils sont-ils suffisants et efficaces pour autant ?

Vous savez que j'ai demandé au Conseil Général des Ponts et Chaussées de se pencher sur la cohérence des politiques des collectivités locales en matière de planification urbaine, d'aménagement, d'organisation des déplacements et de stationnement. Le rapport qui m'a été remis, dit rapport Peigné, montre très nettement que l'efficacité des politiques de planification en terme de développement durable nécessite que leurs actions développent des logiques d'ensemble tant en termes de préparation et d'élaboration qu'en termes de mise en ¿uvre.

Il faut de toute évidence une plus grande coordination entre les démarches et, en ce domaine, l'État doit vous aider.

Il doit donc prendre une posture active, en développant et en affirmant l'intérêt de l'ingénierie publique, avec le CERTU qui restera l'expert de référence à votre disposition, avec les DDE et les DRE dont l'expertise doit se développer.

Le préfet doit avoir lui aussi un rôle déterminant pour mettre en ¿uvre des rapprochements entre institutions, par exemple en créant des conférences locales chargées de confronter les points de vue des responsables locaux sur l'aménagement, l'urbanisme et les déplacements.

De même, des mécanismes de régulation des fonctions communautaires peuvent être mis en place; ces mécanismes pourraient consister en un élargissement des compétences des syndicats mixtes prévus en matière de transports par la loi Solidarité et Renouvellement Urbains vers des compétences d'urbanisme et d'aménagements urbains.

Vous le comprenez, il faut décloisonner, ce qui veut dire prendre en compte systématiquement les territoires limitrophes ou sous influence (je pense au périurbain) et peut-être pour les agglomérations et les aires métropolitaines les plus importantes (par exemple au-dessus de 500.000 habitants) créer une autorité de régulation appelée à se substituer aux collectivités membres pour l'exercice et le financement d'actions communautaires dépassant le seul niveau et le seul intérêt de chacune d'entre elles.

Je veux y travailler avec vous dans les mois à venir et je lirais avec attention vos propositions.

2 - L'innovation technologique au service des transports urbains

A côté des outils d'organisation, à la disposition des élus, je crois au rôle essentiel de la technologie pour nous aider à résoudre les contradictions urbaines dont vous avez débattues aujourd'hui. La semaine dernière, un grand quotidien du soir avait fait tout un reportage sur les modes de transport du futur présentés à l'exposition universelle d'Aicha au Japon. Vous avez lu comme moi la description du bus du futur capable de rouler sans chauffeur sur des voies aménagées puis avec chauffeurs dans la circulation normale, et naturellement le tout au gaz naturel. Comme vous, j'ai rêvé devant l'i-unit nouveau mode de transport individuel fabriqué en matériaux d'origine végétale ou le linimo un des premiers trains commerciaux utilisant la technologie du mag lev.Autant d'outils qui ouvrent la voie à un futur apaisé.

Mais le Japon est loin, et le futur est lointain. Que fait-on aujourd'hui en France ?

Je dois ici évoquer le PREDIT.

Facteur d'innovation, ce programme de recherches, d'expérimentation et d'innovation dans les transports terrestres, initié et conduit par les ministères chargés de la recherche, des transports, de l'environnement et de l'industrie, ainsi que par deux agences, l'Ademe et Oséo anvar,vise à favoriser l'émergence de systèmes de transport économiquement et socialement plus efficaces, plus sûrs et plus économes en énergie. Le premier programme (PREDIT 1) de 1990 à 1994 a été principalement consacré aux innovations technologiques dans les véhicules (TGV, métro léger...).

Le PREDIT 2 de 1996 à 2000 a couvert un champ sensiblement plus large, impliquant les sciences humaines et sociales, et a beaucoup contribué à l'amélioration et à la diversification de l'offre de transport public en ville (véhicules guidés, microbus, expérimentations de véhicules individuels en libre service..). Le PREDIT 3, programme de plus de 300 M d'euros de concours publics, s'organise autour des quatre grands enjeux collectifs que sont les questions énergétiques et environnementales, les problèmes de sécurité, notamment la réduction des risques liés aux transports dans un contexte d'accroissement prévisible des trafics, l'organisation de la mobilité des personnes et enfin les transports de marchandises. Pour ce qui est des transports urbains, voici quelques projets du PREDIT qui préparent l'avenir :
- Le projet RAMPE, ce boîtier qui "lit" les panneaux pour les aveugles en ville,
- Le projet SARRASIN qui améliorera les transports dans les zones plus denses,
- Le projet LAVIA sur les aides à la conduite qui profitera naturellement aux transports collectifs...

Mais le futur s'invente dés aujourd'hui sous nos yeux et contribue à faciliter le rapport des usagers aux transports, des citadins à la ville, des hommes aux hommes. Je vous citerais par exemple le développement des technologies 'sans contact' comme le passe Navigo promu par la RATP dont je salue la présidente, ou comme le paiement par SMS des titres de transports comme Transdev l'a expérimenté sur les pistes cet hiver. Des technologies innovantes qu'il faudra sans doute normaliser pour les généraliser et là est un des rôles fondamentaux de l'État. Mais le futur d'aujourd'hui, c'est aussi la généralisation des tram-trains, les nouvelles générations de tramways sans guidage physiques, ou l'automatisation des lignes de métro dans laquelle l'Europe possède une avance technologique certaine. Des innovations dans les véhicules au gaz, dans les véhicules électriques, dans les services en stations illustrent le dynamisme du monde des transports. Et comme toujours, ces sauts technologiques sont apparus pour faire face à une demande pour dépasser une contradiction entre les aspirations de nos concitoyens. Vous le savez, je n'ai pas peur de l'avenir. J'adhère totalement au mot d'ordre de votre colloque 'innover pour dépasser les contradictions.

Paradoxalement, je voudrais conclure mon propos sur un exemple plus modeste. Je voudrais vous parler de Rodez. Des transports cohérents, ce sont des transports où l'on agit à la fois sur l'offre et les tarifs. Un bon exemple me semble être le réseau de transport Octobus du Grand Rodez grâce à l'augmentation de l'offre, à une gamme tarifaire diversifiée et à la création d'une navette reliant le centre-ville à l'université, qui a donné aux jeunes l'habitude d'emprunter les autobus. La fréquentation du réseau a progressé de 44 % ! Cet exemple me semble utile, car il montre qu'innover pour rendre la ville plus accueillante, ce n'est pas nécessairement développer des technologies nouvelles sophistiquées, mais plus simplement intégrer en une politique d'ensemble coordonnée toutes les possibilités existantes.

Par exemple, pour en revenir à l'exemple de Rodez, créer des lignes nouvelles, étendre le système de commande prioritaire de bus aux feux rouges, offrir une gamme tarifaire adaptée aux différentes clientèles : une gamme Mobi pour les jeunes, une gamme Pro pour les actifs, une carte Avantage pour les services. Innover, c'est facile, c'est à la portée de tous les élus qui le veulent, innover porte ses fruits et permettra de faire les transports et de redonner espoir à la ville.

Je vous remercie pour votre attention.

(Source http://www.equipement.gouv.fr, le 11 avril 2005)

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