Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la mobilisation en faveur du plan cancer, à Nice le 11 avril 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, sur la mobilisation en faveur du plan cancer, à Nice le 11 avril 2005.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement de Jean-Pierre Raffarin à la faculté de médecine de Nice, à l'occasion du 2e anniversaire du Plan cancer, Nice le 11 avril 2005

ti : "Monsieur le préfet, Monsieur le président, Monsieur le maire, Monsieur le doyen, Mesdames et Messieurs,


Merci de votre accueil et merci de l'accueil que vous faites à ceux qui bâtissent l'Institut national du cancer et qui construisent ainsi cette tête de réseau qui va tous nous mobiliser. Nous célébrons aujourd'hui d'abord, un anniversaire, celui des deux ans du plan cancer, chère Pascale Briand, une naissance, celle de l'Institut national du cancer, et donc la fin de la mission interministérielle de lutte contre le cancer. Je voudrais tout de suite adresser ma profonde et sincère gratitude à Pascale Briand pour l'oeuvre qu'elle a menée avec compétence, avec aussi le sens des contacts, avec son courage et avec cette capacité d'allier l'attention aux problèmes les plus scientifiques, les plus technologiques, et même temps les plus humains, les plus attentifs. Je crois que nous avons réussi dans cette préfiguration du plan cancer à garder cette volonté exigeante de rigueur scientifique et même temps cet attachement à faire en sorte que le patient soit toujours au c¿ur de la démarche et d'être très attentif à ses propres préoccupations, ne jamais le quitter dans l'ensemble de la construction de cette mobilisation. Je voudrais saluer l'engagement de Nice et de l'ensemble de la région Provence Alpes Côte d'Azur dans les différents volets du plan cancer. Saluer cette exemplarité faite d'enthousiasme, de professionnalisme et vous dire que j'ai été impressionné tout à l'heure par notre capacité de rassemblement que l'on m'a montré, rassemblement des équipes, avec des origines diverses, rassemblement qui dans bien des villes de France ne sont pas si faciles à faire. Rassemblement donc, médical, scientifique, de l'ensemble des acteurs de ce plan, et j'ai même vu qu'on est allé jusqu'à Marseille donc rassemblement territorial ce qui prouve la grandeur d'âme de Nice, ce qui ne m'avait jamais échappé. Je voudrais remercier le professeur David Khayat, le président de l'Institut national du cancer, vous avez pu remarqué tout à l'heure son message scientifique, la densité de ses propos, quand on l'écoute on voit qu'il a la pensée claire, ce qui est rassurant pour nous tous, pour l'oeuvre qu'il va avoir à mener tellement la structure est forte, elle part d'une ambition du Président de la République de toute la Nation et elle a comme ambition non pas d'être une administration supplémentaire, mais d'être une sorte de tour de contrôle, un logiciel central qui est partenaire de l'ensemble des acteurs, les acteurs étant libres de leurs initiatives, mais travaillant dans une cohérence d'intérêt d'abord national, mais aussi européen.

Depuis deux ans, la lutte contre le cancer a pris une nouvelle dimension.

Je tiens à saluer l'ensemble des acteurs. Je tiens à vous dire que les engagements budgétaires ont été tenus, et je crois que c'est très important pour la crédibilité du plan cancer. L'assurance maladie consacrera, elle-même, 50 millions en 2005 au développement de l'hospitalisation à domicile (HAD), qui en complément donc des 80 Millions d'euros pour 2005, qui ont déjà été versés comme avance pour l'ensemble du dispositif et ceci avec des crédits consacrés par l'Etat au Plan cancer. 80,5 millions pour 2005, c'est quand même, sur 2004-2005, 1,5 milliard d'euros qui sont mobilisés pour des mesures nouvelles pour lutter contre le cancer. C'est donc un plan pluriannuel, ambitieux, et qui est l'objet à la fois d'une stratégie globale, mais aussi d'actions concrètes pour mener ce combat. D'abord, je dirais qu'il faut souligner l'ensemble des dispositifs qui visent au rééquilibrage indispensable en faveur de la prévention et du dépistage. C'est un point-clé du Plan cancer. Nous voulons vraiment renforcer le dépistage organisé ; c'est ce qui a été fait avec P. Douste-Blazy à propos du cancer du sein. C'est ce que nous voulons généraliser et c'est aujourd'hui 7 millions de femmes (entre 50 et 74 ans) - on a discuté tout à l'heure de cette date de 74 ans, qui n'est pas forcément aujourd'hui pertinente - qui sont désormais convoquées tous les deux ans pour bénéficier d'une mammographie de dépistage du cancer du sein gratuite.

Sur le quart du territoire, les personnes de 50 à 74 ans peuvent déjà bénéficier du dépistage organisé du cancer colo-rectal, tous les deux ans. La généralisation de ce dépistage est prévue pour 2007 ; c'est pour notre action un objectif prioritaire.

15 000 personnes susceptibles de présenter des prédispositions génétiques à certains cancers ont d'ores et déjà bénéficié de tests d'oncogénétique.

Tous les patients concernés mais aussi leurs familles ont désormais accès, sur l'ensemble du territoire, aux consultations d'oncogénétique dans des conditions comparables de qualité. Je tiens absolument à souligner ce point ; il fait partie de ce souci de justice sociale qu'évoquait tout à l'heure D. Kahyat.

Enfin, l'Institut national du Cancer va s'attacher à accentuer la sensibilisation du dépistage et au dépistage du cancer du col de l'utérus. C'est aussi un point pour lequel il y a une pédagogie à partager dans notre société.

Ensemble, nous ne devons pas relâcher nos efforts pour convaincre ; il faut encore faire tomber des barrières psychologiques, chère Pascale. Certaines sont tombées, il nous en reste encore quelques-unes, des barrières psychologiques au dépistage notamment, pour permettre des guérisons dans les meilleures conditions.

? En matière de prévention et donc de cancers évitables, la lutte contre le tabagisme actif mais aussi passif -on voit que les consciences ont bougé sur ce sujet, c'est aussi important-, a pris une dimension jamais atteinte auparavant grâce à des choix que nous avons affirmés, et qui reçoivent de la part de nos concitoyens, de plus en plus d'adhésion, notamment des jeunes.

Le tabac est moins accessible, et c'est, je crois, un point essentiel de la stratégie. Les prix sont devenus dissuasifs - + 42 % en janvier 2003 et en janvier 2004 -, cela nous vaut quelques amis, mais enfin nous continuons dans cette direction. C'est un élément clé aujourd'hui de notre mobilisation nationale. Il n'est plus possible aujourd'hui d'acheter des cigarettes avant 16 ans, et nous sommes très attentifs sur ce point-là. Des campagnes seront multipliées pour sensibiliser les jeunes. Les adultes ont pris de plus en plus conscience des ravages du tabagisme actif et passif. Il faut partager cette conscience avec les jeunes, et donc mobiliser l'éducation nationale.

Dans 80 établissements scolaires depuis le mois de février de cette année, les élèves de CM2 et 6ème reçoivent une information spécifique sur le tabac par des intervenants spécialisés. Cette action concernera tous les établissements progressivement d'ici à 2008. Et on dénombrait fin 2004, 483 lycées sans tabac et de très nombreuses initiatives qui se sont développées dans cet esprit partout en France.

L'environnement de nos concitoyens est moins enfumé et mieux surveillé : un nombre croissant d'"entreprises sans tabac", 537 hôpitaux sans tabac, dont 40 maternités, sont aussi affirmés "sans tabac". Nous avons fait un certain nombre de tests dans la population, notamment à travers des TGV "sans tabac" et on voit qu'il y a une adhésion forte, même s'il y a quelques résistances marginales Mais globalement, l'adhésion progresse à cette logique de "l'espace sans tabac".

L'aide à l'arrêt du tabac, enfin, a été mise à la disposition du plus grand nombre : près de 500 consultations de tabacologie hospitalières et non hospitalières existent désormais sur l'ensemble du territoire national, et le délai moyen d'attente pour un premier rendez-vous a été divisé par deux. Ce qui est un élément aussi très important.

Les substituts nicotiniques sont gratuits pour les personnes en situation de précarité ; 15 000 personnes affiliées à la CMU complémentaire bénéficient d'un sevrage nicotinique gratuit à titre expérimental. Ceci appartenant à la même logique.

Mais il est impératif de faire mieux encore, notamment auprès des jeunes, je l'ai dit, en étant attentifs à l'évolution de leur mode d'accès au tabagisme. Comment l'on arrive et quels sont les moteurs de ce passage au tabagisme ? C'est ainsi que le Gouvernement s'apprête à interdire la vente de papier à rouler en dehors des bureaux de tabac ; un certain nombre de pratiques que nous avons clairement identifiées et pour lesquelles nous allons intervenir.

Le gouvernement lance une mobilisation pour l'éducation à la santé et la prévention des cancers professionnels et environnementaux : le plan cancer est aujourd'hui conforté par les autres plans que nous menons dans l'ensemble de cette dynamique, notamment, le plan national santé environnement et le plan santé au travail, qui est en phase finale d'élaboration.

La nutrition est un chantier qui est également ouvert par la loi de santé publique qui est désormais prioritaire. L'effort d'information déjà entrepris sera encore amplifié, notamment en direction des enfants et des adolescents.

? Pour les patients, dont on a dit qu'ils étaient au c¿ur même du dispositif :

Des changements très concrets sont déjà intervenus tant dans leur prise en charge médicale que dans leur vie quotidienne ; l'année 2005 ayant constitué un tournant majeur.

D'importants progrès ont été réalisés dans trois domaines : l'annonce de la maladie, j'ai vu tout à l'heure dans notre débat combien le sujet restait un sujet très important. Il est vrai que l'annonce de la maladie, quand le message est exprimé par des patients, il a quelque force, quelque crédibilité, dont les pouvoirs publics doivent tenir compte. Mais je sais que beaucoup d'efforts sont faits dans cette direction. La possibilité pour les patients d'être soignés chez eux. Les soins qui améliorent leur qualité de vie : consultations anti-douleur, soins palliatifs, soutien psychologique.

Nous sommes résolument tournés vers la qualité globale de la prise en charge dans la dimension médicale et humaine, et le plan cancer engage très fortement l'ensemble de toutes les équipes soignantes.

J'ai pu le constater, ici, auprès de patients que j'ai écoutés tout à l'heure, de voir combien les différents services de cancérologie de Nice, sont attentifs à tous les aspects de cette mobilisation et de cette attention.

Le travail en réseau de tous les professionnels prenant en charge des malades du cancer est un pas de géant que nous sommes en train de réaliser, que vous avez réalisé. C'est là aussi, une des forces, je pense, de Nice, dans l'ensemble du réseau, qui légitime certaines ambitions de votre ville dans notre organisation nationale.

Il est indispensable pour que tous, l'on puisse développer des soins de qualité, qui innovent naturellement dans l'ensemble du processus. Innovation pour tout ce qui est d'ordre psychologique mais aussi, naturellement, de la recherche clinique.

La qualité de vie des malades s'améliore grâce au développement rapide de l'hospitalisation à domicile, et nous atteindrons l'objectif qui est fixé par le plan cancer de 8 000 places en 2007. De plus en plus de patients peuvent recevoir des chimiothérapies à leur domicile, dans des conditions qui garantissent aux patients la même sécurité qu'à l'hôpital. On a vu aussi tout à l'heure que c'est un élément, là aussi, de changement important. Les soins infirmiers à domicile ne sont plus réservés, depuis juin 2004, aux personnes de plus de 60 ans. Nous avons encore, je pense, un certain nombre de mouvements encore à faire, et la limite d'âge est un des sujets sur lequel nous avons encore à bouger.

Un premier modèle de prothèse mammaire externe est intégralement maintenant remboursé depuis février 2005, et d'autres modèles seront inscrits sur la liste des prestations remboursables dans le courant de l'année 2005. C'est un sujet dont on a parlé, la prise en charge intégrale de plusieurs modèles de prothèses capillaires sera effective dans le courant de l'année 2005. Et donc, là, nous serons attentifs au message qui nous a été exprimé tout à l'heure. J'ai bien entendu ce qui m'était dit. Le plan cancer a permis aussi une montée en puissance très rapide des équipements d'imagerie. Et sur tout le territoire, les patients peuvent désormais accéder à un examen TEP ou PET - selon qu'ils parlent anglais ou français. 45 appareils sont opérationnels, contre 24 en 2003, et 27 nouveaux seront installés dans les deux années qui viennent, 2005 et 2006.

Je suis heureux de voir qu'à Nice vous avez pu bénéficier d'un Petscan de la dernière génération, grâce notamment au partenariat financier que vous avez su développer et je salue l'action du conseil général et de son président dans cette dynamique : 137 nouveaux IRM et 183 nouveaux scanners ont été installés en 2003 et 2004.

Tous les patients, pris en charge dans le secteur public ou le secteur privé, reçoivent les médicaments maintenant les plus innovants et adaptés, quel que soit leur prix avec l'accès aux technologies qui s'est considérablement amélioré. L'assurance maladie a consacré 40 millions d'euros en 2004 et autant en 2005 pour le remboursement de ces médicaments qui sont évidemment coûteux, remboursements auprès des établissements de santé.

Nouvelles molécules, nouveaux traitements, nouvelles techniques chirurgicales, diagnostiques ou tout ce qui peut concerner les, nouveaux protocoles notamment : Les progrès qui sont enregistrés dans l'ensemble de ces domaines permettent de faire reculer un peu plus chaque jour la maladie et de guérir plus de la moitié des malades. D'où l'importance de cette mobilisation et de ce suivi. Cette annonce qui n'est pas l'annonce fatale, mais l'annonce aussi que derrière le combat, combat de tous, il y a l'espoir.

Ces avancées sont donc très importantes et je voudrais dire qu'elles sont complétées, renforcées par les postes de soignants, qui ont été créés et qui sont pourvus - 600 postes l'ont été récemment.

? S'il est enfin un volet où l'impact du plan cancer est particulièrement marquant, c'est celui de la recherche. C'est toute la démarche des cancéropôles qui doit structurer le dispositif en le mettant en réseau. Le mot n'est pas trop fort quand on sait la difficulté à faire prévaloir une logique de projet sur une logique institutionnelle. Il est important que le concept de réseau puisse s'installer dans cette dynamique. Il ne s'agit, ni de construire de nouveaux sites d'excellence avec des déserts hors cancéropôles à côté, ni de concentrer l'intelligence sur ces sujets. Au contraire, il s'agit de faire en sorte que l'on puisse avoir des pôles à forte lisibilité internationale, mais en même temps une capacité de travail en réseau, de manière à mobiliser l'ensemble des énergies et à utiliser au mieux les moyens financiers. Les cancéropôles sont la matrice de ce que je souhaite pour permettre dans l'ensemble de ce plan à tous les partenaires d'être capables de mobiliser toutes les innovations et d'avoir une contagion des bonnes pratiques, ce qui est au fond la logique de ce type d'organisation.

Je voudrais dire, puisque j'ai reçu quelques propositions de la part des chercheurs, ici "Sauvons la recherche" et des étudiants en médecine, je voudrais vraiment, en ce qui concerne la recherche, rassurer ceux qui sont inquiets. J'ai en effet reçu le comité de suivi sur la recherche il y a quelques jours à Matignon avec les deux ministres en charge de ce dossier. Je veux vraiment confirmer que si j'ai annoncé la création de 3 000 postes pour l'année 2006, c'est parce que je souhaite finaliser avec l'ensemble des partenaires le projet de loi, le faire très très vite pour que nous puissions passer en Conseil des ministres, comme je m'y suis engagé avant les vacances et de manière à ce que cette loi sur la recherche puisse être applicable au 1er janvier 2006. Puisque nous avons encore quelques discussions, mais qui sont en voie de finalisation - je pense notamment aux PRES, aux mécaniques d'organisation de synergies, l'ensemble de ce dispositif fait que j'ai voulu prendre l'engagement tout de suite, pour le budget 2006, mais naturellement, la programmation prévue dans les jours qui viennent, puisqu'il faudra les faire connaître rapidement après que le dispositif des PRES sera arrêté, de manière à ce que nous puissions aller au Conseil économique et social qui est nécessaire pour toute loi d'orientation et de programmation, puis en Conseil d'Etat, puis en Conseil des ministres, puis au parlement. Cette logique de parcours législatif est engagée. Je suis déterminé, et donc il n'y a pas de volonté du Gouvernement de retarder ce dispositif, bien au contraire. Nous avons compris l'emploi scientifique et l'importance qu'il doit avoir dans ce dispositif global, et nous veillons à ce que cette mobilisation puisse s'inscrire dans un calendrier qui, incluant un débat parlementaire complet, nous permette d'avoir achevé l'ensemble du processus à la fin de l'année, pour que la nouvelle loi puisse s'appliquer au début de l'année 2006.

En ce qui concerne la création de l'Institut national du cancer

Je voudrais dire que je suis très confiant dans sa dynamique, notamment, dans la capacité qu'a le professeur Khayat de constituer des équipes qui vont donc structurer l'Institut national du cancer, qui va, dans quelques jours, avoir son existence juridique, puisque, aujourd'hui, c'est une forme provisoire de structure de préfiguration qui est mise en place. Mais sa création, qui avait été annoncée par le président de la République en mars 2003, va donc être dans les temps puisque dans les deux ans nous aurons pu mettre en place la structure de l'Institut. Cet Institut, qui, pour moi, doit garantir la pérennité de cette action de coordination et de pilotage.

Cette cause du cancer nous dépasse ; elle dépasse tous les acteurs qui sont, ici, rassemblés, parce que nous menons une action pour la nation, nous menons une action d'envergure, et l'Institut doit être cette veille permanente qui gardera cette flamme du départ, cette détermination qui est celle du président de la République mais qui est celle du pays, et de faire en sorte qu'à chaque étape, l'on puisse avoir, là, une zone de vigilance, un pôle de compétences, qui puisse veiller à ce que nous gardions ce cap et cette mobilisation.

Dans les sociétés, les projets peuvent être plus ou moins concurrents, la mobilisation peut s'essouffler, et on peut à un moment ou à un autre être détourné d'un objectif prioritaire. L'Institut national du cancer c'est ce lieu de mobilisation permanent, je dirais presque "éternel", jusqu'à temps que la maladie soit vaincue. C'est le lieu sur lequel nous comptons sur l'énergie de tous ses membres pour faire en sorte que nous puissions mobiliser l'ensemble des partenaires qui sont engagés dans cette "maison commune", qui est celle des savants, des médecins, et celle aussi des industriels, mais aussi et surtout, celle des patients et des soignants. C'est un élément très important dans le domaine de la recherche. Je compte beaucoup sur l'Institut qui, sans se substituer aux grandes organisations scientifiques - il ne s'agit pas de se substituer et de créer

Un nouvel INSERM ou un nouveau CNRS, ou de nouvelles structures hospitalo-universitaires, mais de faire en sorte que tout le monde puisse travailler ensemble, et puisse avoir la capacité de financer des programmes d'action qui soient coordonnés au niveau national et qui soient soutenus par les cancéropôles. Les cancéropôles doivent être ces lieux où l'on puisse engager ces travaux avec cette capacité et d'impulsion et d'évaluation que l'Institut pourra mener. L'Institut présentera très prochainement son programme stratégique ainsi que sa méthode de travail. Un Comité des patients, cela, je crois que c'est intéressant et innovant, sera le pendant du Comité scientifique, et qui sera présidé par le professeur Dominique Maraninchi, qui est avec nous aujourd'hui, et que je salue.

Un Comité aussi de déontologie veillera, en toute transparence, à l'utilisation des sommes consacrées à l'Institut par tous les partenaires ; une sorte d'éthique de gestion, de manière à ce que tout le monde voit clairement à quoi sert l'effort public et comment il est réparti.

Restera la décision de l'implantation de l'Institut à l'horizon de 2007. J'ai bien entendu les messages qui m'ont été adressés dès ce matin, dès que j'ai posé un pied sur l'aéroport de Nice. Je vois que vous vous êtes tous coordonnés. Le message m'est arrivé de partout, je l'ai bien entendu. Un jury présidé par une personnalité examinera l'ensemble des candidatures à partir de critères qui seront naturellement des critères objectifs. Mais je crois qu'aucun des atouts de Nice, qui sont très nombreux ; a été oublié dans les présentations qui m'ont été faites. Chacun se relayant naturellement pour vanter plus ou moins les atouts des uns et des autres, et au cas où cela aurait été mal fait, dans la voiture, avant d'arriver ici, M. Le Préfet a fait une synthèse.

Je voudrais juste sur ces questions, évoquer devant vous trois projets majeurs que la France entend porter pour donner corps à un grand projet européen dans le domaine du cancer. Faisons le pari de Pascal : nous allons réussir ; et donc nous allons avoir un grand Institut national du cancer qui va mobiliser l'ensemble des acteurs et donc, créer...accompagner, renforcer, développer - puisqu'elle est créée, notamment ici -, cette dynamique nationale. Mais au fond, le cancer n'est pas un fléau, un adversaire dans la seule société française. Nous avons à partir de cette capacité de mobilisation, à créer une alliance européenne. Nous avons à proposer à nos partenaires des projets, être capables d'intéresser les autres. Pour le moment tout le monde regarde avec attention ce qu'il y a derrière cet Institut national du cancer, nous sommes très observés. Je crois qu'il va falloir proposer des partenariats et proposer des actions très opérationnelles pour pouvoir engager des discussions approfondies avec notamment les ministres de la Santé des pays de l'Union, ce que fait actuellement P. Douste-Blazy, et les différentes communautés scientifiques. Trois projets majeurs que la France compte porter pour donner cette dimension européenne.

D'abord, la création d'une alliance européenne contre le cancer.

C'est un élément stratégique qui est le nôtre. On voit bien que la recherche est un sujet qui a une dimension européenne tout à fait reconnue. Je peux vous dire que quand j'ai commencé à être Premier ministre, on m'avait demandé dans les discussions à propos du Pacte de stabilité et de croissance, de voir si on ne pouvait pas sortir des dépenses militaires. J'ai fait un petit tour de piste et j'ai bien vu que les dépenses militaires cela posait des problèmes à un certain nombre de pays. On ne pourrait pas retirer facilement les dépenses militaires du Pacte de stabilité et de recherche. J'ai très vite vu qu'il était très difficile à un Européen aujourd'hui, de dire que les dépenses de recherche devaient être considérées comme d'autres dépenses pour le budget européen dans la somme des budgets nationaux au niveau européen. Tout le monde a très vite compris que les budgets recherche européens, c'étaient des budgets qui avaient une qualification spécifique, ils avaient une autre échelle de temps, une autre ambition, et que donc, il était possible de donner aux dépenses de recherche un statut spécifique dans la logique des dépenses au niveau européen. Ce qui fait qu'aujourd'hui, dans la révision du Pacte de stabilité et de croissance, pour les pays qui sont en état de procédure de déficit public, c'est-à-dire qui ne sont pas dans les critères, les dépenses de recherche font partie de l'évaluation et peuvent être sortis. On peut considérer ainsi que 1 euro dépensé dans la recherche a une qualification supérieure à 1 euro dépensé dans d'autres secteurs. C'est un élément très important du consensus européen qui place la recherche aujourd'hui vraiment comme étant une logique très intégrée dans l'Union européenne. Tout cela n'aura un sens que si nous sommes capables d'avoir des projets européens et donc d'être capables de proposer cette alliance. Cette alliance comme dans tout réseau est utile si on est assez fort dans l'alliance. Si naturellement nous sommes dans un réseau mais nous sommes à la périphérie du réseau nous ne serons pas forcément très gagnants dans cette dynamique. En revanche, si nous avons avec notre Institut national une force, là nous avons tout intérêt à organiser un réseau et à être partenaires de bonne foi avec les autres, mais être partenaires consistants. C'est toujours comme cela que les choses avancent. On est en train de réussir Iter à Cadarache, parce qu'il y a un réseau mondial qui s'est fait dans lequel la communauté scientifique française et européenne est crédible et a été retenue. Elle est française, elle est européenne, et elle peut devenir mondiale, tout ceci parce qu'à la base, il y a une crédibilité nationale qui permet de porter un projet international. C'est donc ce que nous voulons faire avec l'alliance européenne. Et déjà, les collaborations sont engagées.......

.... Un espace de mobilisation financière et je pense que les programmes européens sur ce sujet pourront être mobilisés.

Deuxièmement, l'interopérabilité des tumorothèques

Les recherches actuelles sur la carte d'identité des tumeurs, sur les déterminants génétiques du comportement des cellules cancéreuses nécessitent une analyse comparée du génome de milliers de cancers et du devenir des patients porteurs de ces tumeurs. Vous comprenez que c'est bien un papier qui a été écrit par quelqu'un d'autre moi. Moi, je vais vous dire ce que j'ai compris. Je me suis fait expliquer. Il y a des grosses tumeurs qui ne sont pas méchantes, peu agressives, et des petites tumeurs qui peuvent être très agressives. Il faut qu'on les étudie, et donc il faut qu'on puisse s'intéresser à l'ensemble de ces tumeurs et que l'on puisse essayer de mesurer leur agressivité et ce n'est pas forcément directement proportionnel, comme beaucoup de choses dans la vie, à leur taille. Il est très important d'avoir ce dispositif, et je suis très mobilisé pour que nous puissions avoir cette interopérabilité des systèmes bioinformatiques, des banques de tumeurs, je ne poursuis pas, vous savez ce dont je parle.

Je crois que cette capacité là à s'intéresser à la tumeur et à constituer un pôle de connaissance, de conscience et de savoir, et de mémoire, est un élément très important qui peut intéresser et qui doit intéresser, qui déjà intéresse un certain nombre de pays, et l'Union européenne.

Vous avez aussi un programme très important, qui est un programme de découverte Protéomiques biomarqueurs - vous connaissez ça : c'est une affaire de protéines, et nous en avons un million alors qu'il y a vingt mille gènes. Alors, on cherche à savoir ce qui se passe sur les gènes. Il faut qu'on cherche à savoir ce qui se passe sur ce million. Si on veut faire cela tout seul, on n'est pas arrivé au bout. Je dis les choses un peu simplement, mais c'est ce que j'ai compris là encore, je crois qu'il est très important, si on arrive à avoir ces marqueurs, que chacun puisse travailler sur une partie du sujet, et qu'on puisse ensemble, construire vraiment un effort de dimension mondiale - les États-Unis sont intéressés à ce sujet, l'ensemble des pays est très intéressé à ce sujet, et là, il y a un vrai programme international qui peut être mobilisé, et dans lequel nous pouvons jouer un rôle d'initiateur, mais évidemment un intérêt quasiment planétaire sur ce sujet, de mobiliser toutes les équipes scientifiques. Je pense que nous aurions une belle victoire pour cette mobilisation contre le cancer, que d'être capable, sur un sujet comme ça, de ces biomarqueurs, d'être à l'initiative d'une démarche qui est une démarche naturellement avec ce niveau de complexité qui ne peut être qu'international.

Autant nous pouvons concevoir la démarche, autant nous avons besoin des autres pour la réaliser, et je crois que celui qui conçoit ce type de démarche, pourrait en tirer un grand nombre de bénéfices stratégiques, pour l'ensemble de toute notre communauté humaine, scientifique d'abord, mais aussi naturellement pour les malades.

En 2007, nous savons que le cancer ne sera pas totalement vaincu, évidemment.

Mais ensemble, nous aurons gagné des vies, franchi collectivement des pas, petits et grands et nous aurons changé le regard sur la maladie.

Au fond, c'est ce que je voulais simplement vous dire, en vous exprimant la profonde gratitude de la nation pour cette capacité synergique que vous avez engagée. Je crois que le fait qu'aujourd'hui on puisse regarder le cancer en face, qu'on puisse en parler et que tout ceci ne soit pas artificiel voire hypocrite, comme tant de choses dans toute société, nous le devons aux scientifiques, aux communautés médicales qui ont pu donner à cette maladie suffisamment de défaites pour qu'aujourd'hui on puisse la regarder en face, et que le résultat de la bataille soit un résultat incertain, ce qui vaut la peine de la mener. C'est pour cela que je crois vraiment que notre pays, aujourd'hui, peut considérer que cette bataille mérite d'être livrée, parce que les succès, qui ont été acquis jusqu'à ce jour, sont suffisamment forts pour donner confiance à tous, et notamment donner confiance à celui qui est atteint, qu'il a la force en lui-même, avec tout l'accompagnement dont vous êtes capables, qu'il a la force en lui-même de surmonter la maladie, ce qui sera notre victoire que nous pourrons partager.

Merci à tous."

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 20 avril 2005)

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