Point de presse de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, sur les relations entre l'Union européenne et l'Otan, le dialogue transatlantique entre Européens et Américains au sein de l'Otan, la perspective d'adhésion de l'Ukraine à l'Otan, l'éventualité d'une intervention au Soudan, le débat de ratification de la Constitution européenne, Vilnius le 21 avril 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Michel Barnier, ministre des affaires étrangères, sur les relations entre l'Union européenne et l'Otan, le dialogue transatlantique entre Européens et Américains au sein de l'Otan, la perspective d'adhésion de l'Ukraine à l'Otan, l'éventualité d'une intervention au Soudan, le débat de ratification de la Constitution européenne, Vilnius le 21 avril 2005.

Personnalité, fonction : BARNIER Michel.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Réunion informelle des ministres des affaires étrangères de l'OTAN à Vilnius le 21 avril 2005

ti : Je vais vous faire un certain nombre de remarques concernant les travaux auxquels j'ai participé depuis hier, le dîner puis les séances de ce matin. Comme vous le savez, c'était à Vilnius, un site symbolique pour l'OTAN, à l'occasion de la première réunion ministérielle depuis le sommet de l'OTAN, le 22 février.

Ma conviction c'est que l'OTAN, que cette Alliance doit vivre avec son temps. L'OTAN n'est plus la même que celle du Traité de Washington des années 50. Une époque où nous étions en pleine Guerre froide et où l'Union européenne n'existait pas, sauf comme une esquisse ou un projet de communauté économique. L'OTAN d'aujourd'hui n'est plus celle-là, l'OTAN de la Guerre froide est finie. Nous sommes dans un monde globalisé où les menaces sont à la fois incertaines, diffuses, nombreuses, où il y a de nouveaux risques auxquels nous devons faire face. Voilà le premier grand changement, et puis le deuxième changement positif est que l'Europe s'affirme, s'organise comme un acteur politique. Cela sera encore renforcé par le traité constitutionnel qui est en débat dans tous nos pays et en ce moment même en France.

Je trouve très important que l'on ait, entre ministres, des réunions d'orientation, de débats ouverts, francs. Je veux dire d'ailleurs que le Secrétaire général a mené, mène ces débats avec beaucoup d'intelligence et de doigté. Qu'on ait des débats d'orientations entre nous pour que cette alliance vive avec son temps, cela pose la question des relations entre l'Union européenne et l'OTAN, cela pose la question du dialogue transatlantique.

S'agissant du premier point dont nous avons parlé hier, les rapports entre l'Union européenne et l'OTAN, j'ai, comme préalable, si je puis dire, en ce qui concerne la France, rappelé le principe d'autonomie de décision et d'action de l'Union européenne. Il ne peut pas y avoir de subordination, de tutelle de la part de l'OTAN sur l'Union européenne.

Cette confiance que je ressens entre les Européens, cette confiance en eux-mêmes se renforce actuellement avec davantage de cohésion. Personne, hier au cours du débat - et tout le monde a parlé - n'a contesté ce principe d'autonomie de décision et d'action de l'Union européenne. Dès l'instant où ce point est clair, je le répète, nous pouvons discuter sur un pied d'égalité. Bien sûr, ces structures ne sont pas les mêmes. L'Union européenne et l'OTAN sont de nature différente mais nous avons des raisons de discuter, de dialoguer ensemble sur la gestion des crises et peut-être plus largement de défense. C'est l'idée qu'a évoquée Joschka Fischer, l'idée d'un dialogue politique entre l'Union européenne en tant que telle et l'OTAN, au-delà du dialogue qui existe déjà au niveau des ambassadeurs. Je suis ouvert au renforcement de ce dialogue qui permettra d'ailleurs d'encourager les Européens à avoir leur propre vision, leur propre action, comme la Constitution européenne le prévoit d'ailleurs.

Deuxième point, le dialogue transatlantique, l'OTAN est d'abord une organisation militaire. Donc, je trouve que, dans ce cadre, on parle naturellement et traditionnellement entre les deux rives de l'Atlantique. C'est l'objet même de l'OTAN depuis le début. Et qu'on agisse sur le terrain, comme nous le faisons et comme nous le faisons bien. La France, sans état d'âme, participe et même est souvent en tête comme en ce moment, au Kosovo ou en Afghanistan, dans les opérations conduites par l'OTAN. Donc, nous continuerons ce dialogue entre les deux rives de l'Atlantique, à l'intérieur de l'OTAN, sur les questions de sécurité, pour la gestion des crises, pour conduire des opérations. Mais le dialogue entre l'Union européenne et les Etats-Unis, entre les deux rives, est beaucoup plus global, plus large, il doit être équilibré et il est beaucoup plus large que la seule question majeure - et pas unique - de la défense. C'est pourquoi je pense, comme l'a dit le chancelier Schröder il y a quelques semaines, que l'OTAN ne peut pas être, et n'est pas d'ailleurs le seul lieu du dialogue transatlantique, notamment au moment où l'Union européenne elle-même change, se renforce, s'organise comme un acteur politique, et va continuer de changer. C'est le sens même de la visite qu'a faite le président Bush quand il est venu à Bruxelles, avec deux dialogues qui ont eu lieu à deux moments différents, l'un avec l'OTAN et l'autre, extrêmement intéressant aussi, avec le Conseil européen.

Voilà donc ce dont nous avons parlé hier et à la fois les ambitions et les limites de ce dialogue politique. Hier et ce matin, nous avons eu plusieurs points d'application ou d'évaluation de notre action.

S'agissant du Proche-Orient, je dois dire que le dialogue a été politique mais l'hypothèse d'un rôle de l'OTAN n'a pas été évoquée. Nous avons beaucoup parlé des conditions de la réussite politique, sécuritaire, économique du retrait d'un premier territoire par Israël à Gaza. Ce matin, nous avons rappelé également que le lieu du débat politique pour nous, je n'ai pas été le seul à le dire, c'était le Quartet, entre Russes, Union européenne, Américains et Nations unies.

Il n'a pas été question du Soudan. S'agissant de cette idée que j'entends d'interventions diverses et variées de l'OTAN, j'ai pu rappeler, plusieurs de mes collègues ont confirmé que c'était également leur état d'esprit, que l'OTAN n'a pas vocation à être le gendarme du monde. Nous avons des missions, des objectifs liés à la sécurité transatlantique, au continent européen et à tout ce qui peut contribuer à cette sécurité. Voilà ce qui justifie l'intervention immédiate et rapide que nous avons faite ensemble en Afghanistan. Parce que la sécurité transatlantique est concernée à travers la lutte contre le terrorisme.

Ce matin, nous avons eu deux dialogues intéressants, assez positifs, d'une part avec M. Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères. Je trouve que l'échange a été très utile, à la fois sur l'Afghanistan, sur la Géorgie, sur le Moyen-Orient. Et puis nous avons eu un dialogue également avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères, que j'ai rencontré moi-même à Kiev, le jour même d'ailleurs de la formation du nouveau gouvernement. Je me trouvais à Kiev et j'étais heureux qu'on trouve un accord sur cette nouvelle étape dans le partenariat entre l'Ukraine et l'OTAN.


Q - L'hypothèse d'une intervention de l'OTAN au Soudan a-t-elle été évoquée ?

R - J'ai dit à propos du Soudan qu'il n'en avait pas été question. Sauf cette remarque, je crois de mon collègue canadien, hier, mais il n'en a pas été question. Cela n'a pas été débattu aujourd'hui. Mon sentiment, dans le cadre des Nations unies et en appui à l'Union africaine, c'est que nous devons être prêts à accompagner les efforts qui sont faits à la fois au Sud où une force multinationale d'environ 10.000 hommes va se mettre en place, pour consolider le processus de paix et l'accord au Sud-Soudan et puis dans le Darfour où l'Union africaine va être sollicitée, pour porter ses effectifs - et il y en a absolument besoin - de 2.500 à 5.000 - 6.000 hommes. Et là, à coup sûr, il y a un rôle et une utilité, par exemple, pour l'Union européenne, qui a déjà fait preuve de sa capacité en République démocratique du Congo avec "Artémis" ou dans les Balkans d'une intervention, par elle-même, autonome. Donc, je pense qu'il y a un rôle pour l'Union européenne, non pas avec l'envoi de soldats mais à travers des moyens logistiques, de transports, de moyens financiers pour aider et accompagner l'Union africaine.

Q - La Lituanie a été le premier pays à ratifier le traité constitutionnel, êtes-vous inquiet de l'évolution des sondages ?

R - J'étais d'ailleurs venu ici même en visite officielle il y a quelques semaines, au moment de cette ratification et depuis j'observe qu'il y a six pays de l'Union européenne qui ont approuvé le traité constitutionnel, dont un pays fondateur de l'Union, l'Italie, et il y a quelques jours la Grèce avec une très grande majorité. Tout cela, ce sont des signes positifs et importants pour les citoyens français, parce que c'est la preuve qu'il s'agit d'un débat européen, et que chaque peuple ou chaque Parlement se trouve devant la même question que le peuple français aujourd'hui. C'est la preuve qu'il ne s'agit pas d'un débat franco-français de politique française ou nationale, qu'il s'agit du fonctionnement de l'Union européenne et naturellement de l'influence et de la place de notre pays dans cette Union que nous avons voulue depuis le début.

Nous sommes à plusieurs semaines du 29 mai et chaque jour est utile. J'observe les sondages qui paraissent jour après jour ; ils ne se ressemblent pas tous d'ailleurs, avec des évolutions, comme c'est normal quand on photographie une opinion chaque jour. Il y a des évolutions et je pense qu'il y en aura d'autres. Et je prends très au sérieux tous ces sondages, qui expriment des préoccupations, des questions également à l'occasion de toutes les réunions que je fais pratiquement chaque jour. Cette semaine, j'étais encore à Nanterre, lundi soir, devant plusieurs centaines d'étudiants, avec Philippe Herzog et Antonio Vitorino. La semaine dernière, j'étais dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur avec Mme Ferrero-Waldner. J'étais également, la semaine dernière, en Bretagne avec Joschka Fischer. Je serai après-demain à Reims avec mon collègue danois, Per Stig Moller.

J'observe un formidable besoin de comprendre, d'être écoutés, d'être respectés de la part des citoyens français. Je trouve cela extrêmement positif. Les Français ont droit à un débat, nous l'avons voulu et nous irons au bout de ce débat pour répondre à toutes les questions, faire toutes les mises au point, apporter des éléments précis et vrais sur le texte de la Constitution. J'ai confiance finalement qu'au terme de ce débat auquel les Français ont droit, le peuple français, puisque c'est lui qui a la décision dans les mains, prendra une décision en mesurant la conséquence de ce vote et les enjeux de vote.

Allons-nous approuver ce texte de la Constitution, qui n'apporte que des progrès par rapport au fonctionnement actuel, pour la sécurité, pour l'Europe sociale, pour le contrôle et le fonctionnement démocratique des institutions, pour la défense dont nous parlons aujourd'hui à Vilnius ? Il n'y a que des progrès, il n'y a aucun recul par rapport au texte actuel. Alors, finalement, après qu'on ait parlé de tout, c'est cette question-là qui est posée : prenons-nous ces progrès ? Mettons-nous en ¿uvre cette Constitution ou alors est-ce qu'on en reste au fonctionnement actuel ? Et j'ai confiance que finalement les Français choisiront de faire progresser, de faire mieux fonctionner l'Union européenne avec cette Constitution.


Q - A-t-on reconnu une perspective d'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN ?

R - Franchement, personne n'a parlé de cette adhésion aujourd'hui, ni d'ailleurs dans les semaines passées. Il y a l'aspiration européenne du peuple ukrainien, une inspiration démocratique, probablement une référence au modèle démocratique européen qui a été utile et même déterminant dans la "révolution orange". Je l'ai moi-même dit à Kiev, cette aspiration est légitime, puisque l'Ukraine est située naturellement et géographiquement sur le sol européen. Mais j'ai également dit, à Kiev et ce matin, qu'il fallait mettre les choses et les étapes dans l'ordre, franchir les étapes et les réussir dans le bon ordre. Il y a déjà eu une étape dans le dialogue entre l'Ukraine et l'OTAN en 1997. Depuis, beaucoup de choses se sont passées, notamment avec la "révolution orange". Il y a la nouvelle marche proposée à l'Ukraine avec ce dialogue très proche, qu'il faut réussir avant d'imaginer autre chose ; j'évoquais ce matin un certain nombre de défis concrets qui sont posés à l'Ukraine, s'agissant de la réforme de sa défense, s'agissant de sa participation à des opérations sur le terrain, dans les Balkans, au Kosovo, s'agissant du contrôle des trafics d'armes, notamment en Afrique. Il y a des défis de l'Etat de droit également. Il faut mettre les choses dans l'ordre.

Q - Pensez-vous réaliste la date de 2008 pour l'adhésion à l'OTAN qu'a mentionnée le ministre ukrainien des Affaires étrangères ?

Etes-vous favorable à des rencontres trilatérales entre Etats-Unis, Union européenne et OTAN ou à une intensification du dialogue Union européenne-OTAN ?

Que se passera-t-il selon vous si l'un des pays de l'Union européenne ne ratifie pas la Constitution ?

R - A propos de l'Ukraine et de l'état d'esprit constructif et positif dans lequel nous sommes, pour aider ce pays à réussir sa transition démocratique et économique, je me garderai de faire des pronostics sur le moment où ce pays aura réussi et franchi les étapes. Je comprends que le ministre des Affaires étrangères, Boris Tarassiouk, dise qu'il espère telle ou telle date. Nous voulons aider ce pays à réussir. Nous voulons l'accompagner sur le plan bilatéral et collectivement.

Il y a les sujets et les dialogues renforcés dans le cadre de l'OTAN, il y a aussi, permettez-moi de le dire en tant que ministre européen, l'application pour la première fois à une grande échelle de cette politique de voisinage de l'Union européenne qui est une nouvelle politique qui va remplacer les anciens instruments avec une vraie politique de partenariat et de voisinage pour aider l'Ukraine dans ses réformes politiques et économiques.

On a tous parlé, les uns et les autres, des difficultés de l'évaluation des succès de l'Ukraine, l'effort qu'elle doit faire, en voulant l'encourager sincèrement et concrètement. Mais cela ne m'autorise pas à dire aujourd'hui, parce que ce serait une sorte de slogan, telle date, je ne dirai pas cela. Quand nous serons prêts les uns et les autres, mais là nous franchissons une nouvelle étape, au-delà de l'accord de partenariat qui date maintenant de 8 ans, il y a ce cadre de dialogue renforcé qu'il faut nourrir. Et j'ai donné quelques points importants du contenu de ce dialogue.

Personne n'a parlé de réunion entre les Etats-Unis, l'Union européenne et l'OTAN. Franchement, je ne vois pas d'ailleurs à quoi cela servirait. Les Etats-Unis et l'Union européenne n'ont pas besoin de l'OTAN pour discuter. Ni l'Union européenne et les Etats-Unis, si je dis les choses dans les deux sens. Et j'ai dit moi-même que le dialogue transatlantique avait une dimension beaucoup plus large que celle des questions de défense ou de sécurité. Le dialogue régulier entre l'Union européenne et les Etats-Unis se fera entre les deux rives de l'Atlantique. Ce sera un dialogue politique, comme vous l'avez dit, comme nous avons eu l'autre jour à Bruxelles entre le président Bush et le Conseil européen. En tout cas, concernant votre premier point dont personne n'a parlé aujourd'hui, ni hier, à trois, je n'en vois pas l'intérêt. Les Etats-Unis sont dans l'OTAN, je ne vois pas à quoi correspond cette idée de dialogue entre Etats-Unis, OTAN et Union européenne. En revanche, je vois un intérêt à avoir un dialogue ministériel régulier entre l'Union européenne et l'OTAN.

Joschka Fischer a soutenu une idée qui est déjà mise en ¿uvre actuellement, dans le cadre des rencontres entre les ambassadeurs, une fois par mois, peut-être un peu moins souvent. Mais là, il s'agit d'aller un peu plus loin, de le faire au niveau ministériel et je trouve que c'est une bonne idée. Cela conduira, si je puis dire, à bien mettre en ¿uvre et à bien utiliser tous les outils qui sont dans la Constitution, pour avoir une capacité autonome et complémentaire de décision et d'action. C'est un point très important que j'ai fait hier soir, au préalable, pour nous, que le principe de l'autonomie d'action et de décision des Européens soit bien respecté. Personne n'a remis en cause ce principe.

Oui, je pense que c'est une bonne chose qu'il y ait ce dialogue régulier ministériel entre l'Union européenne et l'OTAN. Actuellement, je me permets de dire que l'Union européenne, c'est 25 pays, pas 22 ou 23, c'est 25 et donc 4 ne sont pas des pays engagés dans des alliances militaires, on va leur demander leur avis aussi. On n'est pas tout seuls à décider, on décide ensemble sur cette question, par consensus. Et je suis favorable à cette idée.

Qu'est-ce qui se passe si l'un des pays de l'Union ne ratifie pas la Constitution ? Je pense que ce pays est immédiatement un pays faible dans l'Union, ou plus faible, moins fort, que son influence est clairement fragilisée et deuxièmement, je pense que c'est une panne politique. L'Union européenne est en panne politique. Voilà ce que je pense. Parce que nous savons tous que les traités actuels ne sont pas suffisants. Vous étiez quelques-uns présents à 5h du matin, à Nice. J'ai déjà eu l'occasion de répondre à des questions, comme commissaire européen, négociateur du Traité de Nice. On m'a demandé ce que j'en pensais. On peut retrouver dans vos journaux ou vos dépêches. J'ai dit à cette époque que le Traité de Nice est un traité utile dans le court terme. Nous sommes dans le court terme. Et le court terme est bientôt terminé. C'était celui de l'élargissement, parce qu'on n'avait pas été capable de faire cette réforme des institutions avant d'élargir. Mais on a tous dit et j'ai dit le premier que ce n'était pas possible de fonctionner à moyen et long terme, avec ce traité. Dans le monde qui nous entoure et qui ne nous attend pas et qui évolue beaucoup plus vite qu'on ne le croit autour de nous, je pense que ce serait une faiblesse, non seulement pour le pays qui refuserait, mais ce serait une faiblesse pour l'Union européenne, économique et politique.

Q - Est-ce que, dans le cadre du nouveau dialogue politique à l'OTAN, vous estimez utile de parler de sujets comme l'embargo sur les ventes d'armes à destination de la Chine ?

R - Si l'on n'en a pas parlé dans une réunion d'orientation comme celle-là, c'est que la réponse est non. On en parle. Beaucoup de mes collègues qui sont autour de cette table parlent de ces sujets en permanence. On a parlé avec 24 autres collègues ministres des Affaires étrangères, à Luxembourg, de la question de la levée de l'embargo, de la mise en ¿uvre des décisions unanimes des chefs d'Etat et de gouvernement les 16 et 17 décembre sur cet embargo. On en parlé très clairement, très librement. Quand le président Bush est venu, Mme Rice, on en parlé avec les Américains ; donc, on en parle. Il ne s'agit pas de ne pas parler des sujets. Mais on en parle là il faut en parler, en respectant les vocations, les objectifs, les lieux et les cadres où on en parle. Si on parle de tout, partout et n'importe comment, vous-mêmes, vous aurez du mal à vous y retrouver. Gardons, je l'ai dit hier soir, en ne pensant pas à ces sujets mais peut-être à d'autres, gardons la crédibilité de la logique, de la cohérence dans les cadres où nous sommes et dans les discussions que nous engageons.

L'OTAN a une vocation, c'est une alliance militaire, c'est un outil militaire. Nous avons des crises à gérer. Il faut faire les choses de manière cohérente ; et par ailleurs, traiter les sujets que vous évoquez. La levée de l'embargo concerne les Européens. Nous parlons entre nous, Européens, de la question de la non-prolifération, qui d'ailleurs ne concerne pas seulement l'Iran. Est-ce qu'on va parler dans l'OTAN de la Corée du Nord ? Parlons-en dans le cadre des Nations unies. Nous avons des groupes de pays qui sont en avant-garde, comme c'est le cas de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, au nom de la communauté internationale et en avant-garde de la diplomatie européenne ; à chaque sujet doit correspondre le cadre le plus efficace.

Q - Comment expliquez-vous que la Roumanie se tourne davantage vers les Etats-Unis et le Royaume-Uni pour les questions de sécurité en mer Noire ?

R - La Bulgarie et la Roumanie étaient représentées ce matin et sont autour de la table, comme les autres pays. Il y a la présence de ces pays dans l'OTAN et puis il y a une volonté de ces pays que nous accompagnons d'entrer dans l'Union, qui est d'une nature différente de l'OTAN. J'ai eu d'ailleurs l'occasion de dire à Bucarest et je le répète, que l'Union, ce n'est pas seulement un endroit où l'on fait du commerce, c'est l'endroit aussi où l'on fait de la politique, entre nous et avec une vocation politique qui va s'affirmer notamment grâce à cette nouvelle Constitution et cette capacité que nous nous donnons d'avoir une politique européenne de défense et une défense européenne, à laquelle la Roumanie et la Bulgarie pourront, si elles le veulent, participer. Je ne vois pas de problème de cette nature, même si j'ai quelquefois du mal à comprendre des propos que je trouve un peu agressifs à l'égard de la France. Je pense que la Roumanie, puisque vous parlez d'elle, doit consacrer toute son énergie à réussir, avec notre appui - nous sommes sincères dans cet appui depuis très longtemps, je souhaite que l'on ne l'oublie pas - les prochaines étapes vers son adhésion.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 avril 2005)

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