Tribune de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "La Tribune" du 27 avril 2005, sur l'Airbus A380 et la coopération européenne en matière d'industrie aéronautique, intitulée "A380 : la preuve par l'Europe". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Mme Claudie Haigneré, ministre déléguée aux affaires européennes, dans "La Tribune" du 27 avril 2005, sur l'Airbus A380 et la coopération européenne en matière d'industrie aéronautique, intitulée "A380 : la preuve par l'Europe".

Personnalité, fonction : HAIGNERE Claudie.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

Circonstances : Premier vol d'essai de l'Airbus A380, à Toulouse (Haute-Garonne) le 27 avril 2005

ti : C'est un géant, à la hauteur de l'ambition européenne, qui l'a fait naître, et qui effectue aujourd'hui son premier vol d'essai. Nous tous, citoyens européens, avons toutes les raisons d'être émus et fiers devant cet impressionnant paquebot des airs : le plus gros avion de ligne au monde, qui s'apprête à transformer l'économie mondiale dans le secteur du voyage aérien. Cette réussite, qui a déjà fait travailler 200.000 personnes avant même la phase de production industrielle, dont les trois quarts sur notre continent, nous la devons indéniablement à l'Europe.

L'A380 est d'abord le fruit d'un Meccano industriel et d'un défi technologique européen porté principalement par la France, l'Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni selon les compétences de chacun : fuselage en France et en Allemagne, empennage et queue en Espagne, ailes et moteurs au Royaume-Uni. Mais Airbus est plus qu'un projet intergouvernemental : véritable société européenne, tant par son actionnariat que sa culture, ses méthodes de travail, ses implantations, ou encore ses salariés, ce creuset est celui d'une politique industrielle à l'échelle européenne. La conception de l'A380 illustre également l'Europe de l'innovation, qui a su mettre en commun le meilleur de chaque partenaire pour aboutir à un appareil à la fois économique, disposant d'un rayon d'action accru, et respectueux de l'environnement.

Cette performance industrielle a également été rendue possible par un soutien politique fort, tant au niveau des Etats membres, qui ont financé en avances remboursables 2,5 milliards d'euros sur un coût de développement de plus de 10 milliards d'euros, qu'au niveau de l'Union européenne elle-même. Certaines technologies développées pour l'A380 ont bénéficié des fonds communautaires, notamment du programme cadre de recherche (PCRD). Le succès économique et commercial de ce concentré d'innovation qu'est l'A380 requiert en outre toute la puissance politique d'une Union à vingt-cinq face à son concurrent américain qui bénéficie d'un soutien politique et financier considérable. Seule l'Europe a été capable de mettre en place une industrie aéronautique d'envergure mondiale capable de se mesurer avec Boeing, voire de le surpasser.

L'Europe a créé un environnement favorable à l'industrie du transport aérien qui profite naturellement à l'industrie aéronautique et aux nouveaux projets comme l'A380 ou le futur A350. L'intégration des marchés nationaux pour former un seul et même espace aérien européen a permis, depuis 1990, d'augmenter de 25 % le nombre de compagnies aériennes, de doubler le nombre de routes desservies, d'enregistrer des gains de productivité massifs. Ce mouvement a profité au consommateur, en termes de choix comme en termes de prix, et a fait croître les besoins des compagnies, et donc les commandes d'appareils auprès des constructeurs.

Le président de la République rappelait récemment, en parlant de l'Europe, qu'unis nous sommes plus forts. A l'instar de l'A380, l'Europe dispose du poids scientifique, économique et politique pour porter de grands projets industriels, comme Ariane, le CERN, et demain Galileo et ITER. Au-delà de l'enjeu en termes économique et d'emploi, au-delà de la part de rêve et de fierté devant des réalisations qui portent très haut l'étendard européen comme le nouveau lanceur Ariane 5, la sonde Huygens qui a atterri en janvier dernier sur Titan (la plus grosse lune de Saturne), ou Mars Express actuellement en orbite autour de la planète rouge, la maîtrise des technologies et la capacité de conduire ces grands projets sont fondamentales pour assurer à l'Europe son autonomie, instrument essentiel de sa souveraineté et de sa crédibilité internationale.

Cette Europe "puissance" doit encore se renforcer. La mise en place, consacrée par le traité constitutionnel, de l'Agence européenne de défense permettra d'identifier en commun les besoins opérationnels et d'assurer une meilleure intégration de l'industrie d'armement européenne. L'introduction d'une nouvelle compétence spatiale, par le traité constitutionnel, permettra à l'Union de consolider son autonomie pour réaliser des applications civiles mais aussi de défense et de sécurité, au service de ses politiques. C'est aussi cette Europe à laquelle nous sommes invités à dire "oui" le 29 mai prochain en assurant une nouvelle étape clé dans la construction européenne, celle d'une véritable Europe politique confiante dans l'avenir, porteuse de projets.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 avril 2005)

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