Tribune de M. François Goulard, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, dans "Le Figaro" le 2 mai 2005, sur le développement de la politique européenne dans le domaine des transports, notamment pour faire face à la concurrence internationale, intitulée "Le bon exemple des transports". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. François Goulard, secrétaire d'Etat aux transports et à la mer, dans "Le Figaro" le 2 mai 2005, sur le développement de la politique européenne dans le domaine des transports, notamment pour faire face à la concurrence internationale, intitulée "Le bon exemple des transports".

Personnalité, fonction : GOULARD François.

FRANCE. SE aux transports et à la mer

ti : L'Europe est utile. L'Europe est nécessaire. C'est ce dont nous devons convaincre les Français. La nécessité de l'Europe, je l'éprouve constamment dans le secteur des transports et de la mer.

Premier point : il y a des politiques qui n'ont de sens qu'au niveau européen. Prenons l'exemple de la sécurité maritime : l'exigence d'une plus grande sécurité s'impose pour la protection de nos côtes et de notre environnement ; elle repose largement sur le contrôle des navires dans les ports. Chacun comprend qu'un contrôle limité aux ports français, alors que les navires croisant le long de nos côtes vont vers les ports d'autres pays européens, n'aurait aucune efficacité.

Politique nécessairement européenne, elle est depuis plusieurs années, après la catastrophe de l'Erika en 1999, une politique effective et particulièrement efficace de l'Europe. L'Europe est la dimension naturelle de nombreuses actions, dans le domaine des transports, maritimes, ferroviaires ou routiers, comme dans bien d'autres : que l'on pense par exemple aux questions d'immigration.

Deuxième point : l'Europe permet de réunir les moyens de mener à bien de grands projets qu'aucun pays ne pourrait envisager conduire isolément. Nous sommes aujourd'hui totalement dépendants du système américain GPS pour le positionnement des mobiles (navires, véhicules routiers, wagons...) sur la planète. Demain, nous aurons un système européen, dénommé Galiléo, plus performant que le GPS, et grâce auquel nous ne serons plus à la merci des Etats-Unis. Quel pays européen, même le plus riche, aurait pu envisager de lancer trente satellites à cette fin ? Aucun. Face aux défis de la recherche et de la technologie pour lesquels la taille critique, l'importance des moyens sont des gages de réussite, l'Europe nous donne des chances dont aucun des pays membres ne dispose seul.

Troisième dimension, celle de l'harmonisation. Dans un monde soumis à une compétition acharnée, l'harmonisation des conditions sociales et de la fiscalité nous protège au sein d'un espace où s'opère la majorité de nos échanges. Nos transporteurs routiers sont aujourd'hui soumis à rude concurrence dans laquelle les dispositions françaises relatives au temps de travail ou le poids des taxes sur le gazole renchérissent leurs coûts par rapport aux autres. Mais un mouvement d'harmonisation européenne s'est engagé, tant en ce qui concerne le temps de travail que la fiscalité pétrolière. Effort de longue haleine, certes, mais la démonstration est ainsi faite qu'à rebours du projet de directive Bolkestein, l'Europe est source d'harmonisation vers le haut et donc de conditions de concurrence plus égales.

Quatrième plan, celui des négociations internationales, dans lesquelles l'Europe nous donne un poids qui manquerait à chacun de nos Etats s'ils agissaient en ordre dispersé. Pour négocier avec les Etats-Unis les droits de trafic aérien, l'Europe est un interlocuteur à la mesure. Les Etats-Unis peuvent négliger pour leurs destinations un des Etats membres de l'Union, mais bien sûr non l'Europe tout entière. Dans un univers où des puissances majeures s'affirment, l'Europe, avec sa richesse, ses 450 millions d'habitants joue dans la cour des grands, à laquelle aucun des Etats membres ne peut prétendre seul.

L'Europe est l'espace pertinent de nombreuses politiques qui intéressent tous nos concitoyens. L'Europe est capable de rassembler des forces permettant d'engager de grands projets industriels, techniques, scientifiques, inaccessibles à un seul de nos Etats ; l'Europe est un espace d'harmonisation utile. L'Europe est enfin, dans le jeu international, un acteur d'une dimension suffisante pour faire prévaloir nos intérêts.

Je pense l'avoir montré dans un domaine particulier, celui des transports. Mais il est aisé de trouver dans d'autres secteurs des exemples comparables qui illustrent la nécessité de l'Europe. Même si les réalités sont peu connues du grand public, elles sont néanmoins facilement perceptibles dès lors qu'elles sont expliquées.

L'Europe doit continuer à s'organiser, à se structurer, à son rythme qui est progressif, à sa manière qui est singulière. Elle le fait à notre bénéfice, en respectant le principe de subsidiarité qui laisse à l'entière responsabilité des Etats les politiques pour lesquelles le niveau européen n'apporte pas de plus-value, notamment dans le domaine social. Le traité constitutionnel est l'outil de la poursuite de la construction européenne, non plus à 15 mais à 25 ; il comporte l'affirmation de valeurs, qui à ce stade de la constitution de l'Europe doivent être affichées et servir de repères. Il accentue son caractère démocratique, indispensable du fait de l'importance croissante de l'Europe dans la vie des citoyens européens. Comment, de bonne foi, refuser de tels progrès ?


(Source http://www.u-m-p.org, le 3 mai 2005)

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