Déclaration de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la loi d'orientation pour l'avenir de l'école et la présentation de cinq pistes de réflexion pour intensifier la démocratie lycéenne, Paris le 8 avril 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la loi d'orientation pour l'avenir de l'école et la présentation de cinq pistes de réflexion pour intensifier la démocratie lycéenne, Paris le 8 avril 2005.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Réunion du Conseil national de la vie lycéenne à Paris le 8 avril 2005

ti : Mesdemoiselles et messieurs,

Membres du CNVL,

Je suis heureux de vous retrouver pour cette séance de travail. Celle-ci est un peu singulière car nous sortons d'un long processus marqué par la définition, puis l'adoption par le Parlement, d'une loi d'orientation sur l'École : la première depuis quinze ans. Je sais que vous avez travaillé hier sur le contenu de cette loi, et je veux, à mon tour, vous en dire un mot.

Vous le savez mieux que quiconque, cette loi a provoqué des crispations dans le pays, démontrant - une fois encore ! - combien il est difficile d'adapter le système éducatif. J'ai estimé de mon devoir d'avancer, car, dans le cas contraire, cela aurait signifié qu'il est tout simplement et définitivement impossible de réformer l'Éducation nationale. Après plus d'une année de débat sur l'École et une fois le Parlement saisi de la loi pouvait-on raisonnablement tout arrêter ? A mon sens, non, car j'estime que les institutions de la République doivent être respectées. J'assume ce choix devant mes concitoyens, même si je sais qu'il est discuté ici ou là. Vous êtes vous-mêmes des élus et vous savez qu'il y a des moments où il convient de prendre ses responsabilités.

Durant ces dernières semaines, beaucoup de lycéens sont descendus dans la rue, motivés par des revendications et des demandes diverses. J'ai répondu à certaines d'entre-elles comme par exemple sur le bac ou la langue vivante 2 en classe de seconde. Je me suis aussi efforcé de rassurer celles et ceux qui croyaient que nous allions supprimer des matières, comme l'éducation physique et sportive...

Par ailleurs, je me suis engagé auprès des lycéens sur la prise en compte au baccalauréat des TPE de la classe de 1ère. Je vous confirme cet engagement ! Pour 2006 un dispositif permettra aux élèves qui ont suivi cette année les TPE en 1ère de pouvoir valoriser leur investissement.

Bref, tout au long de ces semaines, j'ai cherché à me faire entendre et comprendre avec, je le vois bien, plus ou moins de succès. Il est parfois difficile pour les responsables publics de trouver les mots justes pour convaincre la jeunesse que ses aspirations ne sont pas totalement éloignées de celles de l'État.

A vous qui êtes les interprètes de cette jeunesse qui est en quête de repères et d'idéaux, je veux dire que je n'ai jamais perçu l'engagement des lycéens sous l'angle d'un bras de fer aveugle et insensible ; et je veux dire aussi que je n'ai jamais fait d'amalgame entre ceux, très minoritaires, qui se comportent de façon violente et inacceptable et l'immense majorité des jeunes qui, je le crois, défendent le principe d'une École plus créative et plus juste. Je ne dédaigne pas ce message, qui, selon moi, n'est pas en contradiction avec notre loi d'orientation. Je l'ai voulue largement concentrée sur la lutte contre l'échec scolaire, dont chacun sait qu'il frappe durement les élèves issus des milieux les moins favorisés.

J'ai une préoccupation très forte pour les 150 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification, et sans véritablement maîtriser les bases élémentaires du savoir. Au regard de ce chiffre traumatisant, la loi s'engage à garantir à chacun un socle commun de connaissances et de compétences fondamentales.
Ce socle n'est pas une vision minimale de l'École, ce n'est pas un " SMIC culturel " comme certains l'ont injustement dit, c'est au contraire un engagement clair et ambitieux sur des résultats éducatifs précis, des résultats qui, aujourd'hui, ne sont pas atteints auprès de trop nombreux jeunes dont les études démontrent qu'ils savent à peine lire, écrire, compter, et encore moins maîtriser les éléments essentiels de notre culture générale ou d'une langue étrangère. Face à cela, j'estime qu'une École sans priorités éducatives affichées et vérifiables, est une École élitiste au sein de laquelle seuls les enfants nés là où il faut peuvent évoluer avec aisance.

Ma seconde préoccupation, c'était et c'est d'amener le système à être plus réactif et mieux personnalisé pour épauler les élèves qui décrochent. Voilà pourquoi, nous avons imaginé l'instauration des Programmes personnalisés de réussite éducative qui se traduiront concrètement par trois heures de soutien par semaine pour les élèves en difficulté. C'est la première fois qu'un dispositif aussi massif et structuré va se mettre en place pour lutter contre l'échec scolaire ! Il m'a semblé étrange de voir certaines critiques se tourner contre ce nouveau dispositif qui apporte un plus par rapport à la situation actuelle¿ La situation actuelle, vous la connaissez : lorsque l'élève décroche, c'est des cours particuliers et payants pour les familles qui en ont les moyens, et, pour tous les autres, c'est au bon vouloir et à la bonne volonté des établissements et des enseignants... Demain, avec ces Programmes personnalisés de réussite éducative, il y aura une stratégie, des outils, une pédagogie, pour repêcher les élèves qui dérivent.

Ma troisième préoccupation concernait l'apprentissage des langues vivantes. Dans un monde ouvert et une Europe chaque jour plus présente, l'École doit garantir une bonne connaissance de deux langues étrangères. Notre plan en faveur des langues est, je le crois, suffisamment percutant pour nous permettre de rattraper le terrain perdu depuis une dizaine d'années.

Toutes ces dispositions - qui s'accompagneront d'un budget de 2 milliards d'euros, dans le cadre d'un budget global pour notre École qui, je le rappelle, est déjà l'un des plus élevés d'Europe - me semblent aller dans le bon sens : celui d'une École plus juste et plus efficace.

Mais, force est de constater qu'au sein d'une partie de la jeunesse, ces éléments n'ont pas trouvé prise.

J'ai perçu, chez elle, un besoin profond, parfois douloureusement exprimé, d'égalité des chances quel que soit l'établissement fréquenté. Ce sentiment a été exacerbé par le projet de modernisation du baccalauréat qui avait été avancé dans le rapport annexé à la loi. L'idée que puisse être prise en compte une part de contrôle continu ou de contrôle en cours de formation a relancé le profond attachement à des examens nationaux, à des études de même valeur sur l'ensemble du territoire national. Je le réaffirme avec force, je suis moi aussi très attaché à la valeur nationale du baccalauréat qui doit rester le premier grade de l'Université et qui doit être fondé sur le principe d'équité entre les candidats. Toutefois, l'organisation du baccalauréat est un vrai problème, au regard de la lourdeur actuelle des modalités de cet examen, mais aussi au regard de la pression mise sur les élèves. Je ne suis pas sûr que le bachotage à l'extrême, sur toutes les matières, soit un gage d'efficacité. Mais enfin¿ La modernisation du baccalauréat n'étant pas centrale dans le projet de loi, c'est pourquoi je n'ai pas voulu laisser s'installer une incompréhension entre la jeunesse et les pouvoirs publics sur ce dossier.

Je vous propose de prendre le temps nécessaire pour rechercher les solutions aux problèmes posés par l'organisation du baccalauréat, sachant qu'aucune évolution de cet examen ne sera prononcée sans une concertation approfondie associant lycéens, parents et professeurs. Sur cette question controversée du bac, je serai heureux de connaître votre sentiment.

Cette loi votée, reste maintenant à organiser son application.

Je crois utile de vous sensibiliser sur les premières mesures pour la rentrée 2005.

S'il est une priorité qui a été unanimement reconnue, c'est bien celle - je vous en ai dit un mot - du renforcement de l'enseignement des langues vivantes. Il est important de commencer tout de suite. J'ai demandé aux recteurs d'organiser la rentrée 2005 sur la base de groupes d'effectifs restreints en langue vivante 1 en classe terminale et d'étendre, si possible, cette mesure, à la langue vivante 2 ou 3.

Par ailleurs le nombre d'assistants étrangers de langue sera augmenté.

J'ai aussi réuni récemment les inspecteurs de langues pour lancer les impulsions en vue d'un enseignement plus efficace des langues, faisant une plus grande part à la pratique intensive, écrite et orale.

Une deuxième mesure qui se mettra en place dès la rentrée 2005 sera l'installation du haut conseil de l'éducation qui devra précisément définir le socle commun de connaissances et compétences indispensables.

Une troisième mesure consistera à installer dans les établissements secondaires les conseils pédagogiques. Ils sont constitués des représentants des différentes disciplines, du documentaliste, du conseiller principal d'éducation, et des représentants des professeurs principaux de chaque niveau. Sous la présidence du chef d'établissement ce conseil pédagogique a pour mission de favoriser la concertation des enseignants pour une plus grande cohérence des enseignements.

Enfin, je le soulignais à l'instant, j'ai entendu le besoin d'égalité des chances exprimé lors des mouvements lycéens. L'État met, dès à présent, davantage de moyens là où les handicaps sont les plus prégnants (de l'ordre de 15% pour les établissements situés en ZEP)¿ La mise en ¿uvre des Programmes personnalisés de réussite éducative, sera par ailleurs largement orientée vers ces zones sensibles... Mais, d'autres initiatives complémentaires peuvent être prises.

Dans cet esprit - je vous l'annonce en primeur - j'ai l'intention de renforcer l'accompagnement des élèves dans les lycées qui ont d'importants besoins dans ce domaine. Pour cela, je vais mettre en place des assistants pédagogiques. C'est une innovation ! Ce seront des étudiants qui se destinent aux métiers de l'enseignement et qui assureront des heures d'accompagnement méthodologique et de soutien scolaire, en lien avec les professeurs et le conseil pédagogique du lycée. Ces étudiants salariés seront formés à leurs nouvelles missions. Ils trouveront là un premier contact avec leur futur métier. Mon objectif à court terme, est de pouvoir concentrer les recrutements sur les 300 établissements les plus sensibles. Le décret sortira dans les prochains jours.

Toute notre énergie est tendue vers un but : celui d'encourager les lycéens, surtout ceux des milieux modestes, à s'engager vers des parcours de réussite, conduisant notamment vers des formations d'excellence. Certains y pensent naturellement car leur famille les encourage ; d'autres parce que leurs enseignants les motivent. Mais beaucoup n'osent pas s'y aventurer car ils pensent que ce parcours ne leur est pas destiné.

Il faut briser cette barrière psychologique et sociale !

C'est pour cela que j'ai souhaité, par exemple, que se développent des actions visant à stimuler les orientations vers ces formations d'excellence en signant, le 17 janvier, une charte de l'égalité des chances avec la conférence des présidents d'université et la conférence des grandes écoles.

Ce coup d'accélérateur en faveur de l'égalité des chances doit être mis en parallèle avec notre volonté de tripler les bourses, sur critères sociaux, pour les élèves méritants, afin d'atteindre le nombre de 75 000 bénéficiaires, et, dans le même élan, d'amplifier ce soutien pour ceux qui poursuivent leurs études dans le supérieur.

Mesdemoiselles et messieurs,

Toutes ces évolutions de notre système éducatif doivent s'enrichir d'une vie lycéenne participative et créative. Permettez-moi ici de vous indiquer le sens que je souhaite donner au travail avec vous.

J'entends, plus que jamais, associer les lycéens, et en particulier ceux du CNVL qui ont la légitimité conférée par le suffrage, aux décisions qui concerneront l'organisation et l'avenir du lycée. Vous avez une place permanente dans ce dispositif qui n'exclu pas les autres organisations lycéennes.

Sur votre rôle et son évolution, vous avez sans doute des propositions que j'écouterai avec intérêt.

Permettez-moi, cependant, de vous livrer quelques-unes de mes pistes pour intensifier la démocratie lycéenne :

1) je crois d'abord qu'il convient d'élargir votre champ de travail au fonctionnement de la scolarité au lycée, au déroulement des études et des examens ;

2) je crois ensuite nécessaire de vous associer davantage à des groupes de travail, voire de créer des groupes de réflexion et de proposition propres au CNVL, sur des thèmes particuliers, comme celui, par exemple - que je juge particulièrement important - des options et filières technologiques et professionnelles. Vous le savez, ces filières technologiques et professionnelles accueillent un nombre important d'élèves qui aspirent à une pleine reconnaissance de leur diplôme et à la possibilité de poursuivre leurs études. C'est pourquoi leur attractivité doit être confortée par une plus grande lisibilité des parcours et des champs d'options. Les passerelles entre les voies doivent être clairement affichées ;

3) à l'évidence, cet approfondissement de votre rôle passe par une réaffirmation - que je m'engage à renouveler auprès des administrations de l'Éducation nationale - de l'importance pour les chefs d'établissements et les recteurs de réunir et faire fonctionner avec plus de vitalité et de régularité les instances de la vie lycéenne ;

4) dans cet esprit, nous pourrions renforcer le fonctionnement de la vie lycéenne dans les académies en nommant dans chacune d'entre-elle, auprès du recteur, un délégué de la vie lycéenne, à l'instar du chargé de mission au niveau national ;

5) enfin, sur le terrain quotidien, je crois surtout utile de renforcer les liens entre le CVL et le conseil d'administration du lycée. Dans cet esprit, pourquoi ne pas envisager que le vice-président du CVL soit membre de droit du conseil d'administration de l'établissement.

Voilà les pistes que je voulais vous soumettre, dont certaines d'entre-elles, je le sais, émanent de vos rangs¿ Je serais heureux d'entendre vos réactions et suggestions.

Enfin, permettez-moi d'aborder une dernière question qui m'est chère : c'est celle de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Pour moi, l'Ecole est au c¿ur d'un combat républicain que je juge vital, car, vous le savez, les derniers enquêtes démontrent que ce mal du racisme augmente.

Lors du dernier CNVL, vous aviez impulsé l'idée de l'opération " 10 clips pour un autre regard ". Cette idée avance. Il faut que nous la poussions ensemble de toutes nos forces. Je crois savoir que, dès à présent, la campagne de sensibilisation est lancée et les CAVL doivent se réunir courant mai pour sélectionner les projets qui remonteront au ministère pour être examinés par un jury national.

Je suis heureux de vous dire que cette opération suscite un intérêt réel et du même coup des partenaires importants sont prêts à vous amener leur appui. Le groupe France Télévision m'a confirmé son accord pour assurer la diffusion, sur l'ensemble de ses chaînes, des clips qui seront primés à l'automne prochain.

Par ailleurs, le réalisateur Régis Warnier - qui est à ma connaissance le seul réalisateur français à avoir jamais remporté un oscar à Hollywood ! - sort, la semaine prochaine, son nouveau film " Man to man " qui évoque la question des origines du racisme en Europe lors de la période coloniale. Je l'ai rencontré récemment, et il se propose de rejoindre votre opération en présidant le jury.

Bref, vous avez là une belle, une généreuse initiative entre vos mains que nous devons ensemble faire connaître et réussir.

Mesdemoiselles et messieurs, membres du CNVL, voilà les réflexions et propositions que je voulais vous soumettre avant que nous n'engagions le débat.

Merci de votre attention et merci surtout pour le travail que vous assumez au service de la communauté lycéenne.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 11 avril 2005)

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