Interviews de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO dans "Les Echos" du 26 avril 2005 et du 12 mai, sur le renforcement du contrôle des chômeurs par l'Unédic et les délocalisations dans le cadre du référendum sur le traité constitutionnel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO dans "Les Echos" du 26 avril 2005 et du 12 mai, sur le renforcement du contrôle des chômeurs par l'Unédic et les délocalisations dans le cadre du référendum sur le traité constitutionnel.

Personnalité, fonction : MAILLY Jean-Claude, ROBEQUAIN Lucie.

FRANCE. FO, secrétaire général

ti : LES ÉCHOS du 26 avril 2005

Les Échos : Le gouvernement s'apprête à renforcer le contrôle des chômeurs. Compte tenu du faible taux de sanction en France, pensez-vous que cette réforme est nécessaire ?

Jean-Claude Mailly : Le gouvernement doit arrêter de culpabiliser les chômeurs ! Pour diminuer le niveau du chômage, il ferait mieux de combattre le comportement irresponsable de certaines entreprises, qui transfèrent à l'assurance-chômage leurs responsabilités en tant qu'employeur. Trouvez-vous normal que les individus en fin de CDD ou de mission d'intérim représentent les deux tiers des personnes qui s'inscrivent sur la liste des demandeurs d'emploi ? Les chiffres sont aberrants: pour l'Unedic, les conséquences de cette précarité coûtent 7 milliards d'euros d'indemnisations chaque année, alors que les contrats précaires ne rapportent que 1,5 milliard d'euros de cotisations. Une surcotisation patronale est donc nécessaire.

Les Échos : Le renforcement des pouvoirs de sanction de l'Unedic peut-il améliorer le contrôle de la recherche d'emploi ?

Jean-Claude Mailly : Non. Au contraire, il me semble très dangereux que le régime d'assurance-chômage cumule des responsabilités d'indemnisation et de sanction. Compte tenu de sa situation financière, l'Unedic sera tentée d'adopter une démarche comptable du contrôle des chômeurs, en se fixant des objectifs de réduction budgétaire calés sur une baisse du nombre de personnes indemnisées. Le danger est alors grand de supprimer le minimum vital à des chômeurs qui en ont réellement besoin.

Les Échos : Comment faire pour que le renforcement des contrôles ne pénalise pas les personnes qui recherchent vraiment un emploi ?

Jean-Claude Mailly : Le gouvernement devrait fixer les critères de qualité qui caractérisent l'offre valable d'emploi. Il est indécent de culpabiliser les chômeurs en évoquant des milliers d'emplois non pourvus, alors que seul le tiers des offres sont d'une durée supérieure à six mois et qu'il y a un monde entre les intentions de recrutements et les embauches réelles. L'Etat seul doit conserver le pouvoir de sanction.

Il serait également important d'instaurer une procédure contradictoire, permettant au chômeur de se justifier pour les manquements qu'on lui reproche. Cette possibilité est inscrite dans la loi de cohésion sociale, mais n'a pas encore, selon nos informations, été retenue dans la convention tripartite.

Propos recueillis par Lucie Robequain

(Source http://www.force-ouvriere.fr, le 27 avril 2005)


Les Échos du 12 mai 2005

Les Échos : Les délocalisations sont au coeur de la campagne. Pourtant, le traité constitutionnel n'en parle pas explicitement.

Jean-Claude Mailly : C'est justement ce silence qui pèse. Les délocalisations intra ou extra-européennes sont devenues un problème récurrent et concret pour les salariés. Mais dans ce traité, et notamment dans la partie 3, on ne trouve aucun frein au regard du dumping fiscal ou social, ou vis-à-vis de l'obsession inflationniste. Depuis une dizaine d'années, la construction européenne a été empreinte de libéralisme économique. L'implosion du système soviétique liberticide a fortement accentué cet aspect, par ses effets collatéraux. Quand on parle de libre concurrence, ça n'a plus du tout le même sens ou la même réalité qu'en 1957 !

Les Échos : Un traité pourrait-il être une arme contre les délocalisations ?

Jean-Claude Mailly : On ne bloquera jamais la totalité des délocalisations, qui, à l'avenir, porteront davantage sur les services. Mais on aurait pu imaginer d'harmoniser l'Europe vers le haut en développant une politique fiscale, au lieu de laisser le dumping fiscal s'installer. De même, il faudrait une politique industrielle et de recherche. La compétitivité est une notion relative. En matière salariale, il est dangereux de plaider la modération, ce qui conduit par exemple à exiger des réformes douloureuses en matière de protection sociale. La libre concurrence est une notion théorique non conforme à la réalité.

Les Échos : Est-ce que l'irruption de ce débat ne contribue pas à brouiller une campagne déjà complexe?

Jean-Claude Mailly : Cette campagne permet aussi de poser de vraies questions et d'être vigilant par rapport aux politiques européennes. Sait-on ce qu'il serait advenu de la directive Bolkestein, ou de la directive sur le temps de travail, s'il n'y avait pas eu ce débat ? Il y a eu aussi un vrai déficit démocratique au moment de l'élargissement à vingt-cinq. Aujourd'hui, les gens se rattrapent et attendent des réponses concrètes.


Propos recueillis par L. A.

(Source http://www.force-ouvriere.fr, le 13 mai 2005)

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