Déclaration de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, sur l'hommage aux anciens combattants d'Algérie, du Maroc et de la Tunisie, Toulon le 6 mai 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, sur l'hommage aux anciens combattants d'Algérie, du Maroc et de la Tunisie, Toulon le 6 mai 2005.

Personnalité, fonction : MEKACHERA Hamlaoui.

FRANCE. Ministre délégué aux anciens combattants

Circonstances : Congrès de l'Union nationale des combattants (UNC), à Toulon le 6 mai 2005

ti : Monsieur le Ministre,
Monsieur le Préfet,
Mesdames et Messieurs les parlementaires et élus,
Monsieur le président de l'UNC,
Mesdames et Messieurs les présidents d'associations,
Mesdames et Messieurs,


Permettez-moi, tout d'abord, de vous dire tout le plaisir que j'ai à vous retrouver ici à Toulon, deux années après le congrès de Rennes.

Je me réjouis de voir l'assistance nombreuse, réunie une fois de plus autour de vous, Monsieur le président. Cela démontre, si besoin en était, l'importance de l'Union nationale des combattants.

Cette rencontre est pour moi l'occasion de ressentir concrètement vos attentes et, en retour, de vous expliciter la politique du Gouvernement en direction du monde combattant.

Je sais combien notre dialogue est nécessaire et utile à la bonne cohésion du monde combattant, c'est pourquoi j'attache beaucoup d'importance à notre rencontre d'aujourd'hui.

M. le président Dalleau, votre propos exprime de fortes convictions et vous me permettrez d'y répondre avec franchise.

Je m'attacherai tout d'abord au registre de la mémoire.

Les années 2004 et 2005 sont profondément marquées par le 60ème anniversaire de la libération du territoire, de la fin de l'univers concentrationnaire nazi et de la victoire finale sur les forces de l'axe.

Ces commémorations sont autant d'occasions de mesurer comment le souvenir de ces heures est vivace.

La forte couverture médiatique de ces événements a permis à tous et, notamment aux jeunes générations, d'appréhender ces pages d'histoire qu'il ne faut pas oublier. Mais la politique de mémoire n'est pas cantonnée en 2005 à ces seuls événements.

Vous avez évoqué, M. le président, sous plusieurs angles, les relations entre la France et l'Algérie.

Elles ont d'ailleurs leur place dans les cérémonies dont je viens de vous parler car nos frères d'armes originaires des trois pays du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne, ont puissamment contribué à la libération de notre territoire.

Depuis la visite d'Etat du Président de la République, la France et l'Algérie ont entamé un resserrement de leur relation, sous le signe de l'amitié entre deux peuples liés par une longue histoire commune.

Je sais que nombre d'entre vous sont anciens combattants d'Algérie et, en tant qu'un des vôtres, je ressens toute l'importance de ce rapprochement.

Les anciens combattants de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie le ressentent aussi.

Chers amis il faut se souvenir; le 5 décembre dernier, nous avons pu voir les premiers emblèmes d'unité portant la mention "AFN 1952-1962".

Plusieurs centaines d'unités seront concernées, manifestant ainsi de façon concrète leur participation aux combats.

Parallèlement, le Premier ministre a demandé la création d'une fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie. C'est l'espace naturel des chercheurs de tout horizon et des historiens de tout poil.

M. le préfet Roger Benmebarek travaille à la préfiguration de cette fondation. Ce travail de spécialiste ne peut être une ¿uvre d'improvisation

Dans ce même registre, l'ONAC recueille la mémoire orale des anciens d'Algérie. Elle constituera un apport important à la connaissance de cette période et pourra servir de base à des études historiques.

Plus concrètement, un centre d'appareillage vient de rouvrir à Alger dans les locaux de l'ambassade de France et fonctionne à la satisfaction des intéressés. La France saisit toutes les occasions pour construire entre l'Algérie et la France des relations amicales et paisibles.

Enfin, je voudrais rappeler qu'un mémorial national de la France Outre-Mer sera inauguré à Marseille fin 2006. Il concerne, bien évidemment, la période de la guerre d'Algérie.

Il sera édifié grâce à l'action déterminante de la ville de Marseille et de son maire Jean-Claude GAUDIN l'état apportera sa juste contribution

Vous voyez, M. le président, combien l'Algérie est présente dans nos actions au quotidien.

Notre souci est d'aborder ce sujet en toute objectivité sans effacer aucun événement. La France, terre des droits de l'homme, n'a pas à rougir de son passé. Mais s'attache surtout à construire un avenir paisible.

Plus de 40 ans après la fin des conflits, le ressentiment doit faire place à l'histoire et à la construction en faveur des jeunes générations d'espaces paisibles.

Il nous faut faire connaître cette période avec objectivité et rigueur. Nous voulons laisser les chercheurs et les historiens mener à bien leurs travaux et nous éclairer, tel est notre souhait.

La France n' a jamais été dans une situation aussi favorable dans ses relations harmonieuses avec les pays du Maghreb, méfions nous des donneurs de leçons.

Certain voudrait nous attribuer je ne sais quelle tendance néoconolialiste au moment même où la France et l'Algérie s'apprêtent à signer un acte majeur pour continuer à parfaire leur relation profondément amicale.

Non! Mesdames et Messieurs la France est et veut rester une terre de liberté, de démocratie, respectueuse de tous les peuples, de leurs entités et de leur histoire.

Notre pays voudrait également s'attacher à son histoire, à sa mémoire voulant ainsi continuer de mettre en place et de parfaire les outils nécessaires au passage du témoin aux jeunes générations.

La connaissance passe aussi par le symbole ; le 5 décembre a valeur législative depuis la loi du 25 février 2005 qui a permis de traiter des situations sociales douloureuses, notamment en faveur des anciens des forces supplétives.

Toujours dans le registre de la mémoire, l'inauguration du centre européen du déporté au Struthof interviendra à l'automne 2005. Ce sera un moment grave et plein d'émotion.

Dans le registre des commémorations, vous préconisez, M. le président, l'institution d'une journée d'hommage à tous les combattants en complément des célébrations aujourd'hui en vigueur.

C'est un sujet sur lequel il faudra avancer prudemment. Les anciens combattants, et les Français plus généralement, sont, en effet, très attachés au calendrier actuel de commémorations.

Ces conflits, où nos combattants ont su trouver la force de préserver notre pays et de le ramener à la paix, ont rendu le monde combattant sensible à la défense des valeurs qui fondent notre société.

Je voudrais maintenant aborder les domaines de la reconnaissance et de la réparation. Ce droit, né de l'horreur de la première guerre mondiale, est au c¿ur de notre action en faveur du monde combattant.

Vous m'accorderez que beaucoup de choses ont été faites en presque trois années.

Permettez-moi de rappeler brièvement quelques sujets traités : les cures thermales sont désormais remboursées à hauteur de 5 fois le taux de la sécurité sociale, la décristallisation des pensions et retraites de nos frères d'armes des pays anciennement sous souveraineté française est entrée dans les faits ; c'est ainsi une grande injustice à laquelle il a été mis fin, la carte du combattant au titre de l'AFN est attribuée pour 4 mois de présence sur les théâtres d'opérations, le point de pension militaire d'invalidité évolue désormais au même rythme que l'indice INSEE des traitements de la fonction publique, l'ensemble des pensions de veuves a été relevé de 15 points, le plafond majorable des rentes mutualistes a été relevé de 7,5 points, l'indemnisation des orphelins de victimes d'actes de barbarie durant la seconde guerre mondiale est en place. Plus de 20 000 dossiers ont été reçus et les premiers versements ont eu lieu, des accords de mémoire partagée ont été signés avec d'anciens alliés ou d'anciens adversaires. Enfin, l'ONAC est assuré de son avenir. Le contrat d'objectifs et de moyens qui se heurtaient à l'approbation interministérielle depuis deux ans. Sa mise en place a été réalisée sur une période qui s'étend de 2003 à 2007 et qui lui a permis de se recentrer sur les missions de mémoire et de solidarité.

Je vous rappelle que les crédits sociaux de l'ONAC ont été revalorisés cette année, permettant d'améliorer la politique sociale en direction des anciens combattants ou de leurs veuves les plus démunis.

Ce sont autant vos attentes qui ont été ainsi satisfaites pour le plus grand bien du monde combattant.

Beaucoup reste à faire évidemment et, notamment, l'augmentation de la retraite du combattant qui est, vous le savez, ma première priorité pour le budget 2006.

Il convient aussi d'amener à 130 points le plafond majorable de la rente mutualiste.

Je peux d'ores et déjà vous annoncer que les crédits sociaux de l'ONAC seront à nouveau en augmentation en 2006 et que la notion de conjoint survivant remplacera celle de veuve dans le code des pensions militaires d'invalidité dès le 1er janvier 2006.

Ce dernier point tient compte de la féminisation des armées mais aussi de l'évolution de la société, ce qui nous renvoie à vos réflexions sur la famille.

Par ailleurs, un travail en cours devrait aboutir prochainement à la mise en place d'un contrat d'objectifs et de moyens au sein de l'Institution Nationale des Invalides.

Ainsi, l'INI pourra clarifier ses sources de financement et améliorer sa gestion au profit des pensionnaires et hospitalisés.

Parallèlement, notre Gouvernement poursuivra sa politique de signature d'accords de mémoire partagée qui permettront de transmettre aux jeunes générations le sens des valeurs qui nous permettent de vivre durablement dans un espace de paix.

Il importe pour cela d'entretenir avec nos anciens alliés comme avec nos anciens adversaires, des relations empreintes de cordialité dans le respect mutuel.

Vous voyez que la tâche est lourde mais c'est la volonté du Gouvernement de faire progresser le droit à réparation.

Pour ce faire, il est important que les institutions du monde combattant gardent leur spécificité et leur autonomie.

La circulaire du 16 novembre 2004 sur la réforme de l'administration départementale de l'Etat ne remet pas en cause cette volonté.

Le Premier ministre est très attaché au maintien de la situation actuelle.

Je voudrais, pour terminer, rappeler que les fédérations du monde combattant, et l'UNC au premier chef, sont à l'écoute d'autres pays.

Dans le domaine humanitaire, vous savez à cet égard que je suis notamment attentif à l'évolution de la réglementation en matière de médicaments, afin que vous puissiez continuer vos livraisons de médicaments vers les points du globe où les besoins sont criants.

Cela illustre combien le monde combattant est ouvert aux autres. Sachez que c'est un encouragement pour le ministre que je suis.

Ceux qui ont souffert savent bien le prix de la liberté et de la démocratie.

Mesdames, Messieurs, je vous remercie.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 13 mai 2005)

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