Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le bilan d'activité du Centre national de la cinématographie (CNC) et la production, diffusion des films en 2004 ainsi que les dispositifs de soutien à la profession du cinéma, Cannes le 16 mai 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le bilan d'activité du Centre national de la cinématographie (CNC) et la production, diffusion des films en 2004 ainsi que les dispositifs de soutien à la profession du cinéma, Cannes le 16 mai 2005.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Présentation du bilan du Centre national de la cinématographie (CNC) à Cannes le 16 mai 2005

ti : Monsieur le Président,
Madame la Directrice générale,
Mesdames et Messieurs,


Je suis heureux d'être parmi vous aujourd'hui pour cette traditionnelle présentation du bilan de l'année cinématographique, édité chaque année à l'occasion du Festival de Cannes par le Centre national de la cinématographie.

Je voudrais commenter quelques traits particulièrement saillants de ce bilan.

C'est avec attention vous le savez que je suis l'activité du cinéma. J'en connais les forces, les atouts, j'en connais aussi les fragilités. J'ai pris dans ce domaine les initiatives nécessaires pour encourager et développer l'activité de tous les professionnels qui contribuent de manière collective au succès du cinéma d'expression française et en premier lieu les producteurs.

Je pense en particulier au relèvement du plafond du crédit d'impôt cinéma en 2005. Il m'importe, à la lecture de ce bilan, de constater que vos efforts à tous ont porté leurs fruits et que le cinéma français se porte globalement bien.

L'année 2004 a été, on le sait depuis quelques mois déjà, d'un excellent niveau pour la fréquentation des salles, ce qui est - on ne le dira jamais assez - une des conditions essentielles de la santé et de la vigueur du cinéma dans son ensemble, quels qu'en soient ensuite les autres supports de diffusion.

Avec pratiquement 195 millions d'entrées recensées à ce jour, c'est une de " Nos meilleures années "- pour paraphraser le titre du beau film de Marco Tullio Giordana- depuis 1983, en termes de fréquentation.

Même s'il nous est donné de constater que l'offre de films susceptibles d'attirer un très large public est déterminante dans les résultats de fréquentation, il faut en même temps constater qu'un mouvement de fond se produit. Désormais, 60 % des français se rendent au cinéma, chaque année, et l'indice de fréquentation, qui a atteint 3,3 entrées par habitant en 2004, est le plus élevé de ces 20 dernières années. Il est en outre particulièrement remarquable que cette embellie de la fréquentation ait reposé sur une forte progression des entrées des films français, qui ont enregistré 76 millions d'entrées, gagnant ainsi 15,5 millions de spectateurs par rapport à l'année précédente. C'est ainsi qu'en cinq ans, le nombre de films français ayant dépassé 500 000 entrées a été multiplié par deux.

Cela démontre la vigueur et la qualité de notre production. Je veux à cet égard souligner la vitalité et la diversité des entreprises de production cinématographique et en particulier de la production indépendante, sans lesquelles ces films ne pourraient voir le jour : il n'existe pas de création visible et durable sans une activité de production dynamique et solide. Ces films rencontrent aussi leur public. C'est essentiel et c'est la plus belle justification des efforts de soutien et de régulation que l'Etat a constamment accompli en faveur du cinéma.

Avec 39 % de parts de marché sur l'ensemble de l'année 2004 et plus de 45 % depuis le début de l'année 2005, l'offre de films français rencontre en effet un succès croissant et renouvelé.

L'activité de production de films en 2004, avec 203 films produits dont 167 d'initiative française, reste élevée et situe la France en tête des pays européens (comme c'est aussi le cas pour la fréquentation des salles).

Cette activité de production s'est intensifiée cette année sur le sol français, puisque le nombre de semaines de tournages en France a augmenté de plus de 15 %, et il ne nous faut jamais oublier que l'activité cinématographique c'est aussi des emplois, et que, de l'avenir de ces emplois dépend notre production, et donc notre identité culturelle.

Enfin, au delà des chiffres, je veux souligner la place occupée par le cinéma français dans les sélections des grands festivals internationaux, place toujours éminente.

Cannes en est encore la preuve cette année, cher Gilles Jacob, tant dans la sélection officielle et à " Un certain regard ", qu'à la " Quinzaine des réalisateurs " ou à la " Semaine Internationale de la critique ", et le cinéma français y fait bonne figure à côté des cinématographies de tous horizons géographiques. Il m'est particulièrement agréable de noter que la plupart des films français ou coproduits avec la France qui ont passé la redoutable épreuve de la sélection, sous les regards exigeants de Thierry Frémaux, d'Olivier Père ou de Jean-Christophe Berjon, ont été produits avec le concours du CNC, souvent en amont de leur production.

J'y vois là encore la démonstration de l'efficacité de nos dispositifs de soutien sélectifs et de la pertinence des choix opérés par les commissions, composées de personnalités qualifiées qui siègent au CNC : tant la Commission d'avance sur recettes, Présidée par Claude Durand, que le Fonds sud, Présidé par Rithy Panh, ou encore l'Aide aux films en langue étrangères. Ces deux derniers fonds, prouvant - tout comme nos accords de coproduction- à quel point notre système d'aide est ouvert aux créateurs de toutes régions du monde et de toute aire linguistique.

Pour autant je ne méconnais pas les fragilités qui caractérisent notre industrie du cinéma dans son ensemble, et qui sont inhérentes à la nature de son activité.

C'est pourquoi, même dans un climat qui porte plutôt à l'optimisme, il convient de s'attacher constamment à améliorer les modes d'intervention de l'Etat dans les soutiens qu'il apporte au cinéma et à les faire évoluer.

C'est une exigence permanente qui guide mon action. C'est elle qui m'a animé toute cette année et c'est la raison pour laquelle un effort budgétaire important a été consenti en faveur du cinéma, qui se traduira cette année par environ 45 millions d'euros de mesures nouvelles en faveur de la production.

Ainsi le crédit d'impôt constitue une modernisation déterminante de notre soutien au cinéma. Alors que plusieurs pays européens ont mis en place depuis plusieurs années des dispositifs de ce type, la France - qui hormis les SOFICA il y a vingt ans, n'avait guère innové dans ce domaine, s'est dotée d'un dispositif simple et efficace et dont l'un des mérites est de faire bénéficier de la totalité de l'avantage fiscal le seul secteur du cinéma, au profit exclusif de la création et des emplois.

Ce dispositif peut permettre de financer jusqu'à 10 % du budget d'un film, ce qui le rend comparable à certains mécanismes fiscaux développés par nos voisins européens. Le nouveau plafond du crédit d'impôt porté à 1M sur ma proposition depuis le début de l'année 2005 permet désormais d'accompagner des projets de films aux devis plus élevés qu'en 2004. Les premiers résultats de l'impact de ce dispositif sur l'emploi, dès l'année 2004, sont d'ores et déjà positifs : environ 1500 emplois. Le crédit d'impôt a bénéficié à 111 films produits en 2004 et, à ce titre à joué aussi son rôle de financement complémentaire de la production.

Par ailleurs, le fonds mis par le CNC à la disposition des régions pour le développement des aides régionales à la production, commence à porter ses fruits au fur et à mesure de la signature de conventions avec les régions. A ce jour, 19 régions bénéficient du système " un euro de l'Etat pour deux euros investis par la région dans le cinéma ".

D'ores et déjà, les régions ont investi, en 2004, 21,2 millions d'euros dans la production de longs-métrages, abondés à hauteur de 4,7 M¿ par le CNC. Pour 2005 le budget global d'intervention du CNC dans ce dispositif est porté à 11,5M¿. Là encore, la justification de cette mesure se trouve dans le développement de l'emploi et de la production culturels, en suivant l'exemple poursuivi avec succès déjà depuis quelques années par certaines régions pionnières et par quelques pays voisins qui ont fait de leurs aides régionales un élément déterminant de leur politique de soutien, comme l'Allemagne. Je suis heureux de constater que les régions françaises elles-mêmes prolongent cet effort en envisageant des partenariats avec des homologues d'autres pays européens et du monde.

Du côté des auteurs et créateurs, je voudrais souligner aussi la rénovation intervenue en cours d'année dernière de l'aide au développement qui permet de soutenir en amont de la production, et plus intensément, les projets de scénarios, ainsi que l'augmentation en 2005 du budget de l'avance sur recettes, dotée de 22 millions d'Euros cette année.

Toutes ces mesures ont pour vocation de fortifier notre industrie nationale et d'amplifier les succès dont j'ai parlé, tout en permettant à la France de développer ses emplois dans le secteur du cinéma, et de rendre notre territoire attractif, y compris pour les tournages étrangers. C'est le sens de l'action que doit mener désormais la Commission du film France avec une équipe renforcée.

C'est en poursuivant ce même but d'attractivité et d'emplois que j'ai souhaité que soient étudiées les conditions d'une révision de notre réglementation actuelle, afin de permettre qu'un film tourné en France en langue française, faisant travailler des artistes et des techniciens français, puisse, en fonction de critères précis, bénéficier de la qualification d'¿uvre européenne même s'il est produit par une société de production établie en France mais dont les capitaux sont extra-européens. La réglementation actuelle ne permet plus cette qualification depuis 1992 - alors qu'antérieurement, seuls des critères liés à l'¿uvre engendraient cette qualification. C'est ainsi qu'on pu se réaliser de nombreux films de cinéastes comme Claude Lelouch, Louis Malle et François Truffaut.

Ce serait me faire un bien mauvais procès d'intention que de croire que je souhaite revenir à cette situation. Je sais parfaitement que depuis le début des années 90, les chaînes de télévision contribuent fortement, et j'en suis heureux, au financement du cinéma français. C'est la raison pour laquelle toute ouverture ne pourra être que strictement encadrée. Il ne doit y avoir aucun effet d'éviction. Il s'agit d'apporter un financement supplémentaire à la production cinématographique et non d'un financement substitutif. Il s'agit de servir la diversité culturelle et non de l'assécher. J'attends avec beaucoup d'intérêt de ce point de vue les propositions d'Isabelle Lemesle sur la manière dont la production déléguée indépendante devra être associée à cette ouverture, association indispensable à mes yeux.

Notre système de soutien fonctionne bien mais nous devons rester vigilants. Il génère parfois des effets pervers qu'il convient de regarder de près. Ce système doit rester exemplaire et cohérent et être au service de la diversité culturelle, tant du point de vue de l'¿uvre que de l'entreprise.

Il importe maintenant, et il s'agit là d'une responsabilité collective que nous devons - pouvoirs publics et professionnels- assumer, de redonner à notre dispositif une cohérence qu'il n'aurait jamais dû perdre.

Je ne méconnais pas les craintes de ceux qui sont hostiles à cette révision et je veux que des réponses et des garanties propres à les rassurer, leur soient apportées. C'est désormais la mission confiée par la Directrice générale du CNC, Catherine Colonna à l'expert qu'elle a désignée, Isabelle Lemesle. Quelle meilleure garantie peut on trouver que la participation de tous à cette réflexion ?

Tous les points de vue doivent pouvoir s'exprimer pour que toutes les précautions puissent être prises. Il y aurait sinon quelque paradoxe grave à refuser d'éclairer la réflexion. Je souhaite donc que tous les organismes professionnels concernés participent activement à la recherche de cette solution, et pour ma part, je prendrai tout le temps qui sera nécessaire avant d'arrêter les termes précis des modifications qu'il conviendra d'apporter à la réglementation sans déstabiliser le cinéma français. En particulier, il n'est pas question de modifier l'ordre des choses tant que notre système de soutien n'est pas validé par Bruxelles. Je veux le dire clairement, le rapport qui me sera remis le 15 juin ne sera qu'un rapport d'étape et non un texte réglementaire qui mérite un temps d'examen et de réflexion concertés plus long. En effet, je veux tout particulièrement que tous les effets pervers qu'une partie de la profession redoute puissent être levés. Je souhaite aussi que ces investissements extraeuropéens permettent, je l'ai dit, une association de la production indépendante qui est au c¿ur de notre création. La mission d'Isabelle Lemesle doit aussi évaluer les conséquences de cette ouverture sur les financements encadrés, en particulier ceux des chaînes de télévision et proposer des solutions pour empêcher tout effet d'éviction. Cet encadrement ne peut être convenablement défini, je le répète, que si l'ensemble de la profession dans toute ses composantes, contribue à l'élaboration de l'ensemble de ces garde-fous. J'ajoute que la mission d'Isabelle Lemesle doit conduire à des propositions plus globales d'amélioration et de transparence du soutien au cinéma. Il n'est pas possible de n'en traiter qu'un aspect dans le cadre de l'objectif de cohérence globale que j'ai déjà évoqué.

Pour finir sur ce sujet, je comprends beaucoup d'interrogations. Mais l'une est, à mes yeux, totalement illégitime. Il s'agit du procès d'intention sur l'exception culturelle. Je le dis avec calme mais avec force : il n'est pas de garant de l'exception et de la diversité culturelle plus déterminé que moi.

D'une manière générale, je crois que tout ce qui contribue à rendre notre système d'aide à la fois ouvert aux investissements comme aux talents étrangers, le rend plus solide et plus légitime : la tradition, généreuse, du cinéma français, c'est d'être ouvert sur le monde. De ce point de vue, j'encouragerai tous les accords de coproduction internationaux et européens de nature destinés à favoriser cette ouverture.

Rappelons nous que le Festival de Cannes est la preuve la plus éclatante de cette ouverture, et je remercie la président Gilles Jacob d'être toujours si attentif au caractère universel du cinéma, et d'avoir en même temps la haute conscience que c'est du métissage de cultures et de traditions différentes qu'émanent le sens et la beauté des ¿uvres qui nous transportent et nous émeuvent, ici même à Cannes et, plus tard, dans les salles.

La France pour toutes les raisons que je viens d'indiquer, doit être au premier rang pour entraîner tous les pays qui le souhaitent à développer leurs cinématographies. Et d'abord à l'intérieur d'une Union européenne renforcée par les progrès que le projet de Constitution pour l'Europe apporte à sa capacité d'action en matière culturelle. Notamment par le rappel que l'Europe doit demeurer " Un continent ouvert à la culture ", et qu'elle se donne pour objectif de promouvoir la diversité culturelle. Mais aussi par la garantie qu'elle offre aux Etats membres que l'Union sera en mesure de défendre à l'extérieur une conception ambitieuse de la diversité culturelle.

C'est déjà l'illustration concrète de cette idée qui m'amène aujourd'hui même à participer à la réunion des responsables des principaux fonds ou mécanismes européens ayant une action en faveur des cinématographies les moins diffusées, dont le Festival international du Film a eu l'initiative.

Je suis par ailleurs convaincu que le cinéma doit désormais s'apprêter à affronter des mutations importantes qui devront faire l'objet d'accompagnements ou de mesures de régulation appropriées. Dans ce domaine, une coopération internationale est indispensable.

C'est tout l'objet du rendez-vous, ici même à Cannes, ce soir, des 25 ministres de la culture européens, à l'initiative de la Commissaire européenne Viviane Reding, afin d'évoquer les chances que pourrait offrir, dans un futur proche, " le cinéma en ligne " au cinéma européen.

Je me réjouis, dans le même esprit, que la réunion de mes 25 collègues européens ait pour contrepoint une réunion désormais traditionnelle des 25 responsables des agences nationales en charge du cinéma dans les pays de l'Union.

De même, j'ai pu m'entretenir avec Dan Glickman, Président de la Motion Pictures Association of America, de l'avancement de nos travaux communs engagés ici même à Cannes, l'an dernier, sur la lutte contre la piraterie. Dans ce domaine encore la coopération internationale est essentielle à la réussite d'une action qui a pour objectif premier de préserver les droits des créateurs, mais aussi plus simplement et plus universellement, de faire en sorte que l'activité de production cinématographique puisse se poursuivre dans des conditions économiques et financières saines. Sur le plan national, je sais que les discussions entre les fournisseurs d'accès à internet et la production cinématographique se poursuivent dans un climat constructif.

J'ai présidé trois réunions sur ce sujet et j'ai vu l'atmosphère évoluer. J'ai pu mesurer les points d'accord et ceux qui restent encore à trancher. Il importe désormais qu'un accord global puisse être formalisé, dans les meilleurs délais, au mieux des intérêts de tous.

Mesdames et messieurs, je voudrais saisir l'occasion qui m'est donnée ici même de m'exprimer devant vous pour adresser mes remerciements à Gilles Jacob, Véronique Cayla et Thierry Frémaux, ainsi qu'à leurs équipes, pour l'extraordinaire travail qu'ils accomplissent chaque année avec un souci de renouvellement et d'innovation pour faire du Festival de Cannes l'événement mondial du cinéma. Tout en étant - ce qui n'est pas toujours aisé- les gardiens exigeants de traditions éprouvées qui ont contribué depuis toujours à l'éclat exceptionnel de cette manifestation, et en font un mélange unique de tradition et de modernité : tradition dans la forme et le protocole ; modernité dans les ¿uvres et l'expression des créateurs.

Je voudrais aussi féliciter les producteurs, les réalisateurs et tous ceux qui ont contribué directement ou indirectement à la production et à la réalisation des ¿uvres sélectionnées cette année.

Je souhaite qu'au delà des récompenses qui seront attribuées à quelques uns d'entre eux, le Festival joue pleinement son rôle : celui d'être un révélateur de talents, et au delà, d'être un vrai lieu de rencontre entre les peuples et leurs cultures par l'universalité de l'expression cinématographique, partagée par tous les festivaliers. C'est parfois le prélude à une diffusion des films primés et sélectionnés dans de nombreux pays, et c'est là me semble-t-il, la vraie raison d'être du Festival.

En conclusion, laissez-moi vous dire mon plaisir d'être avec vous ici à Cannes, un plaisir de cinéphile, un plaisir de rencontres humaines dans un cadre magnifique, grâce à la fréquentation des ¿uvres et de leur public. Cette 58e édition du festival de Cannes est un grand succès, je m'en réjouis avec vous.


Merci de votre attention.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 19 mai 2005)

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