Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "La Dépêche de Tahiti" du 25 mai 2005, sur les enjeux du référendum sur le traité constititionnel notamment pour les Pays et territoires d'outre-mer (PTOM) et la Polynésie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "La Dépêche de Tahiti" du 25 mai 2005, sur les enjeux du référendum sur le traité constititionnel notamment pour les Pays et territoires d'outre-mer (PTOM) et la Polynésie.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : QUESTION : La Polynésie française n'étant pas une région ultra-périphérique de l'Europe, en quoi est-elle concernée par le projet de Constitution européenne soumis à référendum ?

Brigitte GIRARDIN : Il serait faux de croire qu'il n'existe pas d'enjeu spécifique à la Polynésie française dans le cadre de ce référendum, ou que cet enjeu serait moindre qu'ailleurs. Vous bénéficiez en effet d'un régime d'association à l'Union européenne grâce à votre statut de Pays et Territoire d'Outre-mer (PTOM). Or, ce statut se trouve confirmé dans le cadre du projet de Constitution européenne qui vous est soumis. C'est donc l'assurance donnée à la Polynésie de continuer à bénéficier du soutien financier de l'Europe, mais aussi de la possibilité d'exporter ses produits locaux en franchise de droits de douane vers le marché communautaire. C'est un acquis essentiel, qu'il vous faut préserver en approuvant ce projet de Constitution.

Mais au-delà de cet enjeu spécifique, il y a aussi tout ce que ce projet vous apporte en tant que citoyens européens à part entière, avec notamment la possibilité qui vous est offerte de voyager, d'étudier et de travailler librement dans les 25 pays membres de l'Union. Sans oublier la Charte des droits fondamentaux et la reconnaissance de la diversité culturelle et linguistique dont vous pourrez dorénavant vous prévaloir.


QUESTION : Les crédits européens pour la Polynésie transitent par le FED (Fonds européen de développement). La pérennité de celui-ci est-elle assurée ?

Brigitte GIRARDIN : Vous avez raison de rappeler l'apport du FED au développement économique de la Polynésie. Depuis 1985, ce sont en effet plus de 50 millions d'euros (plus de 6 milliards de FCFP) qui sont ainsi venus contribuer à des réalisations aussi importantes que l'aménagement hydro-électrique de Tahiti, l'assainissement de Bora-Bora et de Punaauia, le programme en faveur des huîtres perlières, ou encore le développement de la flottille de pêche. Ce faisant, l'Europe agit sous vos yeux, au profit de votre environnement quotidien.

Bien entendu, nul ne songe à remettre en cause cette contribution européenne qui est au contraire confortée par le projet de Constitution.


QUESTION : Les procédures du FED sont connues pour être lourdes. Quelles améliorations peuvent y être apportées ?

Brigitte GIRARDIN : C'est vrai, les procédures du FED sont contraignantes et pas toujours adaptées à la situation des PTOM. Insérer le FED dans le budget communautaire permettrait sans doute déjà d'assouplir ces procédures, tout en laissant la possibilité d'augmenter ultérieurement les dotations : cette suggestion est en cours d'examen, notamment dans le cadre des discussions relatives aux perspectives financières 2007-2013.

Mais c'est à la simplification des procédures elles-mêmes qu'il convient aussi de s'atteler, dans l'esprit de ce que la France a proposé en décembre 2003 dans un mémorandum sur l'avenir des relations entre les PTOM et l'Union européenne. Pour aller plus loin encore, nous avons proposé l'instauration d'un fonds spécifique aux seuls PTOM, distinct du FED, qui ne s'adresserait plus alors qu'aux États ACP.

Lors du dernier forum des PTOM qui s'est tenu en Polynésie en mars dernier, la Commission a proposé à son tour une démarche volontariste. Je souhaite donc que l'on puisse rapidement progresser dans cette voie, en vue du prochain forum prévu en décembre 2005.

La France joue un rôle moteur pour faire évoluer ses collectivités du Pacifique vers un statut européen plus spécifique et plus avantageux. Il est clair qu'elle le perdra si elle rejette le projet de Constitution européenne.


QUESTION : L'Europe qui se dessine, en insistant sur une concurrence loyale, peut-elle remettre en cause les défiscalisations contenues dans votre loi-programme pour l'outre-mer ?

Brigitte GIRARDIN : Absolument pas. Puisque l'outre-mer continue de bénéficier dans cette Constitution d'un régime dérogatoire pour tenir compte de ses handicaps structurels, tels que l'éloignement et l'insularité. Toutes les mesures de la loi de programme, en particulier la défiscalisation, sont donc confortées. C'était important de garantir dans une Europe à 25, toutes les possibilités que nous avons obtenues dans une Europe à 15.


QUESTION : En quoi l'adoption ou le rejet de la Constitution européenne peut-il interférer dans la marche vers l'euro que souhaite le pays ?

Brigitte GIRARDIN : Tout simplement parce que la participation au référendum, et l'ampleur de l'adhésion à ce texte, seront nécessairement interprétées comme un signe du désir de la population polynésienne d'approfondir ou non son intégration dans l'Europe. Or, le passage à l'euro constitue une étape décisive de cette intégration, qui peut vous apporter davantage de stabilité dans vos échanges commerciaux, mais aussi une plus grande confiance de la part des investisseurs. L'euro faciliterait également vos déplacements car je rappelle que le franc pacifique n'est pas convertible à l'étranger. Le Gouvernement ne fera rien qui ne corresponde au souhait des populations concernées qui ont donc, à l'occasion de ce référendum, la possibilité de nous envoyer un message positif sur ce sujet. Vos élus seront ensuite formellement consultés, tout comme ceux de Nouvelle-Calédonie et de Wallis et Futuna qui sont également concernés par le passage à l'euro.


QUESTION : La Polynésie peut-elle passer directement des conventions de développement avec les autorités européennes ?

Brigitte GIRARDIN : La France a demandé à la Commission d'examiner la faisabilité pour un PTOM ou un groupe de PTOM de négocier des protocoles particuliers avec l'Union européenne sur des points précis. La Commission européenne s'est récemment déclarée ouverte à la discussion sur le sujet. Il s'agit donc d'un dossier qui progresse.


QUESTION : L'Europe constitue-t-elle un marché pour les exportations polynésiennes ?

Brigitte GIRARDIN : L'Europe constitue une chance pour les PTOM en général : le but de l'association est fondé sur la promotion du développement économique et social des PTOM et l'établissement de relations économiques entre eux et l'Europe.

S'agissant plus particulièrement de la Polynésie française, les exportations de productions locales vers l'Europe peuvent paraître faibles, mais certains produits comme la perle noire, le coprah ou le monoï sont exportés et très prisés en Europe. Cette Europe peut donc constituer un marché prometteur, d'autant que les produits originaires des PTOM sont admis dans les États membres en exemption de droits de douane.

Mais plus généralement, l'Europe est surtout pour vous une formidable opportunité, qu'il vous faut saisir en allant voter nombreux samedi prochain. Il faut bien comprendre que si le non l'emporte, la France perdra son influence et sa crédibilité en Europe, et qu'il deviendra très difficile de continuer à obtenir un soutien de nos partenaires, peu concernés par les problématiques de l'outre-mer. Pour rester crédibles, pour continuer à être entendus et respectés, il faut aller voter massivement oui !


(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 27 mai 2005)

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