Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "Les Nouvelles calédiniennes" du 26 mai 2005, sur les enjeux du référendum sur le traité constititionnel notamment pour les Pays et territoires d'outre-mer (PTOM). | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Brigitte Girardin, ministre de l'outre-mer, dans "Les Nouvelles calédiniennes" du 26 mai 2005, sur les enjeux du référendum sur le traité constititionnel notamment pour les Pays et territoires d'outre-mer (PTOM).

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : QUESTION : A chaque scrutin européen, la Nouvelle-Calédonie se distingue par un très faible taux de participation. Que souhaiteriez-vous dire aux électeurs calédoniens pour les inciter à aller voter ?

Brigitte GIRARDIN : Je veux rappeler à tous les Calédoniens que les enjeux de ce référendum ne sont pas éloignés de leurs préoccupations, mais qu'ils les concernent au contraire très directement. Et que le niveau de leur participation, tout comme le niveau de leur adhésion au projet de Constitution européenne, seront naturellement interprétés comme des signes de leur désir d'approfondir ou non leur intégration dans l'Europe.

Je pense notamment à la perspective du passage à l'euro, souhaité par beaucoup : il est clair qu'une victoire du " oui " adressera un message positif, qui facilitera la négociation avec Bruxelles. A l'inverse, un " non " majoritaire en Nouvelle-Calédonie introduirait le doute et l'incertitude dans l'esprit de nos partenaires.

Mais il y a aussi votre statut de Pays et Territoire d'Outre-mer (PTOM) qui se trouve conforté dans le cadre du projet de Constitution européenne qui vous est soumis. C'est donc l'assurance donnée à la Nouvelle-Calédonie de continuer à bénéficier du soutien financier de l'Europe, grâce au FED, mais aussi de la possibilité d'exporter ses produits locaux en franchise de droits de douane vers le marché communautaire. C'est un acquis essentiel, que l'on ne mesure peut-être plus suffisamment tant on s'y est accoutumé, mais qu'il faut absolument préserver en approuvant ce projet de constitution.


QUESTION : Le FLNKS, qui laisse libre choix à ses composantes, estime globalement que quelle que soit l'issue de ce référendum, elle ne remettra en cause ni l'Accord de Nouméa, ni les avantages financiers dont bénéficient les PTOM. Que pensez-vous de cette position ?

Brigitte GIRARDIN : Je respecte naturellement les opinions de chacun. Pour autant, je considère qu'il est de notre responsabilité individuelle et collective de prendre position, car l'abstention reviendrait à adresser un message d'indifférence et de désintérêt à l'égard de l'Europe, alors que c'est au contraire un message d'adhésion et d'espoir dont nous avons besoin pour continuer à défendre l'outre-mer au mieux de ses intérêts. N'oublions pas qu'il nous faut désormais agir dans une Europe à 25 membres, où nous n'avons à nos côtés que cinq autres États, qui ont comme nous des collectivités d'outre-mer.

Il est faux de croire que l'issue de ce référendum n'aura aucun impact pour la Nouvelle-Calédonie. Pensez-vous vraiment que nos partenaires européens continueront à nous entendre, lorsque nous leur demanderons des mesures spécifiques pour des collectivités d'outre-mer qui auraient dit " non " à ce projet de Constitution pour l'Europe ? On peut en douter, évidemment. Il faut donc remettre les enjeux en perspective, et bien vous convaincre que votre vote sera observé, commenté, analysé, et qu'il influera sur vos relations futures avec l'Europe.


QUESTION : A quoi doivent s'attendre les PTOM si le non l'emporte ?

Brigitte GIRARDIN : Ils ne pourront plus compter sur une France forte pour défendre leurs intérêts, une France qui, après avoir été pendant 50 ans le moteur de la construction européenne, donnerait subitement un coup d'arrêt à toute la dynamique d'intégration européenne, et ne serait donc plus entendue.

Je vais vous donner un exemple précis : celui de la réforme du Fonds européen de développement (FED), principal outil financier par lequel l'Europe contribue à la réalisation de vos projets de développement. Nous nous efforçons actuellement d'obtenir une amélioration du fonctionnement du FED : la France a formulé des propositions en ce sens en décembre 2003 dans un mémorandum sur l'avenir des relations entre les PTOM et l'Union européenne. Il s'agit de simplifier les procédures, trop lourdes et souvent mal adaptées, mais aussi et surtout d'instaurer un fonds spécifique aux seuls PTOM, distinct du FED, qui ne s'adresserait plus alors qu'aux États ACP. La Commission a d'ailleurs proposé à son tour une démarche volontariste sur le sujet, lors du dernier forum des PTOM qui s'est tenu en Polynésie en mars dernier. Il s'agit donc d'un dossier important mais qui n'aboutira que si la Commission perçoit de la part des PTOM un intérêt à continuer à aller de l'avant. Autant dire qu'une victoire du " non " lors du prochain référendum remettrait en cause tous ces efforts.


QUESTION : A l'échelle du Gouvernement, comment serait perçu un vote en faveur du " non " ou tout simplement une massive abstention dans l'ensemble de l'outre-mer ?

Brigitte GIRARDIN : Je me refuse à croire que l'outre-mer puisse dire " non " à ce projet de Constitution, tout simplement parce que j'ai la conviction que l'outre-mer a plus encore à gagner que la métropole dans ce texte, qui lui garantit de préserver dans une Europe à 25 tout ce qui lui a été apporté dans une Europe à 15.


QUESTION : A l'issue de votre entretien avec Paul Néaoutyine, le président de la Province Nord, l'annonce de votre venue en Nouvelle-Calédonie en juillet a été avancée. Confirmez-vous cette information ?

Brigitte GIRARDIN : J'envisage en effet de me rendre à nouveau prochainement en Nouvelle-Calédonie mais je n'ai pas encore pris de décision sur la date.


QUESTION : Le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, a quant à lui confirmé sa venue début juillet à l'occasion du congrès du Rassemblement. Le résultat du référendum sur la Constitution européenne ne risque-t-il pas de remettre en cause cette visite ?

Brigitte GIRARDIN : C'est à lui qu'il faut poser la question.


QUESTION : Dans quelques semaines, le dossier du corps électoral gelé sera soumis au Parlement. Le député Pierre Frogier a annoncé qu'il se battait jusqu'au bout contre ce rétablissement. Quelle est la nature de vos échanges sur ce sujet ?

Brigitte GIRARDIN : Chacun est dans son rôle. Pierre Frogier est député et maintient en toute logique la position qu'il avait prise sur ce sujet lors du débat parlementaire de 1999.

Moi, je dois respecter au nom du Gouvernement les engagements pris par l'État envers les signataires de l'Accord de Nouméa. Cette question sera donc réglée conformément aux conclusions des deux derniers comités de signataires de Koné et de Paris.


(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 27 mai 2005)

Rechercher