Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 31 mai 2005, sur la démission de Jean-Pierre Raffarin après le résultat du référendum sur la Constitution européenne et sur la priorité que le nouveau gouvernement devra donner à l'emploi et à l'investissement public. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, à RTL le 31 mai 2005, sur la démission de Jean-Pierre Raffarin après le résultat du référendum sur la Constitution européenne et sur la priorité que le nouveau gouvernement devra donner à l'emploi et à l'investissement public.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. UMP, membre du comité politique

Circonstances : Démission de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, le 31 mai 2005, à la suite des résultats du référendum sur la ratification de la Constitution européenne

ti : Q- Jean-Michel APHATIE : Bonjour Jean-Louis Debré. Nous sommes mardi matin. Nous attendons le nom du futur, du nouveau Premier ministre. Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin ? Quelle est votre réponse Jean-Louis Debré ?

R- Jean-Louis DEBRE : Je ne sais pas...

Q- Vous ne savez pas ?... On ne peut pas dire... Vous le savez, mais vous ne pouvez pas le dire, c'est ça ?

R- Je ne sais pas... Et ce n'est pas ce qui m'intéresse.

Q- Qu'est-ce qui vous intéresse ce matin, Jean-Louis Debré ?

R- C'est quelle va être la politique de ce nouveau gouvernement.

Q- Parlons-en. Qu'est-ce que vous en attendez ?

R- D'abord ce que j'attends, moi, ce sera le passage du nouveau Premier ministre, quel qu'il soit, et du gouvernement, devant l'Assemblée Nationale, la semaine prochaine lors de la déclaration de politique générale.

Q- Parce qu'il y aura une déclaration de politique générale la semaine prochaine...

R- Je l'espère, je le souhaite. Ce n'est pas moi qui décide, mais je le dis. Parce que si c'était uniquement une question de personne, ce serait facile...

Q- Nous sommes d'accord...

R- On changerait X pour mettre Y. Or ce n'est pas le problème.

Q- Quelle politique ?

R- A travers ce référendum, nous avons vu que les Français manifestaient un certain nombre de peurs, de craintes, d'angoisses... Je ne reviens pas sur celles-ci. Et donc, après la politique de réformes qui a été menée par le gouvernement Raffarin, notamment la sauvegarde des retraites par répartition, et le maintien de l'Assurance maladie, pour prendre les deux principales, il faut rentrer dans une nouvelle action gouvernementale. Par conséquent, premièrement, je demande à ce prochain gouvernement de moins légiférer et d'agir plus pour l'application des lois. Deuxièmement, je voudrais qu'on mette l'accent aujourd'hui sur - tout le monde le dit, mais je veux dire par quelques mesures précises ce que je souhaite que l'on fasse - une politique plus axée vers la défense de l'emploi et de la solidarité. Je pense que le gouvernement doit avoir une politique très active de redémarrage des investissements publics. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais entre les autorisations de programme et les crédits de paiement, il faut aller plus vite...

Q- ... En se moquant, par exemple...

R- ... Non, je ne me moque de personne !

Q- ... Des déficits budgétaires, des investissements publics ?

R- ... Investissements publics...

Q- "La France doit s'affranchir du pacte de stabilité"
On dit qu'il n'y a plus d'argent aujourd'hui, qu'il y a des problèmes financiers, que la croissance ne sera pas celle attendue...

R- La croissance, elle viendra de l'effort que nous ferons pour procéder à des investissements publics pour faire redémarrer l'économie, et pour permettre une augmentation du pouvoir d'achat...

Q- Il faut s'affranchir des règles du pacte de Maastricht, Jean-Louis Debré ?

R- Oui. Aujourd'hui ce n'est plus le problème. Et on voit bien aujourd'hui qu'il y a un certain nombre d'équilibres qu'il faut modifier...

Q- ... L'investissement public...

R- Oui, relancer les investissements publics, relancer les grands travaux, faire un effort à l'égard des emplois... je sais bien que l'emploi aidé coûte cher... mais je préfère, étant maire d'Evreux, président d'une communauté d'agglomération, avoir la possibilité d'aider des emplois qui coûtent cher, plutôt que d'avoir des chômeurs qui coûtent encore plus cher ! Et aider des emplois, c'est permettre d'injecter un pouvoir d'achat dans la commune, ou dans l'ensemble de la communauté d'agglomération, dans l'ensemble de la région. Donc, un : politique de l'emploi par développement des investissements, développement des investissements publics, et accélération de ceux-ci. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais l'Etat ou les collectivités, lors qu'ils décident des investissements publics, c'est long, trop long. Entre les autorisations des travaux, entre les crédits de paiement, il faut attendre parfois huit à neuf mois. Non ! C'est urgent ! Par ailleurs, il faut donner aux collectivités locales la possibilité d'embaucher un certain nombre de jeunes, notamment les jeunes, et donner aux collectivités locales une aide, notamment fiscale, pour permettre à celles-ci d'avoir des emplois aidés. Le faire également à l'égard des entreprises... bon, je m'arrête...

Q- Non, non... Allez-y, je vous écoute...

R- Je peux continuer, bon... Deuxièmement, je pense qu'au niveau fiscal il faut s'occuper des classes moyennes. Aujourd'hui, la fiscalité qui est la nôtre désespère les gens de travailler et de gagner plus !

Q- Et alors... Il faut baisser les impôts, c'est ça ?

R- Je pense que ce n'est pas baisser les impôts, c'est baisser un certain nombre de charges qui pèsent sur les entreprises et sur les petites entreprises, pour leur permettre d'embaucher, et d'embaucher des cadres.

Q- Le profil type que vous dessinez là, ce n'est pas celui de Nicolas Sarkozy ? La relance de l'investissement public, on ne le voit pas bien faire ça lui. e n'était pas ce qu'il disait pendant la campagne référendaire, nous sommes d'accord Jean-Louis Debré ?

R- A partir du moment où on est d'accord sur la politique dans le domaine de l'emploi, de la solidarité, de la fraternité, de la lutte contre la précarité, d'un effort important, que je n'ai pas eu le temps de développer, concernant le logement, et notamment le logement aidé, alors il y a plusieurs personnalités, et celles-ci sont suffisamment intelligentes pour comprendre, pour entendre l'angoisse des Français qui s'est exprimée notamment lors du référendum, mais qui n'a cessé de s'exprimer... Et permettez-moi de vous dire que je l'ai dit depuis un certain temps... Quand je parlais du manque de lisibilité de la politique gouvernementale, c'est ce que je visais. Mais peu importe ce qu'on vise, peu importe le passé.

Q- "La majorité doit se ressouder"
Retenons ce qui est important ce matin Jean-Louis Debré : action importante de l'Etat, tant pis pour le pacte de stabilité. On n'a peut-être pas dit "Non" seulement à la Constitution dimanche dernier, on a peut-être dit "Non" aussi, d'une certaine façon, à l'euro, tel qu'il fonctionne ?...

R- Non, non... L'Europe, elle peut fonctionner autrement...

Q- ... En tout cas, le pacte de stabilité ne doit plus être une contrainte dans l'action publique aujourd'hui. Nous sommes d'accord ?

R- Je pense que ça ne doit pas être une contrainte aussi forte qu'aujourd'hui.

Q- C'est une information importante de la part du Président de l'Assemblée Nationale.

R- C'est "ma" vérité. Ce n'est pas forcément "la" vérité... S'il n'y avait qu'une vérité...

Q- ... C'est quand même quelque chose qui est au coeur du pouvoir Jean-Louis Debré...

R- Moi je ne suis pas au coeur du pouvoir...

Q- Si...

R- ... Je suis au coeur d'une mairie, je suis au coeur d'une communauté d'agglomération, et je vois l'angoisse de mes concitoyens. C'est ça mon problème. Et le référendum doit permettre de répondre à ces frustrations, à ces angoisses...

Q- Vous disiez Jean-Louis Debré...

R- ... Et je voudrais dire deux choses...

Q- ... Deux choses... On n'a plus trop le temps...

R- Trente secondes. Nous devons respecter nos institutions. Arrêtons de mettre en cause les uns et les autres, parce qu'il y a eu référendum...

Q- ... Donc Jacques Chirac doit rester à sa place...

R- ... Deuxièmement, moi je voudrais lancer un appel à l'union de la majorité.

Q- C'est lancé...

R- Aujourd'hui la majorité elle doit se ressouder derrière le futur Premier ministre et le futur gouvernement, quels qu'ils soient !

Q- - Vous disiez Jean-Louis Debré que Jacques Chirac pourrait faire un troisième mandat en 2007. Avec cette défaite au référendum c'est fini maintenant Jean-Louis Debré ? Il n'y aura pas de troisième mandat de Jacques Chirac ?

R- Quatre, cinq, six, sept peut-être...

Q- ... Vous n'êtes pas sérieux Jean-Louis Debré...

R- ... Le problème n'est pas là ! Ce n'est pas une question d'homme, c'est une question de politique.

Q- Troisième mandat en 2007 pour Jacques Chirac ?

R- Vous ne me ferez pas répondre à cette question, parce que c'est une petite question, et ça ne répond pas à l'angoisse et aux inquiétudes des Français. Or la politique c'est répondre à ces angoisses et à ces inquiétudes.

Q- Jean-Louis Debré... qui n'a répondu qu'aux grandes questions ce matin......

Mais aux questions qui intéressent les Français !...

J.L. Debré.. était l'invité d'RTL... Bonne journée.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 31 mai 2005)

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