Tribune de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, dans "France-Soir" du 1er juin 2005, sur la participation de troupes australiennes et néo-zélandaises aux combats de la Première Guerre mondiale et de la Deuxième Guerre mondiale et sur les accords bilatéraux de mémoire entre la France et différents pays ayant participé aux deux conflits mondiaux, intitulée "Du champ de bataille à la mémoire partagée". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, dans "France-Soir" du 1er juin 2005, sur la participation de troupes australiennes et néo-zélandaises aux combats de la Première Guerre mondiale et de la Deuxième Guerre mondiale et sur les accords bilatéraux de mémoire entre la France et différents pays ayant participé aux deux conflits mondiaux, intitulée "Du champ de bataille à la mémoire partagée".

Personnalité, fonction : MEKACHERA Hamlaoui.

FRANCE. Ministre délégué aux anciens combattants

ti : En avril, nous commémorions en Turquie avec nos alliés le 90ème anniversaire de l'expédition des Dardanelles. Ce 25 avril 1915, cet ANZAC Day, du nom du corps expéditionnaire constitué de volontaires australiens et néo-zélandais engagés du côté allié durant la Première Guerre mondiale, est considéré par l'Australie et la Nouvelle-Zélande comme un véritable événement fondateur national. Le débarquement des troupes à Gallipoli face à des adversaires remarquablement bien entraînés a été particulièrement meurtrier (plus de 8 500 Australiens tués et près de 20 000 blessés).

Par la suite, les Australiens et Néo-Zélandais participent héroïquement aux combats sur le front occidental. Notamment ceux de Villers-Bretonneux (Somme), en avril 1918, qui les font entrer dans la légende de la Grande Guerre en reprenant aux Allemands le village-clé du dispositif allié protégeant Amiens. Depuis, les habitants de la région célèbrent avec reconnaissance la mémoire de ces jeunes volontaires venus des antipodes défendre, sur le sol français, un idéal commun de liberté.


C'est dans cet esprit de concorde et de reconnaissance mutuelle que je me suis entretenu à Canberra avec son homologue australien, Madame De-Anne Kelly. A cette occasion, j'ai eu le grand plaisir de décerner la croix de chevalier de la Légion d'honneur à des vétérans australiens en reconnaissance de leur rôle dans la libération de la France durant la Seconde guerre mondiale. Ces vétérans apparaissent comme un trait d'union entre nos deux pays. A travers ce geste de reconnaissance, la France rend hommage aux milliers de soldats australiens morts en France pour la préservation de sa liberté en 1914-1918, puis pour sa libération lors du second conflit mondial. Pour bien mesurer l'ampleur de l'engagement humain australien, on peut rappeler par exemple qu'entre 1914 et 1918, plus de 310 000 Australiens furent engagés sur le front français pour une population totale à l'époque de 4 millions d'habitants.


Je me suis également rendu au Mémorial franco-australien de Canberra. Ce monument fut édifié par le gouvernement français durant les années 1920, pour montrer la reconnaissance de la France envers les Australiens tombés sur notre sol. Chaque année, la commémoration de l'ANZAC Day et celle de l'Armistice du 11 novembre se déroulent ici.


En Nouvelle-Zélande, je me suis recueilli au Mémorial National du Souvenir à Wellington, où repose le soldat inconnu. Il faut rappeler qu'environ 12 000 soldats néo-zélandais sur les
128 000 mobilisés sont tombés sur le front français. Beaucoup sont demeurés sans identité : plus de 1 700 pour le seul département de la Somme. C'est l'un d'eux qui repose ici. Outre le Premier ministre néo-zélandais, Madame Helen Clark, j'ai rencontré plusieurs représentantes du ministère néo-zélandais de la culture et du patrimoine. Les Néo-zélandais, comme les Australiens, ont à coeur, jusqu'au plus haut niveau de l'Etat, de promouvoir et développer avec nous les échanges dans le domaine de la mémoire partagée des conflits du XXe siècle.


Ce concept, dont nous sommes les instigateurs et les promoteurs, s'applique à encourager, organiser et valoriser nos relations bilatérales avec ces pays dont l'histoire militaire a croisé celle de la France, à titre d'alliée ou d'adversaire, au cours des conflits contemporains. Schématiquement, cela concerne les pays qui furent les alliés de la France durant au moins l'un des conflits mondiaux et qui cultivent le souvenir de leur engagement sur notre sol (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni,¿) ; ceux auprès desquels la France a combattu lorsque leur liberté était menacée (Corée du Sud entre 1950 et 1953) ; les pays anciennement sous souveraineté française et avec lesquels notre histoire combattante commune s'est inscrite dans la durée : (Viêtnam, Algérie, Maroc, Madagascar,¿). En pratique, cette démarche explicite déjà implicitement. Ainsi, les tombes des combattants tombés durant la guerre de 1870 sont entretenues par le pays d'accueil, quelle que soit la nationalité du défunt.


De façon à encadrer ces actions, j'ai signé des accords bilatéraux de mémoire partagée avec six pays. Les premiers l'ont été avec la Corée du Sud et l'Australie en 2003. D'autres accords ont suivi avec le Maroc, Madagascar, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande. D'autres sont actuellement en préparation avec la Tunisie ou le Canada.

La France, "mère des arts, des armes et des lois", a engagé ses fils sur les champs de bataille du monde entier. Cette épopée guerrière a laissé des traces dans notre Histoire. Elle a marqué à jamais notre peuple. Chaque époque a apporté son lot de gloire et de souffrance, mais le XXe siècle a marqué un paroxysme dans la violence que les hommes sont capables d'infliger à d'autres hommes. Cette histoire, nous la partageons donc avec d'autres peuples, qu'ils aient été nos alliés ou nos adversaires. Se souvenir, c'est évoquer les passions et les souffrances. Mais se souvenir c'est aussi croiser notre mémoire avec celle des peuples dont nous avons croisé la destinée. Se souvenir, c'est aussi partager.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 3 juin 2005)

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