Extraits d'une interview de Mme Michéle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Paris Match" du 19 mai 2005 sur la défense européenne et le rôle joué par l'armée dans l'intégration sociale en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extraits d'une interview de Mme Michéle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Paris Match" du 19 mai 2005 sur la défense européenne et le rôle joué par l'armée dans l'intégration sociale en France.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, ROUART Jean-marie.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Paris Match : Ce moral de l'armée est-il au beau fixe malgré le grand saut dans l'Europe ?

Michèle Alliot-Marie : L'Europe est devenue pour les militaires français une évidence. Ils l'ont d'ailleurs prouvé dans les divers contacts qu'ils ont eus au cours des missions qu'ils ont accomplies avec nos partenaires : notamment en assurant, à titre européen, le commandement de la force internationale en Afghanistan, dans la relève de l'OTAN en Macédoine et en menant une vaste opération en Bosnie. Ils ont pris l'habitude d'apprécier les relations qu'ils ont pu entretenir avec les forces des autres pays européens. On peut dire d'ailleurs qu'au niveau européen, la France possède aujourd'hui la meilleure armée, à égalité avec celle de la Grande-Bretagne. Ils ont le sentiment que grâce à la loi de programmation militaire, ils détiennent aujourd'hui les moyens nécessaires pour mener ce type d'opération.

Paris Match : Existe-t-il des sondages qui permettent d'évaluer le sentiment européen des militaires ?

Michèle Alliot-Marie : Non, c'est impossible. Par le statut même des militaires qui n'ont pas le droit d'exprimer leurs opinions politiques. Néanmoins, par les nombreuses conversations que j'ai eues avec eux, par ce que j'ai ressenti sur le terrain, j'ai l'intuition qu'ils ont parfaitement admis l'idée européenne. Ils savent que l'Europe n'est en rien une atteinte à la souveraineté nationale. Cette construction européenne de la Défense, c'est la France qui l'a voulue. C'est du jour où j'ai pu dire que la volonté du président de la République était de faire avancer la défense européenne et que nous montrions le chemin en redressant assez spectaculairement notre effort de défense que l'atmosphère a vraiment changé autour de la table du Conseil européen. C'est la France qui a été au c¿ur des décisions les plus récentes. La force d'intervention très rapide, c'est une idée franco-britannique. La création de la Force européenne de gendarmerie est une idée venue de la France et elle a eu son rôle, aussi, dans la mise en place de l'Agence européenne de défense et d'armement.

Paris Match : Mais l'expression " mourir pour la France " a-t-elle encore un sens aujourd'hui ? En aura-t-elle un demain ?

Michèle Alliot-Marie : Oui, cela a toujours un sens et cela en aura un demain. J'en ai récemment fait l'expérience avec de jeunes militaires qui risquent leur vie en ayant conscience de défendre les valeurs de la France. Je ne pense pas que l'Europe soit à ce sentiment.


Paris Match : Ce sera vrai jusqu'à quand ?

Michèle Alliot-Marie : Je ne suis pas favorable à une Europe fédérale. Je suis pour une Europe des Etats-nations. Cette Constitution qui est soumise à un référendum n'est pas fédérale. Elle est dans la perspective de l'Europe des nations. Il ne s'agit pas de faire un mélange qui aboutirait à une sorte d'eau tiède où tout le monde se rassemblerait sur le plus petit dénominateur commun. Il s'agit de préserver, dans chaque pays, les valeurs culturelles, nationales et éthiques respectives. C'est la reconnaissance et l'enrichissement mutuel de vingt-cinq pays différents que l'on s'efforce de faire travailler ensemble.

Paris Match : On va vers une défense commune. La France ne risque-t-elle pas de se voir imposer des actions avec lesquelles elle ne serait pas d'accord ?

Michèle Alliot-Marie : Non, pas dans ce domaine, ni dans celui des affaires étrangères. Elle ne peut en aucun cas être entraînée dans des décisions qu'elle n'aurait pas approuvées.

Paris Match : La défense militaire intégrée, ce sera pour quand ?

Michèle Alliot-Marie : Je ne sais pas si dans trente ans, cela existera. Il faudrait que nous soyons dans une Europe fédérale, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. D'ailleurs, aucun pays n'en veut. La défense demeure un vrai domaine de souveraineté.

Paris Match : Votre ami Donald Rumsfeld ne semble pas hostile à la Constitution européenne¿

Michèle Alliot-Marie : J'ai plutôt avec lui de bonnes relations, ce qui ne nous empêche pas de nous opposer. Il semble avoir une certaine méfiance vis-à-vis de la construction de la défense européenne. La Constitution reconnaît pour la première fois cette idée. C'est logique. A quoi sert d'énoncer des valeurs et des principes et de les exprimer avec force si on n'est pas capable de les défendre, si c'est nécessaire, les armes à la main ?

Paris Match : Et la suppression du service national, ça n'a pas dû arranger le moral de l'armée ?

Michèle Alliot-Marie : Le terme exact n'est pas " suppression ", mais " suspension " du service national. C'était une des conditions de la modernisation qui a abouti à l'excellence de l'instrument que nous détenons aujourd'hui. Nous sommes l'une des trois meilleures armées du monde.

Paris Match : " Suspension ", cela signifie-t-il qu'il peut être rétabli ?

Michèle Alliot-Marie : Cela veut dire qu'en cas de guerre menaçant notre territoire, par exemple, il pourrait être rétabli.

Paris Match : La disparition du service national n'a-t-elle pas laissé un vide, notamment en matière d'intégration sociale et de brassage ?

Michèle Alliot-Marie : L'armée continue à jouer ce rôle sur un nombre plus limité, mais aussi plus en profondeur. Nous sommes le premier recruteur de jeunes en France. Chaque année, 35000 garçons et filles, dont 20 % sont issus des quartiers dits difficiles ou en situation d'échec scolaire, viennent chez nous. Nous les intégrons et nous leur donnons de vraies perspectives de promotion. L'armée est probablement, dans notre pays, la seule institution qui ait conservé le principe républicain de la promotion sociale au mérite : 50 % des sous-officiers sont pris parmi les hommes du rang, 50 % des officiers sont pris parmi les sous-officiers. Un simple soldat peut devenir général. Le principe de l'armée napoléonienne est toujours en vigueur.

Paris Match : Un élargissement de ce système d'intégration sociale fait-il partie de votre réflexion ?

Michèle Alliot-Marie : Oui. Il existe déjà dans les départements d'outre-mer un service national adapté. Je suis en train de préparer un projet dont j'ai parlé au président de la République : il permettrait de proposer une formation et une première intégration professionnelle à 20 000 jeunes. Une première expérience pourrait commencer en septembre prochain.


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(Source http://www.defense.gouv.fr, le 6 juin 2005)

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