Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), à RMC le 2 juin 2005, en réaction aux résultats des référendums sur la Constitution européenne en France et aux Pays-Bas, sur l'adhésion de la Turquie à l'UE, l'immigration clandestine, le contrôle des frontières et le budget européen. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), à RMC le 2 juin 2005, en réaction aux résultats des référendums sur la Constitution européenne en France et aux Pays-Bas, sur l'adhésion de la Turquie à l'UE, l'immigration clandestine, le contrôle des frontières et le budget européen.

Personnalité, fonction : VILLIERS Philippe de, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. MPF, président

Circonstances : Référendum sur la Constitution européenne le 29 mai 2005

ti : Q- Bravo, la Constitution est morte !

R- Je crois qu'on peut la comparer à un canard décapité dans une cour de ferme qui court encore. Parce que quand on entend J. Chirac, J.-C. Juncker, monsieur Barroso - l'inénarrable président de la Commission de Bruxelles -, ils nous expliquent...

Q- Vous ne l'aimez pas celui-là...

R- Ce n'est pas que je ne l'aime pas, c'est que je ne vois pourquoi il vient se mêler de nos affaires ! Ils nous expliquent tous d'ailleurs, Chirac le premier d'ailleurs, qu'il faut continuer le processus de ratification. C'est exactement cette image que l'on a tous en tête, du canard qui n'a plus de tête et qui continue à courir. [...]

Q- Et maintenant, que se passe-t-il ? Nous sommes avec ce fameux traité de Nice, jusqu'à... On ne sait pas jusqu'à quand.

R- Maintenant, la situation est très simple : le peuple français, comme d'ailleurs le peuple hollandais hier, portent une condamnation globale sur une manière de fonctionner de l'Europe qui ne leur convient pas. Ce que j'attendais donc dimanche soir, et ce que j'attends encore aujourd'hui - mais peut-être que cela va venir, mais le plus vite serait le mieux -, c'est J. Chirac, au lieu de s'entêter en écrivant hier une lettre en disant qu'on va continuer, continuer... Qu'il écoute le peuple français et prenne des mesures concrètes ! Je vous donne quatre exemples. Premièrement, qu'est-ce que l'on attend pour suspendre immédiatement la négociation sur l'entrée de la Turquie ? On a appris hier que cela allait se faire comme si de rien n'était. Le 3 octobre prochain, à neuf heures du matin, à Luxembourg, doit commencer la négociation sur l'entrée de la Turquie. Compte tenu du "non" français et du "non" hollandais, est-il bien raisonnable de continuer comme avant ? N'est-il pas plus raisonnable de suspendre la négociation le temps de tout remettre à plat ? Deuxième point, symbolique, mais très important : il y a 2,5 millions d'emplois qui sont menacés dans le textile par l'invasion du textile chinois. Les Etats-Unis nous ont montré la voie : ils ont rétabli les quotas. Pourquoi J. Chirac ne prend-il pas l'initiative, en se rapprochant du Portugal et de l'Espagne qui sont d'accord, pour rétablir les quotas à 3 ou 4 pays, pour forcer le commissaire européen à la Concurrence, qui ne veut rien faire, à étendre ensuite ce rétablissement des quotas à l'ensemble de l'Union européenne ? C'est une manière de dire à Bruxelles que l'on veut une Europe qui soit protectrice, et c'est une manière de dire aux Français, "je vous ai compris, j'ai entendu votre message : vous voulez une Europe qui protége nos emplois contre la délocalisation". Troisième exemple, le rétablissement des contrôles fixes aux frontières. Monsieur Zapatero vient de décider de régulariser 700.000 immigrants clandestins. Au même moment, l'Europe, par anticipation sur l'application du traité constitutionnel, lève définitivement toute formule de clause de sauvegarde du traité de Schengen, c'est-à-dire après avoir supprimé les contrôles fixes, supprime maintenant les contrôles mobiles. Donc, j'attends de J. Chirac qu'il dise, là aussi, "je vous ai compris, on rétablit les contrôles fixes et les contrôles mobiles aux frontières franco-espagnoles, franco-allemandes et on ne va pas dans le sens de ce que souhaite la commission de Bruxelles, c'est-à-dire une seule frontière extérieure". C'est absurde, c'est dangereux, ce n'est pas raisonnable, une seule frontière extérieure de 91.000 kilomètres ! Quatrièmement, la remise à plat de la contribution nette de la France au budget européen ; cette contribution nette est cette année de 3,5 milliards. C'est-à-dire qu'on a une Europe qui nous coûte de plus en plus cher et qui nous rapporte de moins en moins. Il ne s'agit pas de suspendre notre contribution, c'est simplement de dire à l'occasion de la renégociation du budget européen qu'on veut savoir où va notre argent. Enfin, dernier point, exiger tout de suite un contrôle politique de l'euro, tout de suite. Donc, cela veut dire qu'on se met un peu en marge de la légalité bruxelloise, mais que l'on force les commissaires et nos collègues à tenir compte de ce qui est l'essentiel pour un chef d'Etat comme J. Chirac : c'est le "non" du peuple.

Q- Pas facile à 25 tout ça !

R- Il y a un exemple dans l'histoire : de Gaulle, 1965, la chaise vide. Quand de Gaulle a vu que cela coinçait sur l'agriculture, sur la politique agricole, parce qu'il voulait préserver les intérêts français, il a dit qu'il ne siégeait pas. Et moi, c'est ce que je propose à J. Chirac : au lieu d'aller...

Q- Qu'il ne siège pas ?!

R- Qu'il dise à ses collègues quelles sont ses exigences pour tenir compte du "non" du peuple français, parce que J. Chirac ne peut être aujourd'hui que le petit télégraphiste du peuple français, son mandataire, au sens notarial, qu'il ne peut pas, lui, tenter d'interpréter à sa manière le "non" du peuple français.

Q- Donc, s'il le faut, la chaise vide ?

R- La chaise vide, c'est de leur dire "je prends des mesures". Par exemple, dans les quotas sur le textile : il nous reste 180.000 emplois dans le textile, voilà. Sur la question de l'immigration, on voit bien que la France est aujourd'hui submergée par une déferlante migratoire ! Vous savez ce qui se passe à Perpignan : c'est terrible, c'est la guerre interethnique sur le sol national, ça y est, on y est ! Voilà les résultats du communautarisme. Quand Chirac est arrivé au pouvoir, il n'y avait pas de communautarisme. Souvenez-vous, J. Chirac, lors de son émission avec les jeunes : "La France sera le mouton noir, la France sera isolée". Mensonge ! On est deux ! Quel est le journaliste qui oserait dire que la France est isolée ce matin ? La France n'est pas isolée, puisque nous sommes deux pays fondateurs : le peuple néerlandais et le peuple français. Ceux qui sont isolés, ce sont les chefs, ce sont les élites.

Q- Pensez-vous les Français ont voté "non" parce qu'il y a trop d'étrangers sur notre sol, parce que nous n'avons pas répondu au textile chinois ?

R- Vous présentez la chose de manière un peu caricaturale...

Q- Mais c'est ce que vous venez de dire !

R- Je ne dis pas "les étrangers", je parle de l'immigration et notamment de l'immigration clandestine. Mais incontestablement, sur la question de la Turquie, oui. J'ai bien regardé les sondages de sortie des urnes pour voir les motivations des Français. La première motivation, c'est la question de la surface de l'Europe. C'est incontestable, la question de la Turquie est première, c'est-à-dire où va cette Europe qui n'a pas de limite géographique ? C'est une vraie question. Tant qu'on n'y aura pas répondu, il y aura un malaise. Deuxième question : est-ce que l'on va avoir enfin une Europe qui va être respectueuse des démocraties nationales ? La Commission de Bruxelles va nous imposer le 1er juillet prochain un nouvel OGM, un maïs transgénique d'une grande boite américaine, extrêmement dangereux pour nos enfants. Donc, ça continue, ça continue ! On ne veut pas de ça ! Troisièmement, on a bien vu, aussi bien à gauche qu'a droite, par-delà la diversité des expressions, qu'il y a une demande de protection de nos entreprises, de nos emplois, pour éviter de les encourager à se délocaliser. Quelle est la réponse ? J'ai écouté hier D. de Villepin, c'était un moulin ultrarapide et brillant ; on était dans l'abstraction.

Q- On va parler de l'emploi, parce que c'est aussi l'une des raisons du "non", la crise sociale, et vous le sentez au quotidien. D'ailleurs, le "non" a encouragé les revendications sociales ; vous en êtes d'accord avec moi ?

R- Il est évident que le "non" est un grand malaise économique et social, que je résumerais de la manière suivante : en tant que parent, on a tous le même problème, toutes les familles de France, c'est : "Que va devenir mon gosse" ?


(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 3 juin 2005

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