Interview de M. Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative, à France Inter le 6 juin 2005, sur la candidature de Paris au Jeux olympiques de 2012. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Lamour, ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative, à France Inter le 6 juin 2005, sur la candidature de Paris au Jeux olympiques de 2012.

Personnalité, fonction : LAMOUR Jean-François, PAOLI Stéphane.

FRANCE. Ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative

ti : [Préambule à "Question Directe"]

Q- Il y a une performance dont on n'a pas suffisamment parlé hier. Certes, il y avait le grand Nadal... Mais enfin, ce matin, quand on traversait les Champs Elysées, à 5 heures du matin, on avait l'impression que rien ne s'était passé. On a monté et démonté en très peu de temps l'équivalent d'un grand stade olympique.

R- Effectivement, c'est une vraie prouesse à laquelle nous avons assisté, puis aussi un signe fort envoyé aux membres du CIO, leur exprimer cet amours des jeux, cette volonté d'accueillir un événement fantastique en 2012, puis aussi leur démontrer notre capacité à la fois à mobiliser les Parisiens, les Franciliens, autour de cet espoir, de ce projet, et puis aussi leur démontrer nos capacités à organiser cet événement : bloquer les Champs, offrir des initiations sportives... C'était, encore une fois, de très belles images qui sont parties partout dans le monde, mais il faut savoir que pendant toute une journée, tous les gamins, les Parisiens, les Franciliens sont venus s'initier aux 28 sports olympiques. Cela a été vraiment une très belle journée et à un mois de la décision, une décision, vous vous en doutez, plus qu'importante pour notre pays, C signal était très très fort en direction du CIO.

[...]

[Question Directe]

Q- Les 34 membres de l'Union européenne sur les 115 électeurs du Comité olympique international, tiendront-ils compte du récent non français au référendum sur la Constitution européenne lors de leur vote le 6 juillet prochain à Singapour ? Aujourd'hui déjà, en début d'après midi, sera publié le rapport d'évaluation du CIO concernant la candidature des villes qui sont en lice. [...] Nous parlions tout à l'heure de la fête des Champs Elysées, maintenant parlons de la réalité politique et peut-être des inquiétudes de certains. Les membres de l'Union européenne qui vont voter, peuvent-ils être influencés par le non français dont on voit d'ailleurs qu'il a tout de même un peu engagé un certain nombre de réactions en Europe - après les Pays-Bas, voilà peut-être maintenant que l'Angleterre, dans la journée, annoncera qu'elle renonce à son référendum. Est-ce que tout cela peut peser ?

R- Vous le voyez, d'ailleurs, ce n'est pas un problème purement franco-français, ce rapport avec la Constitution, mais bien un problème européen, et le président de la République et le Chancelier Schröder en ont parlé samedi soir. Je suis convaincu que cela ne va pas intervenir dans le choix des membres du CIO. Pourquoi ? Qu'est-ce qui fait que les membres vont ou non voter pour une ville candidate ? Deux sujets, deux priorités. La première, un dossier, un très bon dossier, un dossier techniquement, non pas parfait, mais en tout cas qui s'approche le plus possible des objectifs du cahier des charges fourni par le CIO. Je pense que le dossier français répond, en très grande partie, aux attentes des membres du CIO. Il y a une deuxième priorité, un deuxième paramètre qui compte beaucoup, c'est la mobilisation du pays autour de la candidature. Alors, effectivement, il y a eu un vote négatif concernant la Constitution, mais moi, je vous donnerai un seul chiffre : plus de 90 % des Français adhèrent, se mobilisent, pour la candidature de Paris et de la France. C'est un chiffre qui marque les esprits des membres du CIO et qui, n'en suis certain, va convaincre ces membres de nous offrir cette possibilité d'organiser cette grande fête en août 2012.

Q- Il y avait des situations paradoxales, hier. Par exemple à Roland Garros, le roi d'Espagne était là, la victoire d'un extraordinaire prodige espagnol à Roland Garros, et en même temps, Madrid, ville candidate aussi à ces Jeux Olympiques, et Madrid qui a dit oui à la construction européenne. Alors, est-ce que tout cela, encore une fois...

R- Vous savez, les membres du CIO sont originaires des cinq continents, ils sont souvent loin d'évènements qui se passent ponctuellement dans tel ou tel pays. Par contre, je suis certain que ce qui s'est passé hier sur les Champs Elysées, ces superbes images de la mobilisation du pays, de l'Ile de France et de Paris, autour de cette candidature, ça, ça a marqué les esprits, j'en suis convaincu.

Q- Est-ce un signe d'ouverture là où certains s'inquiétaient peut-être d'un repli français ?

R- J'ai appelé ça, moi, une sorte de "paradoxe apparent" : le fait de vouloir accueillir le monde entier, en 2012, et puis de donner un petit peu ce sentiment d'isolement - mais c'est encore une fois un sentiment personnel - qui ne va pas influer sur les membres du CIO. Vous savez, le CIO joue, joue son image, joue aussi sa capacité tous les quatre ans à rebondir, à repartir sur une nouvelle olympiade au travers de l'organisation des jeux. Ce que les membres du CIO veulent, c'est une sorte de garantie, une bonne fin de l'organisation des jeux, être certain que dans une ville, dans un pays, nous organiserons, nous pourrons organiser les jeux de la meilleure des façons. Deux sujets, un dossier technique, compacité des sites, innovation en matière d'organisation et mobilisation de tous les Français. Regardez la mobilisation dans les autres pays où les villes sont candidates, cette mobilisation n'est pas du tout la même. Nous, c'est tout un peuple, tout un pays qui adhère à C projet, qui se mobilise à sa façon pour accompagner le projet parisien.

Q- Alors, mobilisation. Le président de la République, avant ce référendum - on est dans un contexte où tout compte, évidemment - avait parlé d'une impulsion. Et puis on a vu la formation du nouveau gouvernement avec, honnêtement, pas beaucoup de changements. Est-ce que là, l'impulsion, le signal envoyé, est suffisamment fort ? Est-ce que dans l'esprit des Européens, la France est un pays qui bouge ?

R- Puisque vous me tendez la perche, je vais vous dire, ce qui s'est passé hier au séminaire. D. de Villepin a une mission de la part du président de la République, que le président de la République lui a confiée, c'est : nous mobiliser sur l'emploi et de lutter contre le chômage, c'est ce que nous avons fait hier. Nous avons travaillé un certain nombre de plans d'action qui vont s'exprimer lors du discours de politique générale que D. de Villepin fera mercredi. Il a le soutien entier de l'ensemble du Gouvernement. Cela s'exprimera d'ailleurs quand N. Sarkozy parlera devant le groupe UMP. C'est dans cet esprit que nous travaillons, un esprit où effectivement rien n'est tabou dans la discussion, mais où je vous le rappelle, D. de Villepin a rappelé son attachement au modèle français, à ce principe de solidarité. Alors, certes, la marge est étroite, mais nous trouverons des solutions, peut-être d'ailleurs des solutions qui se sont organisées ou qui sont pratiquées à l'extérieur de nos frontières. C'est dans cet esprit qu'il rencontre aujourd'hui les partenaires sociaux. La mission, elle est de 22 mois. D. de Villepin nous a donné à nous tous, membres du Gouvernement, 100 jours pour redonner cette dynamique. Et c'est vrai que l'organisation des Jeux, je l'espère, qui nous sera offerte le 6 juillet, participe finalement de cette mobilisation générale. Nous aurons un projet à sept ans, jusqu'en 2012.

Q- Et avant les Jeux, dans votre domaine à vous, J.-F. Lamour, où sont, à votre avis, les champs possibles de création d'emplois ? On reviendra sur les Jeux ensuite, mais dès maintenant, là, qu'est-ce que vous pouvez proposer ou faire ?

R- Dans le domaine du sport ?

Q- Oui.

R- Par exemple...

Q- Ou ailleurs, si vous voulez.

R- Par exemple, dans le domaine du sport ou dans le milieu associatif, je vous rappelle que J.-L. Borloo a mis en place son plan de cohésion sociale. Ce plan, par exemple au travers des contrats d'avenir ou des contrats d'engagement, intéresse directement le champ associatif, l'aide à la personne. Mais également dans le secteur sportif, dans le secteur culturel, il y a besoin de ce type d'accompagnement. Le plan Borloo va être mis en place très rapidement, D. de Villepin avait réuni, d'ailleurs, le pôle social de J.-L. Borloo et T. Breton, samedi, pour deux séances de travail importantes. Ce plan va monter en puissance dans les mois qui viennent. Nous trouverons là un gisement d'emplois particulièrement important. Un mot, simplement, des Jeux, parce que limiter les jeux à dix jours de fête paralympique et quinze jours de fête olympique, serait une hérésie, ce serait de ma part de l'irresponsabilité en tant que ministres des Sports. Organiser les Jeux en France, entre le 7 juillet 2005, le lendemain de la décision et le mois d'août 2012, c'est 60 000 emplois créés pour organiser les Jeux. A posteriori, après les jeux...

Q- Combien d'emplois pérennes ensuite ?

R- 40 000. C'est une étude d'un cabinet d'audit qui nous a procuré ce potentiel, à condition que nous nous y préparions, bien évidemment. Après les Jeux, ce sont 20 000 emplois dans le domaine des pratiques sportives, pas le sport de compétition - le sport en famille, le sport pour handicapés, le sport pour les seniors, qui se développe de plus en plus - et 20 000 emplois également dans le domaine du tourisme. Il faut savoir qu'après les Jeux, grâce à l'impact qu'auront les jeux partout dans le monde, ce sont 7 millions de touristes supplémentaires qui viendront en France, chaque année. Aujourd'hui, c'est à peu près 70 millions de touristes, on en aura 10 % de plus. Créations d'emplois, structures d'hébergements supplémentaires, accueil de ces nouveaux touristes -on parle, vous savez, beaucoup, en particulier des touristes chinois. Voilà le défit qui nous attend au-delà même d'organiser les Jeux, des Jeux qui seront une grande fête populaire où on partagera une passion commune. Encore une fois, je vous rappelle le chiffre : 90 % des Français adhèrent à ce projet magnifique, et je crois qu'il est important pour notre pays de se rassembler autour de projets communs. Les jeux font partie de ces projets.

Q- Mais à l'instant où vous parlez, J.-F. Lamour, là, il est 08h28 à l'instant, avez-vous une idée de ce qu'il y aura dans le rapport d'évaluation qui sera publié, quoi, en début d'après midi ?

R- 14h30.

Q- Vous savez ce qu'il y a dedans ou pas ?

R- Absolument pas.

Q- Personne ne sait ?

R- Non. J'ai une impression... Personne ne sait. Véritablement, le CIO tient à cette confidentialité avant bien sûr de le rendre public. J'ai quand même un sentiment, après le passage de la commission d'évaluation, qui est venue, vous le savez, à Paris, au mois de mars dernier, j'ai eu le sentiment que nous répondions bien aux questions posées par le CIO et que nous étions vraiment dans la tendance d'une organisation moderne des Jeux. Il faut savoir que le CIO a beaucoup travaillé sur par exemple la compacité des Jeux Olympiques. Vous le savez, nous avons décidé de mettre le village aux Batignolles, en plein centre de Paris, et faire en sorte qu'un athlète, mais également les médias, vous-même, vous ne soyez pas à plus de 10 minutes de 80 % des équipements sportifs et des évènements sportifs. Ça c'est un élément du dossier, un élément technique, qui marque beaucoup les esprits des membres du CIO et qui répond parfaitement aux attentes du CIO. Je pourrais vous donner comme ça plusieurs autres exemples, mais celui là est peut-être le plus fort, le plus symbolique, des réponses que nous avons données aux membres du CIO pendant cette période de préparation.

Q- Une dernière chose : confirmez-vous les propos du maire de Paris, monsieur Delanoë, qui dit qu'il n'y aura pas d'impôt J.O à Paris ?

R- Non, pourquoi, parce que nous allons travailler dès le 7 juillet à un très bon phasage de l'organisation des Jeux. On a parlé de la réussite de nos amis grecs pour les jeux d'Athènes, c'est vrai que ça a été une très belle fête, mais on le sait aussi...

Q- Elle leur coûte cher, aujourd'hui.

R- Oui. Pourquoi cela leur coûte cher ? C'est que finalement, le phasage de l'organisation, en particulier de la construction des équipements nécessaires, le village mais également les équipements sportifs, a été retardé. Moralité : les chantiers ont fonctionné 7 jours sur 7, 24 h sur 24, le surcoût il est là. A nous de phraser correctement l'organisation des Jeux et, je vous le rappelle, ce n'est pas une dépense. Nous avons veillé à ce que tous les équipements construits servent après les Jeux. Il n'y aura pas d'éléphant blanc après les Jeux Olympiques. Tous les équipements, je vous en cite deux, deux qui sont là aussi très symboliques de la qualité de notre dossier : le centre nautique, qui sera situé à quelques centaines de mètres du Stade de France, deviendra le centre national d'entraînement de la Fédération Française de Natation. Pareil pour le vélodrome qui sera basé à Saint-Quentin en Yvelines. Le vélodrome sera utilisé tous les jours par la Fédération Française de Cyclisme pour l'entraînement de leurs équipes de France. Deux exemples qui démontrent que, quand nous construisons de façon pérenne un équipement, il servira par la suite. Tous ceux qui ne serviront pas seront démontés après les Jeux.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 7 juin 2005)

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