Interview de M. François Baroin, ministre de l'outre-mer, dans "Le Figaro" du 27 juin 2005, sur la politique de l'emploi, la situation politique et les évolutions statutaires de l'outre-mer. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Baroin, ministre de l'outre-mer, dans "Le Figaro" du 27 juin 2005, sur la politique de l'emploi, la situation politique et les évolutions statutaires de l'outre-mer.

Personnalité, fonction : BAROIN François.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : Le Figaro : Quelle est votre priorité pour l'outre-mer ?

François Baroin : Le premier ministre, dans son discours de politique générale, a clairement affirmé la priorité de l'action de son gouvernement: c'est la lutte pour l'emploi. Il se trouve que l'outre-mer a cette singularité de dépasser très largement les statistiques nationales en matière de chômage. Aussi, à priorité nationale numéro un, priorité ultra-marine numéro un renforcée. Pour cela, nous n'avons pas besoin d'outils nouveaux. Mon projet politique n'est pas d'associer mon nom à une nouvelle loi, mais de faire appliquer sur le terrain les dispositions déjà existantes de la loi-programme élaborée en 2003 par Brigitte Girardin et d'y faire appliquer les nouvelles dispositions du gouvernement de Dominique de Villepin au travers le plan Borloo. Pour moi, il n'y a aucune contradiction entre mener une politique publique nécessaire - avec par exemple des contrats aidés, indispensables pour l'outre-mer - et se doter de moyens importants pour créer des emplois dans le secteurs marchands, dynamisant l'activité économique.

Le Figaro : Le premier ministre a cité en exemple le service militaire adapté (SMA), qui, jusqu'à présent, existait seulement en outre-mer. Pensez-vous le développer encore plus outre-mer?

François Baroin : C'est à l'honneur de l'outre-mer que d'avoir été cité en exemple pour un outil, qui n'est pas un simple outil militaire, mais d'abord un fantastique outil d'insertion pour des jeunes qui probablement seraient restés à la marge de la société si rien n'avait été fait. Le SMA, aujourd'hui, recrute chaque année près de trois mille jeunes en grande difficulté, dont 80%, trouvent à l'issue de leur formation de treize mois un emploi. Pour vous répondre, il est trop tôt pour dire si nous pourrons, outre-mer, envisager une monté en puissance. Les arbitrage budgétaires se font en ce moment. S'il y a des moyens supplémentaires oui, s'il y a des moyens constants, je ne le proposerai pas car le travail mené n'aboutirait pas au même résultat de grande qualité.

Le Figaro : En moins d'un an, plusieurs "bastions chiraquiens" sont tombés outre-mer. Quelle est votre analyse de la situation ?

François Baroin : D'abord, comme toujours quand vous avez de très fortes personnalités - comme Lucette Michaux-Chevry en Guadeloupe, Gaston Flosse en Polynésie ou Jacques Lafleur en Nouvelle-Calédonie - la facilité, après un échec électoral, c'est de dire que c'est la fin d'un cycle et d'oublier tout ce qui a été fait avant. Personne, y compris parmi leurs adversaires, ne peut contester le fait qu'elles ont défendu âprement le développement de leur territoire. Maintenant, il y a eu des élections: les électeurs ont fait un choix. Il est essentiel de le respecter. Ma responsabilité, en tant que membre du gouvernement, aujourd'hui, est d'établir, avec tous les élus, un pacte de confiance autour d'objectifs partagés.

Le Figaro : Pensez-vous que la droite ultra-marine est en mesure de rebondir ?

François Baroin : Il y a bien évidemment des leçons à tirer de ces derniers scrutins : là où il y a des divisions ou des rivalités de personnes, il y a rarement de succès au rendez-vous. Là, où il y a un esprit de rassemblement, qui fait taire les ambitions individuelles et respecte les sensibilités de la majorité, il y a la possibilité d'avoir les conditions nécessaires de succès électoraux. Nous n'aurons pas de rendez-vous électoraux avant les grandes échéances de 2007, c'est donc le climat national qui conditionnera en partie les prochains résultats en outre-mer. Maintenant, je rappelle que l'outre-mer, à une exception près, a voté oui au référendum sur le traité constitutionnel européen. Nous avons donc des objectifs communs.

Le Figaro : Plus que le PS, ce sont les indépendantistes qui semblent avoir tiré avantage des défaites de la droite. Cela vous inquiète-t-il ?

François Baroin : Il faut distinguer le discours et l'esprit de responsabilité. L'esprit de responsabilité, pour l'Etat et pour moi, c'est d'offrir une vision impartiale des dossiers. Pour les assemblées délibérantes, tout en tenant compte du caractère singulier de leurs différents statuts juridiques, c'est ce même esprit de responsabilité qui doit souffler. Dans toutes les nombreuses rencontres que j'ai eu avec les élus: je ne peux pas dire que j'ai ressenti un climat de défiance ou d'hostilité sur la manière de fonctionner ensemble. Mon expérience d'élu local est un atout de bonne compréhension des problèmes du quotidien. Surtout, je crois aux vertus des circuits courts d'information. Ma méthode ne sera pas de prendre l'opinion publique à témoin. Mais, plutôt de discuter avant des sujets et de trouver des solutions de compromis. Et, s'il en existe pas, de réaffirmer sans faiblesse la place de l'Etat dans ses missions régaliennes essentielles.

Le Figaro : De nombreuses voix en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie réclament le passage à l'euro...

François Baroin : L'un de mes objectifs, et je vais rapidement prendre l'initiative d'en discuter avec les assemblées territoriales, sera effectivement la mise en place de l'euro. Je pense que cette nécessité économique peut trouver un consensus, sachant que les vertus du consensus, aussi bien en Polynésie qu'en Nouvelle-Calédonie, sont des vertus très importantes.

Le Figaro : Des élus antillais vous demandent de "rouvrir" le débat sur l'évolution statutaire de leurs collectivités. Qu'en pensez-vous?

François Baroin : Ma position là-dessus est simple. On a eu un débat sur le sujet il y a moins de deux ans. Il a été tranché par les Guadeloupéens et les Martiniquais. Je n'ai aucune raison d'y revenir maintenant. D'autant que, pour les deux années qui viennent, je le dis, et le réaffirme, l'objectif essentiel c'est la création d'emploi.

Le Figaro : Qu'en est-il de l'évolution statutaire de Saint-Barth' et Saint-Martin ?

François Baroin : Les engagements qui ont été pris seront respectés. D'autant qu'il y a un consensus autour de cette évolution institutionnelle qui faisait partie des engagements du président de la République. Le calendrier pour Saint-Barth' et Saint-Martin sera rapide: de l'ordre de quelques semaines. Le temps de saisir le Conseil d'Etat et de déposer un projet de loi.

(Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 27 juin 2005)

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