Entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Al Ahram" du 29 juin 2005, sur notamment les relations franco-égyptiennes, le réglement de la crise israélo-palestinienne et la place de la France au sein de l'OTAN. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, dans "Al Ahram" du 29 juin 2005, sur notamment les relations franco-égyptiennes, le réglement de la crise israélo-palestinienne et la place de la France au sein de l'OTAN.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Déplacement en Egypte, les 30 juin et 1er juillet 2005

ti : Al Ahram : La France a des relations étroites avec l'Egypte sur les plans politique, économique, commercial et culturel. En tant que ministre de défense, quel est l'objectif de votre première visite en Egypte ? et de quelle sorte de coopération dans le domaine militaire envisagez-vous de discuter avec les dirigeants égyptiens que vous allez rencontrer ?

Michèle ALLIOT-MARIE : Il s'agit de ma première visite officielle en Egypte. C'est aussi la première visite d'un ministre de la défense français depuis 1997. C'est dire l'importance que j'attache à cette rencontre. Sur le plan politique, il y a à la fois une convergence de vues entre les gouvernements français et égyptien sur tous les grands sujets de politique internationale, et d'excellentes relations personnelles entre nos deux présidents. Notre relation est également très dense sur les plans économique et culturel. Quant aux relations dans le domaine militaire, elles sont significatives tant au plan du dialogue stratégique qu'aux plans des exercices et échanges d'officiers. Elles incluent également une coopération en matière d'équipements. Ma visite fait suite à la visite du Maréchal Tantawi en septembre 2003, durant laquelle un renforcement de la coopération militaire entre les deux pays avait été envisagé. Il s'agit à présent de donner un contenu concret à cet engagement. Dans un contexte critique à bien des égards, il est important que nos deux pays coopèrent étroitement et renforcent leur dialogue stratégique.

Q - Comment l'Egypte et la France, peuvent-ils coopérer pour amener une paix juste et équitable au Proche Orient ?

R - Je tiens à rendre hommage au rôle actif que joue l'Egypte dans la phase actuelle visant à permettre le désengagement israélien de Gaza et la prise en compte par les Palestiniens des conséquences de ce retrait. Il est important que ce désengagement ait lieu dans de bonnes conditions. Pour l'Egypte comme pour la France, ce doit être la première étape d'un règlement de la crise israélo-palestinienne. Ce doit être l'occasion de relancer la feuille de route. Le Quartet doit jouer tout son rôle et permettre aux Parties de sortir de la crise et de revenir à la table de négociations.

Q - La France insiste sur le principe de ne pas envoyer des " hommes en uniformes " en Irak, quel rôle militaire la France envisage-t-elle jouer dans la région, surtout dans une période encore très tendue en Irak ?

R - En effet, la France n'envisage pas d'envoyer des " hommes en uniformes " en Irak. Il n'est pas souhaitable d'ajouter des militaires supplémentaires en Irak alors même que l'objectif est le retour à la pleine souveraineté des Irakiens sur leur territoire. Comme nous l'avons indiqué lors de la visite du président irakien par intérim, en janvier dernier, la France est prête à apporter son aide à l'Irak pour la formation des forces irakiennes. Nous avons fait connaître nos disponibilités en matière de formation d'une force de gendarmerie irakienne -soit en France, soit dans un pays tiers- et attendons une mission irakienne qui devrait préciser les besoins de son gouvernement. Par ailleurs, l'Union européenne a lancé un programme intitulé EUJUST LEX qui devrait former environ 800 magistrats et policiers irakiens. La France va être très active dans ce programme puisqu'elle prévoit d'en accueillir 80.

Q - Sécurité en méditerranée : dans le cadre de " 5+5 " quels sont les dangers qui menacent aujourd'hui la sécurité de la région méditerranéenne à votre avis ? et comment la France envisage-t-elle les moyens pour y faire face ?

R - La Méditerranée est notre bien commun. Nos pays sont confrontés à des problèmes similaires : menaces terroristes, trafic en tous genres (armes, drogue¿), immigration illégale¿ il est donc essentiel que nous coopérions. Le " 5+5 " peut contribuer à la rénovation du processus de Barcelone dont nous fêtons le dixième anniversaire cette année. Dans le domaine de la sécurité, j'ai engagé cette coopération en Méditerranée occidentale en décembre dernier à Paris en présence des dix ministres de la défense de la région. Cette rencontre a prévu diverses mesures concrètes de coopération notamment s'agissant du contrôle des approches aériennes et maritimes.

Q - OTAN : la France est de plus en plus engagée dans l'OTAN, surtout après avoir accueilli la réunion ministérielle informelle de l'OTAN à Nice pour la première fois depuis 1963. Est ce que la France envisage-t-elle une nouvelle politique qui la mènera à une intégration totale dans l'OTAN ?

R - Comme vous le savez, la France est l'un des acteurs majeurs de l'Alliance Atlantique aussi bien en termes de contribution financière qu'en termes de participation militaire. Un général français assure le commandement de la KFOR au Kosovo et un autre a commandé pendant six mois la FIAS en Afghanistan. Ceci, bien que la France ait conservé son statut particulier à l'égard de la structure militaire intégrée de l'OTAN. Elle a également joué un rôle très actif pour encourager la réforme de l'Alliance dans le sens d'un dispositif plus réactif et participe activement à la force de réaction rapide (NRF).

Q - L'Europe vit une période de crise très grave dans son histoire. Comment cette situation peut-elle influer sur son rôle dans la poursuite de la paix au Proche Orient dans le cadre du quartet ?

R - L'échec du référendum dans deux pays de l'UE constitue une difficulté, pas un arrêt, dans le processus de réforme des institutions européennes. Les Européens sont actuellement en train de réfléchir aux moyens de poursuivre ce processus. Je note toutefois que les difficultés actuelles ne concernent pas l'Europe de la défense car les initiatives prises en la matière -groupements tactiques 1500, cellule de planification, Force de Gendarmerie européenne, Agence de Défense européenne- ont d'ores et déjà été mises en oeuvre. Les opinions publiques européennes sont d'ailleurs largement favorables à cette ambition en matière de défense. Ma conviction est que l'Europe de la défense est un socle permettant la relance de la construction européenne. Elle devrait faciliter notamment le développement d'une politique étrangère commune. Quant au rôle de l'Europe au Proche-Orient, il est actif depuis un certain nombre d'années et n'est pas remis en cause par l'affaire de la constitution. Comme je l'ai dit par ailleurs, les Européens sont déterminés à faire en sorte que le désengagement de Gaza soit la première étape de la relance du processus de paix.

Q - Aux Etats-Unis, les femmes militaires ne participent pas aux combats. Est-ce que la France, avec ses 48.000 femmes, dispose d'un statut similaire pour les femmes ?

R - Dès 1972, le statut général des militaires, en ayant supprimé toute discrimination statutaire entre hommes et femmes a consacré l'égalité de tous les militaires. Depuis, l'intégration des femmes n'a cessé de se renforcer en veillant à ne jamais déroger à l'acceptation des sujétions militaires. En 1998, la suppression des quotas limitant l'accès à la carrière militaire a permis aux femmes d'accéder à presque tous les emplois militaires, sans restriction. Seuls les postes à bord des sous-marins, en raison de la promiscuité excessive, et dans les escadrons de gendarmerie mobile, en raison des conditions d'emploi, demeurent aujourd'hui spécifiquement réservés aux hommes. En dehors de ces deux restrictions, on retrouve des femmes dans toutes les spécialités, y compris dans les armes de contact ou l'aviation de combat. Ainsi, le taux de féminisation en opération extérieure ou sur les bâtiments de la Marine nationale est en permanence de 5 %.

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 1er juillet 2005)

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