Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la situation de la production télévisuelle, le financement de l'audiovisuel et sur sa volonté de maintenir la diversité culturelle, au Sénat le 30 juin 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la situation de la production télévisuelle, le financement de l'audiovisuel et sur sa volonté de maintenir la diversité culturelle, au Sénat le 30 juin 2005.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. UMP

Circonstances : Ouverture des journées fiction TV au Sénat le 30 juin 2005

ti :
Mes chers collègues,
Monsieur le Président de l'Association pour la promotion de la production audiovisuelle, cher Jean-François Boyer,
Monsieur le Président de Public Sénat, Cher Jean-Pierre Elkabbach,
Mesdames et Messieurs,


Je suis heureux avec mes collègues d'accueillir cette deuxième édition des journées de la Fiction TV au Sénat. Il n'est pas besoin de vous rappeler combien notre Assemblée est historiquement attachée à l'audiovisuel car votre profession sait qu'elle a dans cette Assemblée des interlocuteurs compétents et actifs sur tous ces sujets.

Je me réjouis, de surcroît, du partenariat noué avec Public Sénat, qui permet à un large public, curieux de tout ce qui concerne le petit écran, de suivre de l'intérieur les débats des professionnels. La Télévision remplit ainsi une mission citoyenne, souvent insuffisamment remplie aujourd'hui. Je tiens à en féliciter Jean-Pierre Elkabbach.

Vous allez débattre de la situation de la production télévisuelle et, en particulier, de la fiction dans un univers changeant.

Peut-être me permettrez-vous, en guise d'apéritif à vos travaux, d'exprimer de manière peut-être cursive quelques idées simples :

Il me semble d'abord - et c'est un point de vue constant de cette Assemblée - que l'audiovisuel est insuffisamment financé dans notre pays. Cette constance mérite d'être soulignée dans un pays où le courage fiscal est chose rare car les sénateurs ont souvent exprimé leur désir d'une augmentation plus forte de la redevance, quand le Gouvernement craignait d'en subir l'impopularité, crainte à mon sens exagérée. Encore faut-il naturellement que le service public justifie, par ses programmes, cet effort accru.

Je me réjouis donc que le Ministre ait accepté l'extension à l'audiovisuel du crédit d'impôt prévu pour le cinéma, de nature à injecter un peu plus de financements dans une industrie qui en manque.

Je forme le v¿u également que les partenaires sociaux parviennent très rapidement à conforter le régime indispensable des intermittents du spectacle, régime nécessaire à la profession et à l'économie du pays.

Si des abus doivent être dénoncés, il faut que chacun soit désormais conscient que la solidarité professionnelle doit jouer et qu'elle est légitime. Ce qu'apportent la culture, les festivals, à l'animation locale, à l'économie du pays, au chiffre d'affaires des entreprises de tous secteurs, est infiniment supérieur au déficit du régime des intermittents du spectacle qui ne constitue pas une charge indue. Je sais que le Ministre suit ce dossier avec une grande attention : je forme le v¿u que nous réglions enfin ce dossier qui a perturbé profondément les métiers de la culture, sans paradoxalement aucun bénéfice tangible pour l'Unedic.

Je voudrais dire ensuite qu'il nous faut rester inflexible sur l'exception culturelle. L'avancement des travaux de l'UNESCO sur la diversité culturelle est de bon augure si l'on parvient vraiment - ce qui est le sens de tout l'exercice - à donner une valeur juridique contraignante aux exigences de la diversité.

Une valeur juridique contraignante car prévalant même sur des règles communautaires qui n'iraient pas dans le sens que nous souhaitons. C'est à cette condition seulement que nous sécuriserons notre système d'aides qui, malgré les critiques et quelques effets pervers, est, à l'évidence, indispensable au maintien d'une production française.

Il apparaît ensuite que nous ne devons jamais perdre de vue, parce que nous croyons à la diversité culturelle, parce que nous refusons la domination d'une seule culture et d'une seule industrie, notre refus de devenir un marché local. Cela signifie que nous n'aurions pas atteint notre but si nos productions ne s'exportaient pas. Nos producteurs doivent pouvoir fournir des programmes en langue française ou en langue étrangère ou décliner des concepts de programmes à l'étranger.

Ce sont eux qui sont le mieux placés pour le faire. Cela suppose aussi que les diffuseurs résistent à la tentation de devenir trop souvent producteurs. C'est une pente naturelle et compréhensible, mais qui est de nature à fragiliser nos producteurs. Or nous avons besoin, pour la raison que je viens de dire, de producteurs puissants : ce ne sont pas des diffuseurs producteurs avant tout centrés sur le téléspectateur français qui pourront structurellement faire vivre une industrie de production qui rayonne.

Cela suppose aussi, après la décision prise, d'ouvrir le compte de soutien aux producteurs étrangers, d'abord de fait, puis en droit, que nous n'oublions pas que l'exception culturelle, ce n'est pas seulement la défense de la langue et de la signature artistique de l'¿uvre : c'est aussi le maintien d'industries techniques et de productions nationales sans lesquelles, à terme, il n'y a pas de terreau possible pour une création indépendante. Cette ouverture doit donc s'accompagner de contreparties précises pour conjurer les dangers qu'elle recèle.

Enfin, il importe par tous les moyens possibles d'éviter les délocalisations qui ne seraient pas véritablement justifiées. A cet égard, je m'inquiète d'une tendance de certaines institutions publiques, propriétaires d'un patrimoine historique prestigieux, saisies, après des décennies, parfois de sommeil, voire d'incurie, par le démon de la gestion, à exiger des producteurs des loyers astronomiques pour tourner quelques jours dans tel ou tel château. A tel point que les producteurs choisissent de tourner les scènes de la Cour des Rois de France dans un château des Carpathes. Il me semble qu'une exception culturelle bien comprise doit conduire à une forme de solidarité et de préférence à l'égard de la production française de la part de toutes les institutions culturelles publiques.

Voilà quelques réflexions que je voulais lancer en ouverture de vos travaux dont je suivrai avec attention les résultats.


(Source http://www.senat.fr, le 1er juillet 2005)

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