Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, répondant aux 100 questions posées par "Le Parisien" le 28 juin 2005, sur l'emploi et le "contrat nouvelle embauche", la lutte contre les discriminations, l'enseignement, le logement social, les services publics, la sécurité, la justice, la famille, la culture et le sport. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, répondant aux 100 questions posées par "Le Parisien" le 28 juin 2005, sur l'emploi et le "contrat nouvelle embauche", la lutte contre les discriminations, l'enseignement, le logement social, les services publics, la sécurité, la justice, la famille, la culture et le sport.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

ti : 1. Comment comptez-vous simplifier le système de retour à l'emploi ?

Je veux muscler le service public de l'emploi. Il disposera dès 2006 de davantage de moyens. La coordination entre l'ANPE, l'Unedic et les services de l'Etat sera renforcée. Les maisons de l'emploi et l'ouverture d'un fichier informatique commun faciliteront les démarches pour les demandeurs d'emploi, amélioreront leur accompagnement et accéléreront leur retour à l'emploi. C'est mon objectif principal. Je me suis rendu il y a quelques semaines dans l'agence ANPE du Val d'Europe et j'ai pu mesurer l'engagement et la détermination des agents du service public. Je veux leur donner les moyens d'accompagner personnellement les demandeurs d'emploi, de les conseiller et de les aider pour retrouver un emploi le plus vite possible.

2. Allez-vous réviser le Code du travail ?

Le droit du travail est au c¿ur de notre protection sociale. Mais le droit du travail, c'est également un droit vivant, un droit du quotidien. Il faut le rendre plus lisible et plus accessible si nous voulons protéger les salariés tout en contribuant à une organisation économique plus efficace des entreprises. Il est donc indispensable de l'adapter. Dans mon plan d'urgence pour l'emploi je n'ai retenu que des mesures pragmatiques en veillant à mieux conjuguer initiative et solidarité. Ces mesures permettront de créer des emplois tout donnant de meilleures garanties aux salariés qui sont aujourd'hui confrontés au chômage ou à la précarité. Prenons l'exemple des seuils : aujourd'hui pour une entreprise de 9 salariés, une embauche supplémentaire c'est un surcoût de 5000 euros. De nombreux patrons hésitent donc à franchir ce seuil. Avec Jean-Louis Borloo, nous avons décidé de financer cette surcharge de l'employeur jusqu'au 20ème salarié. Cela ne change rien aux droits collectifs des salariés.

3. Allez-vous faciliter le retour à l'emploi des seniors ?

Les difficultés que vous avez rencontrées sont trop fréquentes dans notre pays pour les salariés de plus de 50 ans. Nous nous privons d'une expérience et d'un savoir faire précieux. Nous devons donc trouver des solutions. L'Etat donnera l'exemple en supprimant les limites d'âge pour l'accès aux concours de la fonction publique. Les partenaires sociaux négocient un accord sur l'emploi des seniors. J'attends beaucoup de cette négociation. Il faut changer les mentalités autant que les règles. Cela vaut aussi pour les jeunes, qui doivent s'engager dans un véritable parcours du combattant pour trouver un emploi.

4. Allez-vous stopper les CDD à répétition ?

Trop de salariés sont dans la même situation que vous. Ceux que j'ai rencontrés la semaine dernière à Charleville-Mézières m'ont dit combien ils avaient souffert de ne pas accéder à un emploi durable et stable. Je veux éviter que la précarité pèse toujours sur les mêmes, et en particulier sur les jeunes, qui vont de CDD en CDD pendant plusieurs années avant de décrocher un contrat à durée indéterminée. Le contrat " nouvelles embauches " sera un vrai contrat, avec une vraie rémunération et de vraies perspectives. Un contrat à durée indéterminée avec une période de consolidation de l'emploi de 2 ans, qui sera une période de consolidation des droits du salarié.

5. Que comptez-vous faire pour empêcher les délocalisations ?

La première règle c'est d'anticiper : quand une usine est menacée, il faut réagir vite, trouver des solutions, aider à la reconversion des ouvriers concernés. Pour cela je compte créer une véritable mission de prévention des délocalisations. Il faut aussi inciter les entreprises à rester en France. C'est ce que je ferai en développant la dynamique des pôles de compétitivité. Au-delà, la meilleure façon d'éviter les délocalisations, c'est de garder un temps d'avance sur les autres pays en défendant notre industrie, notre innovation et notre recherche.

6. Quand allez-vous baisser les charges patronales ?

Nous faisons un effort considérable dans ce domaine : près de 20 milliards d'euros par an. Car on ne crée pas des emplois avec des charges trop lourdes. Aujourd'hui les allègements de charges portent sur tous les salaires jusqu'à 1,6 SMIC. Cela permet de réduire le coût du travail et donc de faciliter l'embauche. J'ai décidé de maintenir ces allègements, qui représentent un effort financier supplémentaire de plus de 2 milliards d'euros pour le budget de l'Etat en 2006, afin d'avancer dans mon objectif principal : l'emploi.

7. Nous aiderez-vous à valoriser les métiers de la restauration ?

Comme tous les Français je suis attaché aux métiers de la restauration et à un certain art de vivre. C'est une part de notre identité, il faut la défendre. Nous poursuivons les discussions avec nos partenaires européens sur la baisse de la TVA dans ce secteur. J'attends également une mobilisation des restaurateurs pour l'emploi et pour la revalorisation des bas salaires dans un secteur qui peine à recruter.

8. Que ferez-vous contre les discriminations à l'embauche ?

Les discriminations sont contraires à l'idée même que je me fais de la République. J'ai nommé un ministre chargé de l'égalité des chances : Azouz Begag. Il a pour mission de lutter contre toutes les formes de discrimination. En ce qui concerne l'embauche, le premier outil est d'inciter les entreprises à diversifier leur recrutement : 63 grandes entreprises ont d'ores et déjà signé une charte de la diversité. Je veillerai à ce que ce mouvement se poursuive. Mais l'Etat est aussi le garant du respect de la règle. Lorsqu'il y a une discrimination, il faut la sanctionner. La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, qui a été installée le 23 juin par le Président de la République, aidera toute personne victime d'une discrimination en lui donnant les moyens juridiques de se défendre.

9. Aiderez-vous les temps partiels ?

De plus en plus de salariés sont attirés par le temps partiel : des étudiants, des parents de jeunes enfants, des seniors. Mais travailler à temps partiel doit être un choix et pas une obligation. Ce mode de travail ne doit en aucun cas être source de précarité pour les salariés. Pour que ce choix puisse s'exercer dans de bonnes conditions, les politiques publiques doivent permettre à chacun de mieux concilier vie de famille et vie professionnelle : la prime pour l'emploi devra être mieux ciblée pour aider les temps partiels.

10. Que pouvez-vous faire pour ceux qui ont des difficultés à lire ou à écrire ?

Chacun doit avoir droit à une seconde chance. Ne pas savoir lire est évidemment un handicap difficilement surmontable sur le marché du travail. C'est aussi une souffrance individuelle et une grande solitude pour ceux qui se sentent ainsi exclus. Nous devons les accompagner, car il n'est jamais trop tard pour combler ses lacunes, aussi grandes soient-elles.

Les contrats d'avenir sont faits pour ça. Ils permettent de revenir dans le monde du travail tout en offrant des formations : la lecture, l'écriture, mais également l'acquisition de nouvelles compétences en fonction du niveau de formation initiale. Nous mettons en place un autre dispositif pour les jeunes qui quittent l'école sans diplôme ni qualification : c'est le service militaire adapté que Michèle Alliot-Marie va mettre en place en Métropole.

Mais c'est dès l'école que ces problèmes doivent être détectés et traités, à travers des rendez-vous qui permettront à toutes les grandes étapes de la scolarité de faire le point sur les besoins de chaque élève. Un élève qui éprouve des difficultés pourra ainsi être immédiatement pris en charge dans des classes-relais.

11. Je cherche un logement social : pourquoi on ne me propose rien ?

Pour moi, les logements sociaux sont une priorité. Il y a trop de mal logés, trop de familles qui peinent à payer leur loyer faute de pouvoir disposer de logements HLM. J'ai demandé à Jean-Louis Borloo d'accélérer la construction de logements nouveaux. 500.000 sont prévus sur 5 ans. Cela va permettre de rattraper 10 ans de retard. En 2004, il y a eu 374.000 logements mis en chantier, ce qui est sans précédent, dont près de 80.000 logements HLM.

12. Aurez-vous une action concrète pour l'accession à la propriété ?

Vous évoquez deux problèmes différents. Le premier c'est la possibilité d'accéder à un prêt quand on a des revenus modestes. Le nouveau prêt à taux zéro répond à ce besoin : plus de 20.000 ménages en bénéficient chaque mois et deviennent ainsi propriétaires. C'est plus du double par rapport à l'année dernière.

Mais il y a un deuxième problème : c'est l'envol des prix de l'immobilier dans certaines régions touristiques très recherchées, comme la Bretagne, mais aussi en Corse ou dans le Sud-Est de la France. Des solutions ont été trouvées notamment au Pays-Basque : elles méritent d'être étudiées pour d'autres régions.

13. Qu'allez-vous faire pour aider les précaires qui n'arrivent pas à se loger ?

Je vois bien les difficultés que vous rencontrez. Trop de personnes en France ont des difficultés de logement parce qu'elles n'ont pas les revenus et les garanties nécessaires. L'article 86 de la loi de cohésion sociale leur donne une priorité d'accès au logement social. Il y aura 100.000 places pour faire face à cette urgence. En outre le gouvernement favorisera la mise en place d'un mécanisme de garantie des impayés pour les propriétaires privés qui accepteraient des locataires qu'aucune assurance ne veut prendre en charge.

14. Baisserez-vous les frais de notaire ?

Vous avez raison, trop de Français ne s'y retrouvent pas entre les droits de mutation qui sont des impôts locaux, et les frais de notaire. Nous avons engagé une concertation avec l'ensemble de la profession pour voir comment parvenir à des tarifs plus justes.

15. Comment comptez-vous améliorer les conditions de logement des étudiants ?

C'est vrai, il faut plus de logements pour les étudiants : 50.000 logements étudiants seront construits d'ici 10 ans dans les grandes villes universitaires. Nous allons aussi rénover les logements étudiants existants. Des moyens supplémentaires seront dégagés dès 2006.

16. Quelles mesures pour aider efficacement les plus démunis ?

La première exigence est d'apporter des réponses rapides à tous ceux qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans rien. Les aides sociales, le traitement du surendettement sont faits pour cela : ils permettent d'affronter une période difficile de la vie. Mais pour s'en sortir définitivement la seule solution reste un emploi stable et correctement rémunéré. C'est l'objet des contrats d'avenir qui offrent une vraie activité, une vraie rémunération et de vrais droits sociaux.

17. Que ferez-vous pour sauver les services publics des zones rurales ?

Tous les Français doivent pouvoir bénéficier de services publics efficaces à une distance raisonnable, quelle que soit la région où ils habitent. La fermeture d'un bureau de poste n'a pas les mêmes conséquences dans une grande ville ou dans une commune rurale comme Saint-Maurice-sur-Eygues. C'est pourquoi aucune fermeture d'un service public ne doit intervenir sans concertation préalable avec les élus locaux, et surtout sans que des solutions acceptables pour le plus grand nombre aient été trouvées. Je réunirai prochainement la Commission nationale des services publics en milieu rural à ce sujet.

18. Comment allez-vous fluidifier la circulation automobile ?

Les Français sont attachés à la fois à la qualité de leurs services publics et au respect de leur liberté individuelle. La clé, c'est donc de parvenir à un meilleur équilibre entre la voiture et les transports en commun. Cela suppose d'investir davantage dans les infrastructures de transports publics. L'Etat prendra toute sa part dans cet effort. Les collectivités locales, qui ont en charge la responsabilité des transports, notamment en Ile-de-France, sont les premières responsables de ces programmes.

19. Pouvez-vous améliorer la ponctualité des trains de banlieue ?

Quand on passe tous les jours plusieurs heures dans les transports en commun, le moindre retard devient insupportable. En Ile-de-France le Syndicat des Transports fait tout son possible pour trouver des solutions à ces problèmes, tout comme les conducteurs de la RATP et de la SNCF, qui sont très attachés à la ponctualité des trains et à la qualité de leur mission. Je précise quand même que les deux tiers des retards n'ont rien à voir avec le trafic lui-même : il s'agit soit de colis suspects, soit de personnes se trouvant sur les voies.

20. Qu'allez-vous faire pour rendre la SNCF compétitive ?

La SNCF est une entreprise très compétitive, avec un service efficace, sûr, confortable, à des prix raisonnables. Les Français en sont fiers. Mais l'activité du fret rencontre encore de trop grandes difficultés. Elle est pourtant nécessaire à notre économie et à la sécurité sur les routes. Pour la rendre plus compétitive, l'Etat a décidé d'investir 800 millions d'euros.

21. Quand pourra-t-on enfin scolariser ses enfants dans l'école de son choix ?

La carte scolaire répond à une exigence essentielle de notre système éducatif : garantir la même qualité d'enseignement à tous. Elle permet également aux écoles de prévoir le nombre d'élèves qu'elles devront accueillir et donc de mieux s'organiser. C'est un dispositif à la fois pratique et juste. Face à des situations familiales compliquées, comme par exemple lorsque des parents séparés ont la garde alternée de leurs enfants, il est possible de choisir l'établissement où ils seront inscrits. A partir du collège, les élèves et leurs familles peuvent choisir leur établissement en fonction des options et des langues proposées.

22. Allez-vous nous donner de vrais moyens pour enseigner ?

Je veux donner à l'Education nationale les moyens de bien fonctionner. La loi sur l'école va être appliquée avec détermination. Elle permettra de renforcer l'enseignement des fondamentaux à l'école primaire, ainsi que l'apprentissage des langues vivantes. Maîtriser une ou deux langues à la sortie de l'école sera un atout considérable pour tous les élèves. Avec plus d'enseignants présents devant les élèves, plus d'infirmières, plus d'éducateurs spécialisés pour accompagner les enfants handicapés, l'égalité des chances va progresser dans notre pays. J'ai décidé d'ouvrir à des jeunes de moins de 26 ans sans qualification plus de 20 000 Contrats d'Accompagnement vers l'Emploi. Il y aura donc plus d'adultes pour encadrer les élèves depuis le matin lorsqu'ils arrivent à l'école jusqu'à l'aide aux devoirs le soir.

23. Quand allez-vous accorder un vrai statut aux parents d'élèves ?

Les parents ont bien entendu un rôle à jouer au sein de l'école. J'ai demandé au ministre de l'Education de s'entretenir avec les fédérations de parents d'élèves pour définir la place qu'ils pourraient occuper dans l'éducation scolaire. Mais je rappelle que la responsabilité principale des enseignements dispensés revient aux enseignants.

24. Que comptez-vous faire pour relancer les établissements en difficulté ?

La réussite scolaire est une condition essentielle de l'ascension sociale. Il faut donc donner aux établissements en difficulté de vrais moyens et de vrais objectifs. Au sein de ces établissements tous les élèves n'ont pas les mêmes besoins et les mêmes difficultés. Pour y remédier je veux développer le soutien personnalisé, notamment à travers les classes-relais. Je veux également encourager le tutorat pour les lycéens des quartiers difficiles. C'est indispensable si nous voulons véritablement permettre à ceux qui partent de plus loin d'avoir les mêmes chances que les autres. J'ai demandé à Gilles de Robien d'ouvrir une réflexion sur l'éducation prioritaire afin de mieux aider les établissements et les élèves les plus défavorisés.

25. Je n'ai pas choisi mon orientation, pourquoi personne ne m'a aidée ?

Je crois qu'on est toujours meilleur quand on peut faire les études ou le métier qu'on aime. Parmi les 60 000 élèves qui quittent le système scolaire sans diplôme ni qualification, il y a en a beaucoup qui renoncent, faute d'avoir trouvé leur voie. Or, les enseignants le savent, chaque élève a un talent, une passion, un domaine dans lequel il a envie de s'engager. Il faut donc mieux prendre en compte les souhaits et les aspirations des élèves dans leur orientation.

Le même problème se pose à la sortie du lycée : quelle voie choisir ? quelle filière ? quels débouchés ? Nous éviterions beaucoup d'échecs et de frustrations si les étudiants étaient mieux accompagnés dans leurs choix. J'ai donc décidé la mise en place d'un service public de l'orientation qui aidera les élèves à choisir en connaissance de cause la formation et le métier qui leur conviennent.

26. Pourquoi les profs absents ne sont pas toujours remplacés ?

C'est vrai qu'il y a encore des problèmes de remplacement dans l'Education Nationale. Mais la situation s'améliore. Pour les absences de longue durée, nous avons réorganisé le système du remplacement. Pour les absences de courte durée, la loi sur l'école prévoit que les enseignants du même établissement devront prendre en charge les élèves sans professeur sur la base du volontariat et le cas échéant de manière obligatoire. Ces heures supplémentaires leur seront naturellement payées.

27. Etes-vous prêts à modifier la loi Fillon ?

Il y a dans notre démocratie un principe simple qu'il faut respecter : les lois qui sont votées doivent être appliquées. La loi d'orientation sur l'école, ce sont deux ans de débats, de préparation et de rencontres avec les représentants des personnels, des parents et des lycéens. Elle a été débattue, amendée et votée par le Parlement. Elle sera donc appliquée. C'est la mission que j'ai confiée au ministre de l'Education nationale. Il l'accomplira dans un esprit de dialogue avec la communauté éducative.

28. Allez-vous réduire les effectifs dans les petites classes ?

En France, nous dépensons plus d'argent pour un élève du primaire que pour un étudiant à l'Université. Des problèmes d'ajustement et d'organisation peuvent exister. Ces problèmes, il faut les régler au cas par cas : il est normal que dans des établissements plus difficiles les classes soient moins nombreuses. Mais reconnaissons tout de même que nos enfants sont scolarisés dans de très bonnes conditions.

29. Quelles mesures pouvez-vous prendre pour améliorer les conditions de travail des étudiants ?

Les premières années à l'université sont des années cruciales où trop souvent les étudiants se sentent perdus. Je veux donc améliorer leurs conditions d'accueil, notamment dans les grandes universités des centres-villes et en premier cycle, pour qu'ils puissent pleinement se consacrer à leurs études.

30. Pourquoi est-ce si dur de se former quand on est salarié ?

La formation tout au long de la vie c'est la garantie d'une plus grande mobilité et d'une meilleure adaptation au marché de l'emploi. Nous y consacrons chaque année plus de 20 milliards d'euros. Depuis la loi du 4 mai 2004 c'est également un droit individuel : désormais les salariés peuvent bénéficier de 20 heures de formation par an. La loi a également instauré le contrat de professionnalisation. Je ferai en sorte que ce droit soit mieux respecté, que les inégalités d'accès à la formation soient réduites et que chacun puisse construire un véritable parcours professionnel.

31. Comment mieux représenter les personnes issues de l'immigration ?

Il nous reste des efforts considérables à faire si nous voulons que la diversité de notre nation soit représentée dans la vie politique, économique et sociale de notre pays. Nous devons le faire dans le respect de notre tradition qui repose sur la reconnaissance du mérite : en luttant avec plus d'énergie contre les discriminations, en ouvrant davantage nos grandes écoles et nos filières d'excellence, en reconnaissant pleinement la diversité des talents.

32. Pourquoi les eurodéputés ne viennent-ils pas rendre des comptes ?

Les citoyens français ont le sentiment d'une Europe lointaine qui ne répond pas à leurs préoccupations quotidiennes. C'est pourquoi nous avons réformé en 2004 le mode d'élection des députés européens afin de les rapprocher de leurs électeurs : ils sont désormais élus dans des circonscriptions régionales où ils reviennent plus régulièrement pour être à l'écoute des électeurs. Les eurodéputés sont à votre service. Il ne faut pas hésiter à leur écrire ou à aller les voir.

33. Allez-vous imposer aux élus un âge de départ à la retraite ?

Il n'y a pas d'âge limite pour voter, pourquoi y aurait-il un âge limite pour être élu ? Si un candidat est en mesure d'assurer ses fonctions et que les électeurs lui ont fait confiance, leur choix doit être respecté.

34. Pourquoi le personnel politique ne reflète-t-il pas mieux la société ?

Dans une démocratie chaque citoyen peut être candidat. C'est un droit essentiel, garanti par la Constitution. Ce droit, chacun doit pouvoir l'exercer. Aujourd'hui beaucoup de femmes, mais aussi des citoyens issus de l'immigration aspirent à s'engager dans la vie publique. Il appartient aux partis politiques de leur faire plus de place.

35. Ne pourrait-on pas interdire le cumul des mandats ?

Tout doit être fait pour permettre aux élus de se consacrer le plus possible à leur mandat. Des règles contraignantes ont été fixées depuis 5 ans : les cumuls sont de plus en plus rares. Je veillerai dans mon gouvernement à ce que les règles soient respectées.

36. Et si les hommes politiques démissionnaient en cas d'échec ?

La responsabilité est au c¿ur de l'engagement politique. Encore faut-il avoir le temps de conduire son action. Les hommes politiques sont élus sur un projet et pour une période déterminée. Certaines mesures tardent à porter leurs fruits. D'autres ne sont pas tout de suite bien comprises. Tout en restant à l'écoute des citoyens, il est important de garder un cap. Aux Français ensuite de porter un jugement sur l'action de leurs élus, au terme du mandat.

37. Pourquoi n'y a-t-il pas davantage de référendums locaux ?

C'est une pratique qui me paraît importante parce qu'elle permet de donner vie à la démocratie locale. Depuis 2005 il est plus facile de recourir à des référendums locaux. Mais pour préserver leur force et leur efficacité, ces consultations doivent rester l'initiative des élus qui sont vos représentants.

38. Plus de transparence dans les décisions, est-ce possible ?

C'est indispensable si nous voulons que les décisions soient comprises et acceptées. L'administration doit à tout moment informer les usagers de l'évolution de leur dossier. Le cas échéant, elle doit leur expliquer les raisons pour lesquelles leur demande n'a pu aboutir. Nous avons déjà fait des progrès en ce sens. Il faut poursuivre l'effort, en particulier grâce à l'administration électronique.

39. Comment comptez-vous rapprocher le citoyen des décideurs ?

Il n'y a pas d'un côté les citoyens, de l'autre les décideurs. Il y a un Etat qui doit être au service des citoyens. Il y a un gouvernement que je veux de service public. Les Français sont profondément attachés au rôle de l'Etat, mais ils veulent qu'il s'adapte aux problèmes de notre époque. S'adapter cela veut dire se moderniser en utilisant davantage les nouvelles technologies ; cela veut dire se rapprocher des citoyens grâce à une décentralisation équilibrée et maîtrisée ; cela veut dire aussi se recentrer sur ses missions prioritaires comme la santé, l'emploi, la sécurité, la justice, ou l'éducation. Dans chacun de ces domaines je donnerai aux agents de l'Etat les moyens nécessaires pour répondre aux attentes des Français.

40. Les élus ne peuvent-ils pas empêcher les fermetures d'usine ?

Une fermeture d'usine c'est toujours un drame pour les salariés concernés et pour la région touchée. Il faut tout mettre en ¿uvre pour l'éviter. Mais lorsqu'il est trop tard, la priorité est de faciliter la reconversion des salariés et de travailler à la création de nouveaux emplois dans la zone frappée. Ce sera le rôle de la mission de prévention des délocalisations que je vais mettre en place.

Il n'y a pas de fatalité. La France doit rester une grande puissance industrielle. Elle a des atouts considérables : sa position géographique, ses infrastructures, le savoir-faire de ses salariés, la qualité de ses chercheurs. Je veux rassembler toutes ces énergies pour doter notre pays de grands pôles de compétitivité qui garantiront les emplois de demain. J'ai décidé de doubler la dotation de l'Agence pour l'Innovation industrielle qui sera portée à 1milliard d'euros. C'est indispensable si nous voulons rester aux premiers rangs de la compétition internationale.

41. Allez-vous réglementer les indemnités des grands patrons ?

Pour éviter les abus que nous avons connus par le passé, j'ai décidé que la transparence complète devait être assurée sur les rémunérations des dirigeants d'entreprise, y compris les avantages prévus en cas de cessation d'activité. Je crois que la transparence est le meilleur antidote contre les abus. J'ai demandé à Thierry Breton de faire voter une disposition au Parlement avant le 14 juillet.

42. Quand augmenterez-vous significativement le Smic ?

Le SMIC horaire va augmenter de 5,5% le 1er juillet prochain. Cela va directement bénéficier à 1 million de salariés. Je rappelle que depuis 2002, le SMIC a déjà augmenté de plus de 17%. Mais on ne résout pas tous les problèmes avec le SMIC. Des négociations sur les bas salaires sont engagées : je souhaite qu'elles aboutissent rapidement. J'attache par ailleurs une attention particulière à la question du coût des loyers, qui sont trop élevés pour beaucoup de nos concitoyens. J'ai donc décidé de modifier l'indice d'évolution des loyers pour qu'il soit plus en phase avec le pouvoir d'achat des Français.

43. Etre obligée de travailler à la retraite, est-ce normal ?

Je comprends tout à fait votre sentiment d'injustice. La réforme des retraites de 2003 permet désormais de mieux prendre en compte les primes des fonctionnaires dans le calcul des retraites. Au-delà de cette mesure de justice je suis attaché à la liberté de choix et notamment à la possibilité de cumul emploi-retraite : je souhaite que les négociations en cours entre les partenaires sociaux nous permettent d'aller plus loin.

44. Ferez-vous un geste pour les fonctionnaires au bas de l'échelle ?

Le travail et le dévouement des fonctionnaires doivent être mieux reconnus, en particulier pour ceux qui sont au bas de l'échelle. Nous revaloriserons donc les bas salaires de la fonction publique au 1er juillet et certaines échelles de la catégorie C en octobre. Cela s'ajoutera aux revalorisations déjà mises en ¿uvre dans le courant de l'année : la rémunération des fonctionnaires aura progressé de plus de 3% en 2005.

45. Pourquoi des taxes aussi élevées sur les carburants ?

C'est vrai, les dépenses en carburant pèsent lourd dans le budget des ménages français. La solution c'est le développement des transports en commun : il faut investir pour développer le réseau et mieux couvrir le territoire. Quant aux taxes sur les carburants, je vous rappelle qu'elles permettent de financer la construction, l'entretien des routes et la politique de sécurité routière. Elles permettent également de développer des carburants plus respectueux de l'environnement.

46. Aiderez-vous les fournisseurs face à la grande distribution ?

Oui. C'est vrai que la grande distribution permet au consommateur d'accéder au maximum de produits et à des prix intéressants. Mais c'est vrai aussi qu'elle impose aux fournisseurs des pratiques déséquilibrées et parfois abusives. J'ai donc décidé de renforcer la protection des petits fournisseurs : le projet de loi en faveur des PME actuellement en discussion au Parlement contient plusieurs dispositions pour mieux encadrer et contrôler la coopération commerciale.

47. La pression fiscale va-t-elle vraiment diminuer ?

La pression sur les revenus du travail a diminué : depuis 2002 nous avons baissé l'impôt sur le revenu de 10% ainsi que les charges sociales pesant sur les salaires. Aujourd'hui il y une urgence nationale : c'est l'emploi. Pour permettre aux entreprises de recruter plus facilement j'ai décidé de poursuivre les allègements de charges sociales. Mais pour faciliter le retour à l'emploi il faut également mieux accompagner les chômeurs et renforcer le service public de l'emploi. Cela coûte de l'argent. J'ai donc décidé de faire une pause dans le programme de baisse de l'impôt sur le revenu.

48. Comment mieux rémunérer ceux qui travaillent beaucoup ?

Les 35 heures ont entraîné une stagnation des salaires, alors que de nombreux salariés souhaitent travailler davantage et être rémunérés à la hauteur de leurs efforts. Sans remettre en cause les 35 heures le gouvernement a décidé de leur offrir cette possibilité : nous avons pris des mesures pour faciliter le recours aux heures supplémentaires mieux rémunérées. Je veux laisser à chacun le choix de s'organiser comme il l'entend, de fixer ses priorités et de réaliser ses ambitions professionnelles.

49. Qu'allez-vous faire pour aider Eurotunnel ?

Eurotunnel est une société privée. C'est donc à elle ainsi qu'à ses partenaires industriels et financiers de trouver une solution à ses difficultés. Le Gouvernement suivra avec attention les négociations entre la direction d'Eurotunnel et ses créanciers. Nous soutiendrons également la poursuite de l'exploitation du tunnel qui est une infrastructure essentielle en Europe.

50. Les prix vont-ils enfin baisser ?

Les prix ont déjà baissé dans de nombreux secteurs, en particulier pour certains produits de consommation courante. Je sais que dans le budget d'une famille cela ne se voit pas encore suffisamment. Je vais donc engager une action volontariste en faveur de la baisse des prix dans la grande distribution. La loi en faveur des PME, actuellement en discussion au Parlement, permettra de mener à son terme la réforme de la loi Galland : la baisse des prix des produits de grande consommation deviendra enfin une réalité tangible.

51. Quelles mesures contre les délinquants récidivistes ?

Vous soulevez un problème essentiel. Nous ne pouvons pas accepter que certains individus défient constamment la loi et les forces de l'ordre. Le pacte républicain est fondé sur l'autorité de l'Etat : chacun doit le comprendre. En tant que Ministre de l'Intérieur j'avais lancé une réflexion sur cette question. J'ai donc demandé au Ministre d'Etat Nicolas Sarkozy et au Garde des sceaux Pascal Clément de travailler ensemble pour trouver une solution équilibrée : nous devons faire en sorte que le fait de récidiver aggrave effectivement les peines encourues. Mais nous devons le faire dans le respect de la personnalisation des peines, qui est un principe fondamental de notre système de Justice.

52. Les gens ont peur dans ma cité. Que fait la police ?

La police et la gendarmerie font un travail remarquable. L'insécurité a fortement reculé depuis trois ans dans notre pays. Mais il reste encore trop de quartiers où les gens ont peur de sortir de chez eux et où des drames peuvent se produire, comme à la Courneuve il y a deux semaines. Dans ces quartiers, la police doit être présente en permanence. C'est ce que nous ferons avec Nicolas Sarkozy, en particulier en augmentant le nombre de brigades anti-criminalité et d'unités mobiles capables de réagir en cas de crise.

53. A quand une vraie politique de lutte contre la drogue ?

Pour lutter contre la drogue, il faut d'abord s'attaquer aux fournisseurs et donc aux grands trafics. Cela veut dire plus de coopération internationale pour agir le plus en amont possible sur les routes de la drogue. Cela veut dire également faire travailler ensemble les services fiscaux et la police pour démanteler les réseaux de blanchiment d'argent sale. Mais la prévention et l'aide aux toxicomanes, qui sont d'abord des victimes, sont également une priorité, et mon Gouvernement soutiendra les initiatives comme la vôtre. La France détient le record européen de consommation de cannabis chez les jeunes. C'est un problème d'ordre public bien sûr, mais également un problème de société auquel je suis décidé à m'attaquer.

54. Pourquoi une saisie bancaire pour un simple PV ?

Ce qui vous est arrivé montre que nous avons besoin d'une administration plus réactive, plus efficace, qui soit davantage à l'écoute des citoyens. Nous avons engagé d'importants efforts de modernisation et nous allons les poursuivre. Dans certains cas particuliers le médiateur de la République est là pour venir en aide et apporter des solutions concrètes.

55. Est-il possible d'améliorer la formation des pompiers bénévoles ?

Il faut saluer le dévouement des pompiers bénévoles qui sacrifient leur temps et prennent des risques considérables au service de leurs concitoyens. Ils reçoivent une formation initiale et des formations spécialisées. Sans doute est-il possible de leur en offrir davantage, mais il faut le faire dans le respect de leur activité professionnelle. La solution, c'est donc de sensibiliser davantage leurs employeurs, afin qu'ils puissent consacrer plus de temps à leur formation.

56. Que fait-on pour les victimes de la discrimination raciale ?

Ce que vous avez vécu est inadmissible. Face au racisme et à la xénophobie, nous ferons preuve de la plus grande fermeté. Chaque plainte donnera lieu à une enquête judiciaire. D'ores et déjà les peines sont systématiquement aggravées en cas de discrimination ou de racisme. Nous disposons désormais d'un outil supplémentaire : le Président a instauré la semaine dernière la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité, qui soutiendra les victimes dans leurs démarches auprès des tribunaux. Il n'y a pas de place pour des discours xénophobes dans notre République.

57. Comment renforcer les contrôles aux frontières ?

La clé d'un meilleur contrôle aux frontières, c'est l'Europe. Nous venons de créer une agence européenne de contrôle aux frontières qui travaillera en liaison avec les forces de police de chaque pays. Vous évoquez également le problème des faux papiers. Pour cela, la solution, c'est la biométrie. Désormais, tous les visas pour rentrer dans l'espace Schengen devront comporter des données numériques plus difficiles à falsifier. L'espace Schengen est un espace de liberté mais aussi de sécurité.

58. La France a-t-elle perdu sa tradition d'accueil des étrangers ?

La France reste une terre d'ouverture, puisqu'elle accueille chaque année 200 000 étrangers. Quant au droit d'asile, la France est le premier pays pour les demandes d'asile, devant les Etats-Unis. Des efforts importants ont été accomplis pour raccourcir les délais, pour améliorer l'accueil et pour faire en sorte que ce droit soit accordé à ceux qui en ont véritablement besoins. Les délais de traitement des dossiers ont ainsi été ramenés de plusieurs années à environ six mois.

59. Pourquoi ne pas faciliter la construction de mosquées ?

Nous devons permettre aux musulmans de France de pratiquer leur culte dans de bonnes conditions. Nous pouvons le faire dans le cadre de la loi de 1905 et dans le respect du principe de laïcité. La Fondation des ¿uvres de l'islam de France que j'ai voulu créer va permettre de redistribuer de manière plus transparente et équilibrée des fonds collectés. Elle travaillera sous l'égide du Conseil français du Culte musulman, qui a apporté la preuve de son efficacité. Le bon déroulement des dernières élections constitue un nouveau témoignage du sens des responsabilités des musulmans de France.

60. Comment lutter contre la recrudescence des actes antisémites ?

C'est vrai, nous avons connu une montée inquiétante des actes antisémites, et notamment des profanations de cimetières. C'est intolérable. Nous avons réagi avec fermeté en protégeant mieux les synagogues et les cimetières. Je serai intraitable face à tout discours raciste ou antisémite, y compris sur Internet. Nous avons les outils nécessaires pour dissoudre les groupes néo-nazis et nous le ferons à chaque fois que ce sera nécessaire. Je souhaite également qu'un effort de prévention et de pédagogie plus approfondis soit engagé dans les écoles.

61. Y aura-t-il plus d'infirmiers dans les hôpitaux ?

Les infirmiers sont en première ligne dans nos hôpitaux, ils sont essentiels à notre système de santé. Les Français connaissent leur dévouement et leur esprit de solidarité. Dès 2002 nous avons considérablement augmenté le nombre de places dans les instituts de formation. Nous avons doublé le nombre d'infirmiers formés depuis l'an dernier. Ils commencent à rejoindre les équipes hospitalières. Je souhaite qu'ils choisissent en priorité de travailler dans les régions qui ont le plus besoin d'eux comme l'Ile-de-France ou les zones rurales les moins peuplées.

62. Quand disposera-t-on de solutions d'accueil pour les malades d'Alzheimer ?

Un plan d'action est en ¿uvre depuis 2004 pour mieux accueillir les malades d'Alzheimer : 13000 places d'accueil de jour, d'hébergement temporaire et de garde itinérante de nuit vont être créées d'ici 2007. Mais il faut aussi soutenir les familles des malades dont la vie quotidienne se trouve bouleversée. Des dispositions seront prises dans ce sens par le Ministre de la santé Xavier Bertrand.

63. Pourquoi faut-il huit mois pour voir un ophtalmologiste ?

Le problème que vous soulevez touche également d'autres branches de la médecine. Nous réfléchissons à une meilleure répartition des médecins sur le territoire. Dans le cas des ophtalmologistes, il y a une difficulté supplémentaire : leur profession évolue et ils doivent maintenant consacrer beaucoup de temps à des interventions comme la chirurgie ophtalmique ou le traitement au laser, ce qui allonge parfois les délais de rendez-vous. Nous étudions actuellement une solution : déléguer les examens de vision les plus simples à des auxiliaires ayant reçu une formation adaptée.

64. Comment favoriser la présence de bénévoles auprès du troisième âge ?

Une société solidaire, c'est aussi une société qui s'occupe de ses aînés. Je veux donc encourager les initiatives qui permettent de renforcer les liens entre les générations. Grâce à l'opération " un toit, deux générations ", des étudiants peuvent se loger chez des personnes âgées à titre amical ou en échange de petits services. Cela va dans la bonne direction.

65. Les honoraires des généralistes vont-ils être augmentés ?

Vous avez raison, les généralistes font un travail difficile : ils suivent des patients atteints de maladies graves, font des consultations d'urgence ou des gardes de nuit. La convention médicale qui a été signée le 12 janvier dernier prévoit des revalorisations d'honoraires pour tous ces actes. Elles seront versées directement par l'assurance maladie, sans coût supplémentaire pour le patient.

66. Pourquoi ne pas récompenser les patients qui acceptent la prévention ?

Défendre notre système de protection sociale, améliorer la santé des Français, cela passe aussi par la prévention. Avec la réforme de l'assurance maladie, le médecin traitant devient un acteur clé de cette démarche. L'objectif c'est de changer les comportements de santé et de responsabiliser les patients.

67. Pourra-t-on un jour de nouveau boire de l'eau du robinet ?

La qualité de l'eau potable est strictement contrôlée par le ministère de la Santé et respecte dans la grande majorité des cas toutes les normes de sécurité. Des difficultés peuvent cependant apparaître localement, du fait de pollutions ou d'installations de traitement insuffisantes. Un projet de loi sur l'eau est actuellement en discussion au Parlement. Il permettra de résoudre ces problèmes, notamment en limitant les pollutions agricoles.

68. Pourquoi se soigner coûte-t-il aujourd'hui si cher ?

C'est le contrecoup des progrès de la médecine et des traitements. Nous sommes de mieux en mieux soignés. Les diagnostics sont de plus en plus précoces et précis. Les examens et les médicaments sont de plus en plus sophistiqués. Ces avancées ont permis de prolonger l'espérance de vie et d'améliorer le confort des patients. Mais elles ont un coût. La sécurité sociale est là pour y faire face. Mais elle ne pourra être sauvegardée que si médecins, patients et assurés sociaux ont des comportements responsables et si nous veillons à l'évolution de ces dépenses.

69. Allez-vous enfin soutenir les produits biologiques ?

Les Français sont de plus en plus attachés à l'agriculture biologique, qui permet de préserver l'environnement. Le Gouvernement et l'Europe soutiennent déjà les agriculteurs qui choisissent de se convertir à ce mode de production en leur versant une aide pendant cinq ans.

70. Pourquoi les médecins de garde ne viennent plus dans nos quartiers difficiles ?

Tout le monde a droit à l'accès aux soins. C'est un principe fondamental de notre système de protection sociale. Les médecins doivent donc pouvoir se rendre dans tous les quartiers. Nous avons déjà mis en ¿uvre plusieurs mesures pour le permettre. Lorsque les médecins sont appelés dans les quartiers particulièrement difficiles, ils peuvent désormais demander d'être accompagnés pour que leur sécurité soit assurée.

71. Pourriez-vous aider davantage les mères seules qui travaillent ?

Quand on élève seul ses enfants, la vie quotidienne devient plus compliquée. Pour une mère célibataire, travailler, cela veut dire des frais de garde d'enfants. Cela veut dire aussi des fins de mois difficiles. Mais cela ne doit pas conduire à renoncer à l'exercice d'une activité professionnelle. Je souhaite que les mères qui choisissent de travailler puissent cumuler plus facilement revenus du travail et aides sociales. J'ai également décidé de créer des places de crèches supplémentaires

72. Comment pouvez-vous éviter que le divorce n'appauvrisse ?

La meilleure solution pour aider une femme divorcée qui a la garde de ses enfants, c'est de lui permettre d'avoir un emploi stable et correctement rémunéré. Je souhaite qu'un suivi personnalisé, et donc plus efficace soit assuré, qui prenne mieux en compte la situation familiale. Je veux également permettre aux mères célibataires, de mieux concilier vie de famille et vie professionnelle.

73. Allez-vous vous occuper des femmes victimes de violences machistes ?

Nous le savons tous, de nouvelles formes d'atteinte à l'égalité des hommes et des femmes sont apparues ces dernières années. Mon gouvernement fera preuve d'une vigilance sans faille pour lutter contre cela. Il compte travailler étroitement avec des associations " Ni pute, ni soumise " qui a été l'une des premières a tiré la sonnette d'alarme et à faire avancer la cause des filles dans les cités. Mon Gouvernement défendra aussi la mixité dans la sphère publique et luttera contre les violences faites aux femmes. Aujourd'hui ce n'est plus à la victime de chercher refuge hors du domicile conjugal, c'est au conjoint violent de le quitter.

74. Etes-vous prêt à accorder aux homosexuels le droit de se marier et d'adopter ?

La priorité c'est de lutter contre toutes les formes de discrimination dont les homosexuels sont encore trop souvent les victimes. Le Pacs a permis de progresser dans la voie du respect et de la tolérance. Je présenterai prochainement des mesures pour l'améliorer. S'agissant du mariage et de l'adoption pour les couples homosexuels, la loi ne l'autorise pas aujourd'hui et je n'y suis pas favorable à titre personnel. Mais en tout état de cause il est important que le débat puisse se poursuivre en toute sérénité.

75. Pourquoi faire garder les enfants coûte-t-il si cher ?

C'est vrai que la garde des enfants pèse lourd sur le budget familial. Depuis trois ans des mesures sans précédent ont été prises pour simplifier et améliorer la prise en charge de cette dépense, notamment avec la création de la PAJE, la Prestation d'Accueil du Jeune Enfant. Le Chèque Emploi Service Universel, prévu dans la loi sur les services à la personne, va diminuer encore les coûts de la garde des enfants dès le début de l'année prochaine.

76. Quand les immigrés de longue date auront-ils le droit de vote ?

Une nation est composée de citoyens. C'est au titre de citoyens qu'ils disposent du suffrage. Comme toutes les autres nations, la France reste attachée à ce principe. Mais la France est aussi une terre d'accueil, dont le modèle d'intégration est d'offrir à tous les étrangers en situation régulière une chance d'accéder un jour à la citoyenneté. Et c'est l'honneur de notre pays que de donner chaque année à plus de 100 000 personnes la nationalité, et donc le droit de vote.

77. Comment comptez-vous, concrètement, améliorer les conditions de vie des handicapés ?

L'égalité des chances, cela veut dire donner les moyens à chacun de réaliser le projet de vie qu'il a choisi. L'accès des personnes handicapées aux lieux publics a déjà été amélioré, mais il est clair que des progrès importants restent à faire. Une loi en faveur des personnes handicapées a été votée. Elle instaure une prestation de compensation. Cela va améliorer leurs conditions de vie quotidienne, en leur facilitant l'achat d'un fauteuil, l'aménagement d'un logement et le recrutement de personnes pour les aider. La loi crée aussi une garantie de ressources propre aux personnes handicapées : cette ressource sera majorée pour tous ceux qui choisissent de mener une vie autonome. Par ailleurs, dès la rentrée prochaine, les établissements scolaires pourront mieux accueillir les élèves handicapés. Des jeunes seront sur place pour les aider. Enfin les personnes handicapées disposeront dès l'an prochain, dans chaque département, d'un interlocuteur unique pour répondre à leurs problèmes : ce seront les maisons départementales des personnes handicapées.

78. Pourquoi l'Etat ne finance-t-il pas plus de crèches ?

Les communes, les CAF et les familles sont les trois principaux acteurs pour le financement des crèches. L'Etat prend également une part très importante à cet effort. 20. 000 nouvelles places ont été créées depuis 2002 et j'ai décidé d'en financer 15.000 de plus. Cela permettra de faciliter la vie de jeunes parents qui souhaitent pouvoir conjuguer vie familiale et vie professionnelle.

79. Que faire pour les enfants qui ne peuvent pas partir en vacances ?

Comme vous, de nombreuses familles ont pu envoyer leurs enfants en vacances grâce à l'action conjointe des collectivités locales et de certaines associations. Il faut soutenir ces efforts parce qu'ils sont aussi un élément essentiel de la solidarité dans notre société.

80. Peut-on préserver la diversité des petits commerces de quartier ?

Les commerces de proximité sont l'âme de nos quartiers. Ils permettent de garantir la qualité et la diversité des produits, Pour les préserver, nous pouvons nous appuyer sur le fonds d'intervention pour la sauvegarde du commerce et de l'artisanat. Nous veillerons à ce qu'il dispose de moyens suffisants pour mener une action efficace.

81. Comptez-vous poursuivre la politique du tout répressif ?

Il n'y a pas de tout répressif. Il y a seulement la volonté de garantir avec le plus d'efficacité possible la sécurité de nos concitoyens. Nous devons dépasser les querelles idéologiques entre prévention et répression. Les policiers et les gendarmes qui sont sur le terrain dans les quartiers difficiles, ceux qui vont dans les écoles parler de drogue ou de violence routière vous le diront : l'un ne va pas sans l'autre.

La loi Perben II, que vous évoquez, vise à faciliter la lutte contre le grand banditisme et les faits de violence les plus graves. Cela fait maintenant un an qu'elle est mise en ¿uvre et elle a prouvé son efficacité. Comme toutes les lois, elle nécessite à l'usage quelques ajustements. Je veillerai à ce qu'ils aillent dans le sens de la protection de la présomption d'innocence et des libertés individuelles.

82. Ne doit-on pas augmenter les moyens dont disposent les juges ?

Vous avez raison, le budget de la justice française ne doit pas rester au 23ème rang européen. Si nous voulons une justice efficace, nous devons nous en donner les moyens. En 3 ans nous avons déjà augmenté son budget de 800 millions d'euros. C'est un effort considérable et nous le poursuivrons.

83. Peut-on revoir les délits d'occupation de halls d'immeubles ?

L'occupation des halls d'immeuble entraîne souvent des nuisances qui ne sont pas tolérables pour les habitants. La police a mis en ¿uvre de manière efficace la loi qui interdit désormais les occupations illicites : il y a aujourd'hui moins de plaintes et de pétitions concernant ces troubles. Si ce type de nuisances persistait il faudrait alors renforcer notre législation.

84. Comment éviter les erreurs judiciaires ?

Une erreur judiciaire est toujours un drame. Elle peut briser des vies, nous l'avons vu à la suite du procès d'Outreau. La multiplication des scandales pédophiles a pu donner lieu à des suspicions excessives. Nous avons réformé la procédure pénale afin de renforcer les contrôles et d'empêcher que de telles erreurs se reproduisent : deux magistrats doivent désormais prendre la décision de placer une personne en détention.

85. Allez-vous enrayer la montée de la violence en prison ?

Il est inadmissible que des surveillants ou des détenus soient victimes d'agression dans nos prisons. C'est la raison pour laquelle nous avons amélioré et spécialisé la formation des surveillants. Nous devons également être plus que jamais attentif aux détenus qui relèvent en partie de la psychiatrie. C'est une priorité que nous devons traiter avec les ministres de la Justice, de la Santé et de l'Intérieur.

86. Comment mieux aider les étrangers dans leurs démarches ?

Les agents des consulats et des préfectures font un travail remarquable pour aider les étrangers dans des démarches souvent compliquées. Leur travail est relayé par l'action d'associations, qui méritent d'être saluées. Le contrat d'accueil et d'intégration permet d'ores et déjà de familiariser les demandeurs d'asile avec le droit et les règles de notre société. Il permet également de bénéficier de cours de français gratuits, condition essentielle d'une intégration réussie.

87. Pourquoi les radars ne sont-ils pas installés dans les endroits dangereux ?

L'objectif des radars, ce n'est pas de faire du chiffre, c'est de sauver des vies. Ils doivent être installés en priorité aux endroits les plus dangereux. Il s'agit de virages difficiles mais aussi de lignes droites où les conducteurs accélèrent. N'oublions pas en effet que la vitesse est la première cause de mortalité sur les routes. C'est parce que les Français ont su changer leur comportement que nous sauvons plus de 2000 vies chaque année.

88. Peut-on diminuer le temps d'attente aux guichets ?

C'est même un devoir. L'administration est en train de se moderniser. Depuis le début de l'année les services de l'Etat ont pris des engagements pour mieux accueillir les usagers. Mais la vraie révolution, c'est l'arrivée des nouvelles technologies. Avec l'administration électronique, on ne sera bientôt plus obligé de passer systématiquement par les guichets qui pourront se consacrer pleinement au conseil et à l'accompagnement. Je souhaite que les fonctionnaires soient mieux intéressés à la qualité du service rendu aux usagers. La loi organique sur les lois de finance donne aux Ministères une plus grande liberté d'action dans ce domaine. La mise en place de la LOLF marque le nouvel an I de la réforme de l'Etat.

89. Pourquoi ne prélève-t-on pas l'impôt sur le revenu à la source ?

Dans notre pays le revenu est imposé par foyer et n'est pas le même selon que l'on est marié, célibataire ou que l'on a des enfants. La retenue à la source impliquerait des modifications profondes de notre dispositif fiscal. Cette question mérite donc au préalable un débat politique afin d'en évaluer toutes les conséquences.

90. Pouvez-vous remédier aux lenteurs de la justice ?

Nous devons soutenir les victimes de toutes les formes de violence, en particulier la violence routière qui frappe au c¿ur des familles. Tous ceux qui côtoient les victimes sont aujourd'hui mieux sensibilisés à ce problème et leur proposent systématiquement de l'information et de l'aide.

Vous posez également un second problème : celui de la lenteur des procédures judiciaires. Des réformes ont été faites pour simplifier et accélérer les procédures. Mais il ne faut pas oublier que la justice a besoin d'un temps incompressible et de délais raisonnables pour bien faire son travail.

91. Pourquoi ne pas ouvrir les grandes surfaces culturelles le dimanche ?

C'est déjà possible dans certains endroits comme les zones touristiques. Mais, comme vous le soulignez, travailler le dimanche doit être un choix du salarié. Il faut également veiller à ce que cela ne se fasse pas au détriment des magasins indépendants, notamment des libraires et des disquaires, qui ont des effectifs plus réduits et n'ont pas autant de souplesse dans leur organisation.

92. Les prix des livres, des DVD et des CD vont-ils enfin baisser ?

Les prix des produits culturels ont déjà tendance à baisser : en un an, le prix moyen d'un DVD est passé de 16,20¿ à 13,20¿. Je rappelle également que grâce au prix unique, la France est l'un des pays d'Europe où le livre coûte le moins cher. Mais je sais que pour les jeunes, cela reste encore trop élevé. Mon Gouvernement poursuit donc son action afin de faire baisser la TVA sur le disque. Je veillerai parallèlement à ce que l'offre des médiathèques et des bibliothèques continue à s'enrichir.

93. A quand un statut plus décent pour les intermittents du spectacle ?

Je sais ce que notre vitalité culturelle doit à tous les artistes et techniciens passionnés qui travaillent parfois dans des conditions difficiles. Je souhaite que leur statut, qui répond bien aux contraintes spécifiques de leurs professions, soit conforté et pérennisé. Mais le système ne peut fonctionner que s'il y a un équilibre entre les droits et les devoirs. Le Ministre de la culture devra donc veiller à ce que les abus soient sévèrement sanctionnés. Il faut également préserver l'équilibre de l'assurance chômage des salariés. Nous devons enfin mettre en place une véritable politique de l'emploi dans le domaine culturel.

94. La redevance télé est-elle un impôt utile ?

Les Français sont attachés à leur service public, y compris audiovisuel. C'est pour le financer que la redevance TV a été créée. Nous avons d'ailleurs simplifié sa collecte afin d'améliorer son efficacité.

95. Pourquoi ne peut-on télécharger de la musique gratuitement ?

Télécharger gratuitement de la musique, peut conduire à priver certains artistes du fruit de leur travail et des moyens de continuer à créer. Pour autant, Internet peut contribuer à rendre la culture accessible au plus grand nombre. Entre ces deux exigences, nous devons trouver un équilibre. De nombreux sites proposent désormais des solutions respectueuses et originales.

96. Allez-vous intervenir pour stopper les abus des fournisseurs d'accès à Internet ?

La France est le pays d'Europe où l'accès à Internet haut débit s'est le plus vite développé et où les tarifs sont les plus bas. Mais il est vrai que les usagers rencontrent encore certaines difficultés, notamment en matière d'assistance téléphonique. Nous travaillons avec les fournisseurs d'accès à Internet pour améliorer la situation. Des progrès ont déjà été réalisés, en particulier en ce qui concerne les frais de résiliation.

97. Les bénévoles du sport vont-ils avoir un vrai statut ?

Notre société doit mieux reconnaître la générosité et le dévouement de ceux qui, comme vous, prennent du temps pour permettre à des jeunes de découvrir et pratiquer des activités sportives. C'est souvent cela qui transforme la vie des quartiers et donne à la jeunesse des repères et de nouvelles perspectives. Ce temps et cet engagement sont des qualités qui doivent être valorisées. Pour cela nous avons lancé le passeport du bénévole.

98. Que comptez-vous faire pour éradiquer la violence dans les stades de football ?

Les valeurs du sport, c'est l'esprit d'équipe, le courage et le respect de la règle. Je n'accepterai pas que ces valeurs soient bafouées par certains comportements violents dans les stades ou ailleurs. C'est aux clubs de prendre l'initiative de combattre la violence à l'intérieur de leurs enceintes, avec l'appui des forces de l'ordre. Je compte renforcer les sanctions et les interdictions de stade.

99. Pourriez-vous aider les arbitres à se faire respecter ?

Dans le sport, l'arbitre incarne le respect de la règle. Nous ne tolérerons pas qu'il soit menacé ou que son autorité soit contestée. Je tiens à vous rassurer, le Gouvernement sera à vos côtés : nous prévoyons de renforcer la protection des arbitres par des sanctions plus fortes en cas d'agression. Nous souhaitons également clarifier leur statut. C'est essentiel pour défendre les valeurs sociales, citoyennes et éducatives du sport français.

100. Les JO 2012 à Paris vont-ils créer de vrais emplois ?

Comme vous, j'attends avec confiance la décision du Comité International Olympique le 6 juillet. Vous savez que le Président de la République a décidé d'aller lui-même à Singapour défendre le dossier de Paris. Les Jeux seraient pour nous une formidable opportunité : 42000 emplois pourraient être créés de manière durable dans le sport mais aussi dans le tourisme, le bâtiment ou les transports. Il n'y a pas que Paris qui en bénéficierait mais aussi la Seine Saint-Denis et les autres départements de la région parisienne qui accueilleraient les compétitions.


(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 1er juillet 2005)

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