Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le développement des technologies numériques dans l'audiovisuel, notamment la TNT, les offres de télévision sur ADSL et le succès des télévisions sur les téléphones mobiles, Paris le 28 juin 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur le développement des technologies numériques dans l'audiovisuel, notamment la TNT, les offres de télévision sur ADSL et le succès des télévisions sur les téléphones mobiles, Paris le 28 juin 2005.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Conférence de l'European Business Group à Paris le 28 juin 2005

ti : Messieurs les Présidents,
Mesdames, Messieurs,


Je suis très heureux d'ouvrir vos deux journées de réflexions et d'échanges, à l'occasion de votre assemblée générale. Je tiens à saluer l'action de votre président, François-Henri Pinault, pour rassembler la réflexion des grandes entreprises actives dans les secteurs de l'industrie, de la distribution, des services, des médias et des nouvelles technologies et pour l'élargir aux sujets stratégiques liés à l'innovation et à l'entreprise, dans un cadre résolument européen. Car l'Europe d'aujourd'hui a besoin de votre engagement, de votre envie de créer, d'innover et de réussir. Sans préjuger de vos décisions, je salue par anticipation Patrick Le Lay, qui ne manquera pas de poursuivre cette action si vous lui accordez vos suffrages, comme, m'a-t-on dit, cela est probable. Votre matinée porte sur " Internet et la révolution des médias ". Il est vrai que ce secteur vit une étape décisive de son développement, dont nous sommes les témoins et les acteurs.

Sans remonter trop loin dans le temps, depuis l'arrivée du câble et des chaînes thématiques, après l'explosion des programmes radiophoniques sur la bande FM, la France a toujours été dans le peloton de tête du développement des médias audiovisuels en Europe.

L'apparition des technologies numériques a d'abord bouleversé le paysage de la production, en modifiant profondément les méthodes de captation et de traitement des programmes, ce qui a entraîné l'abaissement des coûts, le maintien d'une qualité irréprochable au cours d'étapes de post-production de plus en plus complexes, et la diversification des formats, adaptés à des vecteurs différents. Quant à la diffusion auprès du public, les moyens numériques, notamment par satellite, ont provoqué un développement considérable du nombre de chaînes.

La généralisation du numérique dans l'audiovisuel, tant en télévision qu'en radio, fournit à nouveau l'occasion d'une éclosion formidable de nouveaux services.

Pour le ministre de la culture et de la communication, il est essentiel que ces nouveaux services permettent de mieux répondre aux besoins de nos concitoyens en matière d'information, de culture et de divertissement ; mais aussi de renforcer nos industries de création audiovisuelle, cinématographique et musicale, en particulier. C'est l'occasion d'ouvrir des espaces de création nouveaux et de créer des emplois culturels nouveaux et diversifiés, ce qui est, vous le savez, pour moi, et je l'espère pour vous aussi, une priorité.

Et à ce jour en France, les perspectives sont riches de promesses. L'effervescence actuelle du monde audiovisuel correspond à la diversité des sujets que vous aborderez au cours de ces deux jours : je citerai le lancement de la télévision numérique de terre, le développement de services de télévision en haute définition, les études préalables au lancement de la télévision sur les mobiles, la radio numérique, les portails multimédia permettant le développement d'offres légales de téléchargement d'¿uvres.

35 % de la population a aujourd'hui accès à la nouvelle offre de la TNT, lancée le 31 mars dernier qui triple le nombre de chaînes disponibles sans abonnement pour les deux tiers des téléspectateurs recevant la télévision par l'antenne "râteau". Dès le mois de septembre, 50% de la population pourra y avoir accès. En outre, de nouvelles chaînes gratuites viedront compléter cette offre dès l'automne, ainsi que des bouquets de chaînes payantes qui pourront être commercialisés à partir de septembre.

Les 400 000 adaptateurs vendus et les prévisions de 1 million à 1,5 millions de foyers équipés d'ici à la fin de l'année montrent un réel engouement des téléspectateurs pour ce nouveau média.

Ces nouvelles chaînes doivent maintenant devenir rapidement disponibles pour l'ensemble des Français. Je souhaite que le groupe de travail conjoint entre le Conseil supérieur de l'audiovisuel et la Direction du développement des médias, mis en place par le Premier ministre sur la couverture géographique de la TNT, permette d'accélérer le déploiement effectif de cette nouvelle technologie et que l'on puisse atteindre, bien avant la fin de l'année 2007, date initialement prévue, le seuil de 85% de la population ayant effectivement accès à ces nouvelles chaînes.

La haute définition constitue un autre mode de diffusion appelé à se généraliser au cours des prochaines années. Vous connaissez les facteurs favorables à son développement : l'apparition des écrans plats, le goût accru des téléspectateurs pour les images de haute qualité fournies par les DVD, la photo numérique ou encore les consoles de jeux.

La haute définition est déjà une réalité dans de nombreux pays, tels que les Etats-Unis, le Japon ou la Corée du Sud, où elle rencontre un réel succès. Les prévisions actuelles portent sur un parc de 16 millions de téléviseurs haute définition installés en 2007 au Japon et de 37 millions en 2008 aux Etats-Unis. Les Européens doivent à l'évidence, à leur tour anticiper cette évolution. C'est un enjeu culturel majeur : les productions audiovisuelles européennes, et françaises en particulier, seront progressivement exclues des marchés internationaux si elles ne sont pas produites en haute définition.

Des services en haute définition sont d'ores et déjà en cours d'expérimentation ou annoncés dans notre pays pour la fin de l'année. Il convient dans ces conditions de ménager une place à la haute définition sur la TNT.

En effet, la télévision hertzienne terrestre reste le seul mode de réception pour près de deux tiers des foyers français. Nous ne pouvons exclure ces foyers de la haute définition, en la réservant aux autres modes de diffusion, qui sont payants. Ne pas prévoir dès le départ la haute définition sur la TNT reviendrait à priver la majorité des Français de la haute définition pour une période d'au moins 5 à 10 ans.

Tel est le sens de la décision, prise par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin en décembre dernier, de retenir la norme MPEG-4 pour la diffusion des chaînes payantes de la TNT. En imposant une norme de compression plus efficace, nous avons voulu libérer les ressources en fréquences nécessaires au lancement d'une offre en haute définition qui sera également diffusée en MPEG 4.

Je travaille activement, avec le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, Thierry BRETON, sur les voies et moyens d'un lancement rapide de chaînes gratuites et payantes en haute définition sur la TNT.

Comme le montrent déjà les projets existants sur les autres supports, le nombre de projets de diffusion en haute définition sur la TNT devrait être important. Une sélection des chaînes sera donc nécessaire. Il nous faut organiser cette procédure de sélection. C'est l'étape qui est devant nous, avec pour objectif de permettre le lancement d'une offre haute définition sur la TNT, comprenant des chaînes gratuites et des chaînes payantes, avant la fin du premier semestre 2006.

Le service public aura, bien sûr, un rôle important à jouer et il conviendra de déterminer les chaînes du service public audiovisuel qui seront diffusées en haute définition sur la TNT.

La télévision sur les mobiles paraît, elle aussi, promise à un bel avenir. Ces services de télévision sont particulièrement adaptés au nouveau nomadisme contemporain, avec ses outils caractéristiques, devenus indispensables, que sont les téléphones mobiles, les assistants personnels, les baladeurs multimédia ou les consoles de jeux.

Le succès des services de télévision en UMTS montre l'intérêt du public pour cette nouvelle forme de consommation, d'autant que de nouvelles technologies permettent d'envisager de fournir ce type de services avec une meilleure efficacité. Ce sont de nouveaux et vastes territoires à défricher, que vous êtes sans doute déjà en train d'explorer.

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a prévu d'autoriser à la rentrée prochaine des expérimentations en grandeur nature destinées à mieux cerner les usages, les attentes et les comportements du public, que votre science du marketing vous permet d'interroger, mais aussi de valider certains aspects liés au déploiement du réseau. Un cadre juridique adapté à ces nouveaux services devra ensuite être arrêté, d'ici 18 mois, en fonction de ce retour d'expérience.

Enfin, la convergence, organisée par la loi du 9 juillet 2004 relative aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle, a trouvé rapidement sa concrétisation, avec le développement de nouveaux services audiovisuels sur le réseau ADSL notamment. Plusieurs offres de télévision sur ADSL sont désormais disponibles, qui permettent l'accès d'un nouveau public à des bouquets de chaînes, habituellement disponibles sur le satellite.

Le prolongement naturel de ces offres de télévision sur ADSL, comme d'autres offres sur le câble, au-delà de l'accès à Internet, est bien sûr l'accès à une offre de films à la demande. Cette offre doit s'inscrire dans un cadre régulé, dans le respect des droits des créateurs, afin de leur procurer une juste rémunération et de préserver la diversité de nos créations et de nos productions.

C'est dans ce sens que j'ai entamé le dialogue entre les professionnels du cinéma et de l'Internet, afin de définir ensemble les conditions de développement des nouvelles offres de films en ligne, et de lutter contre la contrefaçon numérique, selon un processus de riposte graduée, des messages de prévention jusqu 'aux sanctions, proportionnées à la gravité des atteintes. L'objectif est toujours le même : il s'agit de préserver la diversité de la création. Ce dialogue progresse et je souhaite qu'il aboutisse, par étapes, à un accord global.

Vos travaux sont au c¿ur de cette convergence. Les contenus, les ¿uvres, dont la demande augmente de manière croissante pour alimenter les différents vecteurs de distribution des programmes, doivent incarner la diversité culturelle. Qu'il s'agisse de la tendance à la convergence des contenus ou à la concentration des médias et de l'offre, les valeurs qui doivent nous guider sont toujours les mêmes : ce sont celles de la création, de la diversité, et du pluralisme. Ces valeurs nous ont faits ce que nous sommes. Ce sont des valeurs européennes et je sais que vous partagez ma conviction que ce sont des valeurs clés de la croissance, de l'attractivité et du dynamisme. Sachez que j'assume pleinement ma responsabilité de ministre en charge des industries culturelles, qui sont, pour une part croissante, des industries de la communication. Mais je ne sépare pas mes responsabilités dans ce domaine de celles dont j'ai la charge en matière de culture, et je pense par exemple à cet autre aspect de la révolution de l'Internet qui concerne l'accès du plus grand nombre au plus grand nombre d'¿uvres, que les nouvelles initiatives et possibilités numériques mettent au premier plan de l'actualité. C'est la mission fondatrice qui a été assignée au ministère de la culture dès sa création.

Je vous remercie.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 29 juin 2005)

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