Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, sur l'apport de la Francophonie à la diversité culturelle dans le monde, à Bruxelles le 8 juillet 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie, sur l'apport de la Francophonie à la diversité culturelle dans le monde, à Bruxelles le 8 juillet 2005.

Personnalité, fonction : GIRARDIN Brigitte.

FRANCE. Ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie

Circonstances : Réunion plénière de la 31ème session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, à Bruxelles (Belgique) le 8 juillet 2005

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,


C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai répondu à votre invitation à participer à la XXXIème session de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie. C'est un grand honneur de pouvoir m'exprimer devant vous en ma qualité de ministre française de la Coopération, du Développement et de la Francophonie. Je souhaite adresser à l'ensemble des représentants des parlements nationaux mes salutations les plus chaleureuses. Permettez-moi de saluer tout particulièrement Monsieur Mahamane Ousmane, Président de votre assemblée. Je connais, Monsieur le Président, les difficultés que rencontrent actuellement la population du Niger. Je suis heureuse que la France participe à l'élan de solidarité de la communauté internationale. Car la Francophonie est aussi un espace de solidarité.

L'Assemblée Parlementaire de la Francophonie est une institution essentielle au bon fonctionnement de la communauté francophone et je me réjouis, au moment où je prends mes nouvelles fonctions, de pouvoir rendre hommage à son action au service de la paix, de la démocratie et des Droits de l'Homme. Votre assemblée joue en effet un rôle fondamental dans les processus de démocratisation en cours : en dépêchant des missions d'observations lors d'élections à risques, ou encore en favorisant la coopération interparlementaire tant dans le domaine de la formation des personnels et des nouveaux élus que dans celui de la modernisation des parlements, vous encouragez et accompagnez ces processus éminemment sensibles. Ce travail patient et pragmatique contribue utilement à enraciner l'Etat de droit, et à faire du monde francophone une véritable communauté de valeurs.

De fait, la Francophonie n'est pas seulement la promotion d'une langue partagée par plusieurs pays. Par son histoire et sa géographie, la Francophonie est au coeur des enjeux du monde actuel : problématique du développement, relations Nord-Sud, dialogue entre les cultures, développement durable.

La Francophonie, c'est avant toute chose une autre façon de voir le monde et une autre manière de penser la mondialisation.

C'est pourquoi je me félicite que votre Assemblée, en choisissant de consacrer ses travaux à "l'apport de la Francophonie à la diversité culturelle dans le mouvement de mondialisation", réaffirme avec force sa vocation à défendre la diversité culturelle et le plurilinguisme, notions qui sont les fondations de la communauté francophone.

Le thème de la diversité culturelle s'est imposé depuis quelques années sur la scène mondiale ; il offre un exemple des contributions utiles que la Francophonie peut apporter à la régulation de la mondialisation. L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) place, depuis longtemps déjà, le respect de la diversité culturelle et linguistique parmi ses principes fondamentaux et s'est engagée activement, au cours de ces deux dernières années, en faveur de l'adoption à l'UNESCO d'une "Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques".

L'avant projet de texte a été adopté à l'issue de la troisième et dernière session du comité d'experts intergouvernementaux par une très grande majorité de pays. Et les ministres de la Culture réunis à Madrid le 12 juin dernier se sont prononcés en faveur de l'adoption définitive du projet à l'UNESCO.

Ce texte reflète les objectifs qui nous tiennent à c¿ur : la reconnaissance de la spécificité des biens et services culturels, le droit des gouvernements à conduire des politiques culturelles, le renforcement de la solidarité culturelle internationale. Aussi, je souhaite que la convention puisse être adoptée lors de la prochaine conférence générale de l'UNESCO, puis être ratifiée d'ici 2008. Il nous faut pour cela rester vigilants et mobilisés pour que l'avant-projet soit adopté en l'état. Car toute réouverture du débat comporterait le risque de voir le texte vidé de sa substance et de sa force, et ajournerait son adoption. Cette mobilisation nécessaire est l'affaire de tous : il importe avant tout de donner toute sa portée à l'engagement pris au Sommet de Beyrouth en 2002 de ne pas conclure d'accord de libéralisation susceptible de compromettre la mise en oeuvre de la convention.

Souvent présenté comme "un laboratoire de la diversité culturelle", la communauté formée par les pays francophones est concernée au premier chef par les bénéfices attendus de la future convention. Notre objectif commun est que les pays du Sud puissent mettre en oeuvre rapidement leurs propres politiques culturelles et puissent défendre leurs "identités culturelles" spécifiques. Je souhaite, à cet égard, que l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) contribue, dans les années qui viennent, à la mise en place de ces politiques. Ce devrait être, en matière culturelle, une des grandes orientations à venir de l'Agence.

La France a souhaité donner très rapidement un contenu concret à la notion de solidarité culturelle internationale en renforçant son action de coopération culturelle. Mon ministère a ainsi adopté en avril dernier un projet de coopération en matière de diversité culturelle d'un montant de 4 millions d'euros. Ce projet destiné à la Zone de solidarité prioritaire (donc à l'Afrique principalement) a pour objectif d'aider à la sauvegarde, via la numérisation, des patrimoines cinématographique, audiovisuel et photographique des pays du Sud, ainsi qu'à la mise en place par ces Etats de politiques favorables à la diversité culturelle.

Ce mouvement général de reconnaissance de la diversité culturelle est évidemment une chance pour le français. Parlé sur tous les continents, il est, comme d'autres langues internationales, un vecteur de cette diversité. Et c'est à nous tous qu'il revient d'encourager cette évolution. Pour sa part, l'Organisation internationale de la Francophonie a adopté depuis le Sommet de Ouagadougou en 2004 un cadre stratégique qui comprend bien sûr la promotion du français, son horizon naturel, mais aussi la préservation de la diversité culturelle, pour laquelle cette organisation a joué un rôle pionnier.

En Europe aussi, l'adhésion à la diversité des cultures et des langues, ainsi que la reconnaissance des identités, s'affirment de plus en plus. L'uniformisation, la quête du monolinguisme, ne sont plus perçues comme un progrès mais bien comme une menace. Les Européens voient bien que la variété des langues et des cultures est au coeur de l'identité européenne. Et je tiens à saluer à cet égard le rôle très positif que la présidence de l'Union européenne a joué au cours de la récente négociation qui s'est déroulée à l'UNESCO.

Dans son fonctionnement quotidien, l'Union européenne doit offrir au monde l'exemple d'une diversité assumée, même si la tentation du monolinguisme reste forte. L'objectif n'est pas d'engager une compétition avec l'anglais ; il s'agit plutôt pour l'Europe élargie de tirer le meilleur parti de son pluralisme linguistique. En ayant conscience qu'il s'agit bien d'une richesse, et qu'il serait dommage de n'y voir qu'une contrainte budgétaire.

Le fait est que le recours à la seule langue anglaise a beaucoup progressé depuis l'élargissement de 1995. Celui que nous venons de vivre devrait accentuer cette tendance. Les Français, légitimement attachés à leur langue et à sa place dans les échanges internationaux, et soutenus en cela par les autres Etats membres francophones, s'en inquiètent et ne se reconnaîtraient guère dans une Europe exclusivement anglophone. Beaucoup a donc été entrepris pour corriger cette évolution. En 2002, la France a élaboré avec la Communauté française de Belgique et le Luxembourg un plan pluriannuel pour former au français les diplomates, les fonctionnaires des nouveaux adhérents ainsi que ceux de la Bulgarie et de la Roumanie. Les représentants de ces pays sont appelés à siéger à Bruxelles dans des groupes de travail sans interprétation, où le français ne pourrait pas continuer à être employé s'ils n'en avaient pas une connaissance au moins passive.

Ce programme, mis en oeuvre par l'Agence de la Francophonie, connaît un réel succès. Près de 3.500 personnes en 2004, 5.800 cette année, suivent, depuis trois ans, les cours intensifs de français proposés dans leur capitale ou à Bruxelles. Le plan comprend également une veille des sites Internet et la mise à la disposition de toutes les institutions européennes d'un logiciel d'aide à la rédaction administrative en français. Ce programme, largement soutenu par la France, est complété par une action bilatérale, pour assurer une formation au français des nouveaux commissaires, de leur chef de cabinet, des directeurs généraux, et des juges qui le souhaitent.

Il est remarquable que ce Plan pour le français à l'Union européenne soit conduit par la Francophonie dont les 63 membres et observateurs - parmi lesquels près de la moitié des membres de l'Union européenne - sont convaincus que l'Europe est la clé du rayonnement international du français.

Car une langue française active dans les institutions européennes, c'est pour chacun des pays membres, l'assurance du respect du pluralisme culturel en Europe. Ainsi, avec les dix Etats de l'Union - douze bientôt avec la Roumanie et la Bulgarie - qui sont membres ou observateurs de l'OIF, notre pays affirme, auprès de ses amis et partenaires européens, la capacité de la langue française à relever ce défi en faveur de la diversité. Sachons nous persuader que la Francophonie ne restera un pôle linguistique puissant que dans la mesure où le français reste une langue internationale utile, et en premier lieu en Europe.

Pour conclure, permettez moi de vous dire que je mesure l'importance de la tâche qui vient de m'être confiée par le président de la République et par le Premier ministre dans le cadre de ces nouvelles fonctions gouvernementales. Soyez assurés que j'aborde cette nouvelle mission avec détermination : la cause de la francophonie est noble, la tâche est exaltante, son contenu est passionnant. Mais l'action ne peut être que collective, et je compte donc sur vous, sur tous les autres acteurs institutionnels de la Francophonie, et sur tous nos partenaires francophones.

Je veillerai, à ma place, à servir les intérêts de la Francophonie et de la diversité culturelle.

Je vous remercie

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 juillet 2005)

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