Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France 2 le 13 juillet 2005, sur les résultats du baccalauréat, le calendrier de la réforme pour l'application de la loi Fillon et notamment le remplacement des professeurs absents. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gilles de Robien, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France 2 le 13 juillet 2005, sur les résultats du baccalauréat, le calendrier de la réforme pour l'application de la loi Fillon et notamment le remplacement des professeurs absents.

Personnalité, fonction : ROBIEN Gilles de, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti : Q- Hier, le ministère de l'Education a publié les résultats du bac : ils sont excellents ! Plus de 80 % de réussite. Comment expliquez-vous un aussi bon résultat, alors qu'il y a eu beaucoup de perturbations pendant l'année, à cause des grèves contre la loi Fillon ?

R- Je peux vous assurer, en tout cas, qu'à l'Education nationale, on a vraiment fait les corrections exactement de la même façon que les autres années...

Q- Pas de mesure d'indulgence particulière pour tenir compte des grèves ?

R- Absolument pas, mais le niveau a légèrement augmenté, un peu plus dans les options générales que dans les options technologiques et professionnelles, puisqu'on a plutôt 84 % et 75 %. Mais le niveau moyen augmente. La problématique qui se passe, c'est que dans une classe d'âge, il n'y a finalement que 65 % de jeunes qui ont le baccalauréat, et ces 65 %, c'est le même chiffre qu'en 1995. C'est-à-dire qu'on a vraiment démocratisé l'enseignement des années d'après-guerre jusqu'en 1995, et là, on plafonne un peu. Donc, mon engagement à l'Education nationale sera de faire en sorte, si possible, que beaucoup plus de jeunes puissent accéder au baccalauréat.

Q- Enfin, quand même, les résultats sont bons...

R- Ils sont bons, c'est une bonne année, un bon cru...

Q- Alors pourquoi est-ce que les ministres de l'Education veulent-ils toujours faire des réformes ?

R- Je ne fais pas de réforme, je ne fais qu'appliquer une loi qui a été votée. J'essaye de l'appliquer la plus intelligemment possible, avec le plus de concertation possible, avec les partenaires que sont les parents - n'oublions pas les parents -, que sont les professeurs, que sont les chefs d'établissement. Et donc, je regarde comment on peut apporter un plus dans l'Education nationale, par exemple, en donnant plus de chance à tous les jeunes. Je vais prendre un exemple : aujourd'hui, on a besoin des langues, eh bien dès cette rentrée 2005, et encore plus à la rentrée 2006, il y aura un effort considérable, avec par exemple des classes dédoublées en Terminale, jamais de classe de plus de 20 élèves pour apprendre les langues, les langues parlées et un peu moins la littérature étrangère.

Q- En fait, ce que vous dites, c'est que vous allez appliquer la loi Fillon à peu près comme prévu, alors que vous aviez quand même parlé d'un "temps de réflexion", que l'on allait renégocier ou discuter ? En fait, la loi va s'appliquer comme prévu ?

R- Bien sûr que la loi s'applique, on est des républicains, des démocrates. Et toutes les mesures qui vont dans le sens de l'égalité des chances, je les mets en place en priorité. Et puis, il y a beaucoup de choses que l'on a améliorées, grâce à la concertation qui a eu lieu depuis maintenant un mois. J'ai rencontré les syndicats, les parents d'élèves, les lycéens qui avaient manifesté, et ils m'ont fait comprendre des choses intéressantes, intelligentes, positives. Cela a permis d'améliorer certains textes. Je prends un exemple : le remplacement ; je tiens à ce que pendant les absences que l'on appelle de "courte durée", environ quinze jours, les élèves ne soient pas sans professeur. Les professeurs m'ont promis qu'ils allaient faire en sorte de remplacer l'absent sur la base du volontariat.

Q- C'est un des points les plus contestés de la réforme Fillon...

R- Peut-être, mais les parents tiennent - et cela se comprend - à ce que les enfants ne soient pas sans professeurs pendant quinze jours. Et une absence, cela peut souvent se prévoir, pas en cas d'accident, mais en cas, par exemple, d'une formation qui a été prévue huit, quinze jours, un mois, trois mois à l'avance. Là, on sait. Les professeurs m'ont dit que sur la base du volontariat, on va remplacer, à partir de septembre 2005. J'ai dit d'accord, mais je leur donne quatre mois pour montrer que volontairement, sans avoir à désigner tel ou tel, les classes ne seront pas sans professeurs. Si ça marche, et partout où cela marchera sur la base du volontariat, je dis bravo, c'est la concertation qui a gagné. Mais là où cela ne marchera pas, à partir du 1er janvier, il faudra que les chefs d'établissement désignent celui ou celle qui remplacera, et qui sera d'ailleurs récompensé pour cela, puisque nous mettons en place des incitations, en clair, des rémunérations supplémentaires, ce qui permet de répondre en partie au problème du pouvoir d'achat du monde enseignant.

Q- Les syndicats sont quand même mécontents, ils annoncent une rentrée chaude. Allez-vous pouvoir désamorcer cette crise, renégocier ?

R- J'ai remarqué que tous les ans, les syndicats disent être mécontents et annoncent une rentrée chaude ! Avec toute la participation à l'effort d'application de la loi d'orientation, les enseignants qui ont fait des déclarations plutôt plus modérées que d'habitude, j'espère en tout cas, je suis sûr même, que pensant aux intérêts des enfants, il n'y aura pas de rentrée chaude, parce qu'il y a des moyens pour répondre à leurs souhaits, des moyens pour répondre aux souhaits des parents. Je crois vraiment que ce devrait être une bonne rentrée 2005.

Q- Avant la rentrée, il y a les vacances, et pendant les vacances, l'école reste ouverte.

R- Il y a effectivement beaucoup d'établissements, 645 ou 647, qui vont rester ouverts, des lycées et des collèges, et normalement, la plupart en Zone d'éducation prioritaire, c'est-à-dire là où l'on a des chances supplémentaires à offrir pour des jeunes qui peuvent avoir, le cas échéant, un petit handicap dans le cursus.

Q- C'est-à-dire que les élèves vont continuer à travailler pendant l'été ?

R- C'est sur la base du volontariat, les professeurs sont aussi volontaires. Bien sûr, ils sont rémunérés, il y a un budget pour cela, de 15 ou 18 millions d'euros et ils auront la possibilité de se voir offrir des cours ou des activités culturelles, de langues aussi, l'apprentissage des langues. Et donc, ce sera volontaire. Celles et ceux qui veulent profiter d'une partie de leurs vacances pour apprendre un peu plus ou se familiariser au collège dans lequel ils vont rentrer dès septembre, pourront le faire. Cela intéresse 135.000 jeunes.

Q- Un mot de politique : demain, J. Chirac doit intervenir pour le 14 Juillet ; qu'attendez-vous de cette intervention ?

R- J'attends évidemment que le président de la République, si le sujet est abordé bien sûr, renouvelle son soutien à l'école, aux enseignants, aux chercheurs aussi, qui ont été un peu interrogatifs - c'est le moins qu'on puisse dire - à une période donnée. Et avec, par exemple, le projet ITER, qui est une très grande réussite française d'accueillir sur notre sol ce grand projet de recherche d'énergie nouvelle, parce que les chercheurs français sont probablement parmi les meilleurs du monde, sinon les meilleurs du monde, eh bien autour de thème d'ITER, je souhaite que le président de la République, s'il en a convenance évidemment, puisse envoyer un grand coup de chapeau aux chercheurs français.

Q- Mais au plan politique, on voit bien que les Français doutent. Qu'est-ce que J. Chirac peut donner comme signal demain ?

R- Dire que la morosité française, si ici et là, peut parfois trouver des exemples, on n'a pas gagné les Jeux Olympiques, mais on a gagné ITER, c'est quand même assez fantastique ! On dit que la France est morose, mais lorsque le Gouvernement fait un appel à projet pour réunir des universités, des chercheurs, des entreprises, des collectivités locales, à travers des pôles de compétitivité, qu'est-ce qui se passe ? Il n'y a pas dix personnes qui répondent, il y a 105 pôles de compétitivité qui sont candidats ! C'est le signe d'une très grande vitalité française. Contrairement à ce que le climat général, et que telle ou telle déclaration en particulier, laisse entendre, la France est en pleine vitalité.

Q- J. Chirac reste très bas dans les sondages, peut-il rebondir ?

R- Bien entendu, la politique est faite de hauts et de bas.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 13 juillet 2005)

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