Déclaration de Mme Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, sur les femmes et les mutations économiques, la cohésion sociale et l'intégration des femmes dans l'activité économique, Paris le 5 juillet 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Vautrin, ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, sur les femmes et les mutations économiques, la cohésion sociale et l'intégration des femmes dans l'activité économique, Paris le 5 juillet 2005.

Personnalité, fonction : VAUTRIN Catherine.

FRANCE. Ministre délégué à la cohésion sociale et à la parité

Circonstances : Colloque "Femmes et mutations économiques" à Paris le 5 juillet 2005

ti : Mesdames, Messieurs,


Le sujet que vous avez abordé dans ce colloque est essentiel pour notre avenir.

Notre pays vit actuellement des mutations économiques profondes. Nous sommes au c¿ur d'une nouvelle révolution, celle de l'information. C'est l'une des plus rapides de l'histoire de l'humanité.

Elle tend même à s'accélérer en raison de l'évolution toujours plus rapide des sciences et des techniques et du renforcement de la compétition internationale avec l'arrivée de nouveaux pays très concurrentiels.

Si tout va si vite, c'est que la nouveauté, le changement, et donc les mutations, sont le moteur de cette nouvelle économie. Dans cette " économie de la connaissance ", comme on l'appelle, le savoir n'y est plus un simple facteur de production mais une production à part entière. L'innovation est au c¿ur de la croissance.

La maîtrise de ces mutations économiques est donc un enjeu crucial pour chaque pays.

C'est pourquoi, en l'an 2000, le Conseil européen de Lisbonne s'est fixé comme objectif stratégique de " devenir d'ici 2010 l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique au monde. " Et le Premier Ministre a rappelé, dans sa déclaration de politique générale, que " la France doit atteindre les objectifs qu'elle s'est fixée dans le cadre de la stratégie de Lisbonne. "

L'enjeu est, bien sûr, économique : si l'on ne s'adapte pas rapidement, le décrochement et la marginalisation de notre économie sont inéluctables.

Mais l'enjeu est aussi social parce que ces mutations provoquent des bouleversements majeurs dans le monde des entreprises.

Elles se traduisent par des restructurations importantes et continues, facteurs de créations d'emplois mais aussi de licenciements et de chômage.

Il faut bien prendre la mesure de ces enjeux : c'est l'un des plus grands défis que la France ait eu à relever au cours de son histoire.

Pour réussir, nous devons impérativement adapter notre organisation économique et sociale.

Un des traits essentiels d'une organisation efficace, c'est la participation de tous, femmes et hommes, à l'activité, sans discrimination aucune. La problématique du rapport des femmes aux mutations économiques est avant tout une problématique d'égalité.

L'égalité que nous voulons pour les femmes, c'est non seulement un impératif démocratique, " une exigence de justice " comme l'a dit à plusieurs reprises le Président de la République, c'est aussi un impératif absolu d'efficacité économique.

Le facteur humain est la principale richesse d'une nation. Nous avons besoin de tous les talents. Se priver d'une partie de ce capital serait suicidaire.

Ce serait d'autant plus dommageable que nous faisons face à une contrainte démographique inédite, celle du vieillissement de la population, qui va raréfier l'offre de travail.

Le rôle des femmes a donc une importance décisive pour l'avenir de la France. Leurs compétences, leur dynamisme, la diversité qu'elles apportent en termes de mentalités et d'expériences sont de puissants facteurs d'amélioration des performances économiques.

L'égalité que nous voulons pour les femmes, c'est aussi une condition de notre cohésion sociale. Cette cohésion exige que l'on garantisse à chaque femme et à chaque homme la possibilité de trouver un emploi et de participer à la création de richesses.

Adaptation aux mutations économiques et cohésion sociale vont de pair : nous réussirons d'autant mieux ces mutations que tout le monde y participera et que la société sera unie pour affronter la concurrence internationale.

Beaucoup de progrès ont été fait pour intégrer les femmes à l'activité économique. La féminisation de la population active est d'ailleurs l'une des mutations économiques fondamentales du siècle précédent.

Les femmes poursuivent désormais des scolarités jusqu'au plus haut niveau de formation. Vous avez écouté cet après-midi les résultats de l'enquête relative à celles diplômées des grandes écoles.

Les femmes accèdent de plus en plus nombreuses à l'emploi, au sein de métiers et à des niveaux hiérarchiques longtemps occupés uniquement par les hommes.

Mais des freins, des habitudes culturelles et des inégalités persistent.

Les femmes sont souvent moins bien placées que les hommes pour affronter ces mutations économiques.

Elles sont davantage concentrées dans les emplois peu qualifiés du secteur tertiaire, des emplois précaires et mal rémunérés, au temps partiel souvent contraint. Les femmes sont donc plus vulnérables aux licenciements.

Dans un premier temps, notre mission consiste bien sûr à aider ces femmes, à remédier aux conséquences des restructurations et des plans sociaux. Je pense à leur reconversion dans des secteurs en pénurie de main d'¿uvre qualifiée.

L'action menée sur le terrain par le réseau déconcentré des déléguées aux droits des femmes et à l'égalité consiste à travailler avec les acteurs locaux à la formation de femmes demandeuses d'emplois, dans les secteurs connaissant des difficultés de recrutement. C'est le cas, par exemple, en Haute-Saône pour l'emploi des femmes dans l'industrie.

Mais je crois, et ce n'est pas Monsieur Aubert, le chef de la Mission interministérielle sur les mutations économiques (MIME), qui me contredira, que le maître mot réside dans l'anticipation.

De même que la MIME travaille à la prévision des mutations économiques, nous travaillons, en nous appuyant sur ces prévisions, à orienter les jeunes filles vers les secteurs porteurs d'emplois.

C'est un moyen de préparer les femmes aux mutations économiques autant qu'une clé de l'égalité et de l'insertion professionnelles.

Cette orientation implique un travail en amont, au niveau de la formation initiale. Les filles sont encore peu nombreuses à s'engager dans les formations scientifiques et techniques, particulièrement dans l'enseignement supérieur.

Bien qu'elles obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons, elles demeurent sous-représentées dans les filières sélectives, telles que les classes préparatoires aux grandes écoles, les instituts universitaires de technologie ou les écoles d'ingénieurs.

Le taux de féminisation de l'ensemble de ces écoles atteint au plus 25 % actuellement.

16 % seulement des ingénieurs en activité sont des femmes.

Le Ministère chargé de la Parité mène depuis de nombreuses années un travail partenarial, avec l'Education nationale notamment, afin d'ouvrir le champ des possibles aux jeunes filles et de les amener à diversifier leur choix d'orientation.

Nous organisons chaque année le Prix de la vocation scientifique et technique des filles, qui récompense 600 bachelières s'orientant vers des filières scientifiques et techniques de l'enseignement supérieur où les filles sont peu nombreuses.

L'objectif est de les encourager à réaliser leur projet de devenir ingénieur informatique ou technicienne en électronique, par exemple.

Ces actions vont être renforcées. Le Ministère de l'Education nationale s'est engagé, dans le cadre de la loi d'orientation sur l'avenir de l'école, à augmenter de 20 % la place des filles dans les filières scientifiques de l'enseignement général et technologique d'ici 2010.

Il est également indispensable que les branches professionnelles liées aux secteurs scientifique et technique communiquent davantage en direction des jeunes filles pour que celles-ci prennent conscience qu'elles y ont toute leur place et qu'elles y sont attendues.

L'UIMM a organisé le 11 mai dernier une première rencontre, intitulé " INDUSTRIELLES " (deux " l " e s), qui avait pour but de donner envie aux 12 000 jeunes filles et femmes conviées, de venir travailler dans l'industrie. Je me félicite de cette initiative et je souhaite que d'autres branches de l'économie lui emboîtent le pas.

L'anticipation doit venir aussi de l'entreprise elle-même à travers la formation continue de ces personnels.

La rapidité des évolutions technologiques oblige désormais chaque salarié à actualiser en permanence sa formation ou à en suivre une nouvelle pour s'adapter aux mutations économiques.

La formation continue tout au long de la vie est un facteur d'employabilité crucial et tous, femmes comme hommes, doivent désormais pouvoir en bénéficier.

Or les femmes accèdent encore moins souvent que les hommes à la formation continue.

C'est pourquoi le projet de loi pour l'égalité salariale entre les femmes et les hommes, que j'aurai à c¿ur de défendre prochainement au Sénat, intègre l'objectif de la parité à tous les éléments clés de la politique de formation professionnelle, dont la compétence appartient désormais aux régions.

La formation ne suffit pas cependant pour accéder aux postes de responsabilité. Des disparités flagrantes persistent entre les trajectoires professionnelles des femmes et des hommes.

Les femmes occupent 25 % seulement des emplois de cadres ou de chefs d'entreprise dans le secteur privé. C'est regrettable pour notre économie. J'ai eu l'occasion de remettre le 8 juin dernier à 5 jeunes femmes le prix Excellentia qui récompense des femmes ingénieurs dans les domaines des nouvelles technologies. Les découvertes que ces jeunes femmes ont faites, les équipes qu'elles dirigent et les entreprises qu'elles ont créées ont un impact direct et fort sur l'activité économique et sur l'emploi.

Nous avons donc pris plusieurs initiatives pour remédier à ces discriminations.

J'en donne deux exemples :

- Le projet de loi pour l'égalité salariale prescrit à horizon de cinq ans une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les conseils d'administration des entreprises publiques.

- Un " label égalité " a été créé en 2004 pour valoriser tout organisme ayant mis en ¿uvre des actions exemplaires en matière d'égalité professionnelle. Nous allons en faire la promotion.

Mais l'enjeu de l'égalité professionnelle ne s'arrête pas là : les femmes doivent également pouvoir être à l'origine de mutations économiques.

Or le taux d'entrepreneuriat féminin en France demeure nettement insuffisant. Il oscille, depuis plusieurs années, entre 27 et 30 %, sans jamais dépasser ce seuil.

Pour le remonter, Nicole Ameline a développé des partenariats avec l'ensemble des professionnels qui interviennent dans les dispositifs d'aide à la création et à la reprise d'entreprises.

La Charte nationale de l'égalité entre les hommes et les femmes contient un nombre important d'engagements de partenaires ministériels pour développer la création et la reprise d'entreprises par les femmes.

Ces engagements visent notamment à mieux accompagner les femmes en matière d'aide juridique, financière et fiscale et à améliorer leur accès aux financements, notamment bancaires.

Nous avons signé un protocole d'accord avec l'Assemblée Permanente des Chambres des métiers qui prévoit de doubler le nombre de femmes chefs d'entreprises dans les trois ans à venir.

La réforme récente des règles de gestion du Fonds de garantie à l'initiative des femmes a plus que doublé en un an le nombre de dossiers de garantie conclus et donc les soutiens aux initiatives lancées par des femmes.

Toutes ces initiatives commencent à porter leurs fruits. A titre d'exemple, la région Auvergne a un taux d'entrepreneuriat féminin de près de 40 % et le Limousin avoisine les 36 %.

Au-delà de ces dispositifs ciblés, la promotion de l'égalité professionnelle fait appel aux mêmes leviers d'actions que la gestion des mutations économiques.

- Le premier levier est le renforcement du dialogue social et la responsabilisation des entreprises.

De profonds changements sont en cours dans ce domaine. La conclusion à l'unanimité de l'accord national interprofessionnel sur la mixité et l'égalité professionnelle le 1er mars 2004 a montré la volonté du monde de l'entreprise d'intégrer l'égalité entre les femmes et les hommes dans sa stratégie managériale.

Les partenaires sociaux se sont engagés à mener une véritable politique de mixité des emplois en permettant aux femmes d'avoir les mêmes parcours professionnels que les hommes, les mêmes possibilités de carrière, de formation et d'accès aux postes de responsabilité.

Cet accord a eu pour effet immédiat de relancer le processus de signature d'accords sur l'égalité professionnelle.

- Le second levier réside dans la mise en place de dispositifs de sécurisation juridique qui garantissent aux femmes l'égalité à laquelle elles ont droit.

Je ne reprendrai pas tous les apports des différentes lois qui ont été adoptées en matière d'égalité professionnelle. Je m'en tiendrai à l'actualité avec le projet de loi pour l'égalité salariale.

Ce projet prévoit la suppression des écarts de rémunération d'ici cinq ans, en recourant au dialogue social.

Des négociations collectives devront s'engager au niveau des branches et des entreprises, à partir de diagnostics établis sur la base d'indicateurs précis.

Des sanctions seront prises par la suite si les objectifs ne sont pas atteints.

Les inégalités salariales résultent de différences dans les trajectoires professionnelles des femmes et des hommes.

C'est pourquoi le projet de loi contient également des mesures visant à neutraliser les incidences de la maternité sur la carrière des femmes, en termes de rémunération et de promotion.

Ce texte vous apportera, Mesdames, une plus grande justice dans votre parcours professionnel.

Une égalité instaurée ou mieux assurée dans tous les domaines, c'est l'assurance pour les femmes d'apporter toute leur part aux mutations économiques en cours.

L'égalité professionnelle n'est donc pas seulement une préoccupation des femmes, ni des seuls politiques. C'est désormais celle de la société toute entière. Cette égalité, elle profitera à tous. C'est tous ensemble, et à égalité, que nous réussirons. C'est la leçon la plus positive des mutations économiques en cours.


(Source http://www.femmes-egalite.gouv.fr, le 7 juillet 2005)

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