Déclaration de Mme Nelly Olin, ministre de l'écologie et du développement durable, sur le développement de modes de transports respectueux de l'environnement, notamment les transports combinés, ferroutage et merroutage, Paris le 29 juin 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nelly Olin, ministre de l'écologie et du développement durable, sur le développement de modes de transports respectueux de l'environnement, notamment les transports combinés, ferroutage et merroutage, Paris le 29 juin 2005.

Personnalité, fonction : OLIN Nelly.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

Circonstances : Clôture du colloque " Villes / Transport ferroviaire ", à Paris le 29 juin 2005

ti : Mesdames, Messieurs,


Vous m'avez invitée à venir clore les travaux du colloque consacré aux " Villes et au transport ferroviaire ". Je vous en suis reconnaissante à deux titres.

D'abord, car vous manifestez ainsi la place que vous donnez à l'écologie dans les choix relatifs aux transports. Ensuite parce que vous me donnez là l'occasion d'évoquer plus largement la thématique des transports et la manière dont je compte aborder ce sujet dans mes fonctions.

Merci donc à l'Association des Maires des Grandes Villes de France, au Groupement des Autorités Responsables de Transport et à la SNCF.

Vos travaux qui s'achèvent vous ont permis d'évoquer les choix auxquels vous êtes confrontés, que ce soit en tant que décideur ou en tant qu'opérateur, et les solutions que vous avez imaginées pour répondre aux attentes des Français.

Ce colloque témoigne d'une préoccupation commune à toutes les agglomérations de grande taille et de leurs banlieues, dont les communes adhérentes de l'Association des Maires des Grandes Villes de France. C'est une problématique que je reconnais bien puisque je suis élue de Garges-lès-Gonesse.

Vous avez conclu aux bienfaits du transport ferroviaire en ville. Alors : pourquoi cette aspiration à développer ce mode de transport ? Chacun peut constater combien le développement de la voiture s'accompagne de nuisances qui sont de mieux en mieux connues : l'effet de serre, la pollution locale - avec les impacts sanitaires qui en découlent -, et le bruit.

D'autres nuisances sont moins immédiatement perceptibles, mais toutes aussi réelles : la fragmentation des écosystèmes, l'impact des infrastructures sur les écoulements hydrauliques, la qualité des eaux en sont quelques exemples.

Pour réduire ou supprimer ces nuisances, il sera nécessaire de réadapter l'organisation de la ville à ce mode de transport.

Et je choisis le terme " ré-adapter " à dessein : car n'oublions pas qu'au 19e siècle la ville était organisée autour des infrastructures ferroviaires, et que c'est seulement au cours du siècle passé que la voiture a progressivement façonné les paysages urbains.

Face à ces excès du passé, qui affectent d'ailleurs lourdement les automobilistes eux-mêmes pris dans les encombrements, les transports multimodaux répondent - en partie - au problème des nuisances. Mais ceci n'est vrai que lorsqu'ils sont largement utilisés.

Et nous ne devons pas perdre de vue que c'est l'utilisateur au final qui choisit sa stratégie de transport.

Cet usager, comme nous le serions tous, est réticent à devoir trop souvent changer de mode de transport ou de véhicule en cours de trajet, et est sensible aux inconvénients de son mode de transports.

Les collectivités doivent donc offrir des solutions qui seront à la fois respectueuses de l'environnement mais en même temps attractives pour les citoyens.

Autrement dit, il ne suffit pas d'investir dans une ligne de transport urbain comme on l'a longtemps cru, encore faut-il qu'elle ait été mûrement réfléchie et qu'elle corresponde au besoin.

Pour atteindre cet objectif, la mobilité ne doit pas seulement être accommodée au mieux après-coup, elle doit être intégrée dès l'amont au travers des documents d'urbanisme ou plus généralement par l'ensemble des documents de programmation des infrastructures ou des directives territoriales d'aménagement.

Face aux problèmes, il est nécessaire de recentrer le développement des villes autour des pôles urbains et des principaux axes de transports collectifs. Cela suppose notamment de mettre à niveau l'offre de transports collectifs métropolitains et également une intervention publique judicieuse en matière foncière pour inciter au renouvellement urbain.

Comme la mise en place de ces services de transports pertinents et adaptés aux besoins locaux suppose une excellente connaissance du terrain, il était logique de procéder à une décentralisation de la gestion des services de transport urbain. La décentralisation est en cours, même si elle accouche souvent dans la douleur. Il ne nous faut pas nous arrêter aux premières difficultés, inévitables, mais au contraire poursuivre le dialogue entre l'État et les collectivités locales.

Les transports urbains passent bien sûr aussi par les autres modes de transport, y compris la marche à pied, le vélo, et j'y inclus aussi un usage plus écologique de la voiture, avec notamment le covoiturage. Mais là encore, les solutions doivent être imaginées et expérimentées avec les citoyens et au niveau local.

C'est pourquoi je vous donne rendez-vous à tous lors de la Semaine de la Mobilité du 16 au 22 septembre 2005, dont le slogan est " Bougez Autrement ". Je sais que je peux compter sur votre créativité et votre enthousiasme pour faire de cette manifestation un succès.

Finalement, l'approche retenue pour les transports urbains ne s'applique-t-elle pas plus largement à toute la stratégie de transports en France ?

Toutes ces questions qui se posent dans le domaine urbain se posent aussi, à une autre échelle, pour les transports en France.

Là encore, il ne nous faudra pas perdre de vue que c'est bien l'utilisateur qui aura le dernier mot dans le choix de son mode de transport. Nous ne devons pas là non plus croire qu'un investissement suffira à lui seul s'il n'a pas été réfléchi.

Et il nous faudra veiller avant tout à identifier les blocages au développement des modes de transport les plus respectueux de notre environnement.

Je voudrais vous livrer les premières réflexions que m'inspirent les dossiers de transport que j'ai à connaître dans le cadre de mes nouvelles fonctions.

Ce qui me frappe, c'est que cela fait longtemps qu'un ministre en charge de l'environnement parle de transports alternatifs à la route.

Et pourtant nous constatons que ces modes de transports, que chacun appelle de ses voeux, ne se développent encore que trop lentement et que la part de marché de la route augmente sans cesse, au détriment de notre environnement et contre les aspirations de nos concitoyens.

Et la question que je me pose est Pourquoi ?

Est-ce uniquement une question d'investissements ? Je ne le pense pas.

Certes les investissements sont nécessaires et le Gouvernement entend bien poursuivre l'étude et la mise en place des projets ambitieux, pour disposer demain d'infrastructures cohérentes avec les attentes de nos concitoyens. Je pense ici, par exemple, à la future liaison ferroviaire Lyon - Turin qui apportera une capacité supplémentaire de transport par voie ferroviaire à travers les Alpes.

Ces investissements ne pourront être faits que sur le long terme. D'autres investissements, moins coûteux, sont susceptibles d'être réalisés à un horizon plus proche. Ainsi le reprofilage du tunnel du Montcenis permettra-t-il d'accueillir des camions de taille standard en transport ferroviaire.

Mais au-delà des investissements, nous devons aussi analyser les blocages qui existent aujourd'hui, et ne pas conditionner tous les progrès en matière de transport à des investissements situés loin dans l'avenir.

Ma volonté et mon sentiment, c'est qu'il faut faire avancer les investissements.

Pour citer deux exemples : si les autoroutes ferroviaires qui franchissent des montagnes nécessitent des ouvrages d'art très coûteux, les autoroutes ferroviaires en plaine sont beaucoup plus faciles à mettre en oeuvre. Deuxième exemple, l'actualité de ces derniers mois et la ligne de merroutage entre la France et l'Italie montrent que les acteurs du transport peuvent monter ensemble des projets de ce type.

Alors, quel sera le rôle du Gouvernement ? Pour moi, la responsabilité de l'État est de créer un environnement favorable au transfert modal, d'écouter les acteurs des transports qui nous diront les progrès qui sont à faire, et de mettre en place les dispositifs d'aide lorsque ceux-ci sont nécessaires.

Toutes ces mesures, concernent bien sûr deux ministères : le ministère de l'écologie et le ministère des transports. Je travaillerai dans un esprit de coopération ouverte avec Dominique PERBEN, pour qu'ensemble nous puissions développer les modes de transport fluvial, maritime et ferroviaire, en analysant au préalable les besoins précis des usagers des transports.

C'est la méthode que je me propose d'adopter.

Un mot encore sur l'ensemble de la filière transports. Si l'État a une responsabilité, les autres acteurs en ont une également et il ne faut pas la passer sous silence.

Je m'adresserai en particulier à la SNCF puisqu'elle organise la manifestation de ce jour : la préservation de notre environnement dépend aussi de la qualité de l'offre que vous pourrez faire aux chargeurs. Aussi je me réjouis de la mise en place du Plan Fret par la SNCF, je suis comme vous consciente de l'importance du fret dans notre réseau de transport, et je souhaite que le Plan Fret soit couronné de succès et que les clients de votre société en soient satisfaits.

Il est temps maintenant de clore ce Colloque, et de souhaiter qu'il ait apporté des informations utiles à chacun. J'espère également qu'il vous aura conduit à mieux appréhender vos choix personnels de transports... et qu'un grand nombre d'entre vous auront conclu que le meilleur moyen de rentrer chez vous ce soir est le rail !


Je vous remercie.


(Source http://www.ecologie.gouv.fr, le 4 juillet 2005)

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