Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Libération" du 19 juillet 2005, sur ses déclarations concernant le président de la République et les institutions, la préparation des élections présidentielles de 2007, les attentats islamistes à Londres, la politique de l'immigration et la lutte contre la délinquance dans les quartiers. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Libération" du 19 juillet 2005, sur ses déclarations concernant le président de la République et les institutions, la préparation des élections présidentielles de 2007, les attentats islamistes à Londres, la politique de l'immigration et la lutte contre la délinquance dans les quartiers.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'État, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : QUESTION : À force de critiquer voire de moquer Jacques Chirac, ne contribuez-vous pas à dévaluer la fonction présidentielle à laquelle vous aspirez ? C'est ce que vous reproche Jean-Louis Debré.

Nicolas SARKOZY : Je ne crois pas que la volonté de lucidité, le parler-vrai, et la liberté de ton soient des défauts. Je vois bien que le climat est tendu et que les observateurs montent en épingle la moindre déclaration. Un petit nombre de personnes dans la majorité veulent faire se fâcher les montagnes, et envenimer les choses. Cela ne me détournera pas de mon chemin. Je suis serein et déterminé. Il n'y a pas de crise. Il n'y a pas de crise des institutions parce que le président de la République est élu jusqu'en 2007 et qu'il avait indiqué, à juste raison, que quel que soit le résultat du référendum, il resterait jusqu'à la fin de son mandat. Et il n'y a pas de crise dans la majorité parce que j'ai fait le choix, au lendemain du 29 mai, d'être garant de notre unité. Si j'étais resté en dehors du gouvernement, l'opposition entre l'UMP et le gouvernement aurait été l'affaire de quelques jours. Avec Dominique de Villepin, nous travaillons main dans la main. Chacun met de l'eau dans son vin. Quant à Jacques Chirac, j'ai toujours respecté sa personne et sa fonction et je continuerai de l'aider pour que le bilan de son quinquennat soit le plus positif possible.


QUESTION : Mais l'affaiblissement de la fonction du chef de l'Etat n'impose-t-il pas de la réformer pour le rendre plus responsable?

Nicolas SARKOZY : Je pense le contraire. Jamais le Président n'a été aussi responsable à ses yeux comme à ceux de l'opinion publique. Les Français savent très bien que c'est lui le patron, l'inspirateur. Il ne faut pas confondre l'approbation de l'opinion qui est fonction de critères circonstanciels et la force de l'institution. Par ailleurs la réponse à la crise de la politique n'est pas institutionnelle. C'est un débat d'idées beaucoup plus fort et plus libre dont nous avons besoin en France. J'essaye de le faire avec l'UMP pendant qu'au PS, c'est l'encéphalogramme plat ! François Hollande, c'est l'Hibernatus de la politique: je ne dis rien, je ne pense rien, je ne propose rien !


QUESTION : Vous avez dit: "Villepin, c'est Chirac". Un mois et demi après sa nomination, le Premier ministre a-t-il pris la mesure de sa tâche ?

Nicolas SARKOZY : Le Premier ministre tient sa légitimité du Président de la République, c'est une évidence. Il a pris la mesure de sa fonction et l'exerce dans les meilleures conditions. Le débat sur le rythme du changement, lui, remonte à 2002. A l'époque, je disais qu'il fallait aller plus vite, plus loin, plus fort. Je n'ai pas changé d'avis et j'ai la conviction même que 2007 ne se traduira pas par un désir d'alternance mais par une volonté de rupture.


QUESTION : Le "plan d'urgence" pour l'emploi ne suffira donc pas ?

Nicolas SARKOZY : Ce plan est utile et portera ses fruits. Le Premier ministre a été au bout des marges de manoeuvre qui sont les siennes. Au-delà, le "modèle social français" n'est plus une question taboue. A la rentrée, je ferai des propositions pour l'améliorer afin qu'enfin l'objectif du plein emploi soit possible. J'en ferai aussi pour réformer l'ISF dont certaines modalités constituent un obstacle à la compétitivité de notre pays même si le principe d'un impôt sur la fortune est juste. Je récuse l'idée qu'un mot ne pourrait être prononcé, qu'une idée ne pourrait être défendue. Je le répète: il n'y a pas de sujet tabou.


QUESTION : Est-ce toujours un handicap que le Premier ministre n'ait jamais été élu ?

Nicolas SARKOZY : Il n'existe rien de rédhibitoire dans la vie. L'UMP n'est pas au service de son président. Sa chance c'est de compter de nombreux talents. Je ne peux pas être pour la concurrence quand il s'agit des autres et contre lorsqu'elle me concerne.


QUESTION : Dominique de Villepin peut donc être un "concurrent" pour 2007 ?

Nicolas SARKOZY : Il n'y a pas de candidat autoproclamé, unique et obligatoire. Représenter sa famille politique se mérite par un travail de tous les instants. J'ai fixé un calendrier, je m'y tiendrais, et je ferais voter les militants.


QUESTION : On peut aussi se présenter hors des partis ?

Nicolas SARKOZY : Bien sûr, mais s'il y plusieurs candidats, il serait incompréhensible que notre famille politique ne choisisse pas.


QUESTION : Vous avez aussi justifié votre retour place Beauvau par votre souci de vous protéger de certaines "officines". Vous en voulez toujours à Dominique de Villepin et au directeur de la DST, Pierre Bousquet de Florian, à propos de l'affaire Clearstream?

Nicolas SARKOZY : Nous nous sommes expliqués. Je ne vais pas m'exprimer sur une affaire qui est dans les mains de la justice comme je l'avais demandé. J'ai d'autant moins de commentaires à faire que chacun aujourd'hui est bien persuadé que dans cette histoire, je suis une victime. La vie politique est encombrée par des officines depuis bien longtemps. J'ai l'intention d'y mettre de l'ordre. Quant au patron de la DST il a ma confiance. Elle sera bien nécessaire dans la période de danger que traverse la France avec l'ensemble des démocraties.


QUESTION : Quelles leçons tirez-vous des attentats de Londres ?

Nicolas SARKOZY : Il faut faire évoluer notre stratégie après la découverte de la présence de jeunes kamikazes en Europe. Nous devons être beaucoup plus sévères à l'endroit de ceux qui les embrigadent. Je vais relancer les procédures de déchéance de nationalité à l'égard des imams français qui tiennent des discours violents et intégristes, expulser systématiquement ceux qui ne respectent pas nos valeurs et ne sont pas français, et renforcer la vigilance sur les lieux de culte où des habitudes extrêmistes ont été ancrées. Nous devons aussi être attentifs à ce qui se passe dans les prisons qui sont devenues des lieux de formation et de recrutement. Ce sera tolérance zéro ! Mais tout ceci n'est possible que si on fait un effort d'intégration. C'est une question centrale pour l'avenir de notre pays.


QUESTION : Dominique de Villepin rejette les quotas d'immigrés que vous souhaitez...

Nicolas SARKOZY : Je ne suis pas un fanatique des quotas, mais s'y opposer par principe, c'est parfois s'interdire de débloquer une situation et de réparer une injustice. D'ailleurs, il en existe déjà. Qu'est-ce que c'est la parité si ce n'est un quota ? Et dans la fonction publique, on doit embaucher 6% de travailleurs handicapés. C'est un quota. En matière d'immigration nous allons fixer des objectifs quantifiés, chaque année, devant le Parlement. Et ce qui est sûr c'est que nous ne pouvons plus tolérer les détournements systématiques de procédure en matière de regroupement familial, d'aide médicale d'urgence ou de mariages blancs.


QUESTION : Mais vous tolérez la surpopulation dans les centres de rétention¿

Nicolas SARKOZY : Si les centres sont surchargés, c'est parce que les procédures d'expulsion sont trop longues et qu'elles ne sont pas assez exécutées. Il faut donc expulser plus rapidement. Le ministre espagnol socialiste de l'Intérieur souhaite des vols européens groupés de retour d'étrangers en situation irrégulière. Les ministres socialistes allemand et anglais sont d'accord. Nous allons donc organiser ces retours groupés. Et tant pis si ça pose un problème à une petite élite française...


QUESTION : Charters, expulsions, déchéances de nationalité, vous enclenchez la "lepénisation" de l'UMP ?

Nicolas SARKOZY : C'est faux et c'est insultant. Y-a-t-il un mot de ma part sur l'immigration qui soit anti-républicain ? Avez-vous entendu Le Pen demander des quotas d'immigrés ? Je me fait attaquer par l'extrême droite à propos du CFCM, de la suppression de la double peine ou de la "discrimination positive", et en même temps, on m'accuse de me lepéniser...On devrait plutôt se satisfaire qu'enfin le débat sur l'immigration puisse se dérouler sans exclusive et sans excès.


QUESTION : Résultat, vous voilà très populaire dans l'électorat FN...

Nicolas SARKOZY : Et alors ? Ces électeurs étaient républicains avant de basculer au FN. Doit-on les déchoir de leur droit de vote ? Alors ajoutons ceux qui ont voté une fois pour le PC, pour l'extrême gauche, qui ont soutenu Pol Pot ou Mao. J'essaye de ramener dans le giron républicain ceux qui ont voté FN mais je ne raisonne pas en termes de parts de marché électorales. Il n'y a plus de fidélité immuable des électeurs à un camp ou à l'autre. Mais il n'y a plus non plus de territoire interdit. Il n'y a que des électeurs qui attendent des politiques qu'ils agissent avec vigueur pour changer leur quotidien.


QUESTION : Mais depuis votre premier passage à l'Intérieur, rien n'a changé dans les quartiers difficiles comme celui de La Courneuve où vous vous êtes rendu ?

Nicolas SARKOZY : Au moins les habitants de la Courneuve me savent-ils gré d'essayer de m'occuper d'eux. Mais on ne peut pas régler en trois ans tout ce qui a été délaissé pendant trente ans. De ce point de vue, le grand nombre de voitures incendiées la nuit du 14 juillet montre qu'il reste un énorme travail à faire pour éradiquer ce "sport national". Je ne baisserai pas les bras. Nous finirons par obtenir des résultats. Il le faut pour la République et pour ceux qui vivent dans ces quartiers.


QUESTION : Vous dénonciez déjà l'inefficacité du gouvernement Jospin en la matière. Vous êtes au pouvoir depuis trois ans, pourquoi avez-vous échoué à votre tour ?

Nicolas SARKOZY : Depuis 2002, la délinquance a diminué de 12,5%. 300 000 délits en moins chaque année ! Sur les cinq ans de gouvernement Jospin, elle n'avait cessé d'augmenter. Il est vrai que lutter contre les violences urbaines est compliqué parce que la répression ne suffit pas. C'est pourquoi je présenterai un projet de loi sur la prévention cet automne. On peut peut-être nous reprocher de ne pas aller assez vite, mais on ne peut pas dire qu'on a échoué. Car les résultats obtenus marquent spectaculairement la rupture avec "la démission" du PS sur ce sujet.

(Source http://www.u-m-p.org, le 20 juillet 2005)

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