Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, dans "Lutte ouvrière" les 1er, 8 et 15 juillet 2005, sur le nouveau "contrat d'embauche", sur le climat social à la veille des vacances, sur la commémoration des 10 ans du massacre des "Musulmans" de l'enclave de Srebrenica par les Serbes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Editoriaux de Mme Arlette Laguiller, porte-parole de LO, dans "Lutte ouvrière" les 1er, 8 et 15 juillet 2005, sur le nouveau "contrat d'embauche", sur le climat social à la veille des vacances, sur la commémoration des 10 ans du massacre des "Musulmans" de l'enclave de Srebrenica par les Serbes.

Personnalité, fonction : LAGUILLER Arlette.

FRANCE. Lutte ouvrière, porte-parole

ti : 1er juillet 2005

Aux salariés de montrer "leurs impératifs" !


Quinze jours après que de Villepin a présenté aux députés le programme de son gouvernement, son "contrat nouvelle embauche", avec sa "période d'essai" de deux ans qui permettra aux employeurs de licencier un salarié sans avoir d'explication à donner et sans indemnité, ou avec une indemnité infime, apparaît de plus en plus clairement pour ce qu'il est, c'est-à-dire une nouvelle remise en cause de la législation du travail.

Ce contrat ne devait toucher, avait-il dit alors, que les "très petites entreprises", n'employant que dix salariés ou moins. Vendredi 24 juin, le même de Villepin, sous prétexte que "la définition des très petites entreprises en Europe est de l'ordre de 20 salariés", n'excluait pas qu'il pourrait en être de même en France. "Il faut prendre en compte les impératifs de l'entrepreneur", a-t-il dit, en affirmant sans rire, à propos des salariés: "Il y aura un accompagnement personnalisé, c'est bien l'essentiel".

Deux jours plus tard, son ministre de l'Économie, Thierry Breton, envisageait la possibilité, "si le contrat nouvelle embauche fonctionne, et je suis sûr qu'il va fonctionner", de faire disparaître ultérieurement les CDI et les CDD pour les remplacer par un nouveau type de contrat, "plus moderne". Dans la bouche d'un ministre au service de la bourgeoisie, cela signifie: beaucoup moins contraignant pour les patrons, sans créer un seul emploi de plus.

Et le "contrat nouvelle embauche" va "fonctionner", en ce sens qu'il ne va évidemment pas manquer d'employeurs pour y recourir. Pas seulement parmi les "très petites entreprises" qui existent aujourd'hui... mais aussi avec toutes celles qui vont être créées pour mettre à profit cette escroquerie si intéressante pour le patronat. La sous-traitance, l'externalisation, la filialisation, l'éclatement des grandes entreprises en une multitude de sociétés plus petites, sont des pratiques déjà si largement répandues qu'on peut prédire sans se tromper que l'on va voir fleurir les "très petites entreprises".

En fait, à petits pas (parce qu'il "ne s'agit pas de heurter", comme dit le ministre de l'Économie), le gouvernement s'emploie à réaliser le rêve du Medef: donner aux patrons la possibilité de débaucher qui ils veulent, comme ils veulent et quand ils veulent.

Cette "modernisation" de l'économie qu'ils mettent en avant, c'est un retour en arrière, vers l'époque où un patron pouvait choisir parmi les demandeurs d'emploi qui se pressaient sur la place publique celui ou ceux qu'il embaucherait pour la journée ou pour une heure !

Et ce n'est pas parce que les patrons et les politiciens à leur service seraient devenus plus humains avec le temps que les choses avaient changé. C'est parce que la classe ouvrière, par ses luttes, a contraint les possédants à renoncer à de telles pratiques.

Alors, il ne faut pas se faire d'illusions. Ce n'est pas simplement en manifestant notre mécontentement dans tel ou tel scrutin que nous pourrons mettre un coup d'arrêt à la régression sociale. D'autant qu'à chaque fois que les partis de gauche ont été au gouvernement (et ils l'ont été quinze ans au cours des vingt-cinq dernières années), ils ont mené une politique qui était dans la continuité de celle de leurs prédécesseurs.

Ce n'est qu'en montrant sa détermination et sa colère que le monde du travail pourra faire reculer le patronat et les gouvernants à son service. Cela demandera des efforts? Sans doute. Mais moins que ceux qu'on nous impose pour gagner de plus en plus mal notre vie.

Et puisque l'époque des vacances d'été s'ouvre, profitons-en pour reprendre des forces et du moral. Pas seulement pour supporter une nouvelle année d'exploitation. Mais pour nous préparer à la contre-offensive qui s'impose.

L'été sera peut-être brûlant. Mais il faudrait surtout que l'automne soit suffisamment chaud pour montrer aux possédants qu'ils ont eu tort de trop tabler sur la passivité des travailleurs.

(Source http://www.lutte-ouvriere.org, le 1er juillet 2005)


8 juillet 2005

La seule priorité pour les travailleurs : faire reculer le gouvernement et le patronat


De Villepin prétend avoir fait du problème de l'emploi la priorité de son gouvernement. Son ministre de la "Cohésion sociale", Borloo, qu'il trouve "extraordinaire" avait annoncé que ses "contrats d'avenir" permettraient la création de 100000 emplois d'ici la fin de l'année. D'après les propres services de son ministère, on en serait... à 500! Autant dire que les 500000 emplois qui devraient être créés dans les trois années à venir grâce aux "services à la personne" ont toutes les chances d'être aussi fantomatiques.

Ce qui sera bien réel, en revanche, c'est les cadeaux faits au patronat avec les "contrats nouvelle embauche", qui permettront pendant deux ans de licencier sans explication le nouvel embauché, et la suppression des charges sociales pour les salaires situés au niveau du Smic. Le gouvernement entend faire passer ces mesures par ordonnances cet été, saison propice aux mauvais coups de toute sorte.

L'hypocrisie du gouvernement est manifeste quand il parle de faire de l'emploi sa priorité. Jeudi dernier, Sarkozy, qui avait prétendu être favorable à un plan destiné à sauver les emplois menacés du personnel de l'usine Sediver de Saint-Yorre (près de Vichy) a par exemple envoyé ses CRS protéger l'arrêt des fours, afin de permettre aux nouveaux propriétaires de faire déménager en douceur les machines. La conséquence, ce sera 286 chômeurs de plus. Et ce n'est pas la première fois que la police intervient de cette manière.

Au programme de cet été, il y a aussi une série d'augmentations des tarifs des services publics. À commencer par celle du gaz, d'autant plus scandaleuse que la toute prochaine privatisation de Gaz de France s'accompagne d'une campagne publicitaire étalant la bonne santé économique de l'entreprise.

Mais bien évidemment, entre les bénéfices des futurs actionnaires et les difficultés que l'augmentation du gaz va entraîner pour des millions de gens qui ont déjà bien du mal à joindre les deux bouts, le gouvernement a choisi les premiers.

Pendant ce temps-là, Chirac a décidé de faire le voyage de Singapour pour défendre la candidature de Paris pour les Jeux olympiques de 2012. C'est que les Jeux, c'est aussi une affaire de gros sous, et que Chirac se veut le premier commis voyageur du patronat français. Mais les commentateurs affirment aussi, derrière ce représentant du grand patronat qu'est Lagardère, que c'est "Paris qui a le plus besoin des jeux, tant sur le plan économique que sur le plan moral", manière élégante de dire que les Jeux à Paris permettraient peut-être de faire oublier à la population laborieuse ses difficultés.

Mais c'est le "moral" en ce qui concerne les luttes sociales qu'il nous faut retrouver, car le fait que les Jeux de 2012 aient lieu à Paris ou ailleurs ne changera rien au sort des travailleurs. Et c'est de toute manière bien avant qu'il leur faudra mettre un coup d'arrêt à l'offensive menée contre eux par le patronat, avec l'appui du gouvernement.

Les mois d'été ne sont certes pas les plus propices aux luttes revendicatives. Pour ceux qui sont au travail, ils sont souvent encore plus épuisants, surtout en cas de grosse chaleur. Pour les autres, c'est le moment de vacances, bien gagnées.

Eh bien, profitons de ces vacances pour récupérer, et pour nous préparer à mettre un coup d'arrêt à toutes les attaques contre les conditions de vie et de travail des classes populaires.

Ce n'est pas en faisant le dos rond, en tablant sur la seule négociation, en acceptant de petits (ou moins petits) reculs dans l'espoir d'en éviter de plus grands, comme le prétendent malheureusement beaucoup de dirigeants syndicaux, que l'on pourra arrêter la rapacité des possédants, mais par la crainte d'une explosion de la colère populaire.

La lutte des classes n'appartient pas au passé. La bourgeoisie la mène opiniâtrement contre les travailleurs. Aux travailleurs de la mener avec autant de détermination.


(Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 11 juillet 2005)


15 juillet 2005

Dix ans après Srebrenica, où la France et l'ONU ont eu aussi du sang sur les mains


Il y a dix ans, le 11 juillet 1995, les milices serbes de Bosnie occupaient l'enclave musulmane de Srebrenica, que l'ONU avait pourtant proclamée "zone de sécurité". Le détachement hollandais des forces de l'ONU, chargé de protéger les populations civiles, ne fit pas le moindre geste pour défendre ces populations. Pire même, il aida les miliciens serbes à faire le tri entre les hommes et les femmes. Ces dernières et les jeunes enfants furent déplacés de force. Tous les hommes catalogués comme "Musulmans", dont certains avaient tout juste seize ans, qui étaient tombés entre les mains des milices serbes, furent massacrés dans les trois jours qui suivirent. Et les forces de l'ONU, qui assistèrent l'arme au pied à ce "nettoyage ethnique" qui fit des milliers de morts, étaient commandées par le général français Janvier, commandant en chef des forces de l'ONU concernées, qui ne fit rien pour éviter ces tueries.

Aujourd'hui, personne n'ose nier cette passivité des forces de l'ONU. Mais quand il s'agit de dire pourquoi les choses se sont passées ainsi, les commentateurs sont bien en peine d'expliquer comment des troupes, dont le rôle était en principe de protéger les populations civiles, ont laissé commettre cette ignominie. Et pour cause! On évoque un manque de réactivité, le fait de ne pas avoir utilisé le "droit d'ingérence". Mais ce sont des mensonges, car la première chose à dire est que les troupes de l'ONU, représentantes des grandes puissances, n'étaient absolument pas là pour des raisons humanitaires.

La Fédération yougoslave, née au cours de la Seconde Guerre mondiale, avait été le cadre où pendant des décennies Serbes, Croates, Bosniaques, Slovènes, Macédoniens, Kosovars, etc. avaient coexisté sans problème. Elle commença à se désagréger après la mort de Tito, parce que chacun des dirigeants régionaux préférait être le numéro un chez lui, plutôt que subordonné à un pouvoir central, et que tous s'employaient à spéculer sur le nationalisme, à prêcher la haine des peuples voisins, pour parvenir à leurs fins. Les grandes puissances européennes, loin de prendre position pour le maintien de cette fédération, s'empressèrent de reconnaître les nouveaux États qui voyaient le jour. Elles y voyaient le moyen de placer leurs pions, de s'assurer des marchés à travers cette reconnaissance.

Mais l'éclatement de la Fédération yougoslave entre les différentes républiques qui la composaient ne pouvait pas être une solution, tant dans cette partie des Balkans les nationalités sont imbriquées. À partir du moment où la Slovénie, la Croatie avaient vu reconnaître leur indépendance, pourquoi les Serbes de Bosnie ou de Croatie ne pourraient-ils pas revendiquer leur propre État? D'autant que là aussi les aspirants au pouvoir ne manquaient pas.

Toute la région fut donc déchirée par de multiples conflits armés. Et si les grandes puissances commencèrent alors à s'émouvoir et à envisager d'intervenir, ce n'est certainement pas pour des raisons humanitaires, comme le drame de Srebrenica devait le montrer, c'est parce que ces guerres n'étaient pas bonnes pour les affaires, et que ces grandes puissances ne voulaient pas voir se multiplier des pouvoirs locaux incontrôlés et incontrôlables.

C'est pourquoi les larmes versées aujourd'hui par les grands de ce monde sur les morts de Srebrenica sont d'hypocrites larmes de crocodile. Que les grandes puissances agissent sous le couvert de l'ONU comme en Bosnie, au Kosovo ou au Rwanda, ou qu'elles le fassent en se passant de sa caution, comme les USA en Irak... ou la France en Côte-d'Ivoire, c'est toujours pour défendre les intérêts de leurs industriels et de leurs banquiers. La protection des populations n'est invoquée que comme justification à l'usage du bon peuple.

"L'humanitaire" et le capitalisme, cela ne se marie pas ensemble!


(Source http://www.lutte-ouvrière.org, le 18 juillet 2005)


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