Conférence de presse de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur les grandes lignes de la politique gouvernementale notamment la lutte contre le terrorisme, et les mesures en faveur de l'emploi, des entreprises et de la compétitivité, Paris le 27 juillet 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, sur les grandes lignes de la politique gouvernementale notamment la lutte contre le terrorisme, et les mesures en faveur de l'emploi, des entreprises et de la compétitivité, Paris le 27 juillet 2005.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Deuxième conférence de presse mesnsuelle du Premier ministre, M. Dominique de Villepin, le 27 juillet 2005 à l'Hôtel Matignon

ti : Mesdames et Messieurs,

Je tiens cette conférence de presse à un moment de particulière gravité. Face à la menace terroriste, nous devons faire preuve à la fois d'unité et de mobilisation :

D'abord, bien sûr, au niveau international : la coopération de tous les Etats, le respect de la règle de droit et notre détermination à apporter des solutions aux crises régionales sont les véritables clés de toute amélioration de la situation.

Ensuite au niveau européen : nous devons avancer au plan bilatéral comme dans le cadre du G5 ou de l'Union européenne. Lors de mon déplacement à Londres, j'ai fait des propositions concrètes à Tony Blair : nous avons décidé d'échanger les listes de djihadistes, c'est-à-dire l'ensemble de ceux qui passent par des camps d'entraînement, qu'il s'agisse de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Bosnie ou d'autres régions. Nous avons décidé également de mettre en commun nos mesures de protection des sites les plus vulnérables - et je pense tout particulièrement aux transports en commun - nous avons décidé de soutenir la conservation des données téléphoniques et d'étudier ensemble les moyens de lutter contre l'islamisme radical. Vous le savez, nous avons créé en France, dans chacune de nos régions, des pôles de lutte contre l'islamisme radical, et nous voulons cibler tout particulièrement notre action sur les plus jeunes, qui sont souvent la première cible justement de cette mouvance radicale qui cherche à les attirer dans son giron.

A l'échelle nationale, les réunions interministérielles que j'ai tenues le 7 et le 25 juillet et le Conseil de Sécurité Intérieure, le CSI, qui a été tenu hier par le Président de la République, ont permis de dégager un certain nombre de priorités concernant la vidéosurveillance enregistrée, la définition de listes de passagers à risque, la surveillance du réseau Internet et la conservation des données téléphoniques.

J'ai demandé au ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, de mettre ces dispositions à l'étude en vue de l'adoption d'un projet de loi sur la lutte contre le terrorisme à la rentrée prochaine.

Je veux vous dire dans quel esprit je conçois ce projet de loi :

Il ne s'agit en aucun cas, pour nous, de remettre en cause les principes fondamentaux de notre Etat de droit. Aucune autorisation de tirer par exemple ne sera donnée aux forces de l'ordre en dehors des cas déjà prévus par la légitime défense.

En revanche, nous devons mettre en ¿uvre toutes les mesures de sécurité et de vigilance qui s'imposent, dans le respect de nos valeurs démocratiques et dans le souci du plus large consensus possible dans notre pays.

Je voudrais maintenant vous rappeler les grandes orientations qui ont été prises par le Gouvernement depuis deux mois. Soixante jours déjà. Nous avons une stratégie : mettre l'emploi au c¿ur de notre politique économique, avec trois grandes priorités :

La première priorité : favoriser l'embauche dans les très petites entreprises grâce au contrat nouvelles embauches. Les engagements qui ont été pris seront tenus : notre plan d'urgence pour l'emploi sera opérationnel au 1er septembre. Je veux rappeler que ce contrat est un vrai contrat à durée indéterminée, avec une vraie rémunération, qu'il s'adresse uniquement aux entreprises de moins de vingt personnes et qu'il accorde au salarié des garanties dont il ne pouvait pas bénéficier avant : accompagnement personnalisé, couverture chômage renforcée grâce à une allocation de l'Etat, versement d'une indemnité à la fin du contrat en fonction des salaires versés. Il y a donc d'un côté la consolidation de l'emploi, pour le plus grand intérêt de l'employeur, de l'autre côté, la consolidation du droit des salariés à mesure du temps passé dans l'entreprise.

La deuxième priorité, c'est de développer l'accompagnement personnalisé des demandeurs d'emploi grâce au rapprochement entre l'ANPE et l'UNEDIC, grâce aussi au guichet unique. Nous voulons que chaque demandeur d'emploi puisse profiter d'un guichet unique, que chaque demandeur d'emploi puisse avoir un dossier informatique unique.

Mon objectif est de parvenir très vite à la création d'un véritable service public POUR l'emploi avec des exigences de résultat, et je ne prends pas les mots au hasard : Service public pour l'emploi, conception dynamique, ambitieuse, avec exigence de résultat. Pour des services publics, il s'agit bien de répondre à la demande des demandeurs d'emploi.

Chaque demandeur d'emploi doit pouvoir être pris en charge personnellement afin de pouvoir mieux prendre en compte son expérience professionnelle, sa formation, sa propre disponibilité à aller vers l'emploi. Des mesures en faveur de la mobilité géographique seront prévues dans le projet de loi de finances pour 2006. Cet accompagnement doit se traduire concrètement par un suivi très régulier des dossiers de chacun de ces demandeurs. Nous sommes actuellement dans des entretiens qui ont lieu à peu près tous les six mois. Nous voulons arriver à des entretiens mensuels, voire bimensuels, parce que c'est par cet accompagnement, par cette volonté mise de part et d'autre que nous arriverons à répondre aux besoins.

La troisième priorité, c'est promouvoir l'esprit de responsabilité de chacun - je dis bien de chacun.

L'Etat d'un côté, qui s'engage à assumer toutes ses responsabilités à l'égard des chômeurs.

Les demandeurs d'emploi, de l'autre, qui doivent rechercher activement un travail : c'est l'objet du décret sur le suivi de la recherche d'emploi, qui sera publié dans le courant du mois d'août. II prévoit des possibilités graduées de suspension ou de réduction des allocations par l'ANPE et par les ASSEDIC lorsque la recherche d'emploi n'est pas suffisamment active, notamment lorsque le demandeur d'emploi ne se présente pas à ses rendez-vous ou lorsqu'il refuse les offres de formation qui lui sont faites.

Il est important aussi de prévoir un système équilibré. Ces mesures pourront effectivement être appliquées, ce qui n'était pas le cas auparavant. Parce qu'elles ont été dictées par un esprit de justice, elles garantiront à chacun le maximum de chances de retrouver rapidement une activité.

Le Président de la République tiendra demain un Conseil restreint sur l'Emploi - c'est une première - qui permettra de faire régulièrement le point sur la situation dans ce domaine.

Deuxième choix, qui accompagne ce choix de l'emploi, c'est celui de la compétitivité, autour de trois axes.

Le premier axe, c'est le positionnement de notre économie sur les secteurs les plus performants et les plus innovants.

Sur certains de ces secteurs de haute technologie, nous avons des atouts, par exemple le nucléaire ou encore l'aéronautique, mais il faut les préserver. Mais sur d'autres secteurs, nous avons un retard qu'il est impératif de combler. Faute de politique industrielle, nous n'avons pas su prendre suffisamment le tournant des nanotechnologies ou des technologies de l'information.

Les pôles de compétitivité vont nous permettre de rattraper notre retard et de valoriser pleinement tous nos atouts : Soixante-sept pôles ont été retenus pour dynamiser nos régions. Parmi eux, six pôles auront une dimension mondiale, neuf auront une vocation mondiale, et cinquante-deux pôles auront une dimension nationale. Chacun de ces pôles aura un effet d'entraînement immédiat sur l'ensemble des régions et de notre économie.

J'ai voulu de cette façon concilier ce double impératif : à la fois l'exigence de compétitivité mondiale, et en même temps, celui de la valorisation d'aménagement de nos territoires. Il fallait croiser ces deux exigences pour être sûr de donner toutes nos chances à notre pays.

Dans la même logique, je réunirai prochainement les Présidents des grands groupes industriels français afin de voir avec eux comment relancer l'investissement et la recherche dans le secteur privé.

Le deuxième axe, c'est la mise en place d'une fiscalité capable de préserver notre emploi industriel.

J'ai décidé de plafonner effectivement la taxe professionnelle. Au terme d'une longue concertation engagée par le ministre de l'Economie et des Finances et le ministre du Budget, nous avons décidé de plafonner effectivement la taxe professionnelle à 3,5 % de la valeur ajoutée et ce pour toutes les entreprises. Accompagnée d'un dégrèvement temporaire pour les nouveaux investissements, cette réforme permettra de réduire le coût de revient des investissements, en particulier pour les entreprises qui projettent de s'installer chez nous.

J'ai également demandé à T. Breton et à J.-F. Copé de procéder à trois évaluations sur le plan fiscal :

L'augmentation du volume des dépenses de recherche-développement grâce à un renforcement du crédit impôt recherche ;

Plus généralement l'évaluation de la fiscalité pesant sur l'outil de travail ;

Enfin la mise en place éventuelle d'une fiscalité spécifique pour attirer chez nous les créateurs et les chercheurs étrangers.

Le troisième axe de notre action, c'est le renforcement de nos capacités d'anticipation. Le CIADT verra ses compétences élargies pour devenir un véritable Comité Interministériel à la Compétitivité des Territoires. Vous voyez bien que nous changeons de dimension. Ce n'est pas une approche statique, défensive que nous entendons défendre, mais bien une approche dynamique en initiatives, une approche offensive. Ce comité interministériel s'appuiera sur deux piliers :

- Une Délégation à la compétitivité des territoires qui résultera de la fusion de la DATAR et de la Mission Interministérielle des Mutations économiques. Elle sera chargée de la coordination avec les services de Bercy qui suivent la situation des entreprises, et en particulier le CIRI.

- Deuxième pilier, c'est le pôle dédié à l'anticipation, qui s'appuiera sur les missions de prévision et de prospective du Ministère de l'Economie et des Finances.

Je souhaite rassembler toutes nos énergies autour d'un véritable patriotisme économique. Je sais que cela ne fait pas partie du langage habituel. Mais il s'agit bien, quand la situation est difficile, quand le monde change, eh bien, de rassembler nos forces. Rassembler nos forces, cela veut dire que nous valorisons le fait de défendre la France et ce qui est français. Cela s'appelle le patriotisme économique.

Il y a en effet un vrai paradoxe français : nous voulons garantir un niveau de protection élevé à nos salariés, mais nous ne défendons pas suffisamment nos intérêts économiques nationaux. Or nous ne défendrons bien les intérêts des salariés que si nous protégeons les intérêts de nos entreprises.

Avec la loi en faveur des PME, la loi pour la confiance et la modernisation de l'économie, la loi sur la sauvegarde des entreprises, nous disposons déjà de nouveaux instruments, pour le financement, pour la transmission et pour la protection des entreprises.

Mais la priorité aujourd'hui, c'est de renforcer l'indépendance de nos entreprises. Beaucoup de pays se sont déjà dotés de moyens efficaces pour protéger leurs entreprises sensibles contre des actions hostiles. Nous devons faire de même, conformément à ce qu'a indiqué ce matin en Conseil des ministres le Président de la République.

Je souhaite d'abord que les investissements étrangers, lorsqu'ils concernent des technologies sensibles touchant notamment à la sécurité et à la défense, y compris dans leurs dimensions technologiques et sanitaires, soient mieux contrôlés. Un décret en ce sens sera publié au début du mois de septembre.

Nous devons ensuite nous assurer que nos entreprises disposent des mêmes moyens d'action et de défense que leurs homologues étrangers. C'est un principe très simple, de réciprocité.

Nous transposerons donc, dès la rentrée, la directive européenne sur les OPA, en évaluant le risque d'OPA hostiles sur nos entreprises.

Nous appliquerons la règle de la réciprocité, je viens de le dire : le droit français doit être aussi protecteur que celui du pays d'origine des entreprises qui décideraient de lancer des OPA sur notre territoire.

Enfin, l'actionnariat français doit être conforté pour éviter la dispersion du capital qui fragilise certaines de nos entreprises.

Je souhaite donc que les entreprises développent l'actionnariat salarié, en utilisant les nouvelles facilités ouvertes par la loi de finances 2005. Favoriser la participation des salariés au capital, aux résultats et à la vie de leurs entreprises, c'est développer notre capacité de résistance aux chocs et aux menaces ; c'est mieux ancrer nos entreprises sur le sol national.

Je demande également au Ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie d'examiner toutes les évolutions nécessaires en matière de droit des sociétés, de normes comptables ou de fiscalité afin d'encourager les participations de long terme.

L'ensemble des acteurs, qu'il s'agisse de la Caisse des Dépôts, des banques et assurances, des mutuelles et institutions de retraite, mais aussi des fonds d'investissement, doivent être mobilisés à cette fin.

Ces choix de l'emploi et de la compétitivité s'inscrivent - il est important de s'y attarder un instant - dans une vision, dans une stratégie économique globale. Nous n'agissons pas au coup par coup. Nous ne tâtonnons pas, nous avons une vision de notre économie française, de celle que nous voulons défendre.

Chaque pays développe son économie en fonction de son histoire de son identité, de ses ressources naturelles et de ses atouts.

Un certain nombre de pays européens ont choisi de se spécialiser dans les domaines de la finance ou encore des services, en mettant au second plan leurs ambitions industrielles. La France, pour sa part, souhaite maintenir un équilibre entre une industrie de pointe, des services performants et une agriculture moderne. C'est ce qui fait la marque de fabrique de la France dans le monde moderne ; nous n'avons pas en rougir. Nous devons au contraire, défendre cette ambition, défendre cette exigence car c'est conforme à notre histoire, conforme au mode de développement de notre pays et à notre ambition de grande puissance.

C'est aussi, nous pouvons le dire entre nous, un moyen de résister à des chocs économiques extérieurs : l'industrie crée une demande de services innovants et moins délocalisables, qui portent la croissance dans une économie moderne. Ce qui fait que sur le long terme, nous avons, là, des éléments de stabilisation, parce que notre stratégie d'équilibre nous permet, quelles que soient les évolutions de la conjoncture, eh bien, d'anticiper les difficultés.

Nous avons des atouts, et le contexte économique est aujourd'hui plus favorable :

Un climat de confiance existe autour de l'euro tandis que les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas depuis plusieurs décennies. Les taux à court terme sont à 2 %, les taux longs à moins de 3,5 %.

Grâce à l'action de la Banque Centrale européenne, ils sont aujourd'hui inférieurs aux taux américains. J'ai eu l'occasion d'en parler récemment avec J.-C. Trichet, le président de la Banque centrale européenne.

Ceux qui sont désireux d'investir, de lancer des projets, de préparer l'avenir et celui de leurs enfants ont aujourd'hui la possibilité de le faire à des conditions très favorables ;

Par ailleurs, le monde est entré, grâce notamment à l'émergence de l'Est de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique latine, dans une période de croissance durable. A nous de savoir en tirer profit, pour que l'émergence de nouvelles puissances soit vécue comme une chance à saisir.

Nous sommes un pays capable d'audace, capable d'innovation, capable d'imagination. Je le redis : il y a aujourd'hui une chance à saisir, ce qui veut dire que nous devons rassembler nos énergies, faire preuve de toutes nos capacités pour marquer des points sur l'économie internationale.

Pour cela, bien sûr, nous devons renforcer nos capacités à l'exportation. Nos faiblesses sont connues, il n'y a pas lieu de les cacher : nous manquons d'entreprises exportatrices. Seules 100 000 entreprises françaises exportent sur un total de 2,5 millions d'entreprises.

Nous ne sommes pas suffisamment présents sur les nouveaux marchés émergents. Nous devons agir sur deux fronts :

D'abord en favorisant la croissance des entreprises, afin qu'elles aient une taille suffisante pour exporter. Faire en sorte que les entreprises d'un salarié, de deux salariés, de trois salariés passent le cap de cinq salariés, se développent, confortent leur marché.

Deuxième axe de travail : nous devons prendre des mesures ciblées sur l'exportation. J'ai demandé à C. Lagarde de remettre, pour la fin du mois d'août, un plan complet pour le développement de l'exportation, comprenant notamment des mesures de solidarité des grands groupes français à l'égard des PME.

Voilà, Mesdames et Messieurs, le propos introductif que je voulais tenir au début de cette conférence de presse. Il me reste, avant de répondre bien sûr à vos questions, à souhaiter de bonnes vacances à tous ceux d'entre vous qui auront la chance de partir cet été.


(Source : http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 28 juillet 2005)

Rechercher