Conférence de presse de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, sur les grands dossiers de politique étrangère, notamment le terrorisme, la situation au Proche-Orient, l'aide au développement et la construction européenne, à Paris le 26 juillet 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, sur les grands dossiers de politique étrangère, notamment le terrorisme, la situation au Proche-Orient, l'aide au développement et la construction européenne, à Paris le 26 juillet 2005.

Personnalité, fonction : DOUSTE BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Mesdames et Messieurs,


Comme vous le savez déjà, j'ai décidé d'établir une nouvelle tradition dans ce ministère qui n'en manque pas : une conférence de presse mensuelle pour rappeler en permanence et garder présentes à l'esprit les grandes orientations de notre politique étrangère et faire le point de manière régulière sur les principaux évènements de l'actualité internationale.

Avec Brigitte Girardin et Catherine Colonna, je souhaiterais d'une part, à la fois aborder deux thèmes de l'actualité - les récentes attaques terroristes et les principales crises régionales - et revenir d'autre part sur deux priorités de notre action internationale, l'aide au développement et l'Union européenne.

Je voudrais commencer mon propos en ayant une pensée toute particulière pour les victimes du terrorisme qui, à Londres, à Charm el-Cheikh comme à Bagdad ou ailleurs ont été lâchement tués de manière inacceptable, quel que soit le prétexte invoqué.

Je veux redire à leurs familles et à leurs proches notre profonde sympathie et notre solidarité dans les épreuves qu'ils traversent. Je veux assurer nos ressortissants que les représentants de la France dans tous les pays du monde sont mobilisés en permanence pour leur apporter secours et assistance, et pour leur communiquer les informations essentielles à leur sécurité.

Nous sommes engagés depuis le 11 septembre 2001 dans une lutte sans équivoque contre la terreur, la haine et l'inhumanité. Aujourd'hui, avec les attentats de Londres et de Charm el-Cheikh ainsi que l'instabilité croissante en Irak, le terrorisme semble avoir franchi une nouvelle étape marquée par des actions de plus en plus dures et qui ne cessent de s'accélérer. Le but semble bien être de créer au sein de nos démocraties un climat croissant de terreur.

Nous n'avons absolument pas à rentrer dans les ultimatums de la haine, de l'absurde et de la lâcheté. Face à cette barbarie, notre action doit être double : combattre sans relâche le terrorisme sous toutes ses formes mais en même temps veiller à préserver ce qui est à la base même de nos démocraties, c'est-à-dire le dialogue et le respect de l'autre. Je ne connais pas de religion, je ne connais pas de dieu qui accepte et qui prône la mort d'enfants innocents ou d'adultes innocents.

Chaque jour le monde révèle d'avantage sa fragilité. Nous vivons en même temps deux phénomènes : d'un côté des menaces qui se multiplient - regardez ces dernières semaines, l'Irak, le Cachemire, l'Afghanistan, la Turquie, l'Egypte, Londres - et en même temps un deuxième phénomène qui est une opportunité historique, voir la communauté internationale refaire son unité sur la responsabilité collective et sur la démocratie mondiale, car il y a nécessité de démocratie mondiale. Nous avons un devoir d'action et d'innovation, les démocraties n'ont pas le droit de perdre ce combat.

Je viens d'assister à un Conseil de sécurité intérieure que le président de la République a présidé, où il a été question de ces sujets, où il a été question de mettre en place des solutions pour que notre propre pays puisse, demain, faire face à ce type d'attentat ou ce type d'actes de lâcheté dans l'exigence bien sûr du respect des libertés ; je pense que, dans les heures qui viennent, les conclusions de ce conseil vous seront données.

Combattre le terrorisme est un travail de très longue haleine qui ne doit jamais nous décourager quel qu'en soit le prix à payer. Nous devons être intraitables face à ceux qui nient la liberté individuelle, le respect de l'autre, la primauté du droit, c'est-à-dire les valeurs mêmes qui fondent nos systèmes démocratiques.

Plus que jamais, la coopération entre les démocraties doit être le maître mot de notre action. Elle doit se développer à la fois au niveau national mais surtout au niveau international que ce soit au niveau bilatéral, européen ou multilatéral.

Au niveau bilatéral, ce sont les équipes communes d'enquête et la mise en place des visas et des passeports biométriques. Sur ce dernier point, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'indiquer, le nouveau système de visas biométriques sera progressivement installé dans nos consulats pour être généralisé en 2007/2008. Il faut que quelqu'un qui veut entrer en France, à qui l'on octroie un visa de court séjour de trois mois, il faut que, par l'empreinte de ses index, la photo de son iris, l'on puisse savoir s'il ressort du pays, s'il est ressorti du pays ou s'il n'est pas ressorti du pays. Il est important, aujourd'hui, d'harmoniser au niveau européen ce type de passeport biométrique.

Au niveau européen, la coopération doit se faire à travers les évaluations des dispositifs nationaux par les autres Etats membres, parce que si l'un des vingt-cinq pays ne fait pas l'effort qu'il faut, alors ce sera un trou, une possibilité supplémentaire pour les terroristes d'y aller. Nous avons également mis en place le mandat d'arrêt européen.

Au niveau multilatéral, ce sont tous les efforts en cours pour mieux lutter contre les sources de financement des mouvements terroristes ou encore la formation des services de police et des unités de gestion de crise dans les pays partenaires.

Ce ministère a financé cette année 300 opérations de ce type dans une centaine de pays.

Combattre le terrorisme, c'est aussi prévenir le risque d'un fossé croissant entre les cultures, ce qui implique une double démarche.

D'une part, maintenir le dialogue entre les religions et les cultures : aucun dieu ne justifiera jamais la mort d'enfants ou d'adultes innocents comme on a pu le voir dans les attentats récents. Il nous revient donc d'établir avec les consciences et les autorités de toutes les religions du monde un dialogue sincère qui nous permette de montrer que nos démocraties ne sont pas fermées à l'échange, qu'elles sont tolérantes vis-à-vis de toutes les cultures, tous les courants de pensée, des religions. Bien au contraire, elles sont l'outil moderne et indispensable du respect des peuples et des individus.

D'autre part, nous devons être capables de nous attaquer aux fléaux dont se nourrit le terrorisme, c'est-à-dire la pauvreté dans le monde, la maladie ou encore les crises et les violences qui affectent encore trop de régions sur notre planète. Cela signifie que l'aide au développement, la lutte contre le sida dans le monde, et les efforts diplomatiques pour mettre un terme aux crises régionales sont aussi, à leur manière, un moyen d'éliminer certains des terreaux où se développent les ferments des actions terroristes.

Je crois que, s'il y a une chose nouvelle dans le monde aujourd'hui, c'est que le monde partage ses crises. Prenons les crises à venir, celles du XXIe siècle ; ce sont bien évidemment le terrorisme dont les causes sont des problèmes de ressources naturelles et culturelles, c'est le manque d'eau, ce sont les pandémies, c'est l'éducation. Le monde partage aujourd'hui ses crises. Dans ce ministère, nous devons mieux comprendre le monde pour mieux nous préparer, pour mieux faire face à ces crises que nous partageons.

Face aux crises qui affectent actuellement le monde, qu'il s'agisse de celles qui sont anciennes comme le conflit israélo-palestinien, ou plus récentes comme l'Irak, la Côte d'Ivoire ou Haïti, la France s'en tient toujours à la promotion de principes simples mais intangibles : le respect du droit ; la recherche constante de la responsabilité collective, à travers les Nations unies ou les grandes organisations régionales ; la volonté de dialogue et de respect de l'autre.

Nous avons souvent parlé à ce sujet de monde multipolaire et il me semble que ce terme traduit bien la réalité contemporaine où l'on voit émerger de nouvelles puissances régionales, telles que l'Afrique du Sud, le Brésil, l'Inde ou la Chine, qui entendent jouer avec raison un rôle mondial. Cette évolution là, nous ne devons pas la contester mais au contraire l'organiser pour mettre en place une véritable démocratie mondiale, fondée sur des règles de droit acceptées par tous et capable de faire prévaloir la paix et la stabilité. Cette vision du monde, qui est celle de la France, fait le pari de l'égalité des nations et du sens des responsabilités de chacun. Elle ne recherche pas la suprématie au bénéfice de quelques-uns, mais la quête inlassable d'un système international fondé sur l'esprit de responsabilité, partagé par tous.

Cette conception française des relations internationales m'amène naturellement à m'impliquer sur les principaux dossiers de l'actualité.

Au Proche-Orient, j'entends continuer, notamment avec nos partenaires européens, à plaider pour la recherche d'un règlement de paix fondé sur la Feuille de route. J'aurai l'occasion d'aller prochainement en Israël et dans les Territoires palestiniens, début septembre, juste après le début du désengagement de Gaza. Il est absolument nécessaire de tout faire pour consolider à la fois Ariel Sharon et aussi Abou Mazen qui ont décidé, encore une fois, de manière courageuse et d'une manière probablement historique, de faire un pas vers la paix. Il faut que ce désengagement fonctionne, il faut également que la Feuille de route soit respectée, que le processus politique suive le désengagement de Gaza.

Au Liban, nous continuerons de demander l'application des résolutions pertinentes des Nations unies et en particulier la résolution 1559. Il faut permettre à ce pays d'exercer pleinement sa souveraineté au moment où un nouveau gouvernement se met en place après un processus électoral qui a pu se dérouler hors de toute ingérence. Qui aurait pu dire, il y a trois ou quatre mois, qu'il y aurait des élections libres au Liban ?

Avec l'Iran, nous voulons toujours parvenir à un accord sur le dossier nucléaire. A cette fin, les trois pays européens qui ont pris l'initiative de cette négociation feront bientôt des propositions pour établir une coopération sérieuse avec les autorités iraniennes sur le nucléaire, l'économie et les questions politiques et de sécurité. En contrepartie de cette initiative, il appartiendra à l'Iran de confirmer la suspension de toutes les activités sensibles définies par l'Accord de Paris de novembre 2004 ; je pense, bien sûr, au nucléaire militaire.

Sur l'Irak, nous réaffirmerons notre ligne constante qui vise à appuyer les résolutions pertinentes des Nations unies, notamment la 1546, qui a défini le processus politique permettant à ce pays de restaurer sa pleine souveraineté. La France reste convaincue que c'est en permettant aux Irakiens de retrouver la pleine maîtrise de leur destin qu'on parviendra progressivement à rétablir la stabilité dans ce pays. Pour sa part, le gouvernement français ne peut que confirmer sa disponibilité à poursuivre et développer ses actions de coopération avec l'Irak en vue de la reconstruction politique et économique de ce pays.

En Afrique, la France s'est fixée pour règle d'appuyer, dans les différents conflits en cours, les efforts de médiation de l'Union africaine en lui apportant son soutien politique et, si nécessaire, son appui technique et matériel, y compris via l'Union européenne. Elle entend s'en tenir à cette ligne, qu'il s'agisse de la Côte d'Ivoire, du Darfour ou encore de la région des Grands Lacs. C'est le travail que fait Brigitte Girardin tous les jours depuis deux mois.

Un mot enfin sur Haïti. Là encore, notre pays est aux côtés des Nations unies pour que les élections prévues en octobre prochain puissent se tenir dans des conditions acceptables. Il faut pour cela que la force de l'ONU puisse faire prévaloir le retour au calme. La France ne ménagera pas son appui dans ce but.

Si l'on entre davantage dans les détails, sachez que j'entreprendrai dans les prochaines semaines plusieurs déplacements à l'étranger.

Dès jeudi prochain en Afrique : au Soudan et dans le Darfour, puis au Niger. Il s'agira à la fois d'appuyer les efforts en cours pour trouver une solution politique durable au Darfour, et de souligner la volonté de la France de se mobiliser pour aider les pays du Sahel à surmonter les effets de la sécheresse et de la famine.

Début septembre, je l'ai dit, je me rendrai en Israël et dans les Territoires palestiniens pour prendre la mesure de l'opération du retrait de Gaza. J'aurai l'occasion également de soutenir, avec l'Union européenne et avec toute la communauté internationale, les efforts de développement à Gaza, comme en Cisjordanie. Je pense en particulier au port et à l'aéroport qui demeurent des infrastructures indispensables à l'avenir économique de Gaza.

En dehors de ces deux déplacements, il y aura aussi le Sommet sur les Objectifs du Millénaire qui se tiendra à la veille de l'ouverture de l'Assemblée générale des Nations unies à New York. J'y accompagnerai le président de la République. J'entends également visiter les pays partenaires de l'Union en commençant, au cours d'une visite que j'effectuerai avec Catherine Colonna, par la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie.

Par la suite, je compte me rendre en Asie, et tout particulièrement en Chine. Mais aussi au Moyen-Orient, notamment dans les pays du Golfe. Enfin, comme je l'ai déjà indiqué, j'effectuerai une nouvelle visite aux Etats-Unis pour continuer de maintenir des contacts réguliers, non seulement avec les autorités de ce pays, mais aussi avec la société civile américaine et, bien évidemment, j'aurai l'occasion, avant Noël, d'aller dans les différents pays du Maghreb.

Comme je l'ai indiqué, je me rendrai après-demain au Darfour et au Niger. L'un des objectifs de ce voyage est de marquer résolument l'engagement de la France en faveur de l'aide au développement.

Vous connaissez tous la mobilisation de notre pays et tout particulièrement du président de la République sur ce dossier : il s'agit de s'attaquer aux grands fléaux qui affectent les pays du Sud, qu'il s'agisse de la pauvreté, de la maladie, je pense à la tuberculose qui revient, au sida, au paludisme... ou aux déséquilibres écologiques comme la sécheresse. Dans le même temps, notre pays plaide pour l'accroissement de l'aide financière internationale en faveur du Sud à travers de nouveaux modes de financement de l'aide.

En ce domaine, la France a su donner l'exemple, puisque l'aide publique française se situera à plus de 0,46 % du PNB en 2006, pour atteindre en 2007 l'objectif annoncé de 0,5 %.

Dans ce contexte, j'entends pour ma part agir sans délai dans le domaine de la lutte contre le sida. C'est dans cet esprit que j'ai rencontré l'ensemble des grands laboratoires pharmaceutiques américains et européens. J'ai, lors de mon récent déplacement aux Etats-Unis, rencontré les responsables américains du programme de l'Administration Bush, mais aussi le président Clinton avec lequel nous souhaitons agir de concert pour favoriser l'accès des plus pauvres aux médicaments et en particulier aux tri-thérapies contre le sida.

Avec Catherine Colonna, nous terminerons par l'Union européenne. Après le résultat du référendum du 29 mai dernier, nous avons engagé une réflexion approfondie afin de réconcilier nos concitoyens avec le projet européen. Il faut rappeler que ce projet est porteur d'une haute ambition : consolider la paix, favoriser la croissance et l'emploi, promouvoir un modèle économique et social fondé sur une certaine idée d'équilibre entre les lois du marché et la recherche de la justice et de la solidarité sociale. Mais après avoir vécu le dernier Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement, l'évidence est là, nous avons un choix à faire. Est-ce que nous voulons que l'Union européenne soit une union politique, soit la traduction de politiques communes, de politiques intégrées ? Est-ce que nous serons capables de présenter, après la Politique agricole commune, la politique de la recherche commune ? Est-ce que nous serons capables de créer une Agence européenne de la recherche ? Est-ce que nous serons capables de proposer l'intégration d'autres politiques communes ? Autrement dit, de créer une "Europe puissance" ? Ensemble, arriverons-nous à être plus forts dans la multipolarité du monde face aux Etats-Unis, à l'Inde, au Brésil, à l'ASEAN ? Ou est-ce que, au contraire, nous voulons simplement une zone de libre-échange, une pure zone concurrentielle, comme certains ont pu le penser ou même l'exprimer ? Nous sommes résolument du côté de l'union politique. Nous sommes résolument dans une démarche d'intégration politique.

Donc, il faut redonner confiance à nos concitoyens sur ce projet européen.

Le "non" au référendum, c'est un grand point d'interrogation que nos concitoyens ont mis sur le projet européen que nous leur présentons.

Il faut redonner confiance dans ce projet à travers une triple action.

- à court terme, trouver des solutions sur les dossiers encore en suspens : je pense en particulier aux perspectives financières de l'Europe et aux négociations dans le cadre de l'OMC ;

- à moyen terme, la mise en place d'une Europe des projets, capable de relancer la croissance au sein de l'Union, par la recherche, l'innovation technologique, la formation supérieure, la défense...

- au-delà, approfondir la réflexion avec tous les partenaires de l'Union sur la clarification et l'approfondissement du projet européen : c'est l'objet des réunions prévues par le Conseil européen, sous présidence britannique en octobre et autrichienne à l'été 2006.

Sur la méthode, je dirai un mot. Deux mois après avoir été nommé à la tête de la diplomatie française, j'ai fixé à mon administration des objectifs ambitieux. Je souhaite profiter de cette occasion pour saluer le professionnalisme de nos diplomates qui servent la France à travers le monde et aussi la détermination des Français de l'étranger, c'est-à-dire de ceux de nos compatriotes qui partent courageusement à l'étranger "vendre" la France, son savoir-faire et ses multiples talents. Je souhaite que la diplomatie française, pour faire face aux nouveaux défis, dispose d'outils performants et s'adapte en permanence aux réalités du monde, à travers plusieurs actions :

- poursuivre la modernisation en cours autour de trois axes : l'évaluation des ressources humaines, et donner à cette maison encore plus d'ambition et de confiance aux quadragénaires ; la modernisation de l'équipement informatique et l'adaptation de la politique immobilière.

- rendre plus lisible notre action, en particulier dans le domaine de la coopération culturelle, scientifique et technique. Je crois que nous avons à faire un effort de modernisation du Quai d'Orsay en terme de lisibilité et de visibilité de notre action dans le monde. Je vois les actions du British Council britannique, je pense qu'il est nécessaire, puisque nous menons énormément d'actions, qu'il est important, bien sûr, de pouvoir également avoir une "signature" pour que le Quai d'Orsay soit plus lisible.

- doter nos ambassadeurs d'une "boîte à outils" efficace et moderne, notamment pour mieux communiquer et promouvoir ainsi cette diplomatie de l'influence à laquelle je suis très attaché. J'aurai l'occasion de préciser mes propos lors de la prochaine conférence des ambassadeurs qui se tiendra du 29 au 31 août.

J'ai réuni récemment les grands chefs d'entreprises français sur le sujet suivant : "Qu'attendez-vous du Quai d'Orsay en Chine, en Asie en général et en Océanie ?". Il est très intéressant d'écouter leurs propositions. Si l'on veut passer d'une diplomatie de rayonnement - qui est nécessaire - à une diplomatie d'influence, il est important que cette maison se mette au service, non seulement des grandes entreprises, mais aussi des PME et des PMI, de tous les Français qui veulent conquérir le monde.

C'est un honneur pour moi d'assumer la mission qui est la mienne, c'est-à-dire, avec le président de la République et le Premier ministre, de promouvoir nos valeurs, défendre nos positions stratégiques et montrer qu'être Français, c'est d'abord une chance, un atout, et une raison de croire en l'avenir.

Je vous remercie.


Q - La France n'est pas engagée militairement en Irak, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Néanmoins, la France est engagée militairement en Afghanistan dans un combat qui est très similaire, contre les éléments Taliban et ensuite contre les éléments d'Al Qaïda. Vous avez 240 forces spéciales. Aussi, vous êtes impliqués pleinement dans l'ISAF. Est-ce que cela vous rend une cible potentielle pour les terroristes, d'après vous ?

La visite de M. Sharon. Vous demandez le respect complet de la Feuille de route et l'application entière de la Feuille de route. Mais M. Sharon a quand même une réputation mitigée dans ce domaine au niveau du mur et aussi au niveau des implantations autour de Jérusalem et d'autres domaines. Est-ce que vous allez livrer un message assez clair à ce sujet demain ?

R - D'abord sur le premier sujet. Aucun pays n'est à l'abri d'actes terroristes. Aucun. La France, souvenez-vous, en 1995, c'était avant l'Irak, a été l'objet d'horribles et d'odieux attentats.

Ensuite, puisque vous faites, dans votre question, même si ce n'est pas ce que vous pensez, un parallèle entre l'Irak et d'éventuels attentats, si nous ne sommes pas allés militairement en Irak, c'est parce que le président de la République a clairement dit que la France sera toujours du côté du droit international qui sera édicté par la communauté internationale et donc par les Nations unies. Comme nous ne pensons pas que l'unilatéralisme est une réponse aux crises, il a choisi militairement de ne pas aller en Irak. Cela n'a strictement rien à voir avec, permettez-moi de vous le dire, notre détermination farouche à lutter contre le terrorisme. Et d'ailleurs, à l'occasion de mon récent déplacement aux Etats-Unis, le Washington Post avait publié un article à la une disant que la France était un des pays, parmi peut-être deux ou trois pays au monde, qui travaille le plus dans la lutte contre le terrorisme, par l'intermédiaire en particulier des services de renseignements. Notre détermination est totale, sans faille, et sachez-le.

Vous avez posé une seconde question concernant la visite de M. Sharon. Je crois qu'il est important de dire qu'il faut la perspective d'une relance ultérieure du processus, et que, aujourd'hui, cette relance est menacée par des actions des extrémistes. En particulier, je tiens à condamner très fermement l'attentat de Netanya et les tirs de roquettes dans le sud d'Israël, qui vont à l'encontre de l'intérêt des Palestiniens, et d'ailleurs, les autorités palestiniennes l'ont également condamné. J'ai reçu le vice-Premier ministre palestinien ici qui l'a condamné.

Ces attaques ne peuvent que renforcer le manque de confiance, aujourd'hui, dans le processus. C'est sur la question sécuritaire que se joue la survie politique, à court et moyen termes, des différents acteurs. Il est donc nécessaire de faire passer un message majeur à ce sujet. Ce message aura d'autant plus de force que l'Union européenne s'engagera de façon massive dans le soutien au plan de M. Wolfensohn, que j'ai rencontré à Londres récemment. Ces efforts ont déjà permis d'améliorer notablement la concertation entre Israéliens et Palestiniens, sur les modalités du retrait dont on exagère certainement la complexité. La mission de M. Wolfensohn vise à créer les conditions économiques pour un Etat palestinien viable à Gaza et en Cisjordanie. Les Israéliens comprennent que ceci est dans leur intérêt. Il est aussi de l'intérêt des Etats-Unis de laisser l'Union européenne agir dans le processus et y contribuer.

Enfin, nous sommes tous convaincus qu'une fois que l'évacuation de Gaza sera terminée - je l'ai dit dans mon propos liminaire -, l'effort devra être poursuivi en Cisjordanie. Nous devrons nous montrer vigilants là-dessus. Le retrait de Gaza ne doit pas détourner notre attention sur des difficultés liées à la poursuite de certains mouvements qui ne sont pas aujourd'hui positifs. Je pense en particulier à la recolonisation de la Cisjordanie.

Q - Mme Rice vous a précédé au Liban la semaine passée et je voudrais savoir votre sentiment concernant cette visite. Comment l'avez-vous perçue ? Est-ce que son opportunité était la bonne ? Est-ce que vous allez la suivre ? La presse libanaise annonce votre visite prochaine au Liban. Vous avez parlé de la résolution 1559 dans votre déclaration, mais le nouveau gouvernement libanais, que vous soutenez puisqu'il découle d'une majorité que vous avez aidée, n'a pas mentionné la 1559 dans sa première déclaration. Il n'y a aucun propos qui concerne cette résolution. Est-ce que cela vous émeut ?

R - D'abord, un mot sur les relations que nous avons maintenant établies de manière durable et fréquente avec Mme Condoleezza Rice. Comme je l'ai toujours affirmé, les Américains sont des amis, mais, sur certains sujets, on peut diverger, et d'ailleurs c'est le propre de l'amitié que de le dire dans ces cas-là.

Sur le sujet que vous abordez, celui du Moyen-Orient élargi - du Liban, de la Syrie -, nous travaillons quasiment quotidiennement ensemble et nous avons une proximité de vues qui est aujourd'hui à remarquer. C'est la raison pour laquelle je me permets de le faire devant vous. Le discours de Mme Condoleezza Rice, il y a un mois maintenant, à l'Université du Caire, sur le thème du respect des cultures et des civilisations, m'a paru intéressant.

Concernant maintenant l'actualité, puisque c'est votre question, je dirai trois choses. La première c'est qu'il y a aujourd'hui, après ces quatre dimanche passés d'élections au Liban, une majorité qui s'est dégagée. Un Premier ministre est là, M. Fouad Siniora. Il a constitué son gouvernement, cela a été un peu long, il l'a fait. Je crois qu'il y a, c'est le deuxième élément, une nécessité et une urgence. C'est de mettre en place, le plus vite possible, les réformes économiques. S'il n'y a pas de réformes économiques, il ne peut y avoir, derrière, de processus politique qui suive. Et c'est la raison pour laquelle la communauté internationale et la France en particulier, regardera cela en premier. Et si les réformes suivent, alors évidemment nous aiderons le Liban à se développer sur le plan économique.

Concernant la résolution 1559 et les rapports entre la Syrie et le Liban : le Liban, comme tout pays, doit être souverain. Aucun pays étranger au Liban ne doit s'ingérer dans les affaires, ne doit entrer dans les affaires politiques intérieures libanaises. La Syrie comme les autres. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons qu'il y ait un respect absolu de la résolution 1559, cela nous paraît très important. Et, en particulier, je dirais qu'il n'y a aucune raison pour qu'il y ait, pour être très précis et pour répondre à votre question, à la frontière entre la Syrie et le Liban, aujourd'hui, des rétentions de camions, qu'il y ait des filtrages pour savoir qui entre et qui n'entre pas au Liban. Ceci me paraît très important, je le dis de la manière la plus ferme.

Q - Cette année, doit être signé un traité d'amitié entre la France et l'Algérie. Or, M. Bouteflika a eu des propos assez vifs contre la France, notamment après l'adoption d'une loi en France sur les bienfaits, notamment de la colonisation. Que pensez-vous déjà de cette loi ? Et ensuite, y aura-t-il une signature cette année ?

R - D'abord, comme vous le savez, il y a une amitié réelle et profonde entre l'Algérie et la France. Concernant très directement la question que vous posez sur cette loi, je souhaite vous dire deux choses. Il n'y aura jamais d'histoire officielle en France. Jamais. On ne peut pas accepter l'idée d'une histoire officielle. Et concernant cette période de l'histoire de notre pays et de leur pays, à laquelle vous faites allusion et à laquelle cette loi fait allusion, je souhaite qu'il y ait une commission mixte d'historiens algériens et français qui puissent se réunir, travailler ensemble, en toute indépendance, pour que justement ils puissent nous faire des propositions sur cela.

Q - Vous avez mentionné l'avenir de la diplomatie française et de cette maison. Je voulais avoir une petite précision. Est-ce que cela veut dire que vous arrêtez le projet de votre prédécesseur de regrouper tous les services dans un autre endroit, d'utiliser ce magnifique palais uniquement pour des réceptions ? Dans quelle mesure votre projet affecte aussi l'idée née dans l'amitié franco-allemande, de créer des synergies justement entre les diplomaties de nos deux pays ? Et plus largement, pourriez-vous nous expliquer s'il y a un noyau qui s'est formé pour préparer justement ce Sommet spécial de l'Union européenne sur les suites à donner après l'échec transitoire de la Constitution européenne. Est-ce qu'il y a un noyau franco-allemand qui gère cette question ?

R - D'abord, très rapidement sur la première question. Si j'ai une priorité pour cette administration, c'est de la défendre. Parce que j'ai le sentiment que c'est une des plus belles de notre pays et même sur le plan international. Il m'arrive de parler très souvent avec mes homologues, y compris américains, et il m'arrive d'avoir des renseignements qu'ils n'ont pas, parce que le réseau de la diplomatie française est un des meilleurs du monde. Et donc il faut le défendre. C'est comme cela que je le vis. Il faut le défendre et le mettre en avant.

Alors comment mettre en avant ce réseau ? Comment défendre la Maison ? Quand je vois, en particulier dans le portefeuille de Brigitte Girardin, le nombre d'actions qui sont menées sur les plans culturel, de la santé, politique, humanitaire, de la recherche, je pense que nous manquons, je le dis ici franchement, d'une lisibilité et d'une visibilité dans le monde. Je pense que c'est dommage. Nous devons travailler avec la Maison.

Cette question est un vieux serpent de mer. Il y a beaucoup de ministres qui ont essayé, je le ferai. D'abord, je l'ai fait dans d'autres ministères. Je le ferai pour défendre le ministère. Alors ensuite, les autres projets, on verra et on va en parler. Franchement, quand on a la chance, tout à fait entre nous, c'est tout à fait personnel, d'avoir dans un pays un palais comme celui du ministère des Affaires étrangères pour recevoir nos hôtes étrangers, on a plutôt tendance à vouloir le garder. C'est une remarque comme cela.

Vous me posez une question sur le pilier franco-allemand. J'étais hier soir avec Mme Angela Merkel, avec M. Stoiber, j'ai rencontré également le ministre des Finances, M. Eichel et le président allemand. Le pilier franco-allemand est nécessaire au fonctionnement de l'Union européenne. Il s'impose d'ailleurs à tout chef d'Etat ou chancelier. C'est comme cela depuis toujours. Simplement, il est important, et c'est ce que d'ailleurs m'a dit Angela Merkel, que ce pilier, s'il est nécessaire, ne donne pas une impression d'exhaustivité. C'est-à-dire que nous devons, en toute transparence, pouvoir parler aux pays qui sont parfois plus, je ne dirais pas petits parce qu'un pays n'est jamais petit, mais aux pays qui viennent d'arriver, ceux qui sont moins peuplés, il ne faut pas leur donner l'impression que l'on s'arrange entre nous et que les autres doivent suivre. Cela est un respect nécessaire vis-à-vis des autres pays. Je crois que nous avons fait le point d'ailleurs sur le budget, sur la Politique agricole commune, sur un certain nombre de dossiers. Et je peux vous assurer que la démocrate chrétienne Angela Merkel et le nouveau ministre des Affaires étrangères démocrate chrétien que je suis, qui se connaissent depuis longtemps, fort longtemps puisque nous avons milité ensemble depuis très longtemps, s'entendent parfaitement sur les sujets européens.

Q - Comment réagissez-vous à la libération, ce matin, après 11 ans de détention dans une cellule au ministère de la Défense, de M. Samir Geagea, leader des Forces libanaises. Je reviens à la question de ma collègue, est-ce que vous envisagez de vous rendre au Liban ? Parce que, dans l'énumération de vos prochains itinéraires, on n'a pas entendu le Liban. Est-ce que vous comptez quand même passer quelques heures au Liban pendant vos prochains voyages ?

R - Tout le monde ne peut que se réjouir de cette libération. La question n'est pas là. La question est que le président de la République français connaît très bien cette région du monde. Tout ce qui se passe aujourd'hui au Liban, à mes yeux, est un des succès de la diplomatie française et en particulier de son chef, le président de la République. Je le pense profondément. Et donc, lorsque le président de la République souhaitera que j'aille au Liban, j'irai au Liban, pour vous répondre très directement.

Q - Est-ce que vous avez des nouvelles d'Ingrid Betancourt sur ce dossier. Est-ce qu'il y a eu du nouveau ?

R - Je suis en contact étroit avec la famille d'Ingrid Betancourt. Je peux vous dire que c'est une priorité absolue de mon action. Je peux vous dire ma profonde détermination mais vous comprendrez aussi qu'il y a un maître mot dans cette action, c'est la discrétion qui est un gage d'efficacité. Au risque de vous décevoir, je ne peux pas vous en dire plus. Mais je peux vous assurer que c'est ma priorité.

Q - Pouvez-vous nous donner votre position vis-à-vis du Hezbollah ou du Hamas ?

R - Prenez le cas concret des Territoires palestiniens. La communauté internationale doit être capable de faire preuve d'une énorme maturité collective et d'un grand sens des responsabilités. Il y a eu des élections municipales dans les Territoires palestiniens. Vous savez que le Hamas a fait une percée. Alors, c'est toujours la même réponse. C'est un mouvement qui peut être amené à conduire des actions terroristes mais qui est aussi un mouvement politique, un parti politique. Et que dire devant des conseillers municipaux du Hamas ? Il n'y a qu'une seule réponse. C'est celle que l'Union européenne va donner pour aider la mise en ¿uvre du plan Wolfensohn. Lorsque M. Wolfensohn demande 3 milliards de dollars au G8, il a raison. Parce que, tant que vous n'aurez pas une administration qui répond à la veuve qui a ses trois enfants, qui veut une crèche pour ses enfants, qui veut une école ensuite pour ses enfants, qui veut un logement social pour elle, si vous ne lui répondez pas, alors vous faites le lit de ceux qui lui répondent, eux. Il est donc excessivement important, pour répondre à votre question, de comprendre le phénomène dans lequel nous sommes. Et, si nous voulons, aujourd'hui, réussir la paix, il ne faudra jamais exclure personne ; il faut condamner les actions terroristes de la manière la plus ferme, être très durs et, en même temps, mettre les conditions administratives en place dans les Territoires palestiniens pour casser ce mouvement-là et favoriser l'évolution vers la démocratie.


Q - Après quelques malentendus, il n'y a pas si longtemps, avec Israël et la France, pouvez-vous nous décrire l'état des relations entre les deux pays ?

R - Le fait que M. Sharon vienne en France est un élément important. Je pense que la décision de se désengager de la bande de Gaza est une décision lourde. Je sais ce qui a été dit sur le caractère unilatéral de la décision, je le sais. Mais, dans la vie politique, comme dans n'importe quel autre secteur, il n'y a que les choses concrètes qui comptent. Mais commencer, c'est déjà énorme. Il me semble important de saluer la décision qui n'est pas d'ailleurs évidente en Israël. Lorsque j'entends les débats au sein du parti de M. Sharon, ou dans la vie politique intérieure israélienne en général, on comprend qu'il n'est pas facile de tenir ces engagements. M. Sharon a dit que ce retrait se produirait le 15, le 16 ou le 17 août.

Nous allons, pour répondre à votre question directement, soutenir M. Sharon à ce sujet. Nous ajouterons, je ne vais pas redire ce que j'ai dit tout à l'heure, que ce désengagement de Gaza doit s'accompagner de la poursuite d'un processus politique avec le respect de la Feuille de route et une réflexion très profonde sur la barrière de séparation qui doit respecter aussi toutes les populations palestiniennes. Et également sur la recolonisation de la Cisjordanie.

Q - Sur l'Union européenne. M. Prodi, l'ancien président de la Commission, s'est exprimé, hier à Rome, en faveur d'une Europe à deux vitesses. Il a même dit que cela s'impose dans le contexte actuel. Est-ce que vous partagez cette vision des choses, je pense surtout aux coopérations renforcées dans divers domaines que vous avez d'ailleurs déjà abordés ?

Et la deuxième question sur les frontières de l'Europe. M. Nicolas Sarkozy a demandé la suspension de l'élargissement. Est-ce que la question des frontières de l'Europe, des limites de l'élargissement fait partie des questions que vous voulez discuter avec vos partenaires européens. Et de votre point de vue, quelles sont ces frontières ?

R - Sur ces deux questions. D'abord, il faut comprendre une chose qui me paraît fondamentale aujourd'hui. C'est la même question que vous posez que lorsque M. Prodi parle de deux Europe ou lorsque Karl Lamers, à l'époque du chancelier Kohl, à la CDU, parlait des cercles concentriques - que d'ailleurs Alain Juppé ou Edouard Balladur ont repris depuis -, on parle de la même chose. Quelle est cette chose ? Sur le plan géopolitique, géostratégique, il est tout à fait normal de penser que l'Europe est une zone de paix et de stabilité. Prenons la Turquie, puisque vous l'abordez. Comme la Turquie représentera à terme 100 millions d'habitants essentiellement musulmans, vu le contexte international actuel, il est quand même mieux d'avoir une Turquie en démocratie dans une zone de paix et de stabilité, plutôt que de la voir, je dirais, quitter cette rive de la démocratie pour aller peut-être vers plus d'intégrisme. Personne ne peut remettre cela en cause.

Mais la question est autre. C'est : "quel est le projet des pères fondateurs ?" "Et à quel moment nous décidons que, à quelques-uns, nous repartons de manière offensive, pour défendre l'Union européenne ?" C'est un sujet différent.

C'est pour cela que je trouve qu'il serait nécessaire d'apaiser cette discussion aujourd'hui sur l'élargissement, en disant quel est notre projet politique. Est-ce que le projet politique peut être à 30-35 ? Moi, je dis non. Est-ce que le projet politique peut être à quelques-uns ? Je dis oui. Lesquels ? C'est là la question que vous posez. Là, je crois que ce serait une erreur totale de dire tel ou tel chiffre. Car cela mettrait les autres totalement en dehors de ce cercle. Et c'est exactement le contraire de l'idée de l'Union européenne.

Depuis le début, on essaie d'avancer plus largement. Je prends un exemple, vous l'avez repris après moi : la recherche. Aujourd'hui, les Etats-Unis d'Amérique mettent 90 milliards de dollars dans les info-technologies, 100 milliards de dollars dans les biotechnologies. C'est-à-dire que tous les vaccins, tous les médicaments, dans 15 ans, seront faits par biotechnologie. Est-ce que vous vous rendez compte de la force politique des Etats ou des continents qui demain pourront donner ou ne pas donner les vaccins et les médicaments parce qu'ils auront les techniques et les biotechnologies ? C'est énorme, c'est considérable. C'est l'enjeu du XXIe siècle.

Je ne vois pas pourquoi on dirait que l'Union européenne est une union politique si elle ne joue pas dans ce camp-là. Alors, pour jouer dans le camp des 100 milliards de dollars de biotechnologies, il faut pouvoir en donner au moins 20 chacun. Alors qui peut donner ? Ou 15, je vous dis un chiffre qui est un peu approximatif. Qui peut le faire ? Ceux qui veulent le faire peuvent entrer dans ce que j'appellerai une coopération renforcée entre 4, 5, 6 ou 7. Si c'est ce qu'a voulu dire M. Prodi, je suis d'accord. Mais je n'exclus personne de ce cercle. C'est une première remarque.

Ma deuxième remarque concerne la Croatie, les Balkans en général. Permettez-moi de vous donner une réflexion plus personnelle que je n'ai pas partagée avec d'autres personnes. C'est personnel, c'est profond, je le pense intimement. Je connais bien cet endroit du monde, pour y avoir travaillé avant d'être ministre, dans les années 1991-1992. Tant que Mme Carla Del Ponte, procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye, dira qu'il n'y a pas de coopération des différents gouvernements avec le tribunal pour mettre sous les verrous les criminels de guerre, je pense qu'il n'est pas d'actualité de parler de l'intégration européenne de ces pays. Si c'est l'inverse, évidemment, il y aura une coopération. J'étais à Srebrenica, le 11 juillet dernier, dix ans après ce qu'a été la honte, ce qui est toujours la honte de l'Union européenne et de la communauté internationale, en pleine Europe. Tant que M. Mladic et M. Karadzic ne seront pas sous les verrous, je pense qu'il n'est pas possible d'avoir des discussions sérieuses sur l'intégration européenne.

L'Europe, ce ne sont pas que des valeurs, c'est une méthode pour faire la paix, que personne n'a jamais inventée, en dehors de nous ; ni les Américains, ni les Chinois, ni les Indiens, ni personne. L'Europe, ce ne sont pas que des valeurs, l'Europe c'est une méthode pour faire la paix. Il faut évidemment que ceux qui y entrent, partagent cette idée.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 août 2005)

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