Interview de M. Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales et secrétaire général délégué de l'UMP, dans "Le Télégramme" le 5 août 2005, sur l'organisation de son ministère, notamment le transfert des personnels non-enseignants (TOS) dans la fonction publique territoriale, et sur la personnalité de Nicolas Sarkozy. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales et secrétaire général délégué de l'UMP, dans "Le Télégramme" le 5 août 2005, sur l'organisation de son ministère, notamment le transfert des personnels non-enseignants (TOS) dans la fonction publique territoriale, et sur la personnalité de Nicolas Sarkozy.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, REINHARD Philippe.

FRANCE. Ministre délégué aux collectivités territoriales

ti : Q - Quels sont les principaux dossiers qui échoient au ministre délégué aux Collectivités territoriales ?

R - Mon ministère est celui du quotidien. Chacun d'entre nous est en contact avec les collectivités territoriales, qu'il s'agisse de faire établir un passeport, d'obtenir un permis de construire, de solliciter la police municipale, de demander le RMI ou de bénéficier d'une formation professionnelle. Tocqueville disait que la commune est " le lieu où bat le c¿ur des hommes ". Aujourd'hui, au-delà des communes, c'est bien dans les collectivités territoriales que les Français vivent leur quotidien.

A mon poste, je suis en charge de plusieurs grands dossiers. Il y a celui des polices municipales. Même s'il s'agit d'une création récente, on recense déjà plus de 20.000 policiers municipaux qu'il convient d'organiser de manière à ce que les services soient encore mieux structurés et toujours plus efficaces.

Autre dossier essentiel, la question du maintien et de l'adaptation des services publics en milieu rural. Je ne serai pas le ministre qui accompagnera, les bras ballants, le déclin des services publics en milieu rural. Il s'agit non pas de figer le passé, mais d'imaginer les moyens qui permettront demain de maintenir le tissu social sur l'ensemble du territoire. L'exemple de la Poste qui a su faire preuve d'imagination pour mieux répondre aux exigences croissantes d'ouverture et de service est à approfondir.

Nous devons également traiter le dossier important de la fiscalité locale, qu'il s'agisse de la question de l'aménagement de la taxe professionnelle, impôt à l'évidence aujourd'hui bien trop concentré, ou du foncier non bâti. Sur tous ces dossiers, il conviendra de faire preuve de prudence, mais aussi d'imagination.

Enfin, la fonction publique territoriale qui concerne plus d'1,6 million de personnes et près de 68.000 pour la seule région de Bretagne, doit être réformée. Compte tenu de la pyramide des âges et des départs à la retraite inéluctables au cours des dix années à venir - d'ici à 2012, 35 % des fonctionnaires territoriaux atteindront l'âge de 60 ans - nous devons impérativement la rendre plus attractive. C'est peu dire que nous avons du pain sur la planche !


Q - Le dossier le plus difficile que vous aurez à résoudre n'est-il pas celui du transfert aux collectivités territoriales des fonctionnaires de l'Education nationale qui dépendaient jusque-là de la fonction publique de l'Etat ?

R - L'ensemble des transferts, opéré par la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales, concerne 130.000 agents dont 93.000 TOS, c'est-à-dire les techniciens, ouvriers et agents de service des collèges et des lycées. Les lois de décentralisation de 1982 ont attribué aux départements la responsabilité des collèges et aux régions celle des lycées. Qui peut sincèrement s'étonner que soit proposée à ces agents une mise à disposition auprès de ces collectivités ? Le problème réel se pose essentiellement pour les régions qui fonctionnaient jusqu'ici avec des effectifs modestes. Concrètement, cela multiplie le personnel des régions par cinq. Dès ma prise de fonction, j'ai donc rencontré les présidents de régions, dont vous savez qu'ils appartiennent presque tous à l'opposition. Je leur ai fait part de ma préoccupation que la loi soit respectée. Eux m'ont demandé un délai supplémentaire. Je le leur ai accordé et l'association des régions de France s'est engagée à appliquer la loi - je la cite - " sans obstruction ". Voilà une attitude moderne de négociation qui ne suppose pas la victoire de l'un sur l'autre et démontre la volonté de travailler ensemble au service non pas d'intérêts particuliers ou partisans mais de l'intérêt général.

Q - Vous êtes le bras droit politique de Nicolas Sarkozy. L'ambiance majoritaire a été récemment plombée par certaines déclarations (comme celles de Jean-Louis Debré). Cela permet-il au gouvernement de fonctionner normalement ?

R - Par tempérament, je préfère avancer avec les idées claires. Je suis donc heureux d'être dans ce gouvernement, respectueux du président de la République, solidaire du Premier ministre et sous l'autorité amicale de Nicolas Sarkozy. Les défis à relever sont immenses. Il y a naturellement l'emploi. Les premiers signes de l'amélioration de la situation sont apparus, avec 35.200 chômeurs de moins au mois de juin, soit le plus fort repli depuis quatre ans et demi, ainsi qu'une baisse de 2,6 % du chômage des jeunes.

Mais il y a aussi le combat contre l'insécurité qui est l'une des toutes premières inégalités sociales. C'est en effet dans les banlieues défavorisées que les actes de délinquance les plus stupides et les plus répétitifs sont enregistrés. Face à ce défi, Nicolas Sarkozy agit vite et fort. Même le maire communiste de La Courneuve l'a reconnu, saluant son action. N'en déplaise à certains mondains parisiens, cette action rigoureuse et juste sera amplifiée.

Q - Nicolas Sarkozy est non seulement le numéro 2 du gouvernement, mais aussi le patron de l'UMP. N'est-ce pas une source de conflit avec l'Elysée et Matignon ?

R - Dans l'équipe mise en place le 2 juin, chacun est dans son domaine et avance à son rythme. Le gouvernement est en charge de l'action au quotidien. L'UMP a le devoir d'imaginer et de bâtir un projet compréhensible pour demain. C'est donc une grande chance d'avoir Nicolas Sarkozy à la fois au gouvernement et à la tête de l'UMP pour agir concrètement et proposer librement.


Q - On sent monter, contre Nicolas Sarkozy, des critiques qui le présentent comme un caractériel et un " agité ". Cela vous inquiète-t-il ?

R - Ce n'est à l'évidence pas ce que pensent nos concitoyens. Toutes les enquêtes d'opinion montrent que son message est compris. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il s'exprime avec des mots que nos compatriotes utilisent tous les jours, parce qu'il connaît les difficultés quotidiennes rencontrées par les Français et parce qu'il leur propose des solutions et des actions immédiates. C'est cela la méthode Sarkozy. Il vient, il observe, il propose, il décide... et obtient des résultats.

Q - Tout le monde pense d'ores et déjà à l'échéance présidentielle de 2007. Va-t-on, à terme, vers un affrontement Sarkozy-Villepin ?

R - Je connais Nicolas Sarkozy depuis 29 ans. Il a toujours revendiqué sa liberté et n'a jamais craint la concurrence. Connaissant son sens de l'intérêt général, je sais que son seul objectif est de faire gagner, non pas un camp contre un autre, mais la France et les Français. Plus qu'un homme politique, Nicolas Sarkozy est un homme d'Etat. J'ajoute une réflexion personnelle. Depuis que je rencontre régulièrement le Premier ministre, je suis convaincu que la réciproque est vraie.

Propos recueillis par Philippe Reinhard

(Source http://www.u-m-p.org, le 8 août 2005)

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