Tribune de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Libération" le 5 août 2005, en réponse aux critiques de Julien Dray, porte-parole du PS, sur la politique de l'immigration, intitulée "Je ne peux laisser passer". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Libération" le 5 août 2005, en réponse aux critiques de Julien Dray, porte-parole du PS, sur la politique de l'immigration, intitulée "Je ne peux laisser passer".

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'État, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : Dans une interview publiée par Libération le 21 juillet 2005, intitulée "Sarkozy, beaucoup de bruit pour peu d'efficacité" M. Julien Dray utilise le thème de l'immigration, parmi d'autres, pour illustrer cet aphorisme.

Selon le porte-parole du parti socialiste: "Le système actuel est devenu une fabrique industrielle de clandestins et de sans papiers".

Je ne peux laisser passer de tels propos sans réagir. M. Dray a la mémoire courte quand il me donne des leçons de générosité et de droits de l'homme.

Parmi tous les dossiers difficiles que le gouvernement issu des élections d'avril mai 2002 a hérité de "la gauche plurielle", celui de l'immigration était sans aucun doute l'un des plus profondément en friches.

L'un de mes premiers gestes de nouveau ministre de l'Intérieur a été de me rendre sur le site de Sangatte le 23 mai 2002. Ce que j'ai découvert à cette occasion m'a profondément choqué: un centre d'hébergement où 50 000 migrants se sont entassés dans des conditions particulièrement précaires, en vue d'un hypothétique passage en Grande-Bretagne, mis en place dès septembre 1999 par le gouvernement socialiste. Je n'ai eu de cesse, dès lors, de tout mettre en ¿uvre pour obtenir la fermeture de cet espace de non droit où attendaient des hommes, parfois des enfants mineurs, dans un climat de promiscuité, de frustration, et souvent de vive tension.

Le 14 décembre 2002, grâce à mon action, le dernier réfugié quittait le centre de Sangatte, symbole du laxisme, de la cécité et la lâcheté des dirigeants socialistes de l'époque dans ce dossier. Ceux-là mêmes qui ont créé Sangatte veulent donc aujourd'hui me donner des leçons de respect des droits de l'homme et d'efficacité ?

M. Dray a décidément la mémoire courte.

La loi socialiste du 11 mai 1998, dite RESEDA est à l'origine directe de la situation dramatique en matière d'immigration que nous avons connue jusqu'à 2003, et dont l'impact se fait malheureusement encore sentir. La "fabrique industrielle de clandestins et de sans papiers", dont parle M. Dray, la voilà! En bouleversant tout à coup le droit d'asile dans le sens du laxisme et de la confusion (création de l'asile territorial), cette loi a ouvert une brèche profonde dans notre système de maîtrise des flux migratoires. Les demandes d'asile ont explosé en cinq ans, passant de 20 000 en 1997 à 82 000 en 2003, alors que sur la même période, les entrées de demandeurs d'asile s'effondraient en Allemagne, en Grande-Bretagne et presque partout en Europe. Ce qu'il faut savoir, c'est que l'immense majorité des sans papiers qui se trouvent aujourd'hui sur le territoire français - 200 à 400 000 selon certaines estimations, - sont des demandeurs d'asile déboutés des années 1998 à 2003, donc directement produits par la loi RESEDA.

Jamais sans doute dans l'histoire récente de notre pays, les flux migratoires réguliers - en plus de l'asile - n'ont connu une augmentation si rapide et incontrôlée: de 130 000 titres de séjour délivrés en 1997 à 217 000 en 2003. Cette hausse spectaculaire tient principalement à la logique même de la loi du 11 mai 1998 qui a fortement assoupli les conditions d'immigration en France. En cinq ans, de 1997 à 2003, l'immigration familiale a été multipliée par deux, passant de 50 000 à plus de 100 000 personnes; les régularisations automatiques ou "de droit" mises en place par la loi RESEDA (plus de 10 ans de résidence en situation illégale en France, ou pour des raisons personnelles) atteignent un rythme de 20 000 par an; le nombre des étrangers accueillis au titre d'une nécessité médicale, comme le prévoit cette loi, a été multiplié par 10, passant de 450 à 4 500 pendant la même période.

Cette explosion des chiffres, résultat direct de la loi socialiste du 11 mai 1998, soulève bien entendu des questions légitimes dans un contexte de chômage élevé: alors que 10 % de la population active est au chômage, que 20 % des étrangers séjournant légalement en France sont également sans emploi, une augmentation aussi rapide du flux migratoire, non maîtrisée, ne peut que nourrir l'exclusion, la fragmentation de la société française le repli sur soi et le communautarisme.

D'où ma volonté de transformer profondément la politique française de l'immigration, enjeu décisif des années à venir. Je veux d'abord lutter sans relâche contre l'immigration clandestine. La généralisation des visas biométriques, la reconduite à la frontière des migrants en situation illégale, la fermeté à l'égard des pays d'origine des flux illégaux, constituent aujourd'hui des priorités absolues du gouvernement. Puisque M. Dray me taxe d'inefficacité, je voudrais lui rappeler que les reconduites à la frontière de migrants en situation illégale dont le nombre était tombé à 8 000 en 1998 atteindront 23 000 en 2005. J'ai l'intention également de mettre en ¿uvre une politique de régulation quantitative des flux migratoires réguliers en créant des plafonds chiffrés par catégories de titres de séjour afin de passer "d'une immigration subie à une immigration choisie". Alors que l'immigration du travail ne représente que 6 % des flux migratoires vers la France, contre 50 % en Grande-Bretagne, j'ai l'intention de permettre à la France d'accueillir les migrants dont elle a besoin.

Il faut que les Français le sachent: tout ce que nous promet M. Dray en matière d'immigration aujourd'hui, c'est une nouvelle opération de régularisations (après celles de 1981, 1991 et 1997) puisque selon lui, mon "successeur sera obligé de procéder à de nouvelles régularisations". M. Dray indique lui-même le fondement de cette politique en invitant la France à "prendre une part de la misère du monde". Depuis Michel Rocard, qui disait exactement l'inverse en 1990 ("la France n'a pas les moyens d'accueillir toute la misère du monde"), les socialistes français n'ont pas beaucoup progressé dans le sens du réalisme. Rien n'est plus contraire à la générosité que cette idée selon laquelle il faut accueillir toujours davantage de migrants, même si l'on n'a pas les moyens de cet accueil, quitte à priver les pays les plus démunis d'une partie de leurs forces vives et de leur jeunesse. Les socialistes ne l'ont toujours pas compris et ne le comprendront donc jamais. C'est donc aux Français que je m'adresse en proposant une nouvelle politique de l'immigration : les Français, de droite comme de gauche, ont très bien compris, eux, quels sont les enjeux de ce grand dossier.

(Source http://www.u-m-p.org, le 8 août 2005)

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