Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, en hommage aux deux pilotes de canadaire décédés lors d'un incendie de forêt en Corse, Marignane le 5 août 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, en hommage aux deux pilotes de canadaire décédés lors d'un incendie de forêt en Corse, Marignane le 5 août 2005.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'État, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

Circonstances : Obsèques de 2 pilotes de canadair à Marignane (Bouches-du-Rhône) le 5 août 2005 ; accident en Corse le 1er août

ti : Mesdames, Messieurs,


Nous sommes réunis ce matin autour de Ludovic PIASENTIN et de Jean-Louis de BENEDICT, avec leurs épouses, leurs enfants, avec leurs parents, avec leurs amis, avec aussi cette véritable famille que vous représentez vous tous, leurs collègues, pilotes, co-pilotes, mécaniciens et personnels de la base d'avions de la sécurité civile de Marignane. Nous sommes ensemble pour partager cet immense chagrin. Les élus, les préfets de Corse sont ici pour s'associer à cet hommage, je les en remercie.

Nous nous inclinons avec la plus grande gravité devant la mort de ces deux hommes. Ils avaient choisi de vivre le danger au quotidien, dans l'unique souci de protéger les autres. Cela peut paraître ordinaire, mais cela ne l'est pas. Il n'est jamais banal de risquer sa vie, encore moins de la risquer tous les jours, et encore moins de la risquer pour les autres. Leur disparition est un sacrifice qu'ils ont consenti en choisissant leur mission. Ce sacrifice, nous le saluons aujourd'hui comme il doit l'être, avec le plus grand respect. Nous le saluons comme ce qu'il est : l'expression du courage suprême.

C'est toute la Nation bien sûr qui rend hommage aujourd'hui à ces deux hommes, avec sa reconnaissance.

Mais nous sommes des hommes comme eux, et c'est d'abord en tant qu'homme que je me tourne vers leurs familles, pour leur dire ma peine et ma compassion.

Vous, Madame PIASENTIN et vos deux enfants, Olivier et François-Xavier.
Vous, Madame de BENEDICT, et vos deux enfants Pierre et François.

Je vais vous dire la fierté du Ministre de l'intérieur devant le courage de vos époux, de vos pères. Je sais que vous partagez cette fierté. Mais pour l'instant c'est la douleur qui s'est abattue sur vous, et je ne veux pas la minorer. Au contraire, je veux vous dire que je partage ce chagrin, que nous sommes tous autour de vous pour y faire face. Ce ne sont pas des mots, vous le sentez bien, c'est véritablement une communion qui se fait autour de ces deux hommes que vous aimez.

Deux hommes courageux et aussi expérimentés :

Ludovic PIASENTIN, âgé de cinquante ans recruté en 1991 en qualité de pilote d'avions à la base aérienne de la sécurité civile, pilote de Canadair et chef de noria, totalisait près de 10 000 heures de vol, dont plus de 1000 dans le cadre de la lutte contre les feux de forêts.

Jean-Louis de BENEDICT, âgé de cinquante cinq ans, recruté en 1986 en qualité de mécanicien naviguant sur Bombardier d'eau de la sécurité civile, avait été nommé pilote d'avion le 1er octobre 1995, et affecté comme pilote de Canadair.

Il avait rempli de très nombreuses missions de largages, 4326 dont près de 4000 sur feux.

Leur expérience n'a pas pu les sauver. Leur avion s'est disloqué, ce lundi 1er août au matin, à la sortie d'un nuage de fumée, alors qu'ils luttaient contre un incendie qui faisait rage depuis la veille. Une centaine d'hectares avaient déjà été ravagés, soixante pompiers luttaient depuis dimanche avec trois canadairs et un hélicoptère bombardier d'eau. Une enquête approfondie est en cours, et le travail considérable accompli depuis lundi permettra de cerner tous les contours des causes de l'accident. Je veillerai personnellement, lorsque les règles de protection de l'enquête le permettront, à une information personnalisée des familles qui ont le droit de savoir, ainsi qu'à celle de tous les pilotes de Canadair.

Ce feu du 1er août, c'est hélas un scénario que la Corse connaît bien. 10 % de son territoire a brûlé depuis vingt ans. Mais je l'ai dit en allant en Balagne il y a quinze jours exactement : ce n'est en rien une fatalité. Il faut lutter contre le feu avec la dernière énergie, mais il faut avant tout le prévenir. La mise en danger de la vie d'autrui par des mises à feu irresponsables doit donner lieu à une recherche et à une sanction exemplaire des incendiaires. Nous nous y employons, n'en doutez pas. Mais je le dis encore une fois, tout le monde doit nous y aider, doit s'employer à dénoncer, à empêcher ces actes criminels qui sont l'expression suprême de la lâcheté et de l'inconscience. Ne rien faire est se rendre complice de la gravité de ce qui se passe.

Je voudrais dire aussi à tous les combattants du feu aujourd'hui fraternellement réunis, toute l'estime et la reconnaissance de la Nation. Je connais le lourd tribut que vous payez chaque année, j'apprécie à sa valeur votre engagement, je sais ce qu'il représente, nous le réalisons tous ensemble aujourd'hui.

A vous, général Michel Razaire, chef de la base des avions de la sécurité civile, et à tous vos pilotes, copilotes, mécaniciens, techniciens et personnels administratifs, qui vivez ce drame au plus profond de vous-mêmes, je veux renouveler toute ma confiance. Votre compétence professionnelle est unanimement reconnue. Votre mission s'exerce avec une flotte d'avions dont nous cherchons à améliorer sans cesse le format et les qualités opérationnelles. Je puis vous assurer, au nom du gouvernement, que le niveau de vos moyens sera maintenu et encore amélioré.

Malgré le chagrin, malgré l'adversité, je vous le demande, devant leurs familles, continuez de vous rendre dignes de l'exemple donné par Ludovic Piasentin et par Jean-Louis de Benedict.

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 8 août 2005)

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