Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec Europe 1 le 5 août 2005, sur le dossier nucléaire iranien et les négociations avec les Européens, et sur la volonté iranienne de reprendre ses activités nucléaires en dépit de l'accord conclu à Paris en 2004. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec Europe 1 le 5 août 2005, sur le dossier nucléaire iranien et les négociations avec les Européens, et sur la volonté iranienne de reprendre ses activités nucléaires en dépit de l'accord conclu à Paris en 2004.

Personnalité, fonction : DOUSTE BLAZY Philippe.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Q - Qu'est-ce que vous pensez du durcissement de la position de l'Iran depuis quelques jours ? Est-ce que c'est une façon de faire monter les enchères?

R - J'espère que l'Iran va entendre la voix de la raison, qu'elle va se diriger vers la voie de la concertation et du dialogue, qu'elle n'ira pas vers la reprise d'activités nucléaires. Je vous rappelle que nous avions un accord avec l'Iran : d'un côté il suspendait les activités nucléaires sensibles et, de l'autre, nous faisions des propositions ; ces propositions, que je peux considérer ambitieuses et généreuses, nous allons les faire dans les 48 prochaines heures. Elles sont intéressantes car elles ouvrent de nouvelles perspectives pour l'Iran dans ses rapports avec l'Europe comme d'ailleurs avec le reste de la communauté internationale.

Q - Est-ce que vous pouvez déjà nous dévoiler ces propositions de l'Europe ?

R - Ce sont des propositions qui concernent le nucléaire civil, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de refuser à l'Iran le nucléaire civil, nous sommes même prêts à soutenir un programme nucléaire civil, mais, bien sûr, non-proliférant ; ce sont également des accords de commerce et il est tout à fait normal d'avoir des relations fortes avec l'Iran sur le plan commercial, pourquoi pas d'ailleurs dans le cadre de l'OMC.

Et puis, il y aura des accords de coopération dans le domaine technologique et enfin des rapports politiques et de sécurité : nous souhaitons travailler avec eux pour les garanties de sécurité concernant le territoire iranien.

Q - Cela veut dire quoi des garanties de sécurité ?

R - Cela veut dire qu'il est tout à fait normal qu'un pays, dans la mesure où il ne peut pas fabriquer la bombe atomique, puisse demander des garanties de sécurité ; il est normal aussi que les Européens et la communauté internationale se posent cette question - c'est d'ailleurs ce que j'ai dit à Condoleezza Rice, le secrétaire d'Etat américain lorsque je l'ai rencontrée il y a peu de temps - pour essayer de présenter aux Iraniens des garanties de sécurité.

Pour l'instant, évidemment, nous sommes en négociation avec la communauté internationale et les Iraniens. J'espère que nous mettrons à profit les jours qui viennent pour négocier avec eux.


Q - Quand on parle de sécurité de l'Iran, on en vient tout de suite aux Etats-Unis qui ont été menaçants. Pensez-vous que l'Europe peut garantir la sécurité de l'Iran malgré les Etats-Unis ?

R - Il est important, personne n'a intérêt aujourd'hui à voir un nouveau pays se doter de l'arme nucléaire. Il est normal qu'un pays pense à sa sécurité.

Il est anormal aujourd'hui, vu la tension internationale, vu la tension du monde, qu'il se dote de l'arme nucléaire car, au lieu de créer plus de sécurité dans le monde, cela crée au contraire de l'insécurité et j'espère que les Iraniens ne fermeront pas la porte aux négociations.

Q - Il y a des propositions mais, en même temps, il y a toujours cette menace des Nations unies, du Conseil de sécurité des Nations unies.

R - Si vous voulez, cela se passe en plusieurs temps.

Dans un premier temps, il y a eu un accord entre les Iraniens et nous, les Européens, c'est-à-dire essentiellement les Anglais, les Allemands et nous. De manière unilatérale, je ne comprends pas pourquoi les Iraniens ont décidé de sortir de cet accord et de continuer les activités, de poursuivre les activités de conversion nucléaire. Nous leur disons "non, ne le faites pas".

Et, la deuxième étape, c'est de demander à l'Agence internationale de l'Energie atomique, c'est-à-dire une agence onusienne, de dire "Regardons ce qui se passe, réunissons-nous", c'est la réunion extraordinaire des gouverneurs qui aura lieu en milieu de semaine prochaine, pour demander à la communauté internationale dans son ensemble, à l'ONU, de dire à l'Iran "Non, ne faites pas cela". S'ils le font, alors la communauté internationale demandera de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 août 2005)

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