Interview de Mme Nelly Olin, ministre de l'écologie et du développement durable, à France 2 le 25 août 2005, sur les mesures en préparation en matière de sécheresse et de traitement des eaux, sur la privatisation des autoroutes et la diversification des transports. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nelly Olin, ministre de l'écologie et du développement durable, à France 2 le 25 août 2005, sur les mesures en préparation en matière de sécheresse et de traitement des eaux, sur la privatisation des autoroutes et la diversification des transports.

Personnalité, fonction : OLIN Nelly, LECLERC Gérard.

FRANCE. Ministre de l'écologie et du développement durable

ti : Q- La sécheresse, les incendies, les inondations, c'est presque un peu l'été de toutes les catastrophes naturelles. Commençons par la sécheresse, 72 départements touchés. Aujourd'hui il pleut, il pleut même depuis quelques jours déjà dans certaines régions. Est-ce que cela veut dire que l'on va lever les mesures de restriction qui ont été prises ?

R- Non, parce que la seule journée de pluie d'aujourd'hui et même quelques journées de pluie ne suffiront pas à lever les mesures de restriction. Les nappes phréatiques en général se remplissent à l'automne et il faut quand même un suivi important de jours de pluie pour que les nappes soient reconstituées et on n'en est malheureusement pas encore là.

Q- Cela veut dire qu'au contraire, même dans d'autres départements, on va devoir non seulement continuer, peut-être même encore renforcer certaines mesures ?

R- Oui, on a eu une amélioration dans le nord, parce qu'il y a eu quand même un certain nombre, je dirais de jours de pluie sur le Poitou- Charentes, sur la Vendée. [Dans] toute la partie qui va du sud de la Bretagne à la Provence aujourd'hui, il est hors de question de lever les mesures.

Q- Combien de départements seront classés " calamités agricoles " ?

R- Nous le verrons parce que nous allons, premièrement, avoir une réunion avec D. Bussereau et, deuxièmement, le comité Sécheresse que je présiderai le 16 septembre fera, je dirais, le bilan de la situation, et à l'issue de cela je proposerais un certain nombre de mesures au Premier ministre.

Q- Alors, justement à propos de ce bilan, quelle leçon à tirer de cette sécheresse ? Est-ce qu'il faut mieux utiliser l'eau ? Vous aviez un peu déclenché une polémique en disant, notamment sur certaines cultures, le maïs, il fallait peut-être réduire la superficie ?

R- Je crois qu'il ne faut pas que l'on montre du doigt qui que ce soit, parce que personne n'est coupable. Simplement, c'est un effort de chacun qui sera demandé au cours des années à venir. Les années sécheresse 2003, 2004, 2005 nous montrent que nous aurons à nouveau d'autres années. Alors nous avons des mesures à prendre, je pense qu'on a...

Q- Par exemple concrètement, qu'est-ce qu'on pourrait faire ?

R- Ecoutez, on a gommé si vous voulez depuis très longtemps, la récupération des eaux de pluie, qui pourraient servir à l'arrosage. Cela ne suffira pas ; c'est une mini-mesure, mais une mini-mesure ajoutée à d'autres mesures peuvent faire qu'on ira bien mieux dans quelques années. Le problème des stations d'épuration, le recyclage des eaux, que rejettent les stations d'épuration, moi, je vais travailler pour que ces eaux soient utilisées. Il y a eu aussi une polémique pour l'arrosage des golfs. Il n'y a aucune raison qu'on utilise de l'eau potable dans ce genre d'arrosage. Il y a en tout cas, des mesures à prendre, je dirais que l'on va passer cette crise difficile, parce que depuis 1976, on en avait tiré les enseignements, et beaucoup de travaux d'interconnexion avaient été faits. Ensuite, je rappelle que le comité Sécheresse a été mis en place l'année dernière, mais que, surtout, on a anticipé la crise, donc on n'a pas géré une crise en urgence, comme l'ont déclaré certains. On a anticipé la crise puisque les préfets ont quand même pris des arrêtés cadres qui ont permis de limiter l'utilisation de l'eau ou du moins de la gérer de manière économe.

Q- Au niveau de la planète, c'est une nouvelle confirmation du réchauffement de la planète. Est-ce que le moment n'est pas venu de prendre, vraiment de se mobiliser et ne pas en rester au discours...

R- Je crois qu'au-delà des discours, le président de la République et la France a été un des premiers pays à annoncer que nous diviserions par quatre nos émissions de gaz à effet de serre, d'ici à 2050. Donc c'est une politique qui est volontariste et qui aujourd'hui est mise en ¿uvre. Ce que j'ai vu au Groenland est particulièrement inquiétant. La vitesse de fonte je dirais est passée de 5 kilomètres à 14 kilomètres en peu de temps. Et le recul des fronts glaciers aujourd'hui tel qu'à l'île Uchate (phon) où nous étions, a reculé de 8 kilomètres de 2001 à 2003. C'est particulièrement inquiétant. Et puis, cela pose de nombreux problèmes sur les populations Inuits qui ont comme seule ressource la pêche et la chasse et qui vont se retrouver dans de grosses difficultés. Et puis, cela peut faire augmenter le niveau de la mer, ce qui a été le cas d'ailleurs de 20 centimètres et mettre en danger la faune, tels que les ours aujourd'hui qui sont épuisés et qui ne se reproduisent plus.

Q- Alors autre catastrophe de l'été liée également à la sécheresse, les incendies de forêts, c'est une fatalité que chaque année, des milliers, des dizaines de milliers d'hectares partent en fumée ?

R- Je pense que d'abord sur les forêts, il y aura un énorme travail, on le voit au Portugal, le Premier ministre l'a déclaré ce matin, il faut que les forêts soient bien entretenues ce qui est le cas en France. D'autre part...

Q- Ce qui n'empêche qu'il y a quand même des incendies en France ?

R- Oui, mais enfin, je pense aujourd'hui, on a 81 personnes qui ont été déférées devant la justice, parce que ce sont des pyromanes. Je pense que là il faudra être exemplaire dans les sanctions, parce que c'est des choses qui sont tout à fait inadmissibles. D'une part, parce qu'il y a des personnes dont la vie a été mise en danger et des personnes qui sont mortes et d'autre part, détruire un tel patrimoine, c'est inacceptable.

Q- Alors, paradoxalement, la sécheresse et maintenant la crainte des inondations. Ca a commencé dans l'Isère, c'est bien, c'est beaucoup plus grave encore en Europe centrale. La France est prête, des mesures sont prêtes à être prises ?

R- Alors, d'une part la France est prête parce que ce sont des phénomènes auxquels nous avons assisté depuis 2003, régulièrement. D'autre part, moi, je signe une convention avec Météo France dans quelques jours, justement pour gérer en tant que prévisions, les crises, telles que nous allons avoir à y faire face maintenant. Et il faut dire que les terrains sont tellement secs, qu'automatiquement nous avons des risques d'inondations importants.

Q- Une autre polémique de l'été sur la privatisation des autoroutes. Alors vous savez que R. Bachelot qui a été ministre avant vous, a dit qu'en privatisant les autoroutes, le gouvernement faisait un mauvais calcul financier et une erreur écologique, qu'il aurait mieux valu garder les autoroutes dans le giron de l'Etat et puis utiliser l'argent pour favoriser le développement rural ?

R- J'ai beaucoup d'amitié pour R. Bachelot et je crois qu'elle me le rend et donc il n'y aucun problème et aucune polémique entre nous. Mais qu'elle soit rassurée parce que l'AFIT qui est donc cette agence pour les infrastructures va être véritablement dotée et d'une manière tout à fait conséquente. On va passer de 500 millions pratiquement d'euros en 2005 à 770 millions d'euros en 2006. Et le Premier ministre et le gouvernement et bien sûr moi-même sommes très attachés à diversifier les transports et ces enveloppes-là sont consacrées principalement à la diversification telle que les autoroutes de la mer ou les transports fluviaux. Mais en tout cas, réduire les transports routiers et donc changer effectivement notre mode de comportement et améliorer l'environnement.

Q- Donc vous n'êtes pas hostile à la privatisation des autoroutes...

R- Je ne suis pas hostile et puis on ne privatise pas les autoroutes, on privatise les gestionnaires des autoroutes, ce n'est pas la même chose.

Q- Les voitures cette fois-ci, l'envolée des prix du pétrole et de ce fait le bonus de taxes que l'Etat reçoit... Là, c'est madame Lepage encore un autre ministre qui dit que ce bonus devrait là aussi, être utilisé pour favoriser les transports propres ? Il y aura une cagnotte, qu'on utilise cette cagnotte pour le transport ferroviaire...

R- Ecoutez, on a déjà eu des crises du pétrole et des hausses du pétrole. Beaucoup de choses ont été mises en place. On continuera à travailler sur les transports propres. Je pense qu'il ne faut pas systématiquement prévoir des taxes sur tout. L'important, c'est de travailler pour l'avenir, nous avons vraiment du travail pour le changement climatique.

Q- Alors il y a eu encore d'autres polémiques, cet été, qui vous ont concernées, notamment sur la date de la chasse pour le canard, sur les affaires du loup, sur le démantèlement disent les écologistes, de la loi sur l'eau. Le démantèlement de la loi sur l'eau. ..

Q- C'est ce que disent les écologistes en tout cas, les Verts. En tout cas, tout cela a développé l'idée que vous ne connaissez pas bien l'écologie, que vous ne défendez pas vraiment l'environnement, que ce n'est pas votre, finalement votre tasse de thé ?

R- Alors d'abord je voudrais quand même dire une chose, c'est que beaucoup on a eu tendance à oublier que j'ai été pendant plusieurs années présidente de la commission environnement à la région Ile de France. Et je crois que ça, c'est quelque chose qui doit arranger certains pour des critiques. Moi, je ne travaille pas avec les critiques, je travaille dans l'intérêt effectivement de l'environnement et du développement durable et de l'écologie. L'histoire du loup, je me suis appuyée sur le groupe Loup et je pense que ce groupe a fait un travail intéressant et donc je me suis appuyée sur cela. Sur la chasse, je me suis appuyée simplement sur les données scientifiques et je crois que c'était les seules en tout cas qui étaient valables pour savoir si on pouvait ouvrir avant ou pas ouvrir avant. Et je rappelle que le Conseil d'Etat n'a pas encore jugé sur le fond.

Q- Et donc vous défendez l'environnement, d'un mot...

R- Je le défends et je crois qu'on a tous intérêt à le défendre d'ailleurs.

Q- D'un mot, les cent jours bientôt du gouvernement Villepin, le bilan
est positif ?

R- Le Premier ministre a fait un travail remarquable, un travail d'écoute, un travail, une prise de décisions importante, notamment en direction de l'emploi et je dis que cela a été fait avec un grand courage et une grande lucidité.

Q- Entre N. Sarkozy et D. de Villepin, votre c¿ur balance ?

R- Je crois que le Premier ministre est au gouvernement et c'est lui que nous devons suivre aujourd'hui.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 26 août 2005)

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