Interview de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, à "BFM" le 28 juillet 2005, sur l'amélioration de la situation de France Télécom, l'accroissement des investissements des entreprises françaises et le renforcement de l'actionnariat salarié. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Loos, ministre délégué à l'industrie, à "BFM" le 28 juillet 2005, sur l'amélioration de la situation de France Télécom, l'accroissement des investissements des entreprises françaises et le renforcement de l'actionnariat salarié.

Personnalité, fonction : LOOS François, DOZE Nicolas.

FRANCE. Ministre délégué à l'industrie

ti : N. Doze - Contrairement à la fameuse campagne d'Italie d'Edf, est-ce que le Gouvernement a été informé en amont des projets de France Télécom en Espagne ?

R - Oui, bien sûr, quand même.

Q - Vous ne l'avez pas appris par la presse ?

R - Non. Nous avons un représentant au conseil d'administration qui a pris part aux délibérations à chaque étape, et cela s'est fait en transparence. Nous avons approuvé la démarche de l'entreprise, qui a été une démarche managériale.

Q - L'Etat reste effectivement majoritaire dans le capital de France Télécom, en dépit de plusieurs...

R - ...Non, on est à 34 %.

Q - Oui, mais vous êtes le premier actionnaire.

R - Oui, on est le premier actionnaire mais on n'est pas majoritaire.

Q - D'accord. Vous êtes premier actionnaire, vous avez toujours la minorité de blocage, vous allez la conserver au terme de cette opération. Etait-il impératif, nécessaire, de conserver cette minorité de blocage ?

R - A vrai dire, ce n'est pas obligatoire. France Télécom est une entreprise qui n'est pas seule qui fait des télécoms en France, vous avez d'autres opérateurs, le marché est concurrentiel et donc, dans France Télécom, la part de l'Etat s'est réduite progressivement. On peut très bien imaginer qu'elle se réduise encore davantage.

Q - A quel horizon ?

R - Là, cette opération se fera avec une augmentation de capital, donc il y aura une espèce de dilution.

Q - Automatiquement, mais une dilution mesurée quand même.

R - Dilution mesurée, mais nous accompagnons comme cela l'agrandissement de France Télécom, qui est aussi une augmentation de sa valeur. C'est-à-dire que c'est bénéficiaire pour l'actionnaire.

Q - En même temps, les actionnaires de la première heure de France Télécom, aujourd'hui, ont un titre qui vaut moins cher que le jour de l'introduction.

R - Peut-être, mais on n'a pas garanti les cours ad vitam aeternam, ce n'est pas possible.

Q - Estimez-vous que France Télécom a vraiment retrouvé le chemin de la croissance rentable, le chemin de l'équilibre financier ? On a eu des chiffres qui nous sont parvenus il y a moins d'une demi-heure où, effectivement, l'endettement a diminué. On ne s'attendait pas à une aussi grosse opération. D. Lombard, l'actuel patron de France Télécom, avait plutôt laissé entendre que la croissance externe n'était pas à l'ordre du jour, et soudain, voilà que France Télécom réalise le plus gros achat de son histoire depuis la reprise d'Orange.

R - France Télécom était dans un programme qui s'appelait "Ambition 2005", où ils essayaient d'améliorer leurs performances et l'année dernière, ils ont réussi à faire 10 milliards de résultat d'exploitation. Donc, ils ont atteint leurs objectifs, plus vite que prévu, c'est la raison pour laquelle, il y a quelques semaines, D. Lombart a lancé un nouveau plan qui s'appelle le plan "Next", où il y a un certain nombre d'engagements. Dans ce cadre-là, France Télécom était de nouveau à même de saisir des opportunités de croissance qui sont nécessaires. On comprend bien qu'au niveau d'une grande entreprise, avoir une part plus importante du marché européen est une question importante, et donc, avoir une part importante du marché espagnol est très important aussi, et d'associer les différentes activités, c'est très utile. Donc, tout cela, à partir du moment où France Télécom peut le faire et qu'il est opportun aujourd'hui, de se poser la question, il nous a semblé que c'était jouable. La situation est possible parce qu'il y a 10 milliards de résultats d'exploitation l'année dernière.

Q - Vous dites que c'est l'Europe industrielle qui se construit, une Europe des entreprises innovantes et compétitives qui créent la croissance et l'emploi. Est-ce que véritablement, investir dans le GSM en Espagne, c'est aller dans le sens de l'innovation ? Parce que Amena est très peu présent sur le marché du haut débit.

R - Oui, mais France Télécom a toutes les compétences. Je suis sûr qu'ils sauront faire les synergies nécessaires et il y en a beaucoup, des synergies.

Q - On a un peu le sentiment d'une euphorie actuellement. Il y a France Télécom en Espagne, Saint-Gobain et Pernod-Ricard qui regardent du côté de la Grande-Bretagne ; Pernod, c'est fait, Saint-Gobain, c'est en cours, Schneider aux Etats-Unis. Faut-il se réjouir de cet appétit retrouvé des entreprises françaises ? Cela veut-il dire qu'elles commencent à lâcher leurs liquidités, et donc, qu'elles commencent à retrouver le moral et la confiance ?

R - Leurs carnets de commandes remontent, leurs décisions d'investissement remontent, leur moral remonte - c'est dans les journaux de ce matin -, donc je m'en réjouis.

Q - Cela veut dire que l'emploi va repartir, parce qu'on sait bien que c'est l'investissement des entreprises qui crée la croissance et qui crée la relance de l'emploi.

R - Il y a deux sortes d'investissement : il y a l'investissement de productivité, et puis il y a l'investissement de capacité. Donc, aujourd'hui, nous avons beaucoup d'investissement de productivité, c'est-à-dire de la rationalisation qui se fait, qui rend les entreprises plus efficaces et donc plus profitables. Et puis, en même temps, elles voient bien que les marchés, il faut aller les conquérir partout, et cela passe souvent par des acquisitions - notamment pour les très grandes entreprises - par des acquisitions à l'étranger. C'est donc ce que l'on observe, et c'est aussi une menace pour nos entreprises, puisque l'on voit que des groupes étrangers s'intéressent à des entreprises françaises, dont nous avons envie de conserver les sièges sociaux et le pouvoir que cela représente en France.

Q - D. de Villepin donnait hier son deuxième point presse, depuis son arrivée à Matignon, soixante jours après son arrivée aux affaires. Le Premier ministre a mis en avant la nécessité de défendre les intérêts stratégiques des entreprises françaises. Au sujet de cette affaire Danone, n'avez-vous pas le sentiment que l'on est allés un peu vite en besogne, que l'on a crié un peu vite au loup ?

R - D'abord, Danone n'a pas de noyau dur et est susceptible d'être "OPEE" (sic).

Q - On est bien d'accord, mais c'est la responsabilité des dirigeants de Danone, ce n'est pas de la responsabilité du Gouvernement.

R - Bien sûr, tout à fait.

Q - On ne voit pas comment le Gouvernement va pouvoir freiner des appétits des entreprises comme Pepsi, Coca, qui ont des valorisations nettement supérieures à celles de Danone.

R - Tout à fait, c'est pour cela que j'ai toujours dit qu'il ne fallait pas partir sur des rumeurs et que l'on attendait de voir ce que le patron allait dire et faire. Mais il est certain d'un autre côté qu'il y a des entreprises stratégiques qui le sont à divers titres. Par exemple, on peut être stratégique parce qu'on détient des technologies, des compétences qui sont particulièrement importantes pour le pays. On peut être stratégique parce que l'on a un réseau d'influences dans le monde, parce qu'on est devenu une entreprise qui a une part importante de marché mondial. On peut être stratégique pour des tas de raisons. Et cela, nous voulons évidemment le défendre. Nous considérons qu'il est important de le rappeler, parce qu'il est normal qu'il y ait ce souci des intérêts de la France, exprimé dans le domaine industriel.

Q - A propos de la défense des intérêts des entreprises françaises, trouvez-vous normal que des gens qui ont un entregent très important à Paris, un véritable réseau, comme Y. de Chaisemartin, deviennent conseillers de fonds d'investissement américains, comme Carlyle, que l'on sait être un fonds gourmand et toujours à l'affût de bonnes opérations ? Ce n'est pas la première fois que cela arrive, ce n'est pas la première fois que des gens qui ont touché de très très près les affaires en France, et qui connaissent quand même beaucoup de monde, se retrouvent conseillers de fonds américains.

R - On est quand même dans une économie ouverte. Nous entendons défendre ce qui nous paraît stratégique et fondamental pour les intérêts du pays, mais d'un autre côté, c'est parce que nous sommes en économie ouverte que nous pouvons acquérir des parts de marché dans le reste du monde, que nous pouvons bénéficier de la croissance du reste du monde, lorsque la France n'a pas cette croissance. Par conséquent, cette ouverture est nécessaire et elle se poursuit. Mais même temps, cela ne nous empêche pas, tout ouverts que nous sommes à ma compétence et aux capitaux, nous sommes également soucieux de préserver ce que sont les points forts et les pouvoirs de décision qui existent dans notre pays. Ensuite, les gens qui connaissent les entreprises travaillent évidemment avec elles.

Q - On évoque le renforcement de l'actionnariat salarié, également des fonds de pension à la française, pour multiplier les remparts anti-OPA. Selon vous, est-ce que la solution est là ?

R - C'est un élément de la solution, puisque si on veut structurer le capital, un chef d'entreprise peut faire appel à des actionnaires de référence, constituer des noyaux durs. Tout cela peut se faire avec des grands groupes, des sociétés d'assurance, avec des gens de la profession qui ont une proximité dans leur activité. Mais cela peut aussi se faire et cela doit aussi se faire, à mon sens, avec l'actionnariat salarié, et nous souhaitons que plus d'actionnariat salarié soit possible. C'est la raison pour laquelle, dans la loi de finances 2005, c'est-à-dire que c'est applicable dès maintenant, des mesures ont été prises pour le permettre. Si nous trouvons de bonnes mesures supplémentaires que l'on peut adopter pour renforcer cet actionnariat salarié, nous le ferons.

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 3 août 2005)

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