Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, à RTL, le 29 juillet 2005, sur la liberté de la presse, le 60ème anniversaire du festival d'Avignon et la chaîne d'information internationale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, à RTL, le 29 juillet 2005, sur la liberté de la presse, le 60ème anniversaire du festival d'Avignon et la chaîne d'information internationale.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti : R. Arzt - Si on regarde votre emploi du temps aujourd'hui, on voit que vous êtes au Trocadéro, à Paris, pour rendre hommage aux journalistes disparus ou décédés au cours de leur mission.

R - Oui, j'ai choisi l'année dernière - c'est donc la deuxième année consécutive - le 29 juillet, jour de la grande loi sur la liberté de la presse.

Q - ...En 1881.

R - Absolument. De rendre hommage à ces combattants pour la liberté que sont les journalistes qui partent à l'étranger, dans des zones de conflit, tout simplement pour honorer et illustrer le devoir d'informer. Et donc, il faut se souvenir que c'est un métier dangereux. Que malgré aujourd'hui les illusions de l'information en direct grâce à Internet, s'il n'y a pas des témoins directs, qu'il s'agisse des cameramen, des photographes, des journalistes de presse écrite, de radio et de télévision, directement, sur le terrain, pour authentifier, pour analyser, pour contredire, pour décortiquer, la liberté d'expression n'existe pas. Et donc, c'est un coup de chapeau à ceux qui ont disparu tout au long de cette année.

Q - Il y en a combien ?

R - Cinquante-trois sont morts pendant l'année qui vient de s'écouler et 107 ont disparus ou sont emprisonnés. C'est un élément, je crois, important de montrer encore une fois que dans notre pays, comme sur le plan mondial, rien ne vient du hasard. Si on veut qu'il y ait la liberté d'information, il faut qu'il y ait le pluralisme de la présence des journalistes.

Q - Autre sujet : le prestigieux Festival d'Avignon. C'est inquiétant le tollé qu'il y a eu cette année ou bien vous considérez que c'est bien de faire de la provocation contre la bourgeoisie ?

R - Vive la liberté d'expression ! Cela veut dire que si aujourd'hui, dans notre pays, la culture, les spectacles, la création ne sont pas des éléments détonateurs et qui déclenchent des discussions, alors je crois qu'on faillirait à notre vocation. La France est la première destination touristique mondiale. Si elle l'est, c'est grâce à ses 700 festivals qui, pendant l'été, offrent une palette extraordinaire de spectacles. Avignon a été une grande réussite.

Q - Cette année ?

R - Avignon a été cette année une grande réussite, parce qu'il y a eu un très grand nombre de spectateurs et qu'il y a eu une grande diversité de spectacles. J'ai entendu un texte d'A. Césaire, écrit en 1939, magnifiquement interprété par un acteur antillais de manière exceptionnelle, Trintignant, la danse, J. Fabre...

Q - Donc, l'an prochain, il faut que cela se passe de la même façon, tout va bien ?

R - L'année prochaine, nous allons fêter la 60ème édition du Festival d'Avignon.

Q - Un anniversaire important.

R - Et donc, c'est quelque chose de très important. J'ai annoncé, je considère que c'est ma vocation de faire en sorte que chacun se sente réunifié ou réconcilié. S'il y a des gens qui se sont exclus, il faut qu'ils se sentent accueillis. Je crois que c'est quelque chose de très important, et donc, je veillerai avec le directeur du Festival, avec celui qui à la charge de la programmation, ça ne sera pas "les uns contre les autres", mais "les uns avec les autres", parce que je crois que c'est un très beau symbole.

Q - Donc, vous allez regarder de près la programmation ?

R - Avignon, c'est le symbole de la création et je souhaite que pendant la période actuelle, il n'y ait pas antagonisme entre le répertoire, le patrimoine et la création, donc cette unité est nécessaire.

Q - Où en est exactement le projet de chaîne d'information internationale, qu'on appelle C2I ? Cela traîne, visiblement.

R - Non, cela ne traîne pas. Si vous voulez, il y avait tout un calendrier nécessaire, parce que vous savez très bien qu'il fallait poser un certain nombre de questions au niveau européen sur ce projet français. L'accord de l'Union européenne est quelque chose de très important. C'est une nécessité stratégique. L'objectif, c'est quoi ?

Q - D'avoir une information en français.

R - Non, justement, l'objectif n'est pas la francophonie, n'est pas la diffusion de la langue française, ça, TV5 le fait de manière remarquable, RFI, l'AFP... Je crois que ce qui est très important, c'est la diffusion en langues étrangères dans les zones de cicatrices, dans les pays vis-à-vis desquels nous avons à nous faire comprendre, d'une grande chaîne d'information, libre, évidemment, qui réunisse et qui rassemble un certain nombre de synergies.

Q - L'idée que cette chaîne puisse être à la base avec TF1 et France Télévisions, ça reste bon ?

R - Il y a un nouveau Premier ministre, et donc cette question est de nouveau sur sa table. Nous serons donc amenés, dans les semaines qui viennent, à boucler de manière définitive le dossier. Ce qui ne fait pas débat, c'est la nécessité, tout simplement, que la démocratie, que la liberté de l'information, dans toutes les langues étrangères, rayonnent de par le monde. Et de ce point de vue, je pense que D. de Villepin a une passion personnelle, légitime, pour faire en sorte que la démocratie française s'exporte.


Q - Est-ce que le changement de Premier ministre a profondément changé l'ambiance et le mode de travail au Gouvernement ?

R - Nous sommes attelés à cette tâche extraordinaire de réconcilier les Français avec la politique, avec l'efficacité, avec la maxime de résultats qui pèse sur nos épaules. Nous sommes dans une période de violence. Nous sommes le contraire d'une période de consensus, parce que vous voyez bien les affrontements à caractère politique, culturel, religieux, social.

Q - On voit aussi des affrontements entre N. Sarkozy et D. de Villepin. Ils pourront s'entendre longtemps ?

R - Évidemment ! Nous sommes une équipe. Ce qui compte aujourd'hui, c'est que chacun soit à la tâche, c'est qu'on soit une addition d'énergies, c'est que dans cette période difficile, nous ayons le goût, la volonté de nous battre pour notre pays et pour nos concitoyens. Si nous commençons de manière prématurée des espèces de luttes fratricides qui n'ont strictement aucun intérêt, ce sera le meilleur moyen que les Français se détournent définitivement des hommes politiques. Le Premier ministre, chacun de ses ministres, nous avons la passion de l'action, nous partons du coeur de la réalité, des difficultés pour essayer de les transformer. Bataille de l'emploi : chacun dans notre domaine nous essayons de la mener. Si le Louvre et Versailles ont ré-accueilli des tournages, si les images françaises rayonnent de par le monde et donnent le goût de notre pays, ce n'est pas le fait du hasard. Et donc, chacun doit s'atteler à cela. De ce point de vue, nous sommes tous mobilisés.

Q - Le Grand Palais, ce vaste espace d'exposition près des Champs-Élysées, a été totalement rénové ; comment va se passer sa réouverture ?

R - Un phare exceptionnel se rouvre. Une date à retenir pour chacun de nos auditeurs : le 17 septembre, à l'heure du déjeuner, le Grand Palais rouvre ses portes. Il va y avoir pendant deux semaines, de midi à minuit, un immense "son et lumière" gratuit. Que chacun redécouvre ce lieu, c'est un transmetteur d'énergie. Dans cette période où les gens redoutent les troubles identitaires, les délocalisations, la perte d'influence de notre pays, c'est un rayonnement mondial que la réouverture du Grand Palais.

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 4 août 2005)

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