Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la photographie et le photo-journalisme, les nouvelles technologies et la certification et l'authentification des sources photographiques, Perpignan le 30 août 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur la photographie et le photo-journalisme, les nouvelles technologies et la certification et l'authentification des sources photographiques, Perpignan le 30 août 2005.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : 17ème édition de Visa pour l'image à Perpignan le 30 août 2005

ti : Madame la Ministre, chère Anne-Marie Couderc,
Monsieur le Sénateur-Maire, cher Jean-Paul Alduy,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,


Je suis très heureux de vous retrouver, à Perpignan, pour la 17ème édition de ce grand rendez-vous entre le photo-journalisme et le public, mais aussi les partenaires du festival et les élus que vous êtes, que nous sommes, qui savent combien une telle manifestation contribue au rayonnement, à l'ouverture et au développement d'une cité, d'un territoire, d'une région.

Oui, Visa pour l'Image est d'abord une formidable ouverture sur le monde, proche ou lointain, qui nous entoure, sur ses réalités, souriantes ou malheureuses, sur ses évolutions, sur ses fractures, sur ses violences.

Visa pour l'Image nous invite, non pas à rêver le monde, ni à le subir, mais à le regarder, à croiser nos regards et ceux des photographes, dont le travail quotidien est au sens propre, de nous ouvrir les yeux, sur une actualité souvent tragique cette année, de l'Irak au tsunami en Asie, aux guerres civiles, aux famines. Mais aussi sur l'humanité, sur les passions, sur les actions de nos contemporains.

Oui, Perpignan, c'est un festival pas comme les autres, qui est avant tout une halte propice à la réflexion, une pause bienvenue, un arrêt sur image, que seuls permettent la photographie et les photo-journalistes. Il est vrai que certaines de leurs images sont plus que des images, ce sont de véritables reportages, des documents qui mettent en perspective, qui donnent de la profondeur de champ, qui éclairent notre vision souvent obscurcie du flux du mouvement sans cesse plus rapide des images et des sons qui défilent sur nos écrans chaque jour, chaque heure, chaque minute.

De ce point de vue, les nouvelles technologies de la société de l'information ne peuvent être une menace pour l'exercice de vos métiers, mais l'outil de renforcement de la certification de l'authenticité des sources.

Et je tiens à rendre hommage, ici, avec vous, au talent, au courage, à la liberté de ces témoins qui parcourent le monde, jusque dans ses terrains les plus dangereux, pour nous informer, pour nous alerter, pour nous rapporter ces images. L'an dernier, j'avais dédié cette inauguration à nos journalistes otages en Irak. Ils sont aujourd'hui heureusement libérés. Mais je sais les risques et les menaces qui pèsent sur le travail des photographes, en particulier dans les zones où les guerres, les conflits, les haines, les intérêts, leur font courir de grands dangers, pour notre liberté. Car, en exerçant leur métier, leur devoir d'informer, c'est aussi notre liberté qu'ils défendent.

Je ne méconnais pas les sujets qui font la complexité de vos métiers, le juste équilibre entre le respect de la vie privée et le nécessaire droit à l'information du public, l'importance du pluralisme des sources d'information que sont notamment les photos et leur protection, sans oublier la question des droits qui permettent la juste rémunération d'un travail. La démocratie ne peut se passer de la liberté des photographes de presse et des journalistes à exercer leur métier librement.


Ce festival est une formidable source d'informations et d'émotions. C'est sans doute ce qui explique son immense succès, qui attire un public très large, mais qui intéresse aussi les professionnels du monde entier : plus de 300 professionnels accrédités, 250 agences et plus de 50 pays représentés, 1000 photographes et 250 journalistes du monde entier participent à la semaine professionnelle. Un tel succès est aussi le fruit de l'engagement de tous ceux qui le rendent possible. Et je veux rendre hommage à tous les partenaires publics et privés qui se sont mobilisés depuis seize ans, pour faire de Visa pour l'Image le rendez-vous incontournable qu'il est devenu.

L'Etat se tient et se tiendra à vos côtés pour consolider son soutien et je vous garantis que les regrettables considérations partisanes et arbitraires constatées ne viendront pas porter atteinte à la pérennité d'un festival qui contribue grandement, non seulement à l'animation et au rayonnement de cette région, qui a, tout au long de son histoire, toujours été ouverte sur le monde, mais aussi à sa propre image. La fertilité et l'addition des énergies, des passions, des enthousiasmes, qui ont fait de Perpignan une référence mondiale ne faibliront pas. Vous pourrez compter sur mon soutien sans faille.

Je vous remercie.

Je viens de parler de passion. J'aurais pu aussi parler de générosité, de savoir, et d'aventure. Et je tiens à rendre ici hommage à celui qui a osé lancer cette aventure et a relevé le pari de créer, en 1989, Visa pour l'Image, à Perpignan, pour en faire la plus grande manifestation au monde de photo-journalisme.

Cher Jean-François Leroy,

Oui, c'est ici, à Perpignan, à l'orée du 17ème Visa pour l'Image dont vous êtes le maître d'¿uvre incontesté, qu'il me semble naturel de distinguer, au nom de la France, votre carrière et votre engagement en faveur du photo-journalisme.

Je rappelle que vous êtes né à Paris, le 8 octobre 1956, d'un père financier et d'une mère qui veillait au bien-être de ses quatre filles et de son seul fils qu'elle adorait.

Vous entreprenez des études classiques à Saint Jean de Passy, puis à Gerson, puis dans de nombreux établissements où vous testez votre sens aigu de la liberté, quand bien même elle doit être rebelle à toute autorité ¿

Vous hésitez à préparer un baccalauréat scientifique pour devenir chirurgien, ou littéraire pour vous engager dans le journalisme.

Bachelier en 1974, après avoir traité avec brio le sujet de philosophie " Qu'est ce qu'un être normal ? " vous poursuivez cette réflexion et, après avoir suivi brièvement des études de médecine, vous préparez une licence de philosophie.

Marié en 1976, le métier de journaliste vous attire toujours autant et vous passez brillamment le concours du Centre Français du Journalisme. Toutefois, l'observation d'un grand reporter du Figaro qui vous interroge sur vos projets d'avenir et votre souhait de devenir rédacteur en chef de L'Echo du betteravier, vous fait quitter le Centre et tenter votre chance comme pigiste à Libération pendant un an, où vous avez la joie de voir publier votre premier article sur Loutereuil, peintre anarchiste avec lequel vous vous sentez en harmonie.

Vous poursuivez vos gammes comme pigiste, notamment à La Vie, 20 Ans, Vogue tout en apprenant la photographie, avec Lucien Scoupe, photographe au nom prédestiné, à La Vie Catholique.

En 1979, sur une audace qui vous a conduit à envoyer au directeur de Photo-Reporter un commentaire critique sur le dernier numéro de cette revue, vous êtes immédiatement engagé par la publication.

Vous rejoignez ensuite Photo-Revue et Photo-Magazine, que vous quitterez en 1988.

Dominique Issermann vous engage aussitôt comme agent, confiante dans votre intelligence, votre sens de l'initiative et votre courage.

Puis, 1989 sera votre année puisque vous organisez, avec Yann Arthus-Bertrand, ces 3 Jours en France qui célébreront le cent cinquantenaire de la photographie avant de produire, en septembre, la première édition de Visa pour l'Image.

Peut-on dire que vous pressentez le succès de la manifestation qui, cette année-là, outre le public régional, réunit 123 accrédités, 7 agences et 2 pays représentés (la France et l'Italie) ?

Formé à l'école de Roger Thérond, qui vous conseille de passer outre les critiques excessives, en remarquant : "Tant que tu déranges, c'est que tu es bon", vous avez démontré, depuis 17 ans, une très grande force de caractère pour donner la parole aux photo-journalistes, aux agences, aux éditeurs, et aux laboratoires.

Fidèle à votre équipe parisienne et perpignanaise, vous forcez aussi l'admiration de vos proches et de tous les professionnels, qui reconnaissent votre compétence exceptionnelle dans le domaine du photo-journalisme, votre attention innée aux autres et votre liberté de ton et de parole.

Vous avez fait de Visa pour l'Image un événement culturel et médiatique sans précédent, un label reconnu et un forum où, au-delà même de la fréquentation et du programme, on vient régler des problèmes et préparer le futur. Vous dites qu'on parle beaucoup du devoir de mémoire et c'est bien, mais que l'on devrait aussi parler du devoir de voir, de regarder toutes ces images de notre monde. Vous avez su fédérer le public, les professionnels, les élus, les responsables politiques, économiques et sociaux, autour de cette ambition nécessaire à notre temps : ouvrir les yeux.

Jean-François Leroy, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de l'ordre National du Mérite.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 31 août 2005)

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