Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, à RMC le 12 septembre 2005, sur la santé du président de la République, la 60e assemblée générale de l'ONU, les mesures adoptées pour atténuer les effets de la hausse des prix du pétrole, le plan d'urgence pour l'emploi, le contrat "nouvelles embauches" et le projet de réforme fiscale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Dominique de Villepin, Premier ministre, à RMC le 12 septembre 2005, sur la santé du président de la République, la 60e assemblée générale de l'ONU, les mesures adoptées pour atténuer les effets de la hausse des prix du pétrole, le plan d'urgence pour l'emploi, le contrat "nouvelles embauches" et le projet de réforme fiscale.

Personnalité, fonction : VILLEPIN Dominique de, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre

ti : Q- D. de Villepin vient d'arriver, de s'installer sur mon fauteuil d'ailleurs, je lui ai laissé l'honneur.

R- C'est très très impressionnant, heureusement que vous êtes à mes côtés.

Q- D. de Villepin va vous parler - je m'adresse à tous les auditeurs -, vous allez lui parler le plus naturellement du monde, dialogue direct, face à face, sans artifice, sans complaisance. Vous savez que nous aimons, sur RMC et vous avez l'habitude de dire ce que vous pensez. [...] Nous avons reçu de nombreux mails depuis jeudi, continuez sur Internet et appelez lez 32 16, ne perdez pas de temps ! D. de Villepin, bonjour ! Pourquoi avoir accepté ?

R- D'abord le plaisir d'être avec vous, ce qui est important pour un lundi matin et le plaisir d'être avec l'ensemble des auditeurs et de répondre à leurs questions. C'est une chance que de pouvoir directement répondre aux préoccupations de nos compatriotes.

Q- Je vais commencer avec des questions d'actu : oui ou non, le président de la République est-il capable aujourd'hui d'exercer pleinement ses fonctions ?

R- La réponse est oui. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises tout au long de la semaine, j'ai travaillé avec le Président samedi et dimanche pour la session des Nations unies qui s'ouvre au milieu de la semaine et je peux vous dire que le Président est tout à sa tâche.

Q- Est-il vrai qu'il pourrait rencontrer la presse d'ici une dizaine de jour ?

R- Je n'ai pas d'information particulière. Le président de la République rencontre ce matin le Premier ministre indien, c'est une visite importante compte tenu des relations stratégiques du partenariat qui existe entre nos deux pays. Il sera amené à faire un point presse à la suite de cet entretien et nous aurons demain, de façon anticipée, demain mardi, le Conseil des ministres, moyennant quoi, je pourrai partir après avoir participé au salon SPACE, qui a lieu à Rennes, au salon de l'élevage, juste après ma participation au salon de l'élevage, je rejoindrai New York.

Q- Est-ce qu'il vous a parlé du canular de mercredi dernier, à l'occasion du match de foot ?

R- Non, nous ne l'avons pas évoqué.

Q- Vous partez à New York, pour l'ONU : est-ce que la France va demander l'entrée de nouveau membres permanents au Conseil de sécurité ?

R- La France le souhaite, parce qu'il est important que le Conseil de sécurité puisse être le plus représentatif possible. Et donc, que tous les Etats qui ont leur place dans ce Conseil de sécurité puisse en faire partie. C'est pour cela que nous soutenons l'entrée du groupe des Quatre, à la fois l'Inde, le Japon, l'Allemagne et j'en oublie un... Et le Brésil ! Ce sont les quatre pays que nous soutenons. Et plus le Conseil de sécurité est représentatif, plus les décisions qu'il prend sont susceptibles d'être appliquée. Vous voyez donc que l'enjeu est important.

Q- Avec les Etats-Unis et la Chine qui s'opposent à cet élargissement ?

R- C'est un travail de fond, parce que chaque Etat, chaque grande puissance a ses propres intérêts à défendre. Il se pose un problème spécifique qui est celui de la représentation de l'Afrique. Les pays africains ont bloqué une solution qui aurait pu être trouvée dans les prochaines semaines, et c'est pour cela que nous souhaitons, d'ici à la fin de l'année aboutir. Mais quel pays pourrait représenter l'Afrique ? C'est aussi un enjeu important. Nous pouvons jouer sur un clavier de solutions, puisqu'il y a, à la fois, les pays qui pourraient être membres du Conseil de sécurité à titre permanent, avec un droit de veto ou sans droit de veto. Donc, là, il y a une gamme sur laquelle on peut jouer et qui peut permettre d'aboutir rapidement.

Q- Quelles grandes idées allez-vous développer à New York ?

R- La grande idée, c'est le combat que mène le président de la République en faveur d'u développement, et ce sera au c¿ur des rencontres à New York, et c'est la proposition qu'a faite le président de la République d'une nouvelle contribution au financement du développement, une taxe sur les billets d'avions, qui pourrait permettre pour les Etats qui le souhaitent, d'apporter de nouveaux moyens substantiels aux pays en voie de développement. Nous le savons, l'aide au développement est insuffisante, elle n'est pas à la mesure des enjeux. Nous souhaitons apporter une contribution exceptionnelle, et en particulier pour la lutte contre la pauvreté, pour la lutte contre les grands fléaux, tels que le Sida ou la tuberculose. Il y a là un élément très très fort je crois de la mobilisation internationale. La France, avec d'autres grands Etats, il y a un groupe de six pays - où l'on retrouve le Brésil, le Chili, la Grande- Bretagne, qui a d'ores et déjà dit qu'elle était prêt à participer. C'est une décision importante et nous souhaitons que beaucoup d'autres rejoignent ce groupe de pays.

Q- Une question politique. N. Sarkozy, qui déclare : "je ne céderai pas, ce sont les militants de l'UMP qui désigneront le candidat soutenu par le parti en 2007". Etes-vous d'accord
avec lui ?

R- Je suis gaulliste, nous ne sommes pas dans le temps des élections présidentielles, donc je ne souhaite pas m'avancer sur ce terrain. Je suis tout à l'action et au service du Gouvernement. C'est une tâche difficile, je souhaite que ces vingt mois puissent véritablement nous permettre d'avancer dans la voie de la modernisation de notre pays. Comme gaulliste, ma conviction est que l'élection présidentielle c'est la rencontre entre un homme et un peuple. Je crois que les partis ont un rôle à jouer pour l'expression des suffrages. Mais dans le cadre de l'élection présidentielle, c'est d'abord une rencontre.

Q- J.-J. Bourdin : Pour la première fois, un Premier ministre seul avec
vous au micro de RMC. Bourdin And Co avec D. de Villepin. Je
vais vous laisser avec les auditeurs de RMC qui ont vraiment plein
de questions à vous poser.

R- Bonjour. je suis D. de Villepin et je souhaite ce matin dialoguer avec vous en toute liberté, avec l'aide de J.- J. Bourdin bien sûr...Tout de suite, nous commençons avec Jean-Pierre.

Jean-Pierre, bonjour.

Q- Question d'un auditeur - Jean-Pierre : Vous êtes notre Premier ministre, je me demande comment vous avez pu accepter une telle fonction, alors que vous ne vous êtes jamais présenté à une quelconque élection, et donc vous n'avez aucune expérience du suffrage universel. Et je me permettrai d'ajouter que cela dénote, à mon sens, une singulière conception de la démocratie, voilà ma question.

R- La réponse est simple : dans la démocratie et dans la République qui est la nôtre, et cela a été vrai tout au long de la Vème République, c'est le président de la République - c'est l'esprit de la Constitution et c'est la lettre de la Constitution - qui choisit le Premier ministre. Et il est arrivé que le président de la République choisisse quelqu'un qui n'a pas d'expérience du suffrage universel, pas du tout, c'était mon cas, c'était le cas de G. Pompidou. Ce qui compte et ce qui est la clé dans nos institution, c'est la confiance entre le président et le Premier ministre, et donc c'est le corollaire de la question que vous me posez. Si j'ai accepté c'est parce que j'ai estimé que dans cette période, c'est-à-dire à quelques deux ans de l'échéance présidentielle, il y avait un formidable effort pour moderniser notre pays, et j'ai considéré que cette mission était essentielle. Et c'est pour cela que j'ai accepté de relever ce défi.

Q- Question d'un auditeur - David : Oui, bonjour Monsieur le Premier ministre. Vous qui avez présidé le dernier Conseil des ministres, et qui allez représenter le chef de l'Etat à l'ONU, êtes-vous également oui ou non candidat aux prochaines élections présidentielles ?

R- Très franchement David, c'est une question que l'on m'a posée sous bien des formes, et ma réponse est invariable. La question ne se pose pas, je ne me la pose pas pour une raison simple, c'est que le président de la République m'a confié une mission ; cette mission, c'est celle du gouvernement de la France dans une période qui est difficile, chacun le sait. Les Français se heurtent au quotidien à beaucoup de difficultés. Donc, je suis tout entier à ma tâche, et la question de ces élections n'est pas dans mon esprit ;

Q- Question d'un auditeur - Jérôme : Je parcours 120 km par jour pour mon travail, je dépense 200 euros de carburant par mois pour un salaire net de 900 euros. Comment faire pour vivre, sachant que je gagnerai presque autant en percevant le RMI ?

R- C'est évidemment une situation difficile, qui se pose à beaucoup de nos compatriotes, et c'est ce que nous avons voulu prendre en compte dans notre programme énergétique. Nous voulons à la fois, faire en sorte que la réduction de la consommation, que cet encouragement que nous donnons à la baisse de la consommation puisse vous aider à mieux boucler les fins de mois. Nous avons fait le calcul que 10 km/h en moins sur autoroute, cela pouvait atteindre une réduction du budget de 100 euros par mois, donc c'est un élément significatif. Et puis nous voulons avancer dans la voie d'un ticket transport ; c'est ce que j'ai annoncé : permettre à l'ensemble de nos automobilistes, sur tout le territoire français - et pas uniquement en Ile-de-France où l'on rembourse le transport collectif à travers la carte Orange pour tout ou partie - leur permettre justement de déduire de leur barème des impôts, un certain montant kilométrique correspondant à leur trajet de travail. Donc ça, c'est un objectif que nous nous fixons sur le plan fiscal, pour ce qui nous concerne. Et nous souhaitons naturellement que les entreprises puissent faire un effort de leur côté. Donc ça, c'est la politique sociale des entreprises, pour mieux intégrer ce surcoût qui se pose pour chacun de nos compatriotes. Par ailleurs, l'augmentation de la prime pour l'emploi viendra soulager pour une part, puisqu'en 2006 il y aura une augmentation de près de 50 % de cette prime ; donc ce sera aussi un élément qui permettra de soulager cette fracture énergétique. Et puis, vous le savez, c'est, non pas pour la route mais pour la cuve de fioul, qu'un effort exceptionnel de 75 euros sera fait, d'ores et déjà le système est mis en place, on peut adresser ces formulaires aux perceptions et vous serez remboursé de 75 euros pour le montant du remplissage de votre cuve.

Q- Question d'un auditeur - Rénan (phon) : Ma question est simple, si le prix du pétrole devait repartir à la hausse, seriez-vous capable de baisser les taxes, même de geler le prix des carburants, sinon comment votre politique sociale peut être crédible ?

R- C'est une question très délicate. On a beaucoup réfléchi avant de proposer aux Français une solution, car effectivement le bon sens dans un premier temps pourrait nous conduire à une réduction des taxes, qui sont importantes, vous le savez, sur le litre de pétrole. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'à mesure que le prix du pétrole augmente, la consommation diminue, ce qui veut dire, en particulier pour la TIPP qui est assise sur le nombre de litres consommés, que l'importance de ces taxes n'est pas aussi grande qu'on peut le penser, parce que la réduction vient compenser justement cette augmentation du prix. Alors ce n'est pas vrai pour la TVA qui, elle est assise sur le prix ; donc là il y a une augmentation de la TVA, mais vous le voyez, la baisse de la TIPP vient compenser la hausse de la TVA. Donc, nous n'aurons pas vraisemblablement une augmentation considérable au total de ces taxes. Alors on pourrait agir sur les taxes. Le fait de rentrer dans ce que certains ont proposé, en particulier les socialistes, la TIPP flottante aurait été d'une certaine façon un encouragement à maintenir la même consommation de pétrole. Notre conviction, c'est que nous devons rentrer dans l'ère de l'après-pétrole, et donc chacun d'entre nous doit intégrer, dans son comportement, ce changement-là, et donc diminuer sa consommation, adapter sa consommation. Notre économie doit d'ores et déjà prendre ce tournant. Donc, c'est la raison pour laquelle, nous avons choisi de maintenir le système tel qu'il est, en essayant d'accompagner ceux qui souffraient le plus, les Français les plus défavorisés, mais aussi les professions qui font face à de vraies difficultés - je pense actuellement aux agriculteurs, aux marins pêcheurs, aux chauffeurs de taxi. Donc là, nous allons apporter des réponses pour chacun, de façon à leur permettre de passer ce cap difficile. Par ailleurs, nous voulons inciter les entreprises pétrolières à s'adapter, c'est-à-dire à faire une ristourne ; c'est ce qu'elles ont fait de plusieurs centièmes d'euro, ce qu'elles ont d'ores et déjà fait. Mais nous voulons aller plus loin et qu'elles participent véritablement à cette mutation économique, et donc qu'elles puissent investir à la fois pour favoriser les économies d'énergie, et en même temps encourager le développement durable, les énergies renouvelables. Donc vous voyez, il y a derrière un véritable choix économique, un véritable choix de société, et le Gouvernement est très engagé dans ce domaine.

Q- Question d'un auditeur : Je vous remercie d'avoir pris mon appel. Je me présente : Jean-Yves, 39 ans, agriculteur et entrepreneur agricole. Récemment, D. Bussereau, lors d'un déplacement, a évoqué des mesures qui seraient prises pour les agriculteurs concernant le carburant, pour palier à cette hausse. Quelles vont être ces mesures concrètement s'il vous plaît ?

R- J'annoncerai ces mesures demain, puisque je participerai au SPACE qui est le salon de l'élevage qui se tient à Rennes. Nous voulons prendre en compte la situation particulière des agriculteurs. Les agriculteurs, si on compare leur situation avec d'autres catégories, sont dans une difficulté particulière, ils ne peuvent pas répercuter la hausse du prix du pétrole, il faut donc leur apporter un soutien spécifique. Et nous allons le faire à travers des aménagements, notamment de la TIPP. Donc, il y a là un effort très particulier, et je serai amené à le rendre public demain matin.

Q- Question d'un auditeur - Philippe : Je voulais vous avoir afin de vous parler de l'emploi des seniors ou plus exactement, des difficultés que ceux-ci rencontrent pour retrouver un emploi, ce qui est mon cas puisque cela va faire presque trois ans que je suis au chômage, alors que je suis cadre commercial considéré comme très performant, et malheureusement je ne retrouve pas de poste. C'est un problème qui concerne plus de 100.000 cadres, puisque j'étais cadre au préalable, et on est dans une situation - après avoir tout essayé - le réseau, les associations de cadres, l'ANPE, l'APEC, enfin tous les organismes, et en se donnant sur le terrain notamment dans le cadre d'associations. On n'arrive pas, la plupart du temps, à faire évoluer la mentalité des chefs d'entreprise, et à faire que ceux-ci reprennent confiance dans les cadres seniors.

R- C'est un problème qui se pose avec une particulière acuité dans notre pays, et vous le vivez douloureusement, je le comprends bien, au quotidien. Cette question traduit quoi ? Une double réticence. C'est difficile, en France, de rentrer sur le marché du travail - et les plus jeunes en font l'amère expérience -, et on en sort trop tôt, et c'est donc tout le problème auquel les seniors sont confrontés dans notre pays. Il y a une négociation entre les partenaires sociaux qui est en cours qui concerne les seniors ; nous souhaitons apporter tout notre appui, nous attendons le résultat de cette négociation. Mais nous considérons qu'il s'agit bien sûr d'un enjeu essentiel. Nous avons besoin de plus de seniors sur le marché du travail, ils ont une expérience, ils ont une capacité d'accompagnement, notamment pour les plus jeunes. Donc, il est tout à fait essentiel que notre économie ne se prive pas de cette expérience, de ce savoir-faire, de cette compétence. Donc, cela fait partie des objectifs que nous nous sommes fixés : permettre à davantage de seniors de travailler. Il y a beaucoup d'emplois où ils pourraient apporter leur capacité, c'est vrai une fois de plus dans toute une série d'emplois qui exigent une forte composante de formation, un fort accompagnement des plus jeunes. Donc, nous souhaitons beaucoup favoriser ce nouveau type de travail, et ce sera l'un des grands chantiers des prochains mois.

Q- Philippe : Oui, parce que nous sommes sur une perspective qui n'est pas très bonne, c'est un gâchis indescriptible de compétences. Beaucoup d'entre-nous se demandent si on ne retrouvera jamais un travail, on en est là ; et moi j'ai 54 ans et je n'y arrive pas...

R- Est-ce que vous avez pensé à créer votre propre entreprise, est-ce que c'est quelque chose auquel vous avez songé ?

Q- Philippe : Non, parce que j'ai déjà dans le passé, il y a une trentaine d'années, créé mon entreprise avec d'autres personnes. J'en connais les difficultés, et je connais aussi la nécessité de pouvoir disposer de fonds propres pour y arriver, et malheureusement je ne les ai pas.

R- La difficulté à laquelle vous vous heurtez, c'est essentiellement les crédits ?

Q- Philippe : Ce sont non seulement les crédits, mais, c'est le soutien des banques, c'est tout un ensemble, parce qu'on ne peut pas du jour au lendemain créer son entreprise comme cela, c'est trop compliqué. J'en ai fait l'expérience, qui était une expérience d'ailleurs extrêmement enrichissante, mais malheureusement, cela m'est difficilement envisageable. Alors, par contre, j'ai des compétences ; ces compétences je les exprime, par le biais de candidatures spontanées, mais malgré cela, du fait de mon âge très certainement qui est très facile à évaluer sur un CV, on n'y arrive pas. Alors que j'étais considéré encore il y a peu de temps comme le commercial le plus performant dans mon domaine.

R- En vous écoutant je vois qu'il y a en vous un appétit et un dynamisme, je suis sûr que les prochains mois vous donneront cette chance. En tout cas, soyez sûr que le message que vous m'adressez ce matin est bien entendu, et j'aurai à c¿ur de multiplier les initiatives pour appuyer la volonté et l'ambition de ceux qui, comme vous, veulent pouvoir retravailler.

Q- Philippe : Oui ,parce qu'ils sont extrêmement nombreux, et contrairement aux idées reçues, je crois que les chômeurs en général et les cadres en particulier, dont je fais partie, puisque je suis cadre commercial terrain, déploient une immense activité. Moi je vais voir les entreprises sur la région de Lyon, en porte-à-porte, pour le compte de mon association, et je le fais en binôme, et croyez-moi on le fait toutes les semaines, ce qui me permet d'ailleurs de connaître bien le tissu économique lyonnais, mais malgré cela on n'y arrive pas.

R- Non, je sais bien, il y a le mécanisme Delalande qui a très largement bloqué l'envie, pour un certain nombre d'entreprises, d'aller dans ce sens. Nous voulons lever ce dispositif, de façon à faire en sorte qu'il n'y ait pas de réticence à l'emploi. En tout cas, soyez sûr qu'on va travailler sur cela Philippe, vous pouvez compter sur nous.

Q- J. -J. Bourdin : Bien, merci Philippe. C'est bien parti, D. de Villepin. c'est intéressant toutes ces questions ?

R- D. de Villepin : Ce n'est pas un métier facile que le vôtre.

Q- Question d'un auditeur - Luc : Je me posais la question de savoir quel moyen de locomotion vous aviez choisi pour venir aux studios RMC ?

R- Malheureusement, j'ai pris la voiture. Mais alors, croyez-moi, j'ai eu l'occasion d'habiter deux ans en Haute-Garonne, si j'avais habité chez vous, je serais certainement venu en courant, parce que je me rappelle de footings mémorables à Toulouse. Donc, c'est avec beaucoup de regrets que je viens en voiture ici à Paris. Seul un emploi du temps très serré me fait rouler en voiture, car sinon j'adore les transports en commun et j'adore marcher.

Q- Luc : Ceci dit, en ce moment moi j'aimerais bien aussi pouvoir prendre les transports en commun, mais compte tenu de la synchronisation des différents moyens de transport, ce n'est pas possible.

R- Vous avez raison, mais vous savez dans la hausse des prix du pétrole, il faut bien voir que nous vivons un moment un peu exceptionnel et, je le sais, difficile pour tous nos compatriotes. Mais je le redis, cette ère de l'après pétrole, il faut la préparer dans nos têtes et il faut la préparer sur le plan économique, tout de suite. Je vous donne un exemple. Nous souhaitons encourager les municipalités, les régions, à faire davantage pour les transports publics. Pour ce faire, nous allons en particulier encourager le développement des tramways dans un certain nombre de villes, donc faire davantage dans ce sens là. Ce ne sont pas des décisions qui peuvent devenir opérationnelles en une journée. C'est un travail de long terme, réorienter un certain nombre de choix collectifs comme ceux-là, ce sont des décisions difficiles, et c'est bien tous ensemble, avec bonne volonté, en mettant un peu d'imagination aussi, au rendez-vous. On le voit avec le covoiturage par exemple : nos compatriotes, peu à peu, face à un élément incontournable qui est la hausse des prix du pétrole, et qui vraisemblablement est une hausse durable, avec en plus le caractère très limité de cette ressource... Eh bien, nous devons changer quelque chose dans nos vies. Et c'est ce tournant qui a été annoncé par tous les grands prophètes de l'écologie depuis maintenant bien des décennies ; c'est ce grand tournant qu'il faut rendre tout à fait concret aujourd'hui.

Q- Question d'un auditeur - Alexandre : Moi, je vais revenir sur l'emploi, monsieur le ministre, parce que là il y a un truc qui ne va pas. Faut-il obliger un chômeur à accepter un emploi, quel qu'il soit, après un certain nombre de propositions, même si le salaire ne le motive pas ?

R- C'est une question extrêmement difficile, mais sur laquelle je crois qu'il faut que nous ayons une position de principe. La contrepartie du bénéfice des aides, c'est bien sûr que celui qui est demandeur d'emploi fasse tout pour retrouver une activité. Nous ne pouvons pas, aujourd'hui, nous permettre un système à deux vitesses, où, alors même que nous avons 500 000 emplois vacants dans notre économie, nous avons plus de 2 millions de chômeurs. Chacun comprend qu'il y a un moment où il faut essayer de réconcilier ces offres d'emplois et ces demandes, et c'est pour cela que dans le plan gouvernemental que j'ai mis en ¿uvre, j'ai souhaité inciter ceux qui étaient demandeurs d'emploi, à accepter ces emplois. Et nous avons donné un certain nombre d'encouragements : une prime de 1000 euros pour ceux qui étaient chômeurs de longue durée, une prime pour les jeunes qui acceptaient d'aller dans des emplois dits "pénuriques", c'est-à-dire où l'on a du mal à recruter - je pense au bâtiment, la restauration - ; on a voulu créer cette incitation. Mais, il est important de revenir sur le marché du travail. Je sais que, par expérience, on peut attendre un certain temps avant de trouver l'emploi de ses rêves. Eh bien il vaut mieux accepter un emploi, qui ne sera peut-être pas du premier coup celui qu'on souhaitait, revenir sur le marché du travail, acquérir l'expérience, en particulier pour les plus jeunes, et peu à peu s'orienter vers l'emploi que l'on souhaitait. Aujourd'hui, les entreprises valorisent l'expérience, aujourd'hui les entreprises valorisent l'appétit, l'ambition. Donc revenir vers le marché du travail c'est l'élément essentiel. Se tenir trop loin de ce marché, rester en retrait, espérer année après année que le bon emploi viendra, je crois que ce n'est pas la bonne approche. Donc, nous devons inciter à ce retour, à ce retour à l'emploi. Il faut une économie plus mobile, c'est tout le sens aujourd'hui de la situation de la mondialisation. Donc, je crois qu'il faut effectivement inciter, inciter ceux qui n'ont pas d'activité aujourd'hui, à très vite en reprendre une.

Q- Alexandre : Rester trop longtemps sans rien faire, ce n'est pas bon non plus.

R- Absolument. C'est bien pour cela que le choix que nous avons fait, c'est de faire en sorte qu'après un nombre raisonnable de propositions, sachant que ces propositions doivent être évidemment en rapport avec ce que souhaite et la compétence du demandeur d'emploi, on doit estimer qu'effectivement on ne peut pas rester dans l'inactivité, il y a là une volonté qui doit s'affirmer, et c'est une volonté qui est celle de l'ensemble de notre société.
Q- Question d'une auditrice - Celstine (phon) : Alors moi je voulais vous demander ce que vous comptiez faire contre la discrimination raciale à l'embauche, envers les noirs et les Arabes ? Est-ce que vous comptez instaurer des quotas, comme pour les handicapés ou comme pour les femmes en politique, avoir recours à la discrimination positive ou faire de la prévention en attendant que les mentalités changent, donc en gros attendre ?

R- Alors, c'est une difficulté à laquelle se heurtent beaucoup de nos compatriotes, ceux qu'on appelle les minorités visibles - je n'aime pas beaucoup ce terme, en particulier. Je ne crois pas, pour ma part, que la discrimination positive soit la solution, parce que cela veut dire qu'en fonction d'une ethnie, de la couleur de la peau, on serait amené à réserver un certain nombre de places, au préalable, pour ces différentes personnes. Je crois que c'est discriminant, à la fois pour eux, et c'est en même temps discriminant pour le reste de la société, et c'est créer donc des catégories à part, et c'est renforcer cette impression de différence contre laquelle nous devons lutter. Moi, je souhaite, au contraire, que nous ayons une attitude d'intégration, et c'est pour cela que nous avons voulu développer une politique qui donne sa chance à chacun et une place à chacun. Nous avons créé des commissions, les COPEC, dans chaque région, pour permettre d'examiner les cas de discrimination. Vous mentionnez l'embauche, vous le savez comme moi, ces discriminations, malheureusement, elles s'expriment aussi dans le reste de la vie : elles s'expriment dans les loisirs, elles s'expriment dans les boîtes de nuit, elles s'expriment dans beaucoup d'endroits, elles s'expriment dans le regard du quotidien, et nous devons lutter contre cela. Le président de la République a créé une instance, la Haute autorité de lutte contre les discriminations, et c'est bien un travail en profondeur que nous devons faire. Nous devons sanctionner très durement les employeurs qui discrimineraient, et trouver le moyen d'incitation qui permettrait justement de mobiliser les entreprises pour qu'elles donnent une chance à chacun. Cette mobilisation se fait très fortement en France sur les stages, et elle se fait très fortement à travers un certain nombre d'entreprises qui ont décidé de se réunir pour signer une convention ouvrant leur système d'embauche à l'ensemble de notre société, sans établir, à aucun moment, de limite. Je crois que c'est bien l'esprit dans lequel nous devons travailler, mais est-ce que vous-même vous l'avez vécu cette discrimination et comment vous la ressentez ?

Q- Celstine : Moi je ne l'ai pas vécue comme ça directement. Mais je sais que j'ai toujours bien travaillé, on m'a toujours dit " bravo, bravo, bravo ", mais les promotions n'arrivaient jamais, et je me posais des questions. Donc, c'est un racisme qui est latent, qui envoûte la société française. Moi, je le ressens comme ça, pas mal de mes compatriotes le ressentent comme ça : c'est un racisme latent, qui est là... tout doucement, tranquillement, des réflexions fusent, mais sans qu'on y prête attention.

R- Vous avez raison de pointer du doigt cette discrimination latente. Il faut lutter contre cela, cette discrimination qui justement, qui humilie, qui fait souffrir. Nous devons faire en sorte, et c'est un travail au niveau de l'éducation, un travail au quotidien, c'est un grand défi pour tout notre pays. Merci Celstine. (...)

Q- J.-J. Bourdin : P. Dufreigne va vous poser les questions des auditeurs arrivées sur Internet.

Q- P. Dufreigne : On a Patrick des Bouches-du-Rhône qui nous dit : "Monsieur le Premier ministre, j'ai lu dans la presse ce matin, concernant le déficit de la Sécu, le retour d'une mesure quelque peu impopulaire, l'idée d'instaurer un forfait d'un euro par boîte de médicament à la charge de l'assuré. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ? Est-ce qu'il n'existe pas d'autre façon de sauver notre système de santé ?"

R- C'est un impératif absolu, faire en sorte que nous parvenions à la fois à maintenir l'équilibre de la Sécurité sociale et en même temps la qualité des soins pour l'ensemble de nos compatriotes. Là, la presse s'empare de mesure qui, évidemment, sont susceptibles d'effaroucher un certain nombre de nos compatriotes. Ce que je peux vous dire, c'est que nous sommes encore en train de réfléchir à ce plan, et qu'à ce stade, aucune mesure n'est encore arrêtée. On sera amené, bien sûr, je l'espère, à faire le meilleur choix possible pour nos concitoyens, mais je prends en compte la situation difficile qui est la leur et l'inquiétude qui est la leur. Ce n'est pas un travail facile mais nous parviendrons j'en suis sûr, au bon équilibre.

Q- P. Dufreigne : J'ai Marc de Seine-et-Marne ; on parle voiture propre : "Si j'achète un véhicule au GPL, j'ai un surcoût à l'achat d'environ 2 000 euros. Vous proposez 2 000 euros de prime, sous forme de crédit d'impôt pour les véhicules peu polluants, alors quel intérêt ? Où est l'incitation si je rends d'une main ce que je gagne de l'autre ?"

R- Il y a deux incitations : la première, c'est le crédit d'impôt pour l'achat qui est porté donc de 1 525 euros à 2 000 euros, et par ailleurs, nous avons instauré une prime à la casse, c'est-à-dire que quand on rend son véhicule ancien, on a une prime de 1 000 euros parce qu'on achète un véhicule propre. Donc, c'est une double incitation qui doit permettre à nos compatriotes, qui souhaitent s'orienter dès maintenant, et c'est un bon choix de faire le pari de la voiture propre, qui est un choix d'avenir.

Q- Question d'un auditeur : Monsieur le Premier ministre, à quand le mariage gay ?"

R- Le Pacs a été la réponse apportée. Que l'on apporte des aménagements au Pacs, je crois que c'est tout à fait légitime, faire en sorte que sur le plan des droits on puisse parvenir à une véritable égalité, je crois que c'est nécessaire. Faut-il pour autant entrer en compétition avec ce qu'est le mariage aujourd'hui ? Je n'en suis pas sûr. Je crois que le droit à la dignité, le droit au respect est un élément fondamental inscrit au c¿ur de notre société, c'est dans ce sens-là que nous devons aller.

Q- J.-J. Bourdin : D. de Villepin, on va avec les auditeurs par téléphone ; qui avons-nous ?

R- D. de Villepin : Toujours beaucoup d'appels mon cher Jean-Jacques au 3216, et j'en remercie l'ensemble de nos auditeurs. Je reste avec vous jusqu'à 9h30, et tout de suite, je prends la question de Didier, en Loire- Atlantique.

Q- Question d'un auditeur : Je voulais savoir si vous partagiez les annonces de N. Sarkozy concernant le retour au plein emploi sur les dix ans à venir ? Et si oui, comment ?

R- Qu'est-ce que vous en pensez vous ?

Q- Le même auditeur : Je pense que c'est mal barré, mais bon, maintenant j'aimerais avoir votre avis.

R- C'est évidemment notre souhait et le combat que nous menons. Première étape : faire en sorte que dans ces vingt mois, on puisse débloquer les choses. Débloquer les choses sur le plan des mentalités, débloquer les choses sur le plan des comportements, faire en sorte que nous nous dotions d'outils nouveaux. C'était le sens du Plan d'urgence pour l'emploi que le Gouvernement a décidé, que nous avons mis en place au 1er septembre. L'ensemble des outils sont là, le contrat "nouvelles embauches", la possibilité de recourir à un chèque très petite entreprise et toute une série de dispositions qui ont pour but, justement, d'encourager le retour à l'emploi. De la même façon, nous voulons faire en sorte que celui qui, aujourd'hui, n'a pas d'emploi puisse avoir un véritable intérêt par rapport aux minima sociaux dont il bénéficie, qu'il ait un véritable intérêt à reprendre un emploi. Et là aussi, nous avons donc prévu toute une série d'éléments d'encouragement qui marquent la différence entre celui qui reprend une activité et celui qui n'en a pas. Cette incitation doit permettre à nos compatriotes de faire le choix de l'activité. C'est un élément central dans le retour au plein emploi dans notre pays. Alors oui, dix ans, c'est un objectif ; il faut se fixer des objectifs. Ma conviction, c'est qu'avec beaucoup d'efforts - c'est ce que nous sommes en train de faire -, trouver des solutions nouvelles, trouver des solutions ingénieuses, le faire dans un esprit de concertation, et je sais que par définition, quand on choisit d'aller vite - c'est pour cela que j'avais retenu les ordonnances -, on peut froisser un certain nombre de susceptibilités, on peut créer des inquiétudes. Je veux apporter des réponses à l'ensemble de ces inquiétudes parce que je suis attaché à notre modèle français, à notre exigence sociale. Vous savez qu'au c¿ur de notre action, il y a la volonté de maintenir un équilibre entre la dynamique de la croissance, la dynamique économique et en même temps l'esprit de solidarité. Tout est fait dans ce cadre-là. Donc, je crois que c'est un objectif réaliste. Mais avec un peu de chance, un peu de croissance, il n'y a pas de raison d'attendre dix ans.

Q- Question d'un auditeur : Une question concernant le contrat "nouvelles embauches. Est-ce que vous êtes en mesure, dès maintenant, de nous faire un bilan ? Combien de contrats ont été signés ? Est-ce que vous avez l'intention de l'étendre à toutes les entreprises ? Et si tel est le cas, comment allez-vous en limiter les abus ?

R- D'abord, je suis très preneur des témoignages qui peuvent s'exprimer à travers l'ensemble de notre pays. Comment est-ce que vous, vous le percevez ? Est-ce qu'autour de vous - parce que vous savez qu'il est réservé aux très petites entreprises, c'est-à-dire aux artisans, professions libérales, aux commerçants - vous entendez dire du bien de ce contrat ? Est-ce qu'il y a des gens autour de vous qui y ont eu recours ? Comment est-ce que vous
le percevez ?

Q- Le même auditeur : Moi, je le perçois très très bien. Je vois des gens autour de moi qui sont embauchés grâce à ce type de contrat. La seule chose qui m'inquiète un petit peu, c'est concernant le travail qui n'est pas spécialisé, la crainte que certaines entreprises en profitent. Mais je suis absolument pour et je trouve ça très bien.

R- Sur ce que nous avons comme informations, ces informations ne seront précisées qu'autour du 15-20 septembre, où nous aurons les premiers chiffres de ces contrats "nouvelles embauches", donc à ce stade, ce sont des extrapolations que nous possédons. Les extrapolations nous indiquent qu'il y aurait eu plusieurs dizaines de milliers de contrats "nouvelles embauches" signés, certains citent le chiffre d'une trentaine de mille ; j'attends confirmation de ce chiffre pour véritablement l'affirmer. Mais il y a aujourd'hui, visiblement, à travers le pays, le souhait d'utiliser ce nouvel outil parce que c'est un outil équilibré, qui consolide l'emploi et qui le consolide à deux, à la fois l'employeur et en même temps le salarié, c'est-à-dire que plus les mois passent, plus le salarié qui rentre dans l'entreprise, voit ses droits augmenter : ses droits au préavis, ses droits à une indemnité le cas échéant et un accompagnement personnalisé s'il rencontre une difficulté. Et c'est là où vous avez raison, nous devons être très attentif aux abus, et c'est un point où la négociation avec les partenaires sociaux a permis d'avancer, notamment en augmentant le délai de préavis. Il y a là une exigence tout à fait essentielle. Il ne faut pas, bien sûr, que ce contrat fonctionne par substitution. Même si, il faut aussi le dire, aujourd'hui, une très grande majorité des contrats signés dans notre pays sont des CDD, 70 % des contrats signés sont des CDD et 50 % de ces contrats ne durent pas plus d'un mois. Donc, vous voyez que cette période de deux ans, qui est une période qui permet justement de consolider l'emploi, en tout état de cause, nous permet de sortir de cette situation de précarité qui est celle du chômage et qui est celle de l'enchaînement des CDD. Il s'agit bien pour ceux qui ont recours et tous ceux qui connaissent l'esprit dans lequel recrute les artisans, les commerçants, les professions libérales savent que dans la relation qui se nouent entre eux et leurs salariés, il y a un véritable attachement. On connaît le jeune employé qu'on a recruté, on sait qu'il a envie d'avoir un logement, on sait qu'il a envie de faire sa vie, de se marier et donc, on souhaite l'accompagner. Donc, je ne crois pas du tout à la logique de l'emploi "Kleenex", c'est-à-dire du salarié que l'on prendrait et que l'on jetterait. Je crois que ce n'est pas dans l'esprit de nos compatriotes, ce n'est pas dans la culture de ces très petites entreprises. Donc, j'ai tendance à faire confiance, même si je crois comme vous que nous devons être extrêmement attentifs à tous les risques de dérapage. Croyez bien que nous ferons en sorte... Il reste un problème tout à fait important, qui est celui du logement. J'entends ici et là dire que nos compatriotes qui signent un contrat "nouvelles embauches", s'inquiètent des garanties qu'ils pourraient avoir pour pouvoir prendre un logement et c'est une des premières préoccupations de nos compatriotes. Il faut savoir que le contrat "nouvelles embauches" ouvre droit au mécanisme de garantie d'impayés, le système Locapass. Ce système est en train d'être revu avec les partenaires sociaux et nous voulons encore l'améliorer. Par ailleurs, nous sommes engagés avec les banques dans une discussion sur l'accès au crédit. Ce que nous souhaitons, c'est que véritablement, le contrat "nouvelles embauches" puisse être perçu pour ceux qu'il est, c'est-à-dire un contrat à durée indéterminée, et qu'à partir de là, la garantie de ce contrat puisse ouvrir un droit à crédit. C'est le sens du travail que nous faisons avec les banques. Je suis convaincu que nous arriverons à des résultats dans ce domaine.

Q- Question d'un auditeur : Pourquoi les personnes qui perçoivent les allocations de chômage ou les minima sociaux n'offriraient-elles pas en contrepartie un mi-temps ou quelques heures de travail dans leur commune de résidence suivant leurs compétences ? Par exemple, dans les hôpitaux, les écoles, les associations ou l'entretien des forêts ? Je pense que cela pourrait leur redonner le goût du travail.

R- La situation des bénéficiaires des minima sociaux est extrêmement différente. Entre le bénéficiaire de l'Allocation parents isolés, le bénéficiaire d'un RMI, celui qui bénéficie de l'AH pour handicapé, ce n'est pas la même situation. Et c'est pour cela que dans le plan que j'ai présenté, le programme que j'ai présenté pour la rentrée, j'ai souhaité faire évoluer notre philosophie vis-à-vis des minima sociaux, à la fois en valorisant le travail et en affirmant le principe de responsabilité. Qu'est-ce que c'est que la valorisation du travail pour les minima sociaux ? C'est de faire en sorte, contrairement à la situation que nous connaissons, que toute personne bénéficiaire d'un minima (sic) social, puisse avoir véritablement intérêt à reprendre un travail. C'est pour cela que nous avons décidé la majoration de 50 % de la prime pour l'emploi au niveau du SMIC et plus encore pour le salarié à temps partiel. Il y aura un vrai différentiel entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas. La deuxième chose, c'est que nous avons voulu réformer les mécanismes d'incitation financière à la reprise d'activité avec une prime de 1.000 euros tout de suite pour couvrir les surcoûts liés à l'emploi. Et en particulier, vous savez, quand vous reprenez un emploi, vous avez des dépenses supplémentaires en matière de transports, en matière de garde d'enfant. Donc, nous voulons prendre en compte cela et on rajoute donc 1.000 euros plus un forfait mensuel de 150 euros par an. La deuxième chose, c'est l'accompagnement personnalisé et c'est là où nous rejoignons l'exigence que vous posez : il est important que chaque bénéficiaire d'un minima social puisse véritablement avoir la chance de revenir vers l'emploi et c'est pour cela que nous voulons que l'ANPE puisse avoir un rendez-vous avec chacun de ces bénéficiaires. Ainsi, tous les bénéficiaires de l'Allocation spécifique de solidarité seront reçus avant la fin de l'année par l'ANPE. Les bénéficiaires de l'Allocation parent isolé seront vus par l'ANPE et auront une priorité pour la garde d'enfants de façon, justement, à prendre en compte ce problème spécifique qui est le leur - quand vous êtes un parent isolé, vous vous préoccupez, bien sûr, de ce qui se passera pour vos enfants si vous reprenez un emploi ; nous allons donc leur donner une priorité - et nous négocierons avec les départements un véritable dispositif d'accompagnement et d'insertion pour les bénéficiaires du RMI. Donc, c'est sur le mode de l'incitation, sur le mode de la responsabilité. La réflexion qui est la vôtre, faire en sorte qu'une activité puisse être proposée aux bénéficiaires de minima sociaux, c'est effectivement une piste sur laquelle nous réfléchissons. Ce qui est très important, c'est que chacun puisse se convaincre que s'il souhaite travailler, il en a la possibilité et qu'il ait une véritable incitation pour le faire. Donc, vous le voyez, établir clairement une différence entre les revenus de l'assistance et les revenus du travail, je crois que c'est l'esprit de responsabilité dans lequel nous avançons.

Q- Le même auditeur : Je suis un petit peu d'accord, mais on manque d'emploi dans les hôpitaux, dans les écoles et un coup de main de la part de personne qui n'ont rien trouvé, cela pourrait être intéressant.

R- C'est effectivement une piste de réflexion, merci.

Q- Question d'un auditeur : A quand un vrai électrochoc pour gagner la partie contre le chômage en baissant vraiment, par exemple, de 50 %, les charges sociales qui écrasent les petits entrepreneurs et qui pèsent sur les salaires et qui empêchent de consommer ou d'embaucher ?

R- On a fait un travail tout à fait considérable en ce qui concerne la baisse des charges, puisque l'allègement dans les dernières années a été de 20 milliards d'euros. Donc, vous voyez on a vraiment fait le pari de la baisse des charges. La question c'est est-ce qu'en baissant les charges on augmente le nombre d'emplois et c'est une vraie question. Mon sentiment, c'est qu'on a été un peu au bout de cette politique, c'est pour cela que nous avons choisi de modifier, avec le Plan d'urgence pour l'emploi, de modifier les choses avec la proposition d'un contrat "nouvelles embauches", avec toute une série de dispositions qui permettent aux très petites entreprises, justement, d'avoir plus de souplesse, de s'engager avec un peu moins de risque et un peu moins de crainte dans la voie de l'emploi. Ce que je souhaite, bien sûr, c'est qu'on puisse, à partir de là, conforter ce mouvement. Donc, l'électrochoc, c'est en ce moment. C'est bien pour cela que nous avons décidé de consacrer toute notre énergie, de donner la priorité, toutes les mesures que nous prenons - il n'y a pas un ministre qui, aujourd'hui, au Gouvernement, n'ait pas ce souci de l'emploi -, toutes les mesures sont vues à l'aune de ce qui peut être gagné sur l'emploi. Donc, il faut avancer bien sûr. Je crois que les entreprises qui veulent aujourd'hui employer peuvent le faire et que les charges sociales ne constituent plus véritablement l'élément dominant du blocage.

Q- Question d'un auditeur : Juste avant ma question sur les impôts sur le revenu, j'aimerais vous dire que je suis jeune chef d'entreprise, je suis également sous-officier de réserve [inaud.] en gendarmerie du Val d'Oise, où nous sommes à peu près 180 personnels et nous aidons les gens de ce département, entre 60 et 90 jours par an, sous le commandement du lieutenant-colonel Flamant, et au nom de mes collègues et moi même, nous serions très heureux de vous inviter à venir nous voir travailler dans nos locaux à Cergy-Pontoise, à la caserne de Lange (phon.). Ce que nous faisons, beaucoup de Français l'ignorent et pourtant je peux vous dire et je pense que cela vaudrait le coup de montrer cet élan de générosité et de citoyenneté de par votre venue.

R- Bravo, j'y suis très sensible et croyez bien que je ferai tout pour répondre à votre invitation.

Q- C'est très gentil de votre part. Ma question, monsieur le Premier ministre : pensez-vous mettre en place prochainement l'impôt sur le revenu prélevé à la source comme le préconise monsieur Sarkozy ?

R- Vous savez que l'impôt à la source est un vieux serpent de mer de la politique. Cela fait trente ans que c'est une question qui est discutée. Elle pose des problèmes pratiques. J'ai demandé à ce qu'ils soient examinés. Ce n'est pas véritablement, je crois, l'obstacle le plus insurmontable, même si l'on voit bien que pendant quelques mois, pour ne pas dire quelques années, cela introduirait un élément de complication dans la gestion des impôts. La véritable difficulté est que l'impôt à la source introduit un caractère indolore à l'impôt. Et nos compatriotes, qui souhaitent aujourd'hui l'impôt à la source, risquent d'avoir le sentiment, une fois qu'il sera mis en place, qui sont soumis à l'aléa fiscal avec encore plus de force, puisque cela se verra sur leur feuille de salaire, mais qu'ils n'auront pas eux mêmes à remplir leur feuille d'impôt. Donc il risque d'y avoir ce sentiment d'être à la merci d'une administration fiscale. Donc je crois qu'il faut bien réfléchir, compte tenu de ce qu'est notre pays, et de cette exigence, d'être véritablement responsable et de connaître exactement le montant de l'impôt payé. Mais je crois que c'est une évolution. La plupart des pays vont vers l'impôt à la source, donc je crois que c'est quelque chose auquel nous devons travailler et réfléchir. Nous sommes en train de l'examiner très sérieusement.

Q- L'auditeur : J'aimerais bien que ça puisse se faire car je pense qu'il y a une partie des Français qui ne paient pas leurs impôts et à ce moment là, ça résoudrait ce problème là. Et de plus j'ai travaillé en Angleterre, pendant un certain temps, et je vous avoue que franchement...

R- C'est vrai que c'est plus facile !

Q- Question d'un auditeur : vos discours sur l'ISF ne sont-ils pas trop éloignés de la réalité des Français, notamment quand on perçoit comme moi une allocation d'adulte handicapé de 599,46 euros ?

R- Je partage à 100 % votre point de vue. Ce n'est la priorité du Gouvernement, je l'ai dit, je le redis. Que nous nous préoccupions des effets de la fiscalité sur l'emploi, que nous ayons à c¿ur de faire en sorte que nous puissions corriger ce système fiscal quand il introduit des distorsions, je crois que c'est nécessaire. Mais vous avez raison, l'ISF est un impôt juste. Il est normal, quand on a plus de richesses, qu'on soit amené à en restituer une partie. Je crois que cela fait partie des règles dans une société comme la nôtre. Donc je partage votre sentiment. L'action du Gouvernement, vous le savez, c'est de lutter contre le chômage, faire en sorte que chacun de nos compatriotes puissent avoir un emploi, puissent avoir une chance. C'est véritablement l'objectif qui nos mobilise...

Q- Question d'un auditeur : J'aurais aimé savoir si vous suiviez la proposition de loi de l'un de vos députés interdisant de fumer dans les lieux publics et, si oui, ce que vous proposeriez en alternative pour les fumeurs ?

R- Je suis évidemment tenté par une telle proposition - je ne fume pas - : faire en sorte que partout dans les lieux publics, nous n'ayons pas à subir, pour ceux qui ne fument pas, une forme de tabagisme passif. Mais je veux aussi faire en sorte que notre société puisse rester une société de liberté, c'est à dire que les fumeurs puissent garder un espace où ils puissent fumer. Alors, est-ce que la solution, c'est de maintenir cette possibilité dans les cafés par exemple, tout en appliquant dans les autres espaces une interdiction totale. Je crois qu'il faut bien réfléchir, c'est vraiment un sujet sur lequel il faut qu'il y ait une concertation. Il n'en reste pas moins que je crois que la tendance profonde dans nos sociétés est d'aller vers une interdiction du tabac dans les lieux publics. J'avais quelques inquiétudes sur la façon dont réagiraient certains de nos compatriotes, quand on a interdit le tabac dans les avions, quand on a interdit dans d'autres lieux. Et finalement, les choses se sont bien passées. Il y a un esprit civique, il y a le sentiment qu'effectivement, l'esprit de la collectivité doit être défendu. Donc les choses se sont moins mal passées que je ne le craignais.

Q- L'auditeur : Mais il est vrai qu'on parle beaucoup aussi du respect des fumeurs envers les non-fumeurs, mais très peu du respect dans le sens inverse.

R- Vous avez raison, mais il faut bien voir que dans le sens inverse, il y a un prix qui est payé par celui qui ne fume pas. Quand vous subissez la fumée, vous savez qu'au bout du compte, cela peut avoir des conséquences pour votre propre santé. Il n'y aurait pas d'effet, ce serait totalement indolore, évidemment, le respect devrait être totalement au rendez-vous. Dans le cas particulier, il y a un prix à payer, il faut le prendre en compte. Et ce prix, c'est un prix pour chacun d'entre nous bien sûr, mais c'est aussi un prix pour la collectivité en matière de santé.

Q- Question d'une auditrice : Bonjour monsieur le Premier ministre et futur président de la République, j'espère ! Si vous n'aviez pas été amené à faire de la politique, quel métier auriez-vous aimé exercer ?

R- Vous savez mon métier, celui que j'ai appris, ce pourquoi j'ai travaillé pendant des années, c'est la diplomatie. Quand j'ai eu 18 ou 19 ans, j'ai fait un voyage en Afrique et c'est là que j'ai découvert que j'avais une véritable vocation pour la diplomatie. J'avais longtemps vécu à l'étranger et je me suis senti une sorte de devoir, devoir diplomatique, devoir d'engagement vis-à-vis des peuples du monde qui souffraient le plus. Donc c'est ce qui m'a conduit à choisir la diplomatie et à choisir, arrivant au ministère des Affaires étrangères, la direction des affaires africaines et malgaches. Et j'ai toujours gardé cette passion pour le service, le service de ceux qui souffrent le plus. Donc vous voyez, c'est le vrai engagement professionnel qui était le mien.

Q- Question d'une auditrice : Ne serait-il pas plus judicieux de rémunérer les parents au foyer ? Cela permettrait peut-être de libérer des emplois et des places en crèche. Qu'est-ce que vous en pensez ?

R- C'est une réflexion que nous avons fait maintenant depuis longtemps et qui nous a conduit à mettre en place les allocations familiales pour justement, prendre en compte cette exigence-là. Est-ce qu'il faut aller plus loin et accorder une véritable rémunération ? J'imagine que nos sociétés, dans le futur, se développant, feront ce type de réflexion. La question est toujours la limite de nos finances publiques, la limite de nos capacités, sachant que les dépenses qui sont les nôtres sont déjà trop élevées et qu'il nous faut constamment mieux gérer les affaires de l'Etat. Pour prendre en compte votre préoccupation, qui est le nombre limité de places en crèche, c'est un travail que nous faisons spécifiquement pour ceux qui sont le plus dans la difficulté. Je pense aux allocataires parents isolés, ceux qui sont confrontés à ce problème-là. Eh bien, nous allons les aider spécifiquement pour leur permettre de reprendre une activité quand ils le souhaitent. Donc, vous le voyez, nous essayons de cibler notre effort. C'est aujourd'hui ce qui est dans nos capacités...

Q- J.-J. Bourdin : Tout s'achève, même les meilleurs moments ! Nous avons une émission qui s'appelle "Les grandes gueules" sur RMC et on a demandé aux auditeurs de rédiger 100 propositions concrètes. Je vais vous laisser le document. Je vais juste vous poser une question des auditeurs de RMC, question posée dans le cadre de cette émission. Est-ce que l'on doit sanctionner les entreprises qui multiplient les emplois précaires ? Doit-on aller jusque-là ?

R- Je crois que dans notre société, si nous voulons encourager l'emploi, nous devons être attentifs à ne pas rentrer dans une multiplication de réglementations, d'interdictions. Inciter les entreprises à offrir des emplois en contrat à durée indéterminée, c'est évidemment l'objectif qui est le nôtre. Et c'est pour cela qu'en créant le contrat "nouvelles embauches", nous avons voulu prendre en compte à la fois le problème de l'employé et en, même temps, le problème de l'employeur. Donc je ne crois pas que la solution soit en permanence en agitant la punition. Vous savez, si nous rentrons dans un schéma en France permanent de lutte de classes, qui est celui de la suspicion, qui est que d'un côté il y a le mauvais employer, de l'autre côté il y a le bon salarié, on méconnaît la réalité des choses. Nous sommes un pays où out le monde veut essayer de trouver des solutions, où il n'y a pas d'un côté l'entreprise qui poursuivrait des buts d'enrichissement en permanence et, de l'autre, au mépris des salariés. Je crois qu'il faut prendre en compte que c'est véritablement une préoccupation commune. Et j'ai été très heureux de voir, en regardant un sondage récent, que l'immense majorité de nos compatriotes sont très attachés à leur entreprise. Et vous savez, c'est une des grandes clés du succès dans le monde d'aujourd'hui. Les Japonais sont attachés à leur entreprise, les Américains sont attachés à leur entreprise. C'est pour cela que j'ai parlé de "patriotisme économique". Faisons en sorte que dans notre pays, l'aventure soit la même mais au bénéfice de tous, pour l'entrepreneur et pour le salarié. Il faut réconcilier nos compatriotes avec l'économie. Cela veut dire, bien sûr, moins d'égoïsme. Cela veut dire qu'il faut montrer l'exemple. Quand nous demandons aux sociétés pétrolières de faire davantage, qu'elles s'engagent à baisser les prix à la pompe, qu'elles s'engagent davantage en faveur des énergies renouvelables, qu'elles s'engagent davantage en faveur des économies d'énergie... Et nous réconcilierons en France l'économie, l'entreprise et le salarié. C'est un objectif essentiel pour la modernisation de notre pays et c'est une bataille qu'il faut gagner très vite.

Q- J.-J. Bourdin : Qu'avez-vous aimé dans cet exercice, ce matin, sur RMC ?

R- D'abord, d'être avec des hommes et des femmes qui ont un goût profond de la vie de la cité et qui veulent participer, qui se posent des questions, qui veulent améliorer les choses. Et je veux les convaincre, chacune et chacun, que nous n'avons pas d'autre objectif que d'améliorer leur vie quotidienne. C'est très difficile, parce que nous travaillons dans des systèmes de contraintes très importantes. Il y a des obligations, il y a des règles. Nous sommes en permanence à essayer de faire reculer justement cet espace de contraintes pour leur apporter des solutions. Et c'est pour cela qu'un rendez-vous comme celui-ci, c'est un grand rendez-vous pour la démocratie. Etre à l'écoute, entendre, pouvoir communiquer directement, pouvoir revenir sur certaines certitudes que l'on a, se remettre en cause, faire humilité. C'est un grand moment pour moi. C'est important. Et je souhaite qu'on puisse le
recommencer...

Q- J.-J. Bourdin : On prend rendez-vous dans six mois ?

R- Avec plaisir

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 septembre 2005)

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