Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à "France 2" le 13 septembre 2005, sur la politique fiscale du gouvernement, sa position sur la TIPP flottante, sur la préparation du Congrès du parti socialiste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Hollande, premier secrétaire du PS, à "France 2" le 13 septembre 2005, sur la politique fiscale du gouvernement, sa position sur la TIPP flottante, sur la préparation du Congrès du parti socialiste.

Personnalité, fonction : HOLLANDE François, LABORDE Françoise.

FRANCE. PS, premier secrétaire

ti : Q- Nous allons revenir sur les principales annonces qui vont être faites par le Gouvernement dans les jours qui viennent. On commence par le pétrole, dont le cours grimpe, et qui pose des problèmes à toutes sortes de catégories, à commencer par les transporteurs routiers et les chauffeurs de taxi, et les agriculteurs. Pour eux, D. de Villepin annonce des mesures, notamment sur les biocarburants. Pensez-vous que cela soit à la mesure de la crise pétrolière ?

R- Je crois que le Gouvernement n'a pas pris la mesure de la gravité de la situation, c'est-à-dire, celle que vivent d'abord les Français. Il y a déjà plusieurs mois, le prix des carburants avait connu une augmentation. Nous avions alerté le Gouvernement, nous lui avions dit : rétablissez la TIPP flottante, n'encaissez pas de recettes d'impôts qui ne vous sont pas dues, mais qui pèsent sur le pouvoir d'achat des Français. Le Gouvernement, D. de Villepin le premier, a dit non. Ensuite, nous lui avons dit : attention, il y a des secteurs entiers, professionnels notamment, transporteurs, agriculteurs, marins pêcheurs, qui souffrent de cette situation. On nous a dit : on attendra la fin de l'été. Et puis on a dit : attention, il va falloir que vous taxiez les superprofits pétroliers parce que, il y a des compagnies, il y a des raffineurs, des producteurs qui gagnent beaucoup d'argent...

Q- On a vu les bénéfices de Total...

R- ...On nous a dit : on va simplement brandir la menace mais on ne fera rien. Et puis maintenant, on a une situation extrêmement préoccupante pour, notamment, tous ceux qui utilisent leur véhicule tous les jours pour aller travailler, et puis ceux qui doivent remplir leur cuve de mazout. Alors, nous, nous faisons une proposition simple : TIPP flottante rétablie immédiatement.

Q- La TIPP, il faut le rappeler, c'est cette taxe sur les produits pétroliers qui pourraient être plus ou moins...

R- Voilà. Il faut baisser la TIPP chaque fois que le prix des carburants augmente, et notamment...

Q- De façon à ce que le prix soit stable pour le consommateur.

R- ...pour que l'Etat non plus ne s'enrichisse pas, ce qui serait quand même...

Q- Parce que cela est en pourcentage des prix du pétrole. Plus cela est haut et plus cela rapporte.

R- La TVA, oui, ce qui est comble au vu de la situation d'aujourd'hui. Deuxièmement, nous disions : il faut qu'il y ait une aide directe pour tous ceux qui se chauffent au fuel. Le Gouvernement a annoncé une petite mesure, cela n'est pas du tout suffisant par rapport à ce qui est le surcoût pour tous les usagers qui se chauffent au fuel. Maintenant, on nous parle de "biocarburant". Mais il faut aussi développer les énergies renouvelables. Le biocarburant est tout à fait utile, mais ne pas attendre, là encore, que nous votions le budget. Il faut décider tout de suite, à travers notamment, une taxe sur les superprofits des compagnies pétrolières, les réinjecter dans la préparation de l'avenir, c'est-à-dire, dans la recherche et les énergies renouvelables.

Q- Et puis l'on peut aussi imaginer peut-être des aides pour avoir des maisons qui soient moins consommatrices en énergie, mieux isolées, plus écologiquement équilibrées.

R- Oui. Le Gouvernement multiplie les crédits d'impôt, c'est une chose qui peut-être tout à fait efficace, à condition que cela soit ciblé et fort. Or, aujourd'hui, il y a tellement, pardonnez-moi le mot, de "saupoudrage", que l'on ne sait pas ce qui est véritablement aidé. Il faut avoir, là aussi, un dispositif simple, tout ce qui est chauffage avec des énergies renouvelables devrait bénéficier d'un crédit d'impôt très important pour que l'effet soit direct.

Q- Restons sur les impôts. Deux mesures sont annoncées, ce sont les allégements pour les donations entre parents et enfants, avec allégement d'impôt important. Et la deuxième mesure, ce sont les baisses d'impôt - impôt sur le revenu pour les tranches qui ont des revenus entre 10.000 et 30.000 euros par an, c'est-à-dire, les classes moyennes, la moyenne en tout cas de ceux qui paient l'impôt.

R- Le Gouvernement a une curieuse conception de l'équité fiscale. C'est-à-dire, les cadeaux ce sont pour les plus favorisés, et quand je dis "les plus favorisés" ce ne sont pas les classes moyennes, il s'agit vraiment des classes les plus privilégiées. Je prends un exemple...

Q- 10.000 euros de revenus par an, on n'est pas dans les classes privilégiées.

R- L'affaire des donations qui, tous les six ans, serait sans impôt. Cela veut dire que, des patrimoines de plus de 1 million d'euros pourraient, bien organisés, ne plus payer le moindre impôt.

Q- Cela veut dire que l'on supprime l'impôt sur les successions ?

R- On supprime l'impôt sur les successions, première mesure. Deuxième mesure, l'ISF, on nous dit : on va faire un plafonnement pour que ceux qui ont du patrimoine, mais qui n'ont pas beaucoup de revenus, ne paient plus l'ISF. Mais cela va aboutir, on le sait maintenant, à ce que les 6.000 personnes les plus riches de France, les plus riches, puissent être allégées d'impôt sur la fortune.

Q- Mais les 6.000 personnes les plus riches de France ne paient pasl'impôt sur la fortune, elles sont déjà parties pour l'étranger où elles ont tout réinvesti dans leur outil de travail, elles ont trouvé les astuces pour ne pas payer l'impôt.

R- Oui mais enfin, cela c'est déjà une fuite insupportable. Mais il y a aujourd'hui des personnes qui payent l'impôt sur la fortune, et qui, par le mécanisme qui vient d'être présenté par D. de Villepin, ne vont plus payer l'ISF.

Q- Ne pensez-vous pas aux agriculteurs de l'île de Ré qui payent l'ISF, parce que... ?

R- Pour ceux-là, il faut peut-être trouver quelques mécanismes, mais vraiment, là aussi, quand on a une valorisation de son terrain, lorsque l'on a hérité d'un patrimoine important, il n'est quand même pas anormal de payer. Donc, plus d'impôt sur les successions, plus d'impôt sur la fortune. Et dans le même temps, qu'apprend-t-on aujourd'hui : il va y avoir des déremboursements de médicaments, il va y avoir des...

Q- 430 millions d'économies pour la Sécurité sociale.

R- ...peut-être 1 euro sur chaque boîte de médicament, c'est ce que veut le ministre de l'Economie et des Finances. Et donc, sacrifice pour les uns, cadeau pour les autres !

Q- Mais franchement, il y a des tas de pays où l'on rembourse moins de médicaments qu'en France - le Canada, où la liste de médicaments remboursés est inférieure de moitié à la France, et les Canadiens ne sont pas en plus mauvaise santé que nous.

R- Mais alors qu'on n'autorise pas ces médicaments ! Ce qui est invraisemblable, c'est que c'est le ministère qui autorise jusqu'à récemment, les médicaments. Donc, on a autorisé des médicaments sans doute parce qu'ils avaient un effet thérapeutique, et puis maintenant on dit : on ne les rembourse pas. Alors, que l'on ne rembourse pas du tout des médicaments, cela ne me choque pas s'ils n'ont aucun effet. Mais s'ils ont un effet, si ils sont utiles à des usagers, alors mieux vaut les rembourser davantage.

Q- On entend la critique ferme contre le Gouvernement que vous faites. Pourtant, on voit dans les sondages récents que l'image de D. de Villepin auprès des sympathisants de gauche n'est pas si mauvaise que cela, et qu'au fond, son concept de "croissance sociale", de "gaullisme social", est plutôt, on ne va pas dire bien vu, mais enfin, tout de même, on trouve qu'il a des échos sociaux qui sont agréables aux oreilles des sympathisants de gauche.

R- Je crois que personne ne se laisse abuser, il y a eu un changement, celui
de J.-P. Raffarin. Effectivement, tout gouvernement qui s'installe bénéficie, c'est bien normal, d'un effet d'attente. On va voir. Et puis on espère que cela va marcher. Parce que l'on peut être de gauche et souhaiter pour son pays qu'il y ait des progrès, qu'il y ait des avancées, notamment sur la question du chômage. Mais là, Français sont éclairés, et je pense qu'ils vont d'ailleurs être éclairés chaque jour davantage. Une politique fiscale totalement injuste, des déremboursements de médicaments qui vont frapper notamment les personnes âgées, des positions sur les carburants qui laissent le pouvoir d'achat amputé largement et une croissance s'affaiblir, et puis des choix à chaque jour répétés en matière de service public qui sont ceux de la privatisation, on va le voir pour EDF dans quelques jours. Alors, le Gouvernement de D. de Villepin, avec N. Sarkozy, c'est la même chose que le Gouvernement de J.-P. Raffarin avec D. de Villepin et N. Sarkozy.

Q- C'est le message au peuple de gauche : ne vous laissez pas "bluffer" ?

R- Je crois qu'il n'y a pas d'ailleurs à lancer d'avertissement. Il y a une chose à dire au "peuple de gauche", comme vous dites, à une majorité j'espère de nos concitoyens, c'est dire : le Parti socialiste doit faire ses propositions, je viens d'en faire, et notamment j'en avais faites pour la rentrée en demandant le doublement de l'allocation de rentrée scolaire et la conférence salariale. Mais il faut que le PS soit fort, parce que si il n'est pas fort, qui représentera l'alternance et l'alternative dans notre pays ?!

Q- On voit que, parfois, il y a quand même un peu des tensions du côté de chez vous, notamment avant le congrès qui aura lieu au Mans en novembre. Est-ce compliqué à gérer en ce moment le PS, ou finalement, c'est une espèce de vitalité spontanée ?

R- Depuis F. Mitterrand jusqu'à aujourd'hui, cela n'a jamais été simple. Pourquoi ? Parce que c'est une organisation démocratique, où l'on débat, où l'on confronte les points de vue. Mais je vais aussi avertir nos concitoyens : nous serons prêts, nous aurons un projet, nous aurons un candidat ou une candidate, nous verrons bien, nous le désignerons à la fin de l'année 2006, et nous aurons la volonté de rassembler la gauche.

Q- Avec des primaires ?

R- Avec des primaires, comme nous l'avons toujours fait. Lorsque nous désignons les candidats, ce sont les adhérents du PS qui le font, en pensant à l'intérêt de nos concitoyens.

Q- Donc tout sera en ordre de marche ?

R- Ça sera en ordre de marche, mais je dois le dire, il faut être d'abord conscient de sa responsabilité. Quand je vois certains se précipiter encore, en train d'annoncer leur candidature, ce n'est pas le moment. Quand je vois certains oublier qu'il y a un projet collectif à présenter et

Q- qui sont toujours en train de chercher les idées des autres avant de présenter les leurs, je leur dis que ce n'est pas le moment non plus. Serez-vous dans les primaires, éventuellement, vous ?

R- Je me préoccupe que le PS, lors de son congrès, puisse être rassemblé autour de son projet. C'est cela l'essentiel.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 14 septembre 2005)

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