Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF à Europe 1 le 6 juillet 2005, sur son élection à la présidence du MEDEF, la politique économique et sociale du MEDEF, le libéralisme et l'Europe sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF à Europe 1 le 6 juillet 2005, sur son élection à la présidence du MEDEF, la politique économique et sociale du MEDEF, le libéralisme et l'Europe sociale.

Personnalité, fonction : PARISOT Laurence, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. MEDEF, présidente

ti : J.-P. Elkabbach- C'était l'élection événement. Qui ne vous a pas encore félicitée ?

R - Le président de la République, parce que je suppose qu'il ne pouvait pas. Il devait être dans un avion à ce moment-là. Je crois que tout le monde est assez content. Bien sûr, le monde des entreprises, mais ce qui m'a frappé depuis hier, surtout, c'est la fierté de beaucoup de femmes, quelle que soit leur origine sociale, leur appartenance politique, c'est toujours un évènement dans notre pays quand une femme accède à une fonction importante.

Q - Est-ce que cela veut dire que vous allez avoir des devoirs à leur égard ? Par exemple, défendre ou peut-être même imposer l'égalité homme-femme professionnelle, l'égalité des salaires ?

R - Je suis évidemment très sensible à ces questions, pour le monde de l'entreprise mais pas seulement dans le monde de l'entreprise. Vous savez qu'il y a encore beaucoup de progrès à faire, en politique, dans la haute fonction publique également. Il faut bien sûr promouvoir, encourager ce mouvement.

Q - Beaucoup de femmes vont rêver, à cause de votre élection, de femmes à la tête des syndicats, comme autrefois N. Notat - il y a en peut-être d'autres qui attendent leur tour - ou à la tête d'entreprise, aux commandes d'entreprise du CAC 40, parce qu'il n'y en a pas tellement.

R - Il n'y en a pas. Mais je voudrais surtout susciter - je serais très fière si je pouvais contribuer à encourager - une nouvelle génération de jeunes femmes à s'engager dans l'entreprise, à créer leurs entreprises, à accéder aux fonctions de direction, faire en sorte qu'elles puissent comprendre - mais les jeunes hommes aussi - que l'entreprise, c'est une aventure, comme une aventure sportive d'ailleurs.

Q - Vous avez voulu cette présidence, et vous l'avez. Cela a l'air simple...

R - Pour gagner, il faut avoir envie des choses. [...] Les choses se conquièrent mais le vouloir, c'est aussi un signe de sincérité, c'est-à-dire que c'est parce qu'on est convaincu, c'est parce qu'on a des idées, des projets, des ambitions à promouvoir et à défendre.

Q - Comment se transmet-on le pouvoir au Medef ? Est-ce que monsieur Seillière va vous offrir des clefs, un coffre, un symbole ?

R - C'est beaucoup plus simple que cela, et peut-être aussi, d'ailleurs, d'une certaine façon, plus impressionnant : à l'instant où les résultats sont proclamés, celle qui est élue, en l'occurrence, prend immédiatement les fonctions, il n'y a pas de transmission formel du pouvoir.

Q - Vous gardez votre entreprise ?

R - Bien sûr, je garde mes entreprises parce qu'il est très important, quand on défend les entreprises, de rester au contact de la réalité quotidienne des entreprises, de connaître le terrain.

Q - Vous lisez sans doute la presse et vous avez entendu que l'on entend que "L. Parisot va faire du Seillière sans Seillière". Êtes-vous l'héritière ou est-ce que ce matin commence le temps de la distance avec l'ère qui vous a précédée ?

R - J'ai toujours dit que je n'étais ni une candidate de rupture, ni une candidate de continuité. Je suis plutôt une candidate d'évolution. E.-A. Seillière a posé des fondations extrêmement importantes et formidables pour le Mouvement des entreprises de France, maintenant, il faut faire évoluer les choses, faire plus d'ouverture. Il faut s'adresser à tous les publics, y compris les publics éloignés de nous - je pense par exemple au monde des enseignants, mais aussi aux artistes, au monde de la justice. Il faut aller au contact, il faut discuter, il faut aussi échanger avec les associations, avec les ONG qui sont déjà le monde d'aujourd'hui, qui sont celles qui sont le plus au courant des difficultés et des façons dont on peut essayer de résoudre les vrais problèmes, parce que notre pays est en vraie difficulté.

Q - La presse est très bonne, mais c'est vrai qu'il est extrêmement rare de parler d'un président du Medef, comme le fait le Figaro de ce matin : "blazer bleu sur un pantalon blanc, des chaussures blanches ornées d'un n¿ud, rehaussées de petits talons, pas de boucle d'oreille, un maquillage léger, la patronne de l'Ifop soigne son image de jeune femme dynamique et sportive".

R - Oui, tant mieux, cela me semble tout à fait bien. Mais maintenant, il faut aussi travailler, penser au fond des choses, élaborer une stratégie, travailler en équipe avec les membres du conseil exécutif.

Q - Sur le fond, trois des premières phrases de votre premier discours d'hier m'ont intéressé : "Etre un libéral, avez-vous dit, est le contraire d'être un anti-social".

R - Oui, je crois que c'est tout à fait important que les Français comprennent que nous avons besoin de faire des performances économiques pour, ensuite, penser une vraie solidarité efficace et un véritable progrès social. S'il n'y a pas de création de richesse, alors il n'y a pas la possibilité de penser la redistribution ces richesses.

Q - C'est pourquoi vous dites que l'Europe sociale ne pourra exister que dans une Europe libérale ?

R - Tout à fait. Il est faut de croire que nous avons un choix entre l'Europe sociale ou l'Europe libérale. C'est l'une et l'autre que nous devons construire ensemble. Il n'y aura pas d'Europe sociale, s'il n'y a pas une Europe libérale.

Q - Donc, pour L. Parisot et pour la France, le meilleur modèle social, c'est le modèle libéral ?

R - D'abord, je n'aime pas le singulier. Il n'y a pas un modèle parfait, théorique, unique. Il y a plusieurs modèles à penser et à faire vivre ensemble. Il faut, de toute façon, admettre que c'est l'économie de marché, cette économie où les échanges se font, qui permet, encore une fois, de créer des richesses.

Q - Vous avez dit et vous promettez de faire aimer le marché. "Aimer". La bourse, le marché mon amour... C'est dur à faire avaler, non ?

R - Le marché, ce n'est pas que la bourse. Les entreprises du CAC 40, c'est bien. Le marché, c'est aussi la petite entreprise, la PME, la PME dans la relation qu'elle a avec la grande entreprise, c'est le commerce. C'est comme cela qu'encore une fois, on facture à des clients et, donc, on peut faire les salaires en fin de mois.

Q - A la candidate L. Parisot, il y a quelques jours, je vous avais posé la question du code du travail. Aujourd'hui, tout le monde est obsédé par le code du travail. Simplement, est-ce que corriger certaines des deux mille pages et dix mille articles du code du travail, c'est réduire le chômage ?

R - D'abord, ce n'est pas une question de nombre. Peu importe le nombre de pages.

Q - Peu importe, mais en corriger quelques unes, est-ce que s'attaquer au code du travail, à ce qu'il a de vieux, d'archaïque, peut réduire le chômage en France ?

R - Il y a une question de cohérence et d'adaptation. Le code du travail était, pour l'essentiel, pensé à la fin des années 1960, début des années 1970, à un moment où tous les circuits économiques étaient des circuits longs. Aujourd'hui, tout le monde le sait, même le consommateur, les circuits sont courts parce que les prises de décisions sont extrêmement rapides. Il faut donc organiser le code du travail pour permettre cette réactivité qui est la première condition de survie des entreprises.

Q - Qui l'organise ? Comment le revoit-on ? Comment le corrige-t-on ? Avec qui ?

R - Alors, évidemment, avec les partenaires sociaux. Si j'avais une expression pour définir la méthode que je voudrais proposer, c'est celle du désaccord constructif. Je sais très bien qu'au départ, nous ne sommes pas d'accord. Mais ce n'est pas parce que nous ne sommes pas d'accord que nous ne pouvons pas dialoguer. Si nous dialoguons en respectant l'autre, si nous dialoguons avec un souci de vérité, alors on peut faire sortir quelque chose de nouveau, de constructif.

Q - Le slogan, ou la devise actuelle de L. Parisot, "le désaccord constructif".

R - Absolument.

Q - C'est-à-dire que cela ouvre des discussions. Vous vous présentez comme une pragmatique, mais y a-t-il une doctrine Parisot ?

R - Si vous voulez absolument une doctrine, c'est le pragmatisme, c'est-à-dire se fonder sur l'expérience, notre propre expérience, mais aussi celle des autres. On a beaucoup appris, ces derniers temps, comprenant ce qui s'est passé en Angleterre, au Danemark. Très bien. Ne prenons pas tout un modèle dans sa globalité, mais allons chercher chez les autres ce qui marche.

Q - L. Evrard me rappelait que l'économie française, c'est 25 % de l'industrie, 75 % de services. La première baisse, les services explosent en même temps. Est-ce que la France a un avenir industriel ?

R - Il le faut. Les services se nourrissent de l'industrie, et l'industrie se nourrit des services. Il est absurde de penser une France sans industrie, mais il faut aider notre industrie à se rénover, à organiser sa propre mutation, et là, j'insiste sur un point très important, il faut faire en sorte de relancer fortement notre recherche publique. Il faut faire en sorte qu'entreprises et universités et chercheurs travaillent main dans la main, dans un esprit de coopération. C'est la matière grise qui compte aujourd'hui.

Q - Quel est le principal handicap, pour vous, de la France dans la compétition mondiale et des entreprises françaises, aujourd'hui, dans la mondialisation ?

R - Le principal handicap a été tout à fait révélé par cette campagne électorale au sein du Medef. C'est le sentiment que les Français ne comprennent pas bien le rôle de l'entreprise, ne comprennent pas très bien les contraintes et les défis auxquels sont confrontées les entreprises. Nous avons besoin d'une meilleure entente, d'un bon accord entre la France et ses entreprises. C'est à cette condition, notamment, que nous pourrons avancer.

Q - Mais, alors, pour cela il faut changer l'image, dont on dit qu'elle est mauvaise, caricaturée, caricaturale, du Medef. Comment allez-vous faire ?

R - D'abord, je veux croire qu'il y a une petite évolution entre hier et aujourd'hui parce que cela fait une différence. Au-delà de cela - c'est un peu une boutade, évidemment, ce que je viens de dire -, il faut faire de la pédagogie. Contre la démagogie, il faut faire plus de pédagogie.

Q - Ici, l'autre jour, vous avez soufflé, si je puis dire, sidéré B. Thibault qui était là, en lui disant que, comme lui enfant, vous regardiez à la télévision "Pimprenelle", "Nicolas", "Gros Nounours". Avec F. Chérèque, de la CFDT, vous regardiez quoi ? "Goldorak", "Casimir" ? Parce que cela peut vous rapprocher...

R - Ecoutez, il ne me l'a pas encore dit mais, effectivement, on est de la même génération, peut-être "Thierry la Fronde".

Q - Oui, bonne idée.

R - L'esprit conquérant...

Q - Et le "désaccord construction". Vous avez dit assez vite "Il faut revoir les règles de la représentativité des syndicats". Monsieur Mailly, de Force Ouvrière, vous a dit "la représentativité des syndicats de patrons, ou de tous les syndicats ?". Qu'avez-vous voulu dire ?

R - J'ai pensé de toutes les organisations qui comptent et qui ont un rôle dans notre démocratie. Je suis profondément démocrate, et le principe de base de la démocratie, en démocratie politique comme en démocratie sociale, c'est la représentativité. Il faut que ceux qui parlent aient ce bénéfice d'une légitimité par la représentativité.

Q - Vous êtes présidente du Medef à partir d'aujourd'hui - merci d'être là, de commencer à donner des indications et des pistes - et pour cinq ans. Cela veut dire que vous allez vivre comme présidente du Medef la présidentielle de 2007. C'est un rendez-vous important.

R - Très important. Ce sont toujours des périodes très spécifiques, en France. Une élection présidentielle, ce sont des moments où les échanges d'idées se font, où il y a confrontations, débats. Donc, il faut que nous profitions de cet instant là pour diffuser nos idées, faire en sorte qu'elles soient contredites, argumentées, savoir convaincre, que les candidats à l'élection présidentielle s'emparent du sujet.

Q - Cela veut-il dire que vous allez intervenir, y participer ?

R - Certainement.

Q - Ah oui ?

R - Pas directement.

Q - Mais en posant des questions à chacun des candidats de droite, de gauche, du centre ?

R - On a bien vu que la France entière avait soif de débats. C'est ce que nous avons vu pendant la campagne pour le référendum. On a envie qu'il y ait des échanges, on a envie qu'il y ait des discussions, que de nouvelles idées naissent. Profitons-en.

(Source : Premier ministre, Service d'information du Gouvernement, le 6 juillet 2005)

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