Interview de M. Jean-François Roubaud, président de la CGPME à France 2 le 14 juin 2005, sur la politique de l'emploi du Gouvernement, notamment le contrat "nouvelles embauches", la baisse des charges sociales et patronales l'apprentissage et la situation sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Roubaud, président de la CGPME à France 2 le 14 juin 2005, sur la politique de l'emploi du Gouvernement, notamment le contrat "nouvelles embauches", la baisse des charges sociales et patronales l'apprentissage et la situation sociale.

Personnalité, fonction : ROUBAUD Jean-François, LABORDE Françoise.

FRANCE. CGPME, président

ti : Q- Nous allons évoquer "La planète PME" : c'est le nom d'une sorte de salon qui se tient aujourd'hui, où 15.000 chefs d'entreprises sont attendus, et vous allez exposer, notamment au Premier ministre qui va le visiter, quelques-uns de vos thèmes favoris. Rappelons quand même en quelques chiffres ce que pèsent aujourd'hui les PME en France. Combien y en a-t-il, combien de personnes emploient-elles à peu près ?

R- Les PME, c'est 1.550.000 entreprises en France, et 12.500 000 salariés du secteur privé, c'est-à-dire, 85 % des salariés du secteur privé.

Q- Et cela va de 0 à 250 salariés ?

R- La définition de Bruxelles est 0 à 250 salariés...

Q- Dans ces PME, il faut quand même rappeler qu'il y en a plus d'un million qui, justement, ont zéro salariés, où il y a le chef d'entreprise et personne autour !

R- Oui, tout à fait.

Q- Parce que c'est trop difficile d'embaucher parfois ?

R- Je crois que ce n'est pas "trop difficile", c'est surtout la crainte du chef d'entreprise, qui est tout seul, d'assumer un emploi en plus du sien. Et donc, il y a vraiment un blocage. Ce qui sera sans doute facilité par les mesures que l'on vient d'entendre, entre autres, le chèque emploi-entreprise, qui évitera les complications administratives qui sont pour la création de cet emploi, les déclarations aux différentes caisses. Par le chèque, cela va être extrêmement simple, et donc cela va, nous le pensons, favoriser le premier emploi - le deuxième éventuellement -, pour ces entreprises sans salarié.

Q- Ces chèques vont fonctionner de la même façon que les chèques emploi-services pour les emplois familiaux. Cela veut dire qu'il n'y aura pas de contrat de travail, on sera payé au nombre d'heures effectuées, et il n'y aura pas non plus d'allégement de charges...

R- Il faut quand même préciser que, même s'il n'y a pas de contrat de travail que l'on écrit et que l'on signe, le fait de faire le premier chèque est un contrat de travail, c'est-à-dire que le salarié est sécurisé comme un autre salarié. C'est simplement une simplification administrative, qui est très importante pour le chef d'entreprise qui est tout seul.

Q- Les contrats à "la nouvelle embauche" prévoient, notamment pour les moins de dix salariés, des périodes d'essai de deux ans, qui ont beaucoup choqué le monde syndical. Qu'en pensez-vous ?

R- Je crois qu'il faut reprendre le problème. Qui va créer de l'emploi pour les années à venir ? Ce sont forcément les PME, parce que la fonction publique n'en prendra pas et les grandes entreprises qui ont délocalisé pour des tas de besoins, n'embauchent pas non plus sur le territoire. Nous, les PME, nous restons sur le territoire. Et c'est nous qui créeront l'emploi. Donc, il faut voir quels sont les freins à l'embauche pour ces chefs d'entreprise. Le frein essentiel, c'est la peur de ne pas pouvoir mettre en adéquation l'offre et de service, les commandes que l'on reçoit, avec le personnel. Et donc, par ce contrat "nouvelle embauche", on y voit l'avantage de retirer la crainte, pour le chef d'entreprise, d'aller systématiquement, en cas de licenciement, devant un tribunal et d'avoir à payer un an, un an et demi de salaire.

Q- Vous dites vous-même que ce n'est pas très politiquement correct de le dire, mais qu'il faut en gros faciliter le licenciement pour pouvoir réembaucher après ?

R- Oui, je crois qu'il faut mettre de la fluidité dans l'emploi. On l'a vu dans d'autres pays, cela marche bien...

Q- Vous pensez à la Grande-Bretagne, par exemple ?

R- Non, je pense plus à la Suède, aux Pays Nordiques...

Q- Le fameux "modèle danois" que l'on a beaucoup cité ?

R- Oui, on en parle beaucoup, mais il faut faire très attention ; on ne veut pas faire du "copier coller" en France. Je crois qu'il faut amener la sécurité aussi aux salariés, mais avec plus de flexibilité. Et donc, c'est de simplifier un peu ce code du travail, simplifier le travail du chef d'entreprise, pour qu'il puisse employer plus facilement et débaucher quand il ne peut plus...

Q- C'est-à-dire que, le code du travail pour les chefs d'entreprise est aussi compliqué à lire que la Constitution européenne pour les Français, c'est cela ?

R- Non, c'est bien pire ! Ce sont 2.250 pages épaisses d'un livre épais, qui se contredit d'article en article... Je connais peut-être deux personnes en France qui sont capables de travailler sérieusement sur ce code du travail. Non, c'est illisible ! Il faut donc simplifier absolument tout cela, pour fluidifier ce marché du travail, la fameuse "flexsecurité" que l'on peut appliquer. Et je crois que ce contrat "nouvelle embauche" répond un petit peu à ce principe-là. On va mettre en place sans doute des modalités. Le but n'est pas de ne pas sécuriser les salariés.

Q- Cela sera réservé à une catégorie d'entreprises ?

R- Oui, comme on est dans un stade d'expérimentation, cela va être réservé aux entreprises de moins de 10 salariés. Mais si au bout d'un an ou deux, on s'aperçoit que cela a créé des milliers d'emplois, je crois que l'on sera tous satisfaits de pouvoir l'appliquer à tout le monde.

Q- Ce que vous proposez, c'est "un contrat de travail intermittent". "Intermittent", cela sonne déjà comme une catégorie un peu mécontente de sa précarité - on se souvient notamment des intermittents du spectacle et leur situation un peu difficile. Cela veut-il dire que l'on pérennise un système de cet ordre-là ?

R- Non, je crois que cela répond à certaines demandes de certaines branches d'activité. Le temps partiel, c'est connu partout, on peut l'appliquer en France dans toutes les sociétés. L'intermittence, cela permet à des métiers comme l'hôtellerie et la restauration de travailler trois mois par exemple dans un hôtel à la montagne, et l'été trois ou quatre mois dans un hôtel sur la Côte d'Azur, avec un seul contrat de travail mais en intermittent, pour la même société. Donc, il y a trois mois et quatre mois, sept mois de travail sur douze. C'est un contrat à durée partielle mais qui est étendu sur l'année et qui sécurise le salarié aussi.

Q- Mais pendant les quatre mois qui restent où il n'y a pas de travail, que font-ils ?

R- Le salarié est en congé, si j'ose dire, comme en temps partiel quand vous travaillez à mi-temps...

Q- Est-il rémunéré ou pas ? Est-il au chômage technique ?

R- Non, il n'est pas rémunéré. Le problème est que cela correspond à un besoin et à une demande aussi des salariés, et que l'on ne peut pas l'appliquer parce qu'il n'y pas, d'un côté, un accord de branche qui le permet, et pour l'entreprise, elle n'a pas le droit de l'appliquer, de le mettre en place directement.

Q- Techniquement, cela veut dire qu'il y aura une partie de l'année où un salarié ne touchera pas le chômage et ne touchera pas de salaire ?

R- Dans ce type de contrat, oui, absolument...

Q- Mais alors comment fera-t-il pour vivre ?

R- Il aura sa sécurité sociale et tout cela. Mais il aura en trois mois d'hiver et quatre mois d'été ou l'inverse, sur sept mois de l'année, son salaire.

Q- Il faudra qu'il mette sa paye de côté pour vivre toute l'année avec ce temps de travail ?

R- Tout à fait. Mais les salariés, les saisonniers, par exemple dans le Brie, sont mieux payés qu'un salarié à l'année bien sûr. Il faut tenir compte de ce phénomène de saisonnalité.

Q- On parle de baisses de charges patronales, notamment à partir de 2007 sur le Smic. Vous dites que ce n'est pas forcément une très bonne idée. Pourquoi ?

R- L'idée est généreuse. Baisser les charges, c'est ce que nous demandons depuis des années. Ceci dit, il faut faire très attention : ne plus mettre de charges patronales uniquement sur le Smic, c'est une trappe à bas salaires, c'est-à-dire, que cela peut encourager le chef d'entreprise à rester à des salaires au niveau du Smic, sans plus, puisque, après, vous avez d'un seul coup une marge importante à franchir. Ce que nous proposons, et ce qui à mon avis est plus souple et plus intéressant, c'est que, sur les 153 premiers euros, il n'y ait pas de charges patronales pour l'ensemble des salaires. 153 premiers euros, parce que nous le demandons depuis de nombreuses années, c'est en fait l'équivalent de 1000 francs. Et cela évite cette trappe à bas salaires, parce que tous les salaires n'ont plus de charges patronales sur ces 153 premiers euros.

Q- Il se dit beaucoup qu'en France, il y a énormément d'emplois qui ne sont pas pourvus. A combien les estimez-vous à peu près ?

R- Il y a entre 300 et 400.000 emplois non pourvus. Evidemment, dans les branches d'activité, celles qui ont une moins belle image malheureusement que sont le bâtiment, l'hôtellerie et la restauration. Et ce qui est dommage, c'est quand on voit des jeunes et qu'on les emmène dans nos métiers, dans ces métiers de bâtiment ou d'hôtellerie-restauration, qu'on leur fait voir le travail sur le terrain, ils sont passionnés, cela les intéresse, ils ont envie d'y aller...

Q- Le bâtiment donne une image assez négative, parce que c'est vrai que c'est un métier difficile. Mais quand ils sont confrontés à cela, ils y prennent du plaisir quand même ?

R- Tout à fait. Parce qu'ils se rendent comptent que c'est très intéressant et que ce n'est pas aussi difficile que cela, parce que maintenant il y a des tas de progrès qui ont été faits, ce n'est plus un métier physique ou quasiment plus physique. Donc, ils trouvent quelque chose de concret, qui correspond à leur souhait.

Q- Et puis l'on voit les résultats tout de suite ?

R- Tout de suite. On construit quelque chose, on bâtit, on monte...

Q- Chez les PME, vous êtes les spécialistes de l'apprentissage justement, de ce point de vue, vous avez énormément de jeunes en formation...

R- Oui, nous avons la plus grande organisation pour l'apprentissage, l'AGEFOS-PME, avec 1.000 salariés sur toute la France. Et nous formons énormément de jeunes - 350.000 par an en apprentissage. Et ce que l'on demande actuellement, c'est à ce que les grandes entreprises prennent aussi des jeunes pour l'apprentissage, pour les monter à 500.000, qui est la demande du Gouvernement.

Q- Pour "Planète PME", accueillez-vous aussi les futurs candidats, les jeunes qui voudraient se renseigner ?

R- Nous accueillons essentiellement des chefs d'entreprise, puisque 80 % des 15.000 personnes sont des chefs d'entreprises, mais nous avons également de nombreux jeunes qui viennent. On a fait une "place des métiers", pour leur présenter un certain nombre de métiers pour que, justement, ils aient envie de s'engager dans ces métiers.

(Source : premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 15 juin 2005)

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