Tribune de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Libération" le 6 septembre 2005, sur ses propositions en matière d'immigration, intitulée "Une immigration mieux contrôlée". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire et président de l'UMP, dans "Libération" le 6 septembre 2005, sur ses propositions en matière d'immigration, intitulée "Une immigration mieux contrôlée".

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Ministre d'État, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. UMP, président

ti : J'ai pris connaissance avec attention de la tribune écrite par un certain nombre de responsables du Parti socialiste (Faouzi Lamdaoui, François Rebsamen, Bruno Leroux et Kader Arif) sur la question de l'immigration et publiée dans Libération le 25 août dernier. Puisqu'il y est question des propositions que j'ai formulées en la matière, je souhaiterais apporter quelques précisions.

En premier lieu, il est faux de dire qu'"après le mythe de l'immigration zéro [...] la droite a été rattrapée par le déficit démographique annoncé". En effet, la droite étudie les dossiers et ne commet pas l'erreur scientifique qui consiste à croire que l'immigration va résoudre le problème du déficit démographique.

L'immigration ne peut pas être une solution au déficit démographique tout simplement parce qu'en France la cause de nos problèmes démographiques n'est pas l'insuffisance de la natalité, mais l'allongement de la durée de la vie. Aujourd'hui, la retraite dure deux à trois fois plus longtemps qu'avant et c'est cette différence qui met en cause le financement de notre système social. L'immigration ne règle rien en la matière car les immigrés que l'on ferait venir vieilliraient à leur tour et auraient droit, c'est bien normal, aux mêmes prestations que les ressortissants nationaux. Faire venir des immigrés pour régler la question du vieillissement n'est rien d'autre que faire ce que l'on appelle, en matière financière, de la "cavalerie".

Dans un rapport de 2000, resté célèbre bien que mal compris, la division des populations de l'ONU a estimé que la France devrait faire venir 1,8 million d'immigrés par an, soit 18 millions de personnes en dix ans (!), si elle voulait maintenir au même niveau le ratio entre la population d'âge actif et la population âgée (rapport de soutien potentiel). C'est évidemment absurde et l'ONU a naturellement écarté cette perspective. En réalité, la solution à la question du vieillissement de la population passe principalement par l'allongement de la durée d'activité et la construction, pardon d'y revenir, d'un nouveau modèle social qui donne un travail à chacun, augmente le potentiel de croissance de notre pays, solvabilise les emplois de services à la personne et dégage les ressources publiques nécessaires pour prendre en charge, dans de bonnes conditions, l'immense besoin naissant de services et de soins aux personnes âgées.

Ce qui est vrai en revanche, c'est que je ne suis pas et n'ai jamais été favorable au concept de l'"immigration zéro", à la fois pour des raisons pratiques et pour des raisons de principe. Je pense qu'une grande nation comme la nôtre doit rester ouverte, dans des limites contrôlées, pour s'enrichir et se renouveler. Je suis moi-même bien placé pour en parler, les auteurs de cette tribune n'ont pas manqué de le relever.

En deuxième lieu, il est inexact d'écrire que le "remède miracle [proposé] a déjà été testé aux Etats-Unis, en Italie et en Espagne, produisant l'inverse des effets escomptés". La méthode que je préconise n'est pas du tout celle des Etats-Unis, lesquels ne luttent pas réellement contre l'immigration clandestine qui se nourrit des besoins très importants de leur marché du travail, ni celle de l'Espagne et de l'Italie, beaucoup trop bureaucratique et inadaptée au fonctionnement de la vie économique. La méthode que je propose est celle du Canada et du Royaume-Uni, deux pays qui ont réussi à faire passer la part des flux d'immigration économique dans le total de l'immigration à plus de 50 % (contre 5 % actuellement chez nous). Je précise que l'intérêt de cette formule n'est pas seulement de faire mieux correspondre l'immigration avec les besoins économiques de notre pays, mais de faire venir des personnes qui auront déjà un emploi assuré lorsqu'elles pénétreront sur notre sol. Toute la différence entre le système actuel et le système que je préconise réside là. Dans le système actuel, 80 % des immigrés légaux entrent par le biais du regroupement familial, cherchent un emploi une fois entrés en France et sont obligés de vivre des prestations sociales pendant de longs mois. S'agit-il d'un accueil digne de notre pays ? Dans le système que je préconise, plus de 50 % des immigrés entreront pour répondre à des besoins identifiés du marché du travail. Ils auront immédiatement un emploi et s'intégreront beaucoup plus facilement.

En troisième lieu, il est pour le moins surprenant de lire qu'"il est à craindre que la remise en cause du droit d'asile, du regroupement familial et du titre de séjour unique et renouvelable devienne irréversible". Ce qui paraît en effet irréversible dans notre pays, ce sont plutôt les règles de l'immigration telles qu'elles ont été prévues dans les années 70. Or, depuis les années 70, le monde a changé. La mondialisation, l'essor du trafic aérien, le développement des moyens de communication et le perfectionnement des techniques de falsification ont rendu à la fois les pays d'accueil plus attractifs, les flux migratoires plus faciles, les filières plus criminelles. Il faut en tenir compte.

Quant à l'idée d'un partenariat gagnant-gagnant avec les pays d'origine, j'y suis bien évidemment favorable puisque c'est moi qui ai proposé, en 2002, la création de filières positives d'immigration et signé des accords à cet effet avec la Roumanie, l'Afghanistan, la Bulgarie et le Mali. Engager le personnel dont nous avons besoin dans les pays d'origine, ne pas piller les cerveaux des pays en voie de développement, mais contribuer éventuellement à leur formation, dynamiser le codéveloppement et impliquer les pays d'origine dans la lutte contre les filières criminelles et le retour des clandestins par la délivrance des laissez-passer consulaires : c'est tout le sens de la politique que j'ai entreprise. Cela suppose toutefois d'accorder de réelles contreparties aux pays d'origine. Or ce que veulent les pays d'origine, ce sont des garanties de délivrance d'un certain nombre de visas de court séjour et de permis de long séjour pour leurs ressortissants. Cela s'appelle des quotas.

(Sourc e http://www.u-m-p.org, le 8 septembre 2005)

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