Déclaration de M. Reaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures en faveur de la musique, la réforme des structures de la Direction de la musique et de la danse, la création musicale, l'éducation artistique et culturelle, le marché de la distribution musicale et l'audiovisuel, Strasbourg le 23 septembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Reaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures en faveur de la musique, la réforme des structures de la Direction de la musique et de la danse, la création musicale, l'éducation artistique et culturelle, le marché de la distribution musicale et l'audiovisuel, Strasbourg le 23 septembre 2005.

Personnalité, fonction : DONNEDIEU DE VABRES Renaud.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Conférence de presse sur l'action en faveur de la musique à Strasbourg le 23 septembre 2005

ti : J'ai choisi de vous présenter ici, à Strasbourg, où j'ai eu la joie d'ouvrir, en juin dernier, le forum européen des orchestres, les grandes lignes de ma politique en faveur de la musique, le jour de l'ouverture du festival Musica, formidable médiateur entre un public curieux et nombreux, et la musique de notre temps.
La musique est la première pratique artistique des Français. Et au-delà de la pratique, par sa formidable diversité, par sa façon de nous toucher, différemment, au fil de notre vie, par sa capacité à franchir les âges et les cultures, elle concerne, dans les faits, chacune et chacun d'entre nous.
Le ministère de la culture doit prendre en compte cette diversité des pratiques et des esthétiques. C'est pourquoi j'aborderai, par deux fois, ma politique de la musique. Dans quelques jours, à l'occasion de Foruma à Nancy, je parlerai des musiques actuelles et du jazz.
Aujourd'hui à Strasbourg, je concentrerai mon propos sur les musiques que l'on dit classiques.
Depuis quarante ans, la musique touche un nombre croissant de nos concitoyens, grâce aux orchestres, aux opéras, aux ensembles spécialisés, à la qualité de l'enseignement spécialisé ou professionnel, à l'activité des créateurs et à la diversité des manifestations musicales ; grâce aussi à l'action de grands serviteurs du service public de la musique, tels Marcel Landowski dans les années soixante-dix et Maurice Fleuret dans les années quatre-vingts, auquel je tiens à rendre hommage aujourd'hui.
Cette réussite trouve sa source dans une vitalité artistique manifeste : vitalité d'une création qui s'est affranchie de ses doctrines, vitalité d'un mouvement baroque particulièrement actif dans notre pays, vitalité aussi de l'interprétation, qui constitue en elle-même un acte de création. Cette vitalité c'est d'abord à nous artistes que nous la devons.
Cette réussite repose également sur le soutien continu de multiples acteurs de notre société. La politique de la musique se construit dans un dialogue permanent. Avec les collectivités territoriales, qui sont les indispensables partenaires de l'action de l'Etat. Avec les entreprises, et l'on sait que la musique est aujourd'hui la première bénéficiaire du mécénat culturel. Avec les organisations représentatives d'artistes, comme avec les associations professionnelles, qui portent les préoccupations et les projets de l'opéra, des orchestres, des ensembles, de l'édition ou de la facture instrumentale, avec les sociétés d'auteurs et d'interprètes. C'est pourquoi j'ai demandé aux Directeurs régionaux des affaires culturelles d'organiser désormais, chaque année et dans chaque région, une conférence musicale régionale, réunissant tous les acteurs de la vie musicale.
La première aura lieu en Midi-Pyrénées au printemps prochain. La politique de la musique en France est une politique concertée. C'est ce qui fait sa force.
J'ai pourtant la conviction profonde que nous sommes face à des enjeux importants, et que nous devons tous agir pour étendre encore les territoires de la musique. Mon projet pour la musique s'inscrit dans une vision de l'avenir du spectacle vivant. Dans le domaine de la musique, comme dans tous ceux du spectacle vivant, la création doit être toujours mieux soutenue, la situation professionnelle des artistes consolidée, l'enseignement et l'éducation artistique confortés et l'accès à la culture chaque jour plus ouvert.
Pour y parvenir, l'Etat doit disposer des moyens d'une action efficace.
Vous ne m'en voudrez donc pas de commencer par une réforme importante que je souhaite engager au sein du ministère de la culture et de la communication. En 1998, le ministère de la culture a regroupé deux directions, celle de la musique et de la danse, et celle du théâtre et des spectacles, en une seule, la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles.
Cette réforme a permis de prendre en compte de nombreuses préoccupations communes aux différentes disciplines, notamment dans le domaine de l'emploi et de l'enseignement, mais également dans celui des pratiques artistiques en amateur et de l'éducation artistique. Il fallait décloisonner, faciliter l'épanouissement de la pluridisciplinarité, et permettre un meilleur partage des équipements culturels.
Ces objectifs me paraissent toujours actuels et je crois à la nécessité d'une grande direction du spectacle vivant. Mais je mesure parfaitement que les artistes, les professionnels du spectacle, confrontés aux enjeux artistiques de leur discipline, sont aujourd'hui déconcertés par cette organisation transversale.
J'ai donc décidé d'engager une réforme de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles. Je souhaite que les compétences nombreuses de cette direction trouvent, dans le cadre d'une organisation rénovée et proche des réalités de la vie artistique, à s'exprimer pleinement.
J'ai confié à l'inspection générale de l'administration de la culture, en plein accord avec Jérôme Bouët qui participe activement à la réflexion, une mission d'analyse du fonctionnement de la DMDTS, conduite par Madame Anne Chiffert et Monsieur Dominique Chavigny. J'attends leur rapport et leurs propositions avant la fin de l'année. Les professionnels du spectacle, dans toutes les disciplines, seront largement associés à cette réflexion, afin qu'elle aboutisse à une réforme que je souhaite mettre en oeuvre avant la fin du 1er semestre 2006.
Parce que l'action de l'Etat repose d'abord sur ses propres moyens d'action, je tenais à ouvrir mon propos sur cette réforme. J'en viens maintenant aux sept priorités de mon action pour étendre les territoires de la musique dans les deux prochaines années.

Ma première priorité est de revisiter notre politique de soutien à la création.
C'est une mission fondatrice du ministère de la culture. Je suis heureux de vous le dire ici à Strasbourg, où les différentes manifestations de Musica exposent toute la richesse de la création.
Les compositeurs doivent jouer un rôle accru dans la vie artistique de notre pays. C'est pourquoi le ministère de la culture contribuera à redonner plus d'importance aux résidences de compositeurs auprès des lieux de production, de diffusion et d'enseignement.
C'est dans cet esprit qu'un nouveau dispositif, les " contrats d'association ", cofinancés par le ministère et par la SACEM, favorisera l'association de compositeurs - ou d'interprètes proches de la création - à la direction artistique de scènes nationales. Un premier contrat vient ainsi d'être annoncé entre la scène nationale de Châlon-en-Champagne et le violoniste Ami Flammer. Je m'en réjouis car je crois profondément à l'enrichissement des projets par le croisement des expériences et des sensibilités artistiques.
La création musicale et le répertoire contemporain doivent rencontrer un public plus large. J'ai donc décidé d'étendre, dès 2006, les missions de " Musiques Nouvelles en Liberté " pour accroître la place des oeuvres contemporaines dans la programmation des festivals généralistes. C'est encore l'objectif de l'extension du champ d'intervention de " Musique française d'aujourd'hui " au DVD, de la numérisation des fonds du Centre de documentation de la musique contemporaine, et du soutien à la collaboration de l'IRCAM avec l'Éducation nationale.
La création musicale a besoin d'outils. J'ai donc décidé de conférer le label de Centre national de création à trois nouveaux centres au cours des trois prochaines années. De plus, le ministère soutiendra, en partenariat avec les autres collectivités, l'amélioration des installations et de la capacité de ces structures à accueillir le public.
A l'IRCAM, l'un des lieux où l'intuition artistique, la formalisation scientifique et l'expérimentation technologique peuvent se fertiliser mutuellement, Bernard Stiegler a promu avec succès depuis janvier 2002 les liens étroits entre la politique de recherche scientifique et la création musicale. Sur la proposition de Bruno Racine, Président du Centre Georges Pompidou, je viens de le nommer directeur du Département du développement culturel du Centre à compter du 1er janvier 2006. Le conseil d'administration de l'IRCAM, qui se réunira le 6 octobre prochain pour me proposer un successeur, a prévu d'auditionner Franck Madlener, qui a, vous le savez, largement contribué, auprès de Jean-Dominique Marco, au fort beau programme que Musica nous invite à entendre à partir de ce soir. J'accueille sa candidature à la direction de l'IRCAM avec intérêt, car le prochain directeur aura à prolonger la dynamique d'ouverture engagée et, sans rien abandonner de la mission prospective de cet institut de recherche et de création unique au monde, à placer le projet artistique et le compositeur au coeur de cette mission.
Enfin, le ministère poursuivra sa politique volontariste de commande d'¿uvres nouvelles. Je souhaite toutefois que la procédure des commandes d'Etat donne lieu à une réflexion partagée, afin d'améliorer la transparence, l'ouverture sur toutes les esthétiques, et l'articulation avec les autres sources de commande. Je pense en particulier au rôle de Radio France, à celui des opéras et des orchestres.
Au-delà du seul domaine de la création, il me paraît indispensable d'améliorer rapidement les conditions de la rencontre entre les musiques classiques et leur public.
En France, la musique a un territoire privilégié, celui des festivals. C'est un phénomène que nous envient la plupart de nos voisins européens.
En revanche, la place qu'elle tient dans la programmation des lieux généralistes, en particulier des scènes nationales, reste trop marginale. C'est regrettable. J'ai donné instruction aux directeurs régionaux des affaires culturelles de veiller à ce que les procédures de nomination futures des directeurs de scènes nationales donnent toutes leurs chances à des professionnels ayant un profil musical. Je souhaite que le suivi des scènes nationales ne relève plus, dans les Drac, des seuls conseillers pour le théâtre, mais également des conseillers pour la musique et pour la danse. La place des musiques classiques sera par ailleurs réaffirmée dans les contrats d'objectifs et de moyens de ces théâtres.
J'ai également décidé de favoriser les conventions de théâtres de ville autour de projets musicaux. Je ne peux en effet accepter plus longtemps sans réagir que, parmi nos 83 scènes conventionnées, seulement huit, à l'heure actuelle, le soient au titre des musiques dites classiques.
C'est également pour étendre les territoires de la musique que j'ai décidé de soutenir le projet original d'un artiste, le pianiste Jean-Philippe Collard qui, avec ses " Chemins de la musique ", invente un nouveau mode de tournées, d'une commune rurale à une autre, d'un lieu de patrimoine à un autre, pour rencontrer un public éloigné des salles de concert.
Enfin, l'office national de diffusion artistique sera doté, dès 2006, de moyens complémentaires lui permettant d'élargir son champ d'intervention aux musiques classiques.
S'agissant maintenant des lieux, en France, adaptés à l'écoute de la musique acoustique, instrumentale ou vocale, leur nombre est encore insuffisant.
J'ai donc donné instruction, à chaque fois que des travaux seront programmés dans un théâtre bénéficiant du soutien de l'Etat, d'intégrer l'amélioration de l'acoustique au projet.
Le ministère a également vocation à s'associer au financement de nouveaux auditoriums. Il l'a fait à Grenoble, pour la construction de l'auditorium de la scène nationale. Il le fera à Poitiers, Aix-en-Provence et Bordeaux.
Le ministère continuera d'intervenir dans la construction de salles de concert nouvelles en privilégiant notamment les projets qui conjuguent, en un même lieu, enseignement, pratique et diffusion. A cet égard je me réjouis de l'ouverture prochaine, ici à Strasbourg, de la Citée de la Musique et de la danse, qui regroupe en un même lieu, le Conservatoire et un auditorium de 500 places.
A Paris, la situation va être enfin améliorée. Je me félicite de la réouverture pour la saison 2006/2007 de la salle Pleyel, qui redonnera à notre capitale une salle de concert de niveau international, tout en offrant à l'Orchestre de Paris et aux autres orchestres parisiens, un lieu digne de la qualité de leur travail. La construction d'un auditorium de 1500 places dans le cadre de la réhabilitation de la Maison de Radio France, complétera, à l'automne 2009, l'équipement parisien¿ dans l'attente d'un très vaste et très ambitieux projet, cher à Pierre Boulez, et auquel je n'ai pas renoncé !
L'ouverture de tous les lieux du patrimoine à la musique et au spectacle vivant est pour moi plus qu'une ambition. C'est une décision. Je souhaite que, désormais, chaque monument bénéficiant à un titre ou à un autre d'une aide de l'Etat, accueille des artistes de tous horizons, des ensembles musicaux, des créateurs. J'ai donné des instructions précises au Président du Centre des monuments nationaux et au Directeur de l'architecture et du patrimoine.
C'est bien dans cet esprit que j'ai associé une création musicale à la mise en lumière du Grand Palais à Paris, pour sa réouverture. Je suis convaincu qu'elle a joué un rôle essentiel dans le succès public de cet événement symbolique du rayonnement et de l'alliance de notre patrimoine et de nos créations.
Rapprocher la musique d'un public élargi, c'est aussi faciliter l'accès aux oeuvres et à la documentation du patrimoine musical. C'est le sens des programmes de numérisation des fonds du Centre de Documentation de la Musique Contemporaine, ou d'inventaire et de sauvegarde des ¿uvres du répertoire électroacoustique que j'ai engagés. Je me réjouis d'inaugurer le 26 octobre prochain la nouvelle médiathèque de la Cité de la Musique, dotée d'outils technologiques et informatiques puissants, qui offriront au public un accès direct à un fonds musical considérable.
Soutenir les équipes indépendantes et les démarches innovantes des institutions, telle est ma troisième priorité. Notre vie musicale se caractérise par la coexistence d'ensembles musicaux indépendants et d'institutions musicales, orchestres et maisons d'opéra. Au rayonnement et à l'implantation territoriale forte des institutions, répond la diversité artistique des ensembles musicaux et des compagnies lyriques. Un effort important a déjà été réalisé par l'Etat en faveur des ensembles non permanents et des compagnies entre 2002 et 2005. La mise en place progressive d'un soutien spécifique a conduit à une progression de l'ordre de 70% des moyens engagés par l'Etat en leur faveur. Je veux aujourd'hui continuer cet effort pour contribuer, avec les autres collectivités publiques, à pérenniser des emplois dans ces formations, comme s'efforce de le faire ici, en Alsace, l'Ensemble Linéa, pour la musique d'aujourd'hui. La pérennisation de l'emploi de directeurs artistiques, est également un objectif pertinent. Je connais les difficultés rencontrées par les ensembles, pour s'implanter durablement au sein d'une région. La réussite des Arts Florissants en Basse-Normandie, de l'orchestre des Champs Elysées et d'Ars Nova en Poitou-Charentes, de l'ensemble Matheus en Bretagne - doit inciter les collectivités publiques à agir pour que d'autres ensembles trouvent les conditions d'une meilleure inscription territoriale. La redynamisation de notre politique de résidences y contribuera. J'y serai personnellement très attentif. De leur côté , les opéras, les orchestres, jouent un rôle indispensable pour faire vivre un large répertoire au contact d'un public régional et national, et offrent à de nombreux musiciens de notre pays les conditions d'un épanouissement professionnel.
Depuis plusieurs années, le secteur lyrique connaît dans notre pays un véritable renouveau. Je pense au rayonnement international de l'opéra de Paris, mais aussi aux opéras nationaux de région et à nombre d'autres scènes lyriques.
L'Etat a accompli de gros efforts. Il a notamment permis la réouverture de l'opéra de Lille en 2004. Il a conduit au mariage réussi entre les maisons d'Angers et de Nantes. Il a renforcé les moyens des opéras nationaux de région.

C'est dans ce contexte que j'ai souhaité faire de l'Opéra Comique un établissement public. La salle Favart, devenue Théâtre national de l'Opéra Comique en 2005, verra dès 2006 ses moyens renforcés. Jérôme Savary, en cinq saisons, a su convaincre un public nombreux et renouvelé. Comme le prévoit le statut de l'établissement, Jérôme Deschamps lui succèdera au début de la saison 2007/2008. Son projet, au carrefour de l'innovation et de la tradition, restera fidèle à l'esprit de l'opéra comique et d'une expression de l'art lyrique ouverte sur tous les débats esthétiques.
Je me réjouis également que l'Opéra de Nancy-Lorraine devienne très prochainement l'Opéra national de Lorraine. Les collectivités publiques concernées ont su s'engager, aux côtés de l'Etat, dans une refonte complète des statuts de cette maison de tradition ancienne.
A côté des très grandes institutions, le renouveau de l'art lyrique est également porté par des théâtres de ville, par des scènes nationales, associés à des compagnies lyriques, parfois à des opéras de région. Tous favorisent une production lyrique de proximité, utile à la découverte de l'opéra et de ses plus petites formes. C'est une évolution que mon ministère soutient avec conviction.
Les 24 orchestres régionaux portent le rayonnement de la musique sur tout le territoire national, et ont su s'ouvrir aux échanges internationaux.
En poursuivant avec détermination une politique de conventionnement des orchestres permanents, j'affirme la volonté du Ministère d'accompagner ces formations dans la poursuite d'objectifs concertés, au premier rang desquels je place l'ouverture au répertoire contemporain, l'accueil de compositeurs en résidence et l'accueil de jeunes chefs associés. L'expérience lancée avec succès par l'orchestre symphonique de Mulhouse, où l'Etat et les collectivités territoriales co-financent un poste de jeune chef associé, sera étendue en 2006 et 2007 à d'autres orchestres.
Ma quatrième priorité est de mieux répondre aux aspirations de nos concitoyens, dans les domaines de l'éducation artistique, de l'enseignement et des pratiques en amateur.
Le développement de l'éducation artistique et culturelle est une priorité nationale. Il s'agit bien, dans son sens le plus large, d'éducation à la citoyenneté, à la liberté et à l'intelligence, conformément au Plan de relance que j'ai annoncé avec le ministre de l'éducation, au Conseil des ministres, en janvier 2005. Un Haut conseil pour l'éducation artistique et culturelle sera installé dans les prochaines semaines. Instance consultative et prospective, le Haut conseil aura pour mission d'évaluer, chaque année, la politique nationale d'éducation artistique, et de proposer aux deux ministres de l'éducation nationale et de la culture et de la communication, des actions susceptibles d'en renforcer l'efficacité.
Par ailleurs, nous avons défini trois axes d'action pour 2006 : augmenter le nombre des chartes départementales de développement de la pratique vocale et chorale en les portant de 74 à 100, afin d'achever la couverture du territoire ; inciter les établissements d'enseignement spécialisé à renforcer leur mission d'éducation mieux soutenir l'action des associations nationales.
Je pense en particulier aux Jeunesses Musicales de France et à Enfance et musique, qui joue un rôle essentiel pour la toute petite enfance.L'enseignement spécialisé est essentiel à la formation des musiciens, amateurs comme professionnels. Je veillerai à ce que l'Etat accompagne de son expertise les nouvelles compétences des communes, des départements et des régions, en particulier pour l'élaboration des schémas départementaux qui concernent la musique, la danse et le théâtre. Des diplômes nationaux d'orientation professionnelle de musique, de danse et d'art dramatique ont été créés, et un décret précisera prochainement les modalités du classement des conservatoires, selon leur rayonnement communal ou intercommunal, départemental, ou régional.Enfin, le ministère de la culture s'est engagé dans la préparation d'un nouveau schéma d'orientation pédagogique pour la musique, qui sera publié au cours du premier semestre 2006. Il doit favoriser, au sein des établissements d'enseignement de la musique, une plus grande diversité de parcours, d'esthétiques et d'objectifs, et une meilleure prise en compte des pratiques en amateur.
Car j'entends ménager aux pratiques de la musique en amateur, qui concernent cinq millions de Français, une place centrale dans l'action du Ministère.
Mon objectif est d'améliorer les conditions d'exercice de ces pratiques, par un soutien accru aux lieux ressources proposant aux amateurs des informations, des conseils, et de la formation. Je souhaite que les lieux d'enseignement et de diffusion s'ouvrent davantage aux musiciens amateurs, ce qui suppose de préciser, sur le plan juridique, les conditions dans lesquelles les musiciens amateurs peuvent collaborer avec des structures ou des artistes professionnels. Le ministère s'y emploie.

Le cinquième grand chantier de la musique est celui que nous avons ouvert pour conforter l'offre d'enseignement supérieur et professionnel.
Mon objectif est clair. Il se décline en trois points :
- faciliter la circulation des étudiants musiciens à l'échelle européenne, par la clarification et l'harmonisation des cursus ;
- rapprocher les diplômes relevant du ministère de la culture du schéma universitaire, et en particulier au schéma européen licence-master-doctorat, dit " LMD " ;
- compléter de façon maîtrisée une offre de formation supérieure, aujourd'hui principalement concentrée dans les deux Conservatoires nationaux supérieurs de Paris et de Lyon, mais insuffisante pour couvrir l'ensemble des besoins.

Un diplôme national supérieur de musicien, relevant du ministère de la culture et de la communication sera institué, et combiné à l'obtention d'une licence délivrée par l'Université, grâce à la mise en place de cursus
complémentaires. Pour les deux conservatoires nationaux, j'ai demandé d'étudier la transformation des diplômes d'établissement actuels en diplômes valant grade de master, en lien avec le ministère chargé de l'enseignement supérieur.
Je me réjouis que ce chantier nous offre l'occasion de développer une collaboration équilibrée et fructueuse avec l'Université.
L'insertion professionnelle des jeunes musiciens est une préoccupation majeure. Mon ministère a engagé plusieurs études, menées actuellement par une équipe du Centre national de recherche scientifique, pour mettre en évidence les mécanismes de l'insertion des jeunes artistes. Ces données, dont la parfaite connaissance est décisive pour construire une politique d'insertion efficace, n'étaient pas analysées de manière assez précise jusqu'ici.

J'ai par ailleurs engagé les établissements de formation à se mobiliser davantage sur le suivi de l'entrée dans le métier de leurs étudiants.
Dans ce domaine, les institutions musicales ont un rôle déterminant à jouer. Je souhaite que les orchestres, que les maisons d'opéra, renforcent leur collaboration avec les conservatoires, car c'est la clé d'une formation complète et d'une insertion réussie pour les jeunes musiciens. Le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris a su créer des passerelles avec l'Orchestre de Paris, l'Ensemble Inter contemporain,
l'Orchestre du Capitole ; le Conservatoire national supérieur de Lyon avec l'Opéra national de Lyon. Le ministère accompagne ces évolutions, et je me réjouis des orientations de la nouvelle convention de l'Opéra national de Lyon, que je signerai le 26 novembre prochain, car désormais cet opéra national accueillera chaque saison de jeunes chefs d'orchestre en fin de formation.
Le ministère continue bien sûr à soutenir fortement plusieurs structures dont l'activité contribue à aider de jeunes musiciens à acquérir une première expérience. Le renforcement en 2005 des moyens de la fondation Royaumont pour la création d'une compagnie lyrique d'insertion, ou le soutien accru de l'Orchestre français des jeunes en 2006, pour la création d'une formation baroque aux côtés de sa formation symphonique, sont des exemples de mon appui à des initiatives utiles et innovantes.
La sixième priorité de mon action consiste à développer notre rayonnement et nos échanges internationaux. L'association française d'action artistique est un partenaire naturel du ministère de la culture dans ce domaine et j'ai engagé, avec le ministre des affaires étrangères, une réflexion pour optimiser la concertation entre nos deux ministères.
Dans le prolongement des débats que j'ai organisés lors des Rencontres pour l'Europe de la culture, en mai dernier, je confirme mon soutien à tous ceux qui créent des réseaux visant à faciliter la circulation internationale des oeuvres, des artistes et des idées.

Ainsi, le Réseau Varèse est à l'origine d'une politique de circulation des ¿uvres contemporaines parmi les pays de l'Europe. Dans ce même esprit, le ministère soutient le réseau " Tenso " qu'Accentus et quelques-uns de ses homologues ont créé, pour améliorer la connaissance et la diffusion du répertoire vocal en Europe. Et je veux assurer les orchestres de Lyon et de Picardie, que le ministère de la culture sera à leurs côtés pour faciliter la mobilité de leurs musiciens dans le cadre des échanges européens qu'ils ont entrepris.
Le succès rencontré par le forum européen organisé par l'Association française des orchestres, en juin dernier, ici à Strasbourg, prouve l'actualité de cette ouverture internationale des institutions musicales, qui contribue largement au rayonnement de la France et à l'attractivité de son territoire.
Et puisque nous sommes ici, à Strasbourg, dans les locaux d'Arte, je me devais de finir en vous disant l'importance que j'accorde à l'audiovisuel musical, qui constitue la septième priorité de mon action. Le renforcement de la présence du spectacle vivant, de la musique et tout particulièrement de la création, sur les chaînes de l'audiovisuel public est une absolue nécessité.
ARTE a ouvert le chemin en offrant une palette de programmes musicaux où tous les genres audiovisuels sont représentés : documentaires, captations, retransmissions en direct d'opéras et de concerts. Mais la dynamique engagée pour soutenir la création, la diffusion de la musique classique en concert et la présence de musiciens sur les plateaux, doit être mieux relayée par toutes les chaînes de l'audiovisuel public et constituera un élément déterminant du nouveau contrat d'objectifs et de moyens de France-Télévisions, en cours de discussion, qui devrait être conclu avant la fin de l'année 2005.
Afin de créer les conditions d'un nouveau dialogue entre l'univers de la télévision, du spectacle vivant et du disque, j'ai confié, en avril 2005, une mission de médiation entre les représentants de la filière musicale et les télédiffuseurs, à Pierre-François Racine, qui me remettra un rapport dans quelques semaines. Beaucoup reste à faire.
Mais des orientations précises, données aux institutions de soutien à l'audiovisuel, et des dispositifs récemment mis en place facilitent désormais, la production d'¿uvres musicales audiovisuelles.
Ainsi, le Centre national de la cinématographie (CNC), qui apporte un complément de financement significatif aux Victoires de la musique classique diffusées à une heure de grande écoute par la télévision publique, est un partenaire actif de la diffusion de la musique à la télévision. Outre le fonds de soutien largement sollicité pour le financement des captations et des recréations, j'ai souhaité l'ouverture d'un fonds spécifique d'aide à l'innovation, ouvert aux créations musicales dans le domaine de la fiction et du documentaire. De la même manière j'ai voulu que le CNC aide, à travers une procédure spécifique mise en oeuvre en 2005, la création de musiques originales pour les films de long métrage. Et cette année pour la première fois, au Festival de Cannes, la musique de film avait son pavillon. Enfin, j'ai souhaité qu'au sein du Fonds pour la création musicale, les critères d'éligibilité au Fonds audiovisuel évoluent vers un meilleur soutien aux programmes audiovisuels consacrés à la musique classique. C'est chose faite.

Le marché du disque classique rencontre des difficultés structurelles de financement et de distribution, notamment internationale. Les professionnels du disque classique doivent pouvoir compter, dans cette passe délicate, sur le soutien sans faille du ministère de la culture et de la communication. Parce qu'il est vital de faciliter la pénétration du disque français sur les marchés étrangers, le champ de compétences du Bureau export, dont les moyens seront renforcés en 2006, a été élargi aux musiques classiques. Un Guide du disque classique, édité en janvier 2005, permet une meilleure connaissance des acteurs de ce secteur.
Afin de répondre aux difficultés de financement des éditeurs phonographiques, et tout particulièrement des labels indépendants, entrepreneurs sur lesquels repose une grande partie de l'édition du disque classique en France, un fonds d'avance remboursable sera mis en place dès 2006, à la suite de la procédure d'appel public à la concurrence lancée en juillet 2005.
Un crédit d'impôt visant au soutien des producteurs phonographiques français sera créé sur ma proposition en 2006. Les modalités précises de ce dispositif font l'objet d'un travail conjoint de mes services et de ceux du ministère des finances.
A côte du disque, le DVD s'est imposé comme un support d'avenir, tout particulièrement pour l'art lyrique. C'est pourquoi j'ai décidé la mise en place au deuxième trimestre 2005, au sein du Fonds pour la création musicale, d'un nouveau dispositif de soutien à l'édition de DVD musicaux, doté de 200 000 euros.

Dans le domaine de la radio, Radio France dispose d'un potentiel sans équivalent pour produire et diffuser la musique, et tout particulièrement la musique d'aujourd'hui. Sa force est de couvrir l'ensemble du champ de la création et de commander chaque année plus d'une trentaine d'¿uvres qui sont interprétées au meilleur niveau par l'orchestre Philharmonique, l'Orchestre National, le Ch¿ur et la Maîtrise de Radio France. La captation et la diffusion de ces concerts par France Musique permettent de toucher un public national. Partenaire de nombreuses institutions musicales, France Musique aura par ailleurs enregistré, en 2005, plus de 600 concerts extérieurs, dont un nombre important de programmes de musique contemporaine.
J'apporte le soutien de l'Etat à ces initiatives, pour faire vivre partout la musique, toutes les musiques, et notamment, bien sûr, je suis heureux de le dire ici à Strasbourg, la musique contemporaine.
La vitalité de notre vie musicale, la qualité de nos institutions de diffusion et d'enseignement, l'exigence et la diversité de nos ensembles indépendants, qui explorent tous les répertoires, sont un élément essentiel de l'attractivité et du rayonnement de la France. La musique est l'une des pièces maîtresses de ma politique culturelle.
Le sens de nos efforts quotidiens pour rapprocher les mondes du spectacle vivant et de l'audiovisuel, pour élargir le public des concerts, construire des salles performantes et ouvrir à la musique tous les lieux de notre patrimoine ; le sens de notre engagement dans le domaine de l'éducation, de la formation professionnelle, de notre soutien à la création, c'est la conviction profonde que la musique est le levain d'une société fondée sur une meilleure compréhension de l'autre, où qu'il soit, au sein ou hors de nos frontières, et sur le dialogue fécond, entre les compositeurs des siècles passés et les interprètes d'aujourd'hui, pour vivre ce si beau vers de Verlaine :" De la musique encore et toujours ! " (Source http://www.culture.gouv.fr, le 27 septembre 2005)


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