Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, à Europe 1 le 26 septembre 2005, sur le conflit à la SNCM, les délocalisations d'entreprises étrangères, la situation économique de l'Union européenne, les négociations d'adhésion de la Turquie et sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, à Europe 1 le 26 septembre 2005, sur le conflit à la SNCM, les délocalisations d'entreprises étrangères, la situation économique de l'Union européenne, les négociations d'adhésion de la Turquie et sa candidature à l'élection présidentielle de 2007.

Personnalité, fonction : VILLIERS Philippe de, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. Mouvement pour la France, président

ti : Q- Dans le cadre du conflit à la SNCM, la CGT durcit le ton, elle menace de bloquer les ports corses contre la privatisation. Est-ce à l'Etat de payer les déficits et la faillite de la SNCM ?

R- Il faut concilier deux principes : la continuité territoriale, qui est une mission de la puissance publique - et donc on peut comprendre que l'Etat mette de l'argent dans cette société - mais il y a un deuxième principe, qui est le respect des passagers, le respect des contribuables, le respect des usagers. Et je ne vois pas pourquoi la CGT s'égosille alors qu'il peut y avoir une privatisation conciliable avec des obligations de service public très fortes. Il suffit de faire un cahier des charges en conséquence...

Q- Et si la CGT n'en veut pas et bloque les ports ?

R- A ce moment-là, il faudra imposer, là comme ailleurs, la loi et l'ordre.

Q- Hewlett-Packard licencie ses salariés européens ou une partie d'entre eux, la moitié de ses salariés français. En Vendée, des entreprises bénéficient sans doute d'aides publiques. Faut-il conditionner ces aides à un engagement durable des investisseurs en faveur de l'emploi ?

R- A mon avis, oui. J'ai crée douze "Vendéopôles" en Vendée, qui sont des pôles d'activité tertiaire du troisième type. Et dans notre esprit, il est clair que, si une entreprise venait chercher de l'argent chez nous pour repartir ensuite, ce que l'on appelle parfois les entreprises prédatrices, il faudrait naturellement demander à cette entreprise qu'elle rende l'argent.

Q- C'est-à-dire que vous demandez des contreparties, comme F. Chérèque hier à TV5 et Europe 1 ?

R- Oui, s'il s'avère que l'entreprise est venue pour des raisons qui tiennent aux aides que l'on a apportées. Il n'est pas normal que des contribuables mettent la main à la poche et qu'ensuite, on voie l'entreprise s'en aller en laissant les emplois sur place, c'est-à-dire, des chômeurs. C'est une question de justice élémentaire.

Q- Que peuvent faire les gouvernements de l'Europe à la décision d'entreprises "maouss" [phon.] américaines qui veulent du profit rapide, qui délocalisent pour mieux restructurer ?

R- Je crois que c'est tout le problème que je pose pendant cette campagne présidentielle, celui de la mondialisation. Celle des échanges est là, devant nous, elle existe. Mais simplement il faut la réguler, la corriger. Et protéger nos entreprises de deux manières : par une stratégie défensive, ce qui n'est pas le cas actuellement on le voit dans l'affaire du textile - l'Europe ne protège pas nos entreprises -, et il faut une stratégie offensive qui permette à nos entreprises de ne pas être tentées de se délocaliser.

Q- [Vous étiez l'un des] avocats du "non" au dernier référendum. Est-ce que vous n'allez pas vous mordre les doigts d'avoir affaibli la dimension sociale de l'Europe ?

R- Pas du tout, il ne faut pas renverser les choses. C'est parce que l'Europe n'avait pas de dimension sociale qu'il y a eu le vote "non".

Q- Mais elle pouvait l'avoir. Avec le maintien du Traité de Nice, voyez dans quel état on est !

R- Dans quel état on est, effectivement ? Je pose la question. Les bureaucrates de Bruxelles, les chefs d'Etat européens, et singulièrement J. Chirac, ne veulent pas entendre le message des Français ! Le message du "non", c'étaient trois choses : pour le périmètre, on ne veut pas de la Turquie, on veut une Europe européenne ; pour l'architecture, on veut une architecture démocratique, on ne veut pas de Constitution supranationale. Qu'attend-on pour nous dire qu'elle est morte plutôt que de vouloir nous faire revoter comme M. Giscard d'Estaing ! Et troisièmement, un projet. Et ce je propose, c'est que l'on redémarre à partir de ce qui a réussi. Qu'est-ce qui a réussi ? La coopération entre les nations, les Etats, les entreprises, la sécurité maritime, l'espace, l'aéronautique, Airbus, Ariane. Faisons demain pour l'armement, les nanotechnologies, la lutte contre le terrorisme, ce que l'on a fait hier et qui a réussi. Prenons ce qui a réussi dans l'Europe, il y a des choses qui ont réussi. Ce qui a réussi s'est fait sans la Commission de Bruxelles. Voilà mon "plan B", bon sens, "B" comme bon sens.

Q- Mais il n'y a pas de "plan B". Parce que le plan B tout seul, en Vendée, ce n'est pas un plan B collectif, le plan européen.

R- Ce n'est pas le plan B tout seul en Vendée... Je vous rappelle, et vous le savez très bien, que c'est le plan B quand même de 15 millions de Français qui ont voté "non".

Q- Vous mélangez, vous prenez à votre compte tous ceux qui ont dit "non", vous allez vous en faire le porte-parole.

R- Je me considère comme l'un des porte-parole de ...

Q- De la défaite du "oui" ?

R- ...de cette France qui souffre aujourd'hui, tous les jours, qui souffre des délocalisations, qui souffre de la mondialisation sauvage, et qui souffre de ne pas être écoutée, de ne pas être entendue, et qui souffre de voir une classe dirigeante qui trahit tous les jours son message ! Regardez l'affaire de la Turquie, c'est quand même insensé !

Q- On y arrive. L'UMP a renouvelé au cours de sa Convention sur l'Europe, "calmement", son opposition à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. C'est N. Sarkozy qui a dit : "il n'y a aucune raison de dramatiser. Le moment venu, le peuple français aura son mot à dire". Voilà.

R- Je suis étonné par cette phrase, parce que cela veut dire : hier, c'était important la Turquie, dans la bouche de N. Sarkozy, et aujourd'hui, cela l'est moins. Pour moi, il y a des raisons de dramatiser. Et il y a d'autant plus de raisons de dramatiser que, si la négociation s'engage le 3 octobre prochain, comme c'est prévu, à Bruxelles, alors le processus sera très difficilement réversible.

Q- Mais la négociation va s'ouvrir entre l'Union européenne et la Turquie, elle aura lieu. Que faire sinon de la gesticulation ?

R- Vous vous souvenez, en 1965, la chaise vide du général de Gaulle, ce n'était pas de la gesticulation. Quand un peuple dit "non", quand un chef d'Etat dit "non", on peut enrayer la machine. Je demande que la France brandisse lundi matin son veto et qu'elle quitte la table, le 3 octobre. Pourquoi ? Parce que, si l'Union européenne entre dans le processus de négociations, elle prend deux risques. Le premier, c'est de se déshonorer en acceptant de négocier avec un pays qui ne reconnaît pas l'un des pays membres, en l'occurrence, Chypre. Et le risque de se dissoudre. L'Europe ne sera plus l'Europe si elle n'est plus européenne, et elle va se charger de problèmes supplémentaires - délocalisations supplémentaires, immigration supplémentaire -, alors qu'elle s'avère aujourd'hui incapable de résoudre ses propres problèmes.

Q- Un groupe d'islamistes présumés a été interpellé lundi matin. Il est soupçonné d'avoir eu la volonté de commettre des attentats en France. C'est une information qui tombe à l'instant. Ils ont été interpellés en Normandie et en Ile-de-France. Au passage, la lutte européenne et française contre le terrorisme, conduite en France par N. Sarkozy vous paraît-elle efficace ?

R- Non.

Q- En dépit de ces interpellations ?

R- La police fait très bien son travail, on a une police française, une gendarmerie française, des services absolument remarquables, les Renseignements Généraux, etc. Mais on traite les effets. C'est-à-dire qu'on ouvre grandes les frontières et après on essaye de "choper" les terroristes en les filmant à la vidéosurveillance...

Q- Que faut-il faire ?

R- Souvenez-vous, en Angleterre, la vidéosurveillance... Il ne s'agit pas de filmer les terroristes, il s'agit de les arrêter, de les empêcher d'entrer sur notre territoire. Et donc, je pense qu'il faut une politique d'immigration stoppée, plutôt que choisie avec des quotas qui vont amener une immigration supplémentaire que l'on n'est pas capable d'absorber et de bien accueillir. Il faut une politique d'assimilation et non pas d'insertion communautaire. Le reproche que je fais à la politique actuelle depuis un certain nombre d'années, c'est de verser dans le communautarisme. Communautarisme des quartiers, avec une France fragmentée, une France ethnique, une France éclatée, la nouvelle frontière...Il n'y a plus de frontières extérieures...

Q- C'est ce que vous appelez "l'islamisation de la France" ?

R- "L'islamisation de la France", ce que j'ai voulu dire par là, c'est le communautarisme des quartiers...

Q- Mais pourquoi islamisation et pas communautarisation ?

R- Alors, communautarisme, notamment le communautarisme islamique, le communautarisme d'Etat - et je réponds à votre question - : la création de Conseil français du culte musulman a consisté à mettre sur pied une puissance politique, une puissance parallèle financée par des puissances étrangères, avec une vocation politico-religieuse qui est contraire à notre principe de laïcité, et puis l'affaire de la fondation de l'Islam, dont on n'a pas dut out parlé, et dont je voudrais dire un mot ce matin : vous rendez-vous qu'on a créé - nos gouvernants ont créé - une fondation de l'islam de France pour financer les mosquées et les faire financer par la Caisse des Dépôts, qui collecte l'épargne des Français. Je ne souhaite pas que l'islam devienne, en France, une religion d'Etat, et je le dis d'autant plus volontiers que je mets en garde contre toute assimilation avec beaucoup de musulmans, la plupart des musulmans, qui sont d'un civisme irréprochable, et qui ne souhaitent qu'une chose, c'est s'intégrer.

Q- Est-ce que ce n'est pas moins l'islam qui gagne les esprits, y compris chez vous, que Le Pen, qui s'en amuse ? Comme on a dit la "lepénisation". Là, vous êtes en train de parler de l'islam. Pourquoi l'islamisation ?

R- Non mais je suis en train, écoutez...

Q- Oui, mais j'écoute, mais c'est insuffisant !

R- Mais sur la question de l'islam, il y a l'islam comme religion et il y a l'islam comme idéologie ; c'est ce que l'on appelle "l'islamisme", ce sont deux choses tout à fait différentes. Est-ce que vous trouvez normal que l'on forme les imams dans les universités françaises ? Moi, non. On ne forme pas les séminaristes dans les universités...

Q- Vaut-il mieux qu'ils ne soient pas formés ou plutôt qu'ils soient formés dans des caves ?

R- Est-ce que, comme le propose N. Sarkozy, il est normal que ce soit les contribuables qui paient les mosquées ? Sur les mosquées, j'ai une proposition à faire : toute construction de mosquée doit être soumise à une charte républicaine, avec des conditions rigoureuses. Respect de l'égalité homme-femme, refus de la polygamie, refus des financements étrangers. Cette charte serait signée entre les imams et les autorités de la République, parce qu'on ne peut pas continuer à fermer les yeux et à faire comme s'il n'y avait pas un problème. Aujourd'hui, il y a 630 quartiers qui vont être des territoires perdus de la République !

Q- La Turquie et l'islamisation vont être l'obsession du candidat P. de Villiers, si j'ai bien compris, pour 2007 ?

R- Ce n'est pas une obsession, ce n'est pas mon obsession. Moi, je veux donner de l'espoir, à toute une France qui souffre au contact de la peur et parfois de la haine. Je vais vous dire : briser les tabous comme je le fais ce matin, et comme j'ai commencé à le faire il y a quelques jours, c'est déjà donner de l'espoir.

Q- Vous êtes déjà candidat pour 2007, n'est-ce pas un départ prématuré ? Il y a tellement de candidats et dans votre camp, pléthore de candidats ! Pour faire gagner vos idées et votre camp, s'il le fallait, seriez-vous prêt à vous retirer de la course ?

R- Je serais prêt à me retirer, mais ce n'est pas le cas. Si quelqu'un faisait l'analyse que je fais devant vous, à savoir que la France est menacée de désintégration par deux idéologies qui gangrènent la classe politique : le mondialisme et le communautarisme. Moi, je veux stopper l'islamisation de la France qui bascule dans le communautarisme et proposer un patriotisme populaire, moderne et audacieux pour protéger nos entreprises, notre patrimoine et pour créer un service civique, par exemple, qui permettra d'éveiller les Français à l'amour de la France.

Q- Mais quand vous entendez dire, ceux qui sont à droite ou à l'extrême droite : pourquoi choisir la copie, même si elle est jeune, sympathique, etc. quand on peut obtenir le vrai, Le Pen ?

R- Je ne m'intéresse pas aux hommes politiques, je m'intéresse aux problèmes des Français. Cela fait deux fois que vous prononcez son nom, quand il ne sera plus là...

Q- Il y aura vous...

R- Il va vous manquer ?!

Q- A moi, non, pas du tout !

R- Eh bien à moi non plus !

Q- C'est un élément du débat...

R- Les Français situent les uns par rapport aux autres. Une élection est une comparaison. Je suis ce que je suis, mais j'ai choisi de ne plus rester dans le politiquement correct qui nous fait beaucoup trop de mal avec ses mensonges. La vérité libère.

(Source :premier-ministre, Service d'information du gouvernement, le 27 septembre 2005)

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