Déclaration de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, sur l'hommage rendu aux combattants de 1915, à Minaucourt le 24 septembre 2005. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hamlaoui Mekachera, ministre délégué aux anciens combattants, sur l'hommage rendu aux combattants de 1915, à Minaucourt le 24 septembre 2005.

Personnalité, fonction : MEKACHERA Hamlaoui.

FRANCE. Ministre délégué aux anciens combattants

Circonstances : Cérémonie d'hommage aux combattants de 1915, à la Nécropole nationale de Minaucourt (Marne) le 24 septembre 2005

ti : Monsieur le préfet,
Mesdames et Messieurs les parlementaires et les élus,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les présidents,
Mesdames et Messieurs,


Nous voici rassemblés, aujourd'hui, à Minaucourt, devant l'une des plus grandes nécropoles érigée sur des lieux de combats.

Nous sommes réunis pour nous incliner avec respect et émotion devant ces valeureux soldats de la Première Guerre mondiale, "la Grande guerre".

A leurs illustres chefs, à nos Alliés britanniques et belges venus nous rejoindre dans l'épreuve, à chaque combattant, nous rendons hommage, dans un même élan de reconnaissance.

Leur courage, leurs souffrances indescriptibles, leur sacrifice nous ont conduits à la victoire. La victoire de la République. La victoire de la France.

Les succès militaires qu'ils remportèrent sont, sans nul doute, parmi les plus grands.

Avec émotion, je suis venu ce matin, au nom du Gouvernement, mais aussi au nom de toute la Nation, leur exprimer notre indéfectible gratitude.

Les Poilus de la Grande Guerre resteront à jamais dans nos mémoires.

En cet instant, nous avons une pensée affectueuse pour ceux d'entre eux qui sont toujours des nôtres. Ils sont 8.

90 ans après les combats de 1915, nous honorons les héros et les victimes de cette année cruciale et meurtrière.

Si l'année 1914 annihile tout espoir d'une guerre courte, 1915 installe l'Europe dans la guerre de position, marquant ainsi un tournant dans l'histoire du conflit.

A l'arrière, chaque composante de la société est mobilisée. La guerre devient totale. Pendant trois longues années, le front restera dépendant de l'arrière qui forge armes, engins, matériels et munitions.

A l'extérieur, nos alliés connaissent des fortunes diverses. Russes et Italiens paient un lourd tribut à la vaillance des combattants allemands et austro-hongrois.

Nous pensons aussi à ces combattants du bout du monde, Néo-Zélandais et Australiens, venus rejoindre la cause des Alliés voici 90 ans.

En Europe, dans les Dardanelles, en Afrique, le combat s'étend. La guerre devient mondiale.

Pourtant, à juste titre, JOFFRE demeure persuadé que l'effort décisif doit se situer sur le front occidental.

La France, avec l'aide précieuse de ses alliés, la Grande-Bretagne et la Belgique, auxquels je souhaite rendre tout l'hommage qui leur est dû, déclenche des attaques sur l'ensemble de ce front.

Les initiatives militaires de 1915 en Argonne, en Artois, en Champagne, sont effroyablement meurtrières.

Les sites de Linge dans les Vosges, ou bien encore l'éperon des Eparges, dont les combats ont été si bien décrits par Maurice GENEVOIX, gardent la mémoire de l'intensification inouïe de la violence.

La tranchée devient le lieu de vie ordinaire des soldats. La boue de l'hiver, l'odeur des cadavres, le silence profond troublé par la mort qui rôde, sont le cadre de vie de ces hommes pendant de longs mois.

En ce début du vingtième siècle, le progrès est mis au service de la mort. La guerre devient industrielle.

Les gaz asphyxiants sont utilisés pour la première fois. Les liquides enflammés happent les combattants dans une sorte de langue de feu.

Nos regards contemporains peuvent encore apercevoir les stigmates des souffrances imposées aux hommes, mais aussi aux terres.

En cette année 1915, l'Argonne devient le théâtre d'affrontements dantesques.

Ce front, âprement disputé jusqu'en 1916, illustre la stratégie du "grignotage". La lutte pour un mur, la conquête d'une ruine, deviennent des victoires retentissantes.

En Artois, au cours de l'hiver, les Français appliquent cette même stratégie.

Dans ce pays minier, il faut tenir les crêtes pour contrôler la région.

Les actions autour de Vimy, autour des collines de Notre-Dame de Lorette, se heurtent aux lignes adverses, imprenables.

Au printemps 1915, le front occidental connaît un calme relatif, tandis que la guerre s'intensifie sur le front russe.

Sur le Front d'Arras, dans le secteur de Beaumont-Hamel, du 9 mai au 25 juin, pour conquérir 20 kilomètres carrés, les Français ont perdu 102 500 hommes.

A son tour, la Champagne est le lieu d'affrontements sans merci.

Les attaques, auxquelles succèdent d'immédiates contre-attaques, sont des plus coûteuses et des plus incertaines.

C'est alors que JOFFRE décide d'attaquer simultanément en Champagne et en Artois.

Cette offensive doit être celle de la victoire et sera celle de tous les Français.

Malgré le courage exemplaire et la pugnacité des combattants, le succès des armes n'est pas au rendez-vous.

Le moral de l'ennemi en fut pourtant fortement atteint. Les combats ne furent donc pas vains.

Aujourd'hui, en Champagne, quatre-vingt dix ans après cette terrible année 1915, même si le visage du champ de bataille est bien différent, le paysage porte encore les traces de cette guerre.

Mesdames et Messieurs, devant cette vaste nécropole de Minaucourt, devant les vestiges des tranchées, le visiteur est appelé à réfléchir au drame mondial vécu en ces lieux.

Cette tragédie, toutes ces vies brisées, font prendre conscience de l'impérieuse nécessité de la construction européenne.

Sur ce chemin de paix au service de la liberté, la réconciliation franco-allemande est évidemment exemplaire. Nous en mesurons toute la portée historique sur des lieux comme celui-ci, à Minaucourt.

A l'image de ces hommes qui servirent héroïquement pour défendre notre Patrie, pour défendre l'essentiel, nous avons pour mission d'anéantir toutes les formes de haine, et d'oeuvrer, aujourd'hui et demain, aux conditions d'une paix durable.

C'est le plus bel hommage que nous puissions rendre aux combattants de 1915, défenseurs exemplaires de la Patrie.


Vive la France !
Vive la République !

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 29 septembre 2005)

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