Extrait d'un entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à France info le 30 septembre 2005, sur l'intervention du GIGN après le détournement d'un navire de la SNCM, le budget de la Défense, la construction d'un deuxième porte-avions et sur le dispositif militaire français en Afrique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extrait d'un entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, à France info le 30 septembre 2005, sur l'intervention du GIGN après le détournement d'un navire de la SNCM, le budget de la Défense, la construction d'un deuxième porte-avions et sur le dispositif militaire français en Afrique.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, TOMASSON Bernard.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Bernard Tomasson

Bonsoir Michèle Alliot-Marie.

Michèle Alliot-Marie

Bonsoir.

Q. Des Français ont été choqués de voir les gendarmes du GIGN intervenir dans un conflit social. Le gouvernement n'est-il pas allé trop loin ?

R. Il y avait une illégalité extrêmement grave, qui est punie très sévèrement par le code pénal. Il y a effectivement eu recours aux gendarmes du GIGN qui ont parfaitement mené cette opération, sans violence d'ailleurs, et tout le monde l'a constaté. Ils étaient parfaitement dans la mission qui leur est impartie.

Q. Mais cette mission a choqué, notamment en Corse. On attend d'ailleurs les décisions judiciaires. La Corse qui risque de s'enflammer. Le dialogue est rompu. Le blocus est presque en place.

R. S'agissant de cette action, il y a de multiples façons de manifester le droit syndical ou d'exprimer ses idées. Allez contre la loi, commettre un acte qui est pour ainsi dire un acte de piraterie, c'est quelque chose de grave. Je préfèrerais que les gens soient choqués que certains aient utilisé ce type de moyen.

Q. Pour en rester dans votre domaine, est-ce que l'armée est prête à intervenir si jamais la Corse est bloquée, pénurie d'essence, difficulté de liaison pour assurer la continuité du service ?

R. J'espère que la raison prévaudra en la matière ; c'est l'intérêt de la Corse.

Q. Dominique de Villepin se disait inquiet ce matin.

R. Oui absolument, et c'est normal que l'on soit inquiet lorsque l'on voit que des violences conduisent à prendre le risque de tuer, ou prennent le risque de mettre en cause le représentant de l'Etat. Je croyais qu'en Corse, on avait compris que c'était quelque chose de particulièrement grave. Je souhaite pour ma part que la raison revienne, qu'elle prévale et qu'il puisse y avoir un vrai dialogue car il y a aussi un certain nombre de contraintes. Si l'on veut avancer dans un sens qui soit favorable aux individus, qui soit favorable aux Corses et à la Corse, il faut que ce dialogue se rétablisse.

(.../...)

Q. Parlons de Dominique de Villepin et notamment du budget qu'il vous a donné. Est-ce que vous êtes satisfaite de ce budget qu'il vous a alloué pour la défense ?

R. C'est un budget qui va nous permettre de remplir toutes les missions qui nous sont confiées, comme les missions pour la sécurité des Français. Mais nous sommes aussi un des grands acteurs économiques et sociaux du pays. Je rappelle que nous sommes le premier investisseur en France. Nous donnons du travail à des entreprises, plus de 10 000 entreprises, grandes et petites, sur l'ensemble du territoire national. Cela représente plus de 2 millions de salariés qui travaillent directement ou indirectement pour la défense. Et nous sommes également un grand acteur social.

Q. Ce matin, vous étiez avec le Premier ministre pour inaugurer un centre 'Défense deuxième chance'. C'est l'armée qui joue les bons offices ?

R. Pas exactement mais les militaires ont un vrai savoir-faire. Chaque année, le ministère de la Défense recrute 35 000 jeunes : certains sortent de Polytechnique et sont donc très diplômés, mais 7 000 jeunes n'ont aucune formation ni aucun diplôme. Nous les formons et nous leur donnons un métier. Au bout de cinq ans, lorsqu'ils ont fini leur contrat, plus de 90 % d'entre eux obtiennent un CDI dans une entreprise. Nous avons donc décidé d'utiliser ce savoir-faire pour permettre à des jeunes en grande difficulté scolaire, professionnelle et sociale, d'avoir une 'deuxième chance'. Pour cela, ces jeunes seront accueillis dans des centres où ils seront encadrés par des militaires qui viennent de quitter l'institution et qui sont spécialisés dans l'encadrement des jeunes. Il y aura également des personnels de l'Education nationale. Pendant une année, voire deux années, ils auront une remise à niveau scolaire, comportementale - c'est extrêmement important - et une formation professionnelle.

Q. Michèle Alliot-Marie à propos du budget, est-ce que le deuxième porte-avions s'inscrit dans ce budget ? Et est-ce qu'il sera construit avec les Britanniques ?

R. Bien entendu, le deuxième porte-avions est inscrit dans le budget 2006 où une somme importante figure d'ailleurs sur une ligne du budget.

Q. 900 millions d'euros c'est cela ?

R. 900 millions d'euros absolument. D'autre part, comme les Britanniques eux-mêmes sont en train de construire deux porte avions, nous essayons de rapprocher au maximum les points communs de façon à ce que cela coûte moins cher.

Q. Va-t-on le construire avec eux ou non ? A quand la décision ?

R. Nous aurons un grand nombre de choses qui seront construites avec eux. Nous sommes effectivement en train d'affiner cela afin d'avoir le plus grand nombre de points communs.

Q. Mais pas de décision imminente. On parle ou plutôt le PDG du groupe de construction de DCN parle de la fin de l'année.

R. Oui, vers la fin de l'année. A ce moment-là, nous aurons la liste complète de tout ce que nous pouvons faire ensemble.

Q. Le dispositif militaire français en Afrique va t-il être réformé ? C'est une question qui
se pose ?

R. Ce que nous souhaitons, c'est aider les Africains à mettre sur pied une force qui leur permette de faire face aux multiples crises que nous voyons se développer en Afrique. C'est, en quelque sorte, une façon de reconnaître que cela relève à la fois de leur devoir et de leur responsabilité mais que pour y parvenir, ils ont besoin d'aide et que nous sommes prêts à le faire. Dans ce cadre, effectivement, il faut réorganiser ce dispositif.

Q. Comment ? On passe du bilatéralisme au multilatéralisme, c'est un peu l'idée qui est dans l'air.

R. Le multilatéralisme en effet, grâce à un programme que nous développons depuis plusieurs années - et que nous allons ouvrir notamment aux pays européens - pour être le soutien des pays africains et des interlocuteurs. Des réorganisations locales auront également lieu. Et nous souhaitons que l'Union africaine notamment puisse créer cette force d'interposition et de paix pour l'Afrique.

Q. Certains présidents africains ne vont-ils pas se sentir lâchés s'il n'y a plus de relation
bilatérale ?

R. Mais les relations bilatérales continueront. Cela ne les remet pas du tout en cause. Nous sommes d'ailleurs actuellement en train de discuter avec les présidents africains pour avoir également leur point de vue sur ce sujet. Et il est évident que cela se fera en parfait accord avec eux.

(.../...)

(Source http://www.defense.gouv.fr, le 10 octobre 2005)

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